‹ Précurseurs et révoltésChapitre 53 sur 148 · G PP ST NET AU D · texte numérisé non relu

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lé hautes montagnes, boit l'eau la plus sale et se || nourrit d'herbes sèches. Ainsi l'esprit conquiert ii les trésors dont il a besoin pour son œuvre. Mais 1 un beau jour, au fond du désert, il devient lon. (] Il veut « saisir sa proie de liberté, lutter avec son i dieu et tuer le grand dragon ». Vous croyez peut- ‘à être que ce dragon est le vieux péché des théolo-

giens, une des innombrables tentations de saint Antoine? En vérité, cela serait trop vieux jeu. Le grand dragon s'appelle : « Tu dois », mais le lion de l'esprit répond: « Je veux.» Il aimait le devoir comme la chose la plus sacrée, il faut qu'il déchire son amour pour être libre. Pourquoi faut-il maintenant qu'il devienne enfant? L'enfant est l’innocence, l'oubli, le recommencement, un jeu, une roue qui roule d'elle-même. « Pour le jeu de la création il faut une sainte affirmation. C’est sa volonté que veut l'esprit c’est son monde que veut gagner celui qui a perdu le monde ». Cette parabole serait vraie et profonde, si le chameau, au lieu d’assembler arbitrairemement des faits dans une vue égoïste, cherchait la vérité intime cachée en toute chose ; si le lion, au lieu de s’en prendre à l’idée du devoir et par là nier l’ordre universel, ne s’attaquait qu'aux monstres de l'ignorance, du préjugé et de l’habitude; s1 le bel enfant qui joue dans l’innocenee et la joie était le fils de l’amour libre et spontané qui s’oublie parce qu'il se donne et qui crée parce quil aime. Nous surprenons ici sur le fait le procédé habituel de Nietzsche, qui consiste à revêtir un sophisme d’une image originale et frappante, de manière à séduire les simples et les esprits faux, ou les purs dilettantes.

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— si nombreux aujourd’hui! — qui se plaisent aux images, admirent les gestes, et se moquent des idées.

Les chapitres suivants développent au long l'évangile individualiste et anarchique. Après avoir proclamé la liberté absolue de l'individu, Zarathoustra déclare la guerre à ses ennemis. Guerre aux prétendus Justes et bons, qui ne sont pour lui que les paresseux et les lâches! Guerre aux prétendus vertueux, qui ne sont que les hypocrites. Guerre surtout au prêécheurs d’au-delà ! Ce sont, aux yeux de Zarathoustra, des hallucinés ou des tartufes de sensualité raffinée. En revanche, 1] proclame saint et sacré le corps physique qu’il nomme « une pluralité avec un sens, la paix dans la guerre, Îe troupeau conduit par un berser ». Nietzsche ignore que le corps est sacré en effet parce quil est l’image de l’âme en ses facultés diverses et l'instrument de l’esprit, non parce qu'il est un assemblage d’atomes. Il ne s’aperçoit pas qu'en soutirant à l’homme l'esprit et l’âme, 1l le prive à la fois de son principe directeur et de son principe plastique, lui arrachant du même coup l'essence divine et la substance humaine. La Rochefoucauld a montré merveilleusement combien l’homme est habile à se tromper par amour-propre. Îl eût admiré dans le cas présent comment il excelle à se ruiner par orgueil. Voilà un prophète qui prêche l’homme surhumain et lui ôte la force qui pourrait l’élever au-dessus de lui-même. Il sent bien qu'en admettant l’âme ou l'esprit au-dessus et au delà du corps, il faudrait leur donner pour cause et pour fin Dieu, le Divin ou l’ordre

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