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MICHEL-ANGE ET LE PAPE JULES Il
En la personne de Jules II et de Buonarotti se
rencontrèrent deux des plus grands caractères de la Renaissance, le pontife belliqueux et lartiste mâle par excellence. Ils étaient faits pour s’entendre.
Michel-Ange approchait alors de la trentaine. La fougue concentrée de sa Jeunesse combative n'avait pas encore fait place à la mélancolie grave, aux méditations austères de l’âge mûr. Ame dévorée d’un feu intérieur, volonté de fer, sa puissance d'exécution égalait sa forte imagination. Avec son masque énergique, son nez écrasé dans une querelle par son camarade Torrigiani, son front de bélier et de prophète, sa lèvre repliée en un défi amer, il faisait peur à tout le monde. Il était tyrannique pour ses disciples, jaloux de ses confrères, implacable à ses rivaux. Mas 1l était aussi véridique, probe et pur, et portait en lui-même un haut idéal qu’il s’efforçait non seulement de mouler dans le marbre et le bronze, mais encore d'accomplir en sa propre vie. Il avait l’orgueil farouche de la force et de la vertu, sans la mansuétude de l’amour qui lui vint
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plus tard. D'ailleurs les temps étaient durs. Que de lugubres événements avaient assombri ses yeux et agité son cœur, depuis le jour où
Laurent de Médicis trouva, dans son jardin,
l'enfant de quinze ans sculptant une tête de faune sur un morceau de marbre, et l'avait fait entrer dans son atelier de sculpteurs! Il avait vu la Toscane envahie par Charles VIII, la révolte de Florence, les Médicis chassés; Savonarole, le généreux réformateur, brûlé sur un bûcher par ordre du pape Alexandre VI; son ami, le patriote Machiavel, devenu l’apologiste de César Borgia, et cet élégant scélérat, qui avait pour armoiries un dragon dévorant des serpents et pour devise: Aut Cæsar aut nihil, jouer Le rôle d’un pacificateur acclamé des peuples. Au milieu des séditions, des vices et des crimes de l'Italie, ne restait à Michel-Ange, pour croire à la noblesse humaine, que sa Bible, son Dante et les marbres antiques qu’on déterrait alors. J’oublie les pâles sibylles et les prophètes fulgurants qui hantaient ses noires insomnies. Mais cela lui suffisait.
Jules II, dont Gobineau a fièrement campé la figure, avait une affinité secrète avec ce grand créateur. Devenu pape après le scandaleux pontificat d'Alexandre VI, le cardinal de Rovère, chaste comme un ascète, guerroyeur comme uñ seigneur féodal, échangea sa houlette pastorale contre une épée et sa tlare contre un casque, L'intrépide septuagénaire avait le cœur bouillant d’un jeune homme de vingt ans, Il voulut une chose impossible, l’unité de l'Italie sous le Saint-
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Siège et la restauration de l'autorité pontificale par la force des armes. Cependant son courage en fit un héros et son grand mérite est d’avoir compris, mieux que les autres souverains, Îa grandeur de l'Italie et la beauté de l'art. Il projetait de se faire bâtir un tombeau, orné de cent statues, qui auraient figuré l’Ancien et le Nouveau Testament. Michel-Ange ne recula pas devant cette tâche colossale et le pape promit de vider une carrière de marbre pour lui, Les premiers bloës arrivèrent de Carrare, mais Jules Il occupé de sa guerre en Romagne n'avait pas d'argent pour les paÿer. Buonarotti furieux s'enfuit de Rome x Florence. Quelque temps après, Jules If, ayant fait son entrée à Bologne, somma la république de lui renvoyer son sculpteur. À la prière du gonfalonier, Michel-Ange se rendit à cette exigence. Vasari raconte comment ils se retrouvèrent. De cette anecdote de trois lignes, Gobineau a tiré une