‹ Précurseurs et révoltésChapitre 112 sur 148 · TOR · texte numérisé non relu

TOR

feuille verte qu’elle a dans la main et qui est du laurier.

» UrBiNo. — Ce sont des façons de parler qui ne vous empêchent pas de vous fatiguer à en mourir.

» MicuEëL-ANGE. — De longtemps je n’avais été aussi heureux ! Il fait nuit profonde, et à la lueur de cette petite lampe j'aperçois des mondes d'idées... Quelle heure peut-il bien être ?

» UrBino. — J'imagine quil ne doit pas être loin de minuit.

» MicmeLz-AnGEe. — Il pleut à verse. On entend l’eau frapper sur les toits et tomber sur les dalles de la cour comme une large rivière. L’orage a été terrible. Des éclairs sillonnent la noirceur miroitante de la vitre. Mais au fond de ces bruits sévères, quel calme! Les erondements lointains de la tempête et ses mugissements majestueux, mais pas une voix humaine, pas une voix fausse, mensongère, criarde, prétentieuse ou sottement arrogante ne s'élève pour m'irriter! On peut créer. On a l'esprit libre... on est heureux! on est tout entier à ce qui vaut la peine de s’en laisser posséder, et le sein compact et serré du marbre s'entr ouvre; déjà commence à se dégager cette tête vivante. Blanche, blanche, elle palpite sous le ciseau qui délivre chacun de ses traits... Ils sortent de la matière... ils parlent !

À ce moment, on frappe à la porte. Un disciple de Michel-Ange, Antonio Mini, vient annoncer à son maître que Raphaël se meurt. Il l'a vu couché dans son lit, blanc comme un linceul, les yeux fixés sur son tableau de la Transfiguration. Près de lui, les cardinaux 3ibbiena, Sadolet, Bembo, et le pape Léon X en pleurs. « À l'heure qu'il est, il doit être mort », ajoute Antonio. Michel-Ange saisi, bouleversé, ne peut le croire. Une impulsion irrésistible le pousse lui-même au che-

vet du mourant.

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