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92 PRÉLUDE AU XIX° SIÈCLE forma avec ses frères et sa belle-mère un complot
pour tuer le tyran commun. La jeune fille, qui fut poussée à cette action terrible par une impulsion plus forte que son horreur, était, selon tous les témoignages, un être charmant et aimable fait pour orner la société et être admiré. Les plus effroyables circonstances purent seules la diviser de sa propre nature. Les auteurs du meurtre ayant 4 été découverts, le pape les condamna à mort malgré l'intercession des plus grands personnages de Rome. Il est difhicile d’attribuer la sentence du pape au simple amour de la justice, car le vieux Cenci avait plus d’une fois obtenu le pardon de ses crimes énormes moyennant 400,000 couronnes d'or. Parmi les raisons qui déterminèrent Clément VIII à la sévérité, on peut supposer le fait que les meurtriers de Francesco Cenci le privaient d’un revenu certain. Béatrice âgée de vingt ans, sa belle-mère Lucrezia et son frère Giacomo Cenci furent décapités à Rome devant le palais de leurs ancêtres, le 11 mai 1590. Bernardo, jeune frère de Béatrice, fut seul épargné; mais par un rafhinement inouï de cruauté, le pape le força d'assister au supplice de toute sa famille.
On peut s'étonner au premier abord que l’auteur d’Alastor et de la Plante sensitive ait choisi un sujet dont le fond est l’inceste suivi d’un parricide. Le théâtre moderne n’admet pas de telles données, et la poésie y répugne en principe. 51 toutefois le dramatiste est parvenu à diminuer l'horreur réelle du fait en nous intéressant à la victime, s’il nous à peint des souffrances morales et non des tortures physiques, s’il en fait ressortir
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l'âme noble et forte de l’héroïne, il aura produit un chef-d'œuvre et couronné d’une auréole immortelle un des caractères les plus touchants de l’histoire. Ce qui détermina Shelley à la faire revivre, ce fut non pas la recherche de l'extraordinaire, mais une véritable obsession. En arrivant à Rome, il trouva que Béatrice vivait encore dans toutes les mémoires, excitait l'intérêt, la compassion universelle. Il vit les restes du lugubre palais Cenci, près du Ghetto. De plus, on lui communiqua un manuscrit compulsé de ceux du Vatican, contenant la relation détaillée du procès. Déja son Imagination était en travail; mais le trait de lumière qui fit surgir à ses yeux l’image de l'héroïne, ce fut le portrait tant connu et tant répété que Guido Reni ft de Béatrice dans sa prison peu avant sa mort et qu'on va voir au palais Barberini. El a décrit l'impression qu'il reçut de cette admirable peinture. « [I ÿ a une tranquillité fixe et pale répandue sur tous ses traits, elle semble triste et abattue ; pourtant le désespoir qui se peint sur son visage est tempéré par la patience et la douceur. Sa tête est enveloppée dans les plis d'une draperie blanche, Îles boucles dorées de ses cheveux abondants s’échappent de dessous cette cape et tombent sur sa nuque. Le moule du visage est d'une délicatesse ravissante, l'arc des sourcils nettement et largement dessiné. Les lèvres ont un pli d'imagination et de sensibilité qui persiste sous un voile de souffrances. Ses yeux, dont on dit qu'ils étaient remarquables par leur vivacité, sont gonflés par les larmes et sans éclat, mais merveilleusement tendres et sereins. Dans tout le visage,
94 PRELUDE AU XIXe SIÈCLE
il yaun mélange de simplicité et de dignité, de suavité exquise et de profond chagrin qui le rendent indiciblement pathétique. Béatrice Cenci semble avoir été une de ces rares personnes en qui l'énergie et la grâce résident ensemble sans se détruire l’une l'autre ; sa nature était simple et profonde. Les misères qu’elle a endurées, le crime qu'elle a commis sont comme le masque et le manteau dont les circonstances l’ont habillée pour la personnifier sur la seène du monde. » On le voit, Shelley fut remué par ce portrait dans sa fibre intime. Douceur et force, n’était-ce pas là le fond de sa propre nature? La sympathie qui résulte de certaines affinités secrètes de l’Âme produit les 1lluminations les plus soudaines. À la vue de cette tête, 1l comprit tout d’un coup l’âme, le caractère, la destinée de cette héroïne. Dès lors plus de repos pour lui; il devait la représenter telle qu'elle fut, souffrir tout ce quelle avait souffert, revivre son martyre. Peut-être frissonna-t-il sous cette vision, mais 1l était de ceux qui ne peuvent éviter la tête de Méduse et sont condamnés à Ia regarder en face.
