‹ Précurseurs et révoltésChapitre 54 sur 148 · RAR · texte numérisé non relu

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universel. Quelque nom qu'il donne à cette puissance insondable, elle le dépassera de toute son immensité. Voilà ce quil ne veut à aucun prix. De là l’apologie du corps et l'appel à l’instinct. Mais l'instinct évoqué se vengera. Le renversement de la hiérarchie des forces est la malédiction de l’intellectuel pervers qui a tué sa sensibilité morale et détruit son centre de gravité. L'instinct érigé en guide conduit l'intellectuel à la folie ; non seulement l’enseignement antipsychique, anti-organique et antisocial de Zarathoustra enfantera l’anarchie autour de lui, la guerre de tous contre tous ; il bouleversera sa propre conscience, il mettra la guerre enire son cerveau, son cœur et ses sens. Ce sera la désintégration et l'effondrement. Juste Némésis ! Qui travaille pour la vie, fa recoit: mais l’ouvrier de la mort est saisi par elle.

En attendant, l'évangile à rebours, le nouveau sermon de la montagne, continue âpre et incisif. Les flèches d'acier volent empennées de roses, les paradoxes s’empanachent de pensées rares. Zara thoustra flétrit l’amour de l'humanité comme une vertu de va-nu-pieds, comme un haïllon d’hypocrisie, Lui-même donne l'exemple d’un orgueil sans contrainte comme sans limite, Les sages et les prophètes du passé étaient tous des saints imbéciles où des pédants solennels, Leur doctrine a sombré à cause de « l'esprit de lourdeur qui était en eux ». Ils n'ont su que trébucher et tomber. Zarathoustra seul s’en va sur toute chose d’un pas subtil de danseur, seul 1l a des ailes, seul 1l a trouvé la vérité sur sa montagne.

Dans l'ivresse de sa découverte, son esprit pétille

comme la mousse du vin nouveau. « Un aïr léger et pur, le danger tout près, et l'esprit plein de Joyeuse méchanceté : tout cela va bien ensemble. Je veux avoir autour de moi des esprits malins, car Je suis courageux. Un courage qui chasse ve spectres, se crée lui-même des démons. Le courage veut rire. — Je ne sens plus avec vous: ce nuage que je vois à mes pieds, cette noirceur et cette lourdeur dont je ris, c’est votre nuée d'orage. Celui qui monte sur les hautes montagnes rit de toutes les tragédies et de tout le sérieux funèbre de la vie. Insouciants, ironiques, violents, ainsi nous veut la sagesse. Elle est femme et n’arme que les guerriers. » Au milieu de ces bouffées d’orgueil, de belles pensées brillent çà et là comme des sentences d’or au-dessus des portes de marbre :

« De tout ce qu’ on écrit Je n'aime que ce qu'un homme écrit avec son sang. Écris avec ton sang, et tu sauras que le sang est de l'esprit. — Jadis, l'esprit était dieu, puis il devint homme, maintenant, il se fait populace. — La rosée tombe sur le gazon au plus profond silence de la nuit. Ce sont les paroles chuchotées en silence qui amènent la tempètes Les pensées qui gouvernent le monde s’en viennent à pas de colombes. