‹ Précurseurs et révoltésChapitre 31 sur 148 · NO PT · texte numérisé non relu

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nement? » Mais un instant après: « C’est passé, dit-elle, mon cœur ne faillira plus. Combien oiseuses, fausses et froides me semblent toutes choses ! Cependant je me fie en Dieu. En qui autre quelqu'un pourrait-il se fier ? Et maintenant mon cœur est froid ». Elle passe ses derniers moments à consoler sa mère et son jeune frère Bernardo. La voyant endormie le pauvre adolescent la compare à un jour doucement éteint qui se clôt en nuit et en rêves. — Telle est dans ses lignes principales cette émouvante tragédie. Les scènes citées suffisent à prouver que Shelley a traité le caractère de Béatrice avec une grandeur et une süreté shakspeariennes et qu'il a vaincu la terreur de cette destinée par la beauté de la victime. Si Béatrice n’eût pas tué son père, elle eût été peut-être une sainte, mais elle n'eut pas été un caractère tragique. Shelley a voulu Îa représenter telle qu’elle fut, telle qu’elle dut être. Si l’histoire est pénible, le sujet impossible à la scène, il faut reconnaitre que le poète en a fait ressortir le côté éternellement touchant et vrai, et nous dirons avec lui: « Le but moral le plus élevé que puisse se proposer le drame est de donner au cœur humain la connaissance de lui-même en excitant ses sympathies et ses antipathies. C'est en proportion de cette connaissance que tout être humain est sage, juste, tolérant et bon. »

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