‹ Précurseurs et révoltésChapitre 34 sur 148 · PR BAS RS LUS · texte numérisé non relu

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mais maintenant 1l la redemande aux montagnes, aux sources, aux fleuves ; ils s’en souviennent, mais n’osent prononcer la redoutable formule. Qui la redira ? C’est la voix mélancolique de la terre

: élle-même qui l’a retenue, qui en a frémi dans

ses entrailles d’une mytérieuse sympathie, qui la relance maintenant au tyran à l’appel de son fils glorieux : « Ennemi, je te défie ! d’un esprit calme et fixe. Tout ce que tu peux m'infliger, je te prie de le faire. Tyran des dieux et des hommes, il y a un seul être que tu ne subjugueras pas. Fais donc pleuvoir tes fléaux sur moi, la pale maladie et la peur frénétique, que le froid et le feu consument mes entrailles. Fais le pire, tu es tout puissant, je te donne pouvoir sur toute chose excepté sur toi-même et sur ma propre volonté ». À ces paroles, qui lui reviennent du fond du gouffre maternel, Prométhée reçoit les mots qu'il à accumulés sur le monde et sur Îui-même, il est saisi d’un spasme de douleur. lone et Panthéa frissonnent. Le Titan va-t-1l expirer ? Heureusement il est invaincu., Mais, comme si ce défi répété avait réveillé la vengeance de Jupiter, son messager Mercure accourt. Ce n'est n1 avec le Tartare, ni avec le vautour qu’il menace ; il amène les Furies. Si Prométhée ne veut dire au maître le secret qui doit le sauver, 1l sera livré à ces fantômes, qui lui infligeront des tortures morales plus redoutables que tous les maux physiques. Qu’elles viennent ! dit le Titan. Aussitôt la blanche foudre vient fendre jusqu'à la racine un cèdre chargé de neige ; le ciel s’obscurcit sous une légion de Furies aux

formes terribles et innombrables. À ce hideux

aspect, lone et Panthéa couvrent leur visage de eurs MAINS.

« PREMIÈRE Fürie. — Ha! je sens de la vie!

»y DEUXIÈME Furie. — Laisse-moi seulement regarder dans ses yeux !

» TrorsièMe FurtEe. — L'espoir de le torturer m'allèche comme le vautour est alléché par un champ de carnage.

» PREMIÈRE Furi£. — Prométhée !

» DEUXIÈME Furte. — Titan immortel !

»y TROISIÈME FurtE. — Champion des esclaves du ciel !

»y ProMÉTHÉE. — Celui qu’invoquent ces voix terri-

bles est ici, Prométhée, le Titan enchaîné. Femmes horribles, qu'êtes-vous ? Jamais d'aussi ignobles fantômes ne sortirent du Tartare. Pendant que Je regarde ces formes exécrables, il me semble que je deviens semblable à ce que je contemple, fasciné dans une affreuse sympathie.

» PREMIÈRE Furie. — Nous sommes les ministres de la peine et de la peur, du désappointement, de la méfiance et de la haine. Comme les chiens maigres pour suivent le faon sanglotant, nous traquons ce qui pleure, saigne et vit, quand le grand roi nous déchaîne.

» PROMÉTHÉE. — Pourquoi, si hideuses, sortez-vous par légions des profondeurs ?

» DEUXIÈME Fute. — Nous ne le savons pas. Sœurs, réjouissez-vous |

» PROMÉTHÉE. — Peut-on se réjouir de sa propre difformité ?

» DEuUxIÈME Funrie. — La beauté de la joie rend les amants heureux quand ils regardent l’un dans l'autre, ainsi faisons-nous. Comme de la rose, cueillie par la pâle prêtresse pour sa couronne de fête, tombe un reflet cramoisi qui colore sa joue, ainsi l’agonie de notre

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