Le tempérament de Francesco Cenci est celui d’un monstre tel que Shakspeare même n’en a point conçu. Richard IIL et lago ne sont auprès de lui que des écoliers. Il est le produit le plus féroce de cette noblesse romaine du xvr° siècle qui vivait sans loi au gré de passions sans frein. C’est plus qu’un criminel, c’est un maniaque du crime qui se délecte dans la souffrance d'autrui et pousse Jusqu'au délire la cruauté, ce paroxysme de légoïsmé humain. Shelley n’a nullement exagéré ce carae-
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L'ŒUVRE DE SHELLEY 9f
tère stismatisé par ses actes quand il lui fait dire : « Dans ma jeunesse, je ne songeais qu’au plaisir. Plus tard, quand J entendis gémir un ennemi e! ses enfants, je connus les de fices de la terre. Maintenant jaime mieux voir ces angoisses que la terreur cache mal, la prunelle fixe et hagar ile la lèvre pâle et este qui me dit que fine pleure en dedans des larmes plus amères que la sueur de sang du Christ. Rarement je tue le corps, car 1l conserve comme une forte prison l’âme en mon pouvoir, et je la nourris d'heure en heure du soufile de la peur. » Le cardinal Camillo lui répond : « Le plus réprouvé des démons, dans l'ivresse de sa faute, n'a jamais parlé à son propre cœur come tu me pa arles maintenant. » Sa haine a fini par se tourner contre sa propre famille, qui lui r'epro che ses crimes, contre ses fils, qu'il de comme ses ennemis et auxquels il refuse l'argent nécessaire pour l’entretien de leur famille. C'est un fait avéré qu'il laissait mourir de faim son fils Giacomo, et qu'il l'avait éalomnié auprès de sa propre femme pour détruire la paix de son ménage. Quant à sa seconde femme Lucrezia et à sa fille Béatrice, 1l les enfermait souvent, leur laissant à peine de quoi se nourrir et leur infligeant les plus cruelles injures.
Béatrice nous apparaît comme une âme pure, forte, pénétrante, plutôt froide que passionnée, héroïquement dévouée à sa famille, sorte de Cassandre romaine jetée dans l’antre d’un bourreau qui est son père. Elle a toutes les délicatesses de la vierge, sa sensibilité est si exquise qu'elle pourrait pleurer pour une fleur brisée, mais les
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malheurs qui ont fondu sur elle ont flétri dans son cœur la fleur de joie. Elle avait aimé un jeune noble romain, Orsino, mais il s'était fait prêtre par ambition, et le voilà prélat. Il songe maintenant à séduire Béatrice sous air de protection. C'est un caractère faible et faux qui, n’ayant pas la force d’être bon, devient méchant par lâcheté. Cependant cet homme est la dernière planche de salut de Béatrice ; lui seul pourrait l’arracher aux griffes de son père. Elle lui confie une pétition au pape ; c'est son dernier espoir. Orsino promet de la remettre, mais, craignant que sa proie ne lui échappe si le pape mariait la jeune fille de son autorité, il garde Îe placet. Béatrice reste ainsi sans défense au pouvoir de son gedlier. Cenci pousse le cynisme jusqu'a donner une fête à secs nobles et parents pour célébrer la mort d’un fils qui l'avait bravé : fait incroyable, mais historique. Il force sa femme et sa fille d'assister à ce banquet sacrilège. Alors Béatrice, päle, tremblante, indignée, porte plainte contre son père devant toute l'assemblée. Elle parle au nom de sa famille, supplie le prince Colonna, le cardinal Camillo, de l'emmener; 1ls n'osent, par peur du redoutable Cenci. Cette protestation publique, cette révolte ouverte de Béatrice, font naître dans l’âme satanique de Francesco l’idée d’une vengeance inouïie. « Elle rampera, s'écrie-t-1l, à travers une vapeur d'horreur stupéfiante; s’1l y a un soleil dans le ciel, elle n’osera plus regarder ses rayons ni senür sa chaleur, c’estelle alors qui désirera la nuit. L'acte que je médite éteindra tout pour moi. Je marche enveloppé de ténèbres plus mortelles que
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l’ombre de la terre, que les constellations éteintes dans le plus noir nuage, et dans ces ténèbres Je m avance sûr et invisible vers mon dessein. » Le moment où Béatrice outragée conçoit le dessein de tuer son père a été représenté par Shelley avec une vérité irréfragable. Une révolution totale, terrible, définitive, s’accomplit sous nos yeux dans une âme. Béatrice, effarée et plus morte que vive,
vient de se précipiter dans la chambre de sa bellemère.
