BOLOGNE
(La chambre du Saint-Père. — Jules II, cardinaux, évèques, camériers, officiers des gardes suisses et italiennes.)
« JULES LE, assis dans un fauteuil, tient à la main un bâton dont i frappe la terre chaque fois qu’il s’échauffe en parlant. — Ab ! je me sens à l'aise ici! Voilà MM. les Bolonais réduits à la raison! Qu'ils essayent de regimber, et l’aiguillon leur entrera dans la chair un peu plus à fond! Désormais ils appartiennent à l'Eglise. Qu'ils tâchent de ne pas l'oublier. Vous leur rapporterez mes paroles. Maintenant, faites entrer Michel-Ange Buonarotti..
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Ah!te voilà! Enfin! C’est heureux !.….. Sije n'avais pas menacé d'aller te chercher moi-même à Florence, tu ne serais pas revenu |
» Micaez-Ance. — Très Saint-Père, je supposais que vous n’aviez pas besoin de moi !
» Jues II. — Ah ! tu supposais cela ?... Je ne serais pas fâché de savoir ce qui te le faisait supposer. Explique-toi librement, sans crainte aucune | J'imagine que toi. tu n'as pas peur de moi!
» MicHEL-ANGE. — J’ai peur de vous, très Saint- Père, mais la vérité est la vérité.
» Juces II. — Ah! tu as peur de moi?... Eh bien, fais comme s’il n’en était rien. Comment as-tu pu concevoir l’idée, seulement l’idée de tenfuir de Rome,
uand tu savais fort bien que Je voulais t'y voir rester ?
» MicHEL-ANGE. — Très Saint-Père, tandis que je travaillais à la fois aux peintures de la Sixtine et à vos statues, et que je venais de terminer le Moïse que Sa Sainteté a paru approuver...
» Juces II. — Ah ! je t’ai paru approuver ton Moïse ?.. Je t'ai paru! Ahlje t'ai paru {... Mais, continue. va |
» MicHEL-ANGE — J'avais demandé des marbres ; ils sont arrivés. Il fallait payer les mariniers, et pendant que ces gens débarquaient les blocs à Ripa, je suis venu demander à Votre Sainteté l'argent nécessaire.
» JuLEs II. — J'étais occupé à mes affaires de Romagne ! Elles sont arrangées, et je ne lâcherai pas ce que je tiens. Il faut que tout le monde le sache ; c'était bien le moins que les intérêts de l'Eglise passassent avant... Mais, non ! va, va toujours ! Explique-toi!
» MicHEL-ANGE. — Très Saint-Père, vous êtes mécontent ; Jaime mieux ne rien dire.
« JuLEs II. — Il est un peu fort que, quand je t'ordonne de parler, tu me fasses répéter deux fois !
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» Micugz-ANGE. — Alors, donc, puisque j'y suis obligé, je dirai que vous ne m'avez pas reçu. dJ’ai payé vos marbres de mes propres deniers et je n’en avais guère.
» JULES II. — Suis-je responsable de vos folles dépenses, messire ?
» MicHeL-ANGE. — Je bois de l’eau et mange du pain. Mes habits ne valent pas dix lécus. Vous me prenez pour votre Raphaël.
» JuLES II. — Je te prends pour. . N'importe! n’importe!... Continue!
» MicHEL-ANGE. — Je suis revenu jusqu’à trois fois! À la troisième fois, un valet m'a dit insolemment que je pouvais prendre patience, attendu qu'il avait l’ordre de ne pas me laisser entrer Jamais, et comme on lui demanda s’il savait à qui il parlait, 1l répondit: Je le Sais très bien ; mais j'obéis à la Sainteté de Monseioneur.
» JULES Il. — Et alors, toi, qu'est-ce que tu lui as répliqué ? Voyons un peu, il t'est bien venu quelque riposte à la langue! Tu n'es pas tellement patient que quelquefois même... Mais non! Enfin, qu'est-ce que tu a répliqué ?
» MicHEL-ANGE. — Eh bien! j'ai répondu que...
» JULES II. — Tu as répondu: « Quand le Pape aura besoin de moi, il saura que je suis allé ailleurs ! »
» MicHEL-ANGE. — C'est vrai.
» JuLEs II. — Ah! c'est vrai ? Continue.
» Micnez-ANnce. — Je n'ai rien à continuer. Vous
savez les choses aussi bien que moi. J’ai vendu tout de suite mes meubles aux juifs, et suis parti pour Klorence.
» JuLES II. — Et alors qu'est-ce que J'ai fait, moi? Car je n’ai pas trop l’habitude de subir les manques de respect, que je sache ! J'ai dû faire quelque chose.
» MIcHEL-ANGE. — Je ne conçois pas quel plaisir
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