LE CYCLE DU HÉROS. —= DU CENTAURE À JASON
Gustave Moreau nous a fait voir toute l’évolution dé la Femme. Amoureusement, le peintre a suivi ses nuances fayantes, ses étranges avatars. Incarnations équivoques et grossières au bas de l'échelle, plus belles, plus affinées à mesure quelle monte les degrés de la vie. Il semble qu'en s élevant des zones de l'instinct aux altitudes de l’idée, elle revête des corps toujours plus subtils, toujours plus diaphanes, pour laisser tomber successivement ses enveloppes imparfaites, et se mouler à la fin, sous nos yeux, en pure Psyché, luisant de sa propre lumière.
Mais la Femme n'est que la moitié de la vie, et l'Éternel Féminin qu'une des faces de Dieu. L'artiste consumé par la double et terrible soif d'aimer et de savoir, qui sont les tourments divins, se condamne à suivre l'ascension de l'Homme vers la Vérité, comme 1l a suivi celle de Îa Femme. Le cœur de la Femme se nomme Passion; son signe est l'Amour. Le cœur de l'Homme se nomme Volonté; son signe est le désir de créer, C'est pourquoi le peintre insatiable de l’Ame quitta les sentiers fleuris de la Femme et s’en
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gagea sur les rudes chemins de l'Homme.
Ici, plus de grottes délicieuses, plus de frais ruisseaux, plus d'ombreux méandres. La route monte à pic vers le sommet. Il s’agit, après avoir vaincu les monstres qui en défendent les abords, de grimper droit à la cime escarpée ou de tomber au précipice. Voilà l'aventure que réclamait du peintre sa virilité puissante et solitaire. TE tenta résolument.
Dans l’évolution de l’homme, Moreau nous montre quatre étapes: 1° le Cycle du Centaure représente la lutte de l’animalité et de l’intelligence ; 2° le Cycle d'Hercule magnihe le combat avec les forces du mal: 3° Jason exalte la conquête du secret magique ou de Îa vérité divine ; L° le Jeune Homme et la Mort fait pressentir la suprème révélation qui attend le héros accompli, moissonné dans sa fleur, au seuil de l'autre monde.
1. Le cycle du Centaure. — « O Macarée, toi qui veux connaitre la vie des Centaures, sais-tu qu'aucun homme na pénétré l'énigme des choses ? Les Dieux ont posé leur lyre sur une pierre en ÿ laissant deux ou trois sons. La pierre les murmure encore à l'oreille qui s’y penche, mais les Dieux ont emporté le secret du monde avec la lyre. » Ainsi parle le vieux Centaure a l’homme qui l'interroge, dans l’admirable poème de Maurice de Guérin. Moins que l’homme le Centaure peut deviner le grand secret. Car il réalise, dans la mythologie grecque, l’idéal de la vie fougueuse au milieu de la nature sauvage. Élément aveugle
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