«€ BÉATRICE, — Comment ces cheveux se sont-ils défaits ? Leurs écheveaux errants m’aveuglent, et cependant je les avais fortement attachés. Horreur ! le plancher s'enfonce sous mes pieds, les murs tournoient. Je vois ici une femme debout, calme et sans émotion, pendant que je glisse vertigineusement dans l’abîime du monde. Mon Dieu! le bel azur du ciel est taché de sang ! La lumière du soleil sur le plancher est noire. Une vapeur pestilentielle a empoisonné en moi le subtil-esprit de la vie. Je n’ai jamais su ce que les fous sentent avant de devenir fous, mais maintenant Je suis folle, sans aucun doute ! Non, je suis morte.
» LUGREZrA. — Quel mal t'arrive, ma pauvre enfant ?
— Blle ne répond pas, son espritperçoit la sensation de la douleur, mais non sa cause, la souffrance à détruit la source ont elle à jailli.
» BÉATRICE, — Oh! que suis-je? Quel nom, quelle place, quelle mémoire sera la mienne ? Quel souvenir dépassant même le désespoir ?
» LUCREZIA. — Tu ne ressembles plus à toi-même, tes yeux lancent des lueurs égarées. Parle-moi, délie ces mains pâles dont les doigts s’enlacent convulsivement.
» BÉATRICE. — C’est une vie sans repos qui les tor-
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ture; si je parlais, je deviendrais folle. Il faut que quelque chose soit fait; quoi? je ne le sais pas encore, maïs quelque chose qui réduira en poudre ce que J'ai souffert, comme l'éclair broiïe un arbre, quelque chose de bref, de rapide, d’irrévocable, qui coupe mon mal à la racine. Faut-il répandre mon propre sang, qui est le sang de mon père et qui coule dans mes veines souillées ? Non, cela ne laverait pas le crime, car alors plus d'un douterait qu'il y a un Dieu dans le ciel qui voit et permét qu'une créature soufire le mal ét meure ainsi. Or, cette foi, aucune agonie ne l'obscurcira en mot.
» LucrezrA. — Mon malheureux enfant, ne me cache pas ton impénétrable chagrin.
» BÉATRICE, à part, — Quelle est cette vapeur indistincte de pensées qui se lèvent, ombre sur ombre, s'obseurcissant l’une l’autre ? (A-voix basse) Puissante mort! Ombre au double visage! Seul juge ! Le plus juste des arbitres ! (Elle reste absorbée dans sa pensée, puis soudain s’avance vers Orsino, qui vient d'entrer), Es-tu mon ami, Orsino, faux ou vrai ? Engage-toi sur ton salut avant que je parle.
» Onrsixo. — Je jure de dédier mon pouvoir et ma force, mon silence et tout ce qui m'appartient à tes ordres,
» LucrezrA. — Vous pensez que nous devons méditer sa mort ?
» BéarTricE. — Et faire ce que nous aurons médité, et cela subitement. Soyons rapides et hardis.
» ORsINO. — Et très prudents.
» LuCREZIA. —= Gar les lois jalouses nous puniraient
de mort et d’infamie pour avoir fait ce qu elles-mêmes auraient dû faire.
» BÉATRICE. — Aussi prudents que vous voudrez, mais prompts avant tout. Orsino, quels sontles moyens?»
On décide que Cenci sera tué dans son castel de Pétrella, où il veut mener sa famille; Orsino
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fournit les meurtriers. Béatrice n’est pas moins inébranlable au moment de l’action que dans la conception du meurtre qui doit la délivrer de son tyran. La colombe s’est changée en lionne.
« BÉATRICE. — Tout est-il fini ?
» OLIMPIO. — Nous n'ayons pas osé tuer un vieillard dans son sommeil. Ses cheveux, rares et gris, son front ridé, ses mains croisées sur sa poitrine m'ont paralysé. Vrai, je ne puis le faire.
» BÉATRICE. — Misérables esclaves ! Comment, vous n'avez le courage de tuer un homme endormi et vous avez l'audace de revenir sans’ avoir rien fait? Vils sicaires à gage, couards et traîtres ! Ne parlez päs de votre conscience, que vous vendez chaque jour pour l'or et la vengeance ; elle s’est tue sur mille actions dont une seule déshonore un homme, et quand il s’agit d’un châtiment où la piété est une insulte au ciel... Mais pourquoi parler ? (Arrachant un poignard à l’un des meurtriers). Si ce fer avait une langue pour dire: « Elle a tué son père ! » il faut que je le fasse! — Mais ne croyez pas que vous lui survivrez longtemps!
» OLIMPIO. — Arrête, pour l'amour de Dieu !
» Marz10. — J'y retourne et je vais le tuer.
» OLIMPI0. — Donne-moi le poignard; nous devons faire ta volonté.
» BÉATRICE. — Prends ! pars ! reviens ! (6limpio et Mar. zio sortent. — A Lucrezia). Comme tu es pâle! Ne pas faire ce que nous faisons serait un crime mortel, »
Cenci mort, Béatrice devient d’un calme parfait. L'arrivée de Savella, légat du pape, qui vient faire une enquête, ne la trouble même pas. Elle dit à sa belle-mère: « La chose est faite: ce qui va suivre ne me regarde pas. Je me sens aussi
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dégagée que la lumière dans l’espace et l'air qui
enveloppe la terre, aussi ferme que le centre du monde. Les conséquences sont pour moi comme le vent qui frappe le roc solide, mais ne l’ébranle pas ». Cependant on a trouvé un billet compromettant de Béatrice à Orsino, on a saisi Marzio, qui est mis à la torture et avoue tout. Le procès est instruit, et les trois accusés Lucrezia, Giacomo et sa sœur sont incarcérés. Béatrice est intérieurement convaincue de la justice de son action, mais elle la nie énergiquement devant les juges du pape pour sauver sa vie et l'honneur de sa famille. On la confronte avec le meurtrier, auquel la torture a arraché l’aveu. Citons encore la scène où la jeune fille, redevenue sauvage et en quelque sorte invincible, force le sicaire, par la puissance de sa volonté et le magnétisme de son regard, à reprendre son aveu et à braver une seconde fois la roue :
« LE JUGE, à Béatrice. — Regardez cet homme. Quand l'avez-vous vu pour la dernière fois ?
» BéarTrice. — Nous ne l'avons jamais vu.
» Marzio. — Vous me connaissez trop bien, dame Béatrice.
» BÉATRICE. — Je te connais ? comment ?où? quand ?
»y Marzio. — C'est moi que vous avez poussé par des menaces et des présents à tuer votre père. Quand la chose fut faite, vous m'avez revêtu d’un manteau tissé d'or et vous m'avez dit de prospérer; comment J'ai prospéré, vous le voyez. Vous, seigneur Giacomo, dame Lucrezia, vous savez que je dis la vérité. (Béatrice s’avance vers lui. Il se couvre la face et recule de terreur). Oh! détourne le terrible ressentiment de tes yeux vers la terre insensible, Ils blessent! C’est la torture qui m’arra-
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che la vérité. Seigneurs, puisque je l’ai dite, qu'on me conduise à la mort.
» BÉATRICE. — Rive tes yeux dans les miens et réponds à ce que Je te demande. (Se tournant vers les juges). De grâce, remarquez sa contenance. L’audacieuse calomnie quelquefois n'ose pas attester ce qu’elle paraît être, celui-ci n'ose paraître ce qu’il atteste, il détourne son regard vers la terre aveugle. (A Marzio). Veux-tu dire que J'ai tué mon père ?
»y Marzio. — Emportez-moi! Ne la laissez pas me regarder, j'ai dit tout ce que je sais.
» LE CARDINAL CAMILLO. — Gardes, conduisez-le
plus près de dame Béatrice. Il frémit et se tord sous son regard comme la feuille d'automne sous le tranchant du clair vent du nord.
» BÉATRICE. — © toi, qui trembles sur le bord vertisgineux de la vie, arrête avant de me répondre; alors peut-être tu répondras à Dieu avec moins d’effroi. Quel mal t’avons-nous fait ? Moi, hélas ! je n’ai vécu sur cette terre que quelques tristes années, et mon sort fut ainsi ordonné que mon père changea les premiers moments de ma vie naissante en gouttes de poison qui détruisirent une à une les douces espérances de la jeunesse; ensuite il poignarda d’un seul coup mon âme immortelle, ma renommée sans tache et jusqu’à cette paix qui dort au plus profond du cœur. Mais la blessure ne fut pas mortelle ; ainsi la haïne devint le seul culte que je pouvais rendre à notre père céleste, qui par pitié t'arma comme tu le dis, pour exterminer le criminel. Et la justice rendue devient mon accusation ? Et c’est toi qui es l'accusateur ? Rends-moi justice, te dis-je, ou bien précipite-toi devant le grand Juge et dis-lui: « J'ai transoressé toutes les lois divines et humaines, et j'ai fait plus encore: il y avait une jeune fille très pure et très innocente sur la terre, et parce qu’elle a souffert ce que jamais n’a souffert ni innocent ni coupable, parce que
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ses souffrances n’ont pu être ni dites ni pensées, parce que ta main à la fin l’a repoussée, moi d'un mot je l'ai assassinée, elle et toute sa race! » Et maintenant, réponds à ce que je te demande: suis-je ou ne suis-je pas une parricide ?
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» Marzio. — Tu ne l'es pas.
| » LE JUGE. — se veut dire ceci ?
» Marzio. — de déclare ici que ceux que j'ai accusés ontinnocents. Moi seul je suis coupable,
» LE JuGE. — Qu'on l’emmène aux tourments; quon
les raffine et qu'on les traîne en longueur pour metire à nu les replis de son cœur. Ne le déliez que lorsqu'il aura tout confessé.
Marzio, — Torturez-moi comme vous voudrez.
Une peine plus aigue a fait sortir une vérité plus haute de mon dernier soute Elle est très innocente. Chiens assoiffés de sang, qui n'êtes plus des hommes, rassasiez-vous de moi! Je ne veux pas vous livrer ce doux chef-d'œuvre de la nature pour le metire en pièces et le détruire, »
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Marzio trouva moyen « É le lie sur la roue ; sous
trice demeure invaincue ; mais Giacomo et Luerèce. mis à la même question: avouent. En l’apprenant, leur sœur s’écrie avec indignation: « Quoi! voulez-vous abandonner nos corps à être trainés par des chevaux (supplice des ane eur en sorte que vos cheveux balayent les traces de la vaine multitude ? La roue n’est cruelle que parce qu'elle peut arracher le mensonge à la peur ». Cependant elle se résigne rapidement. Quand on [ur annonce l’irrévocable sentence de mort du pape, la nature se révolte une dernière fois en elle. « Est-ce possible, s’écrie-t-elle, que je doive mourir si soudai-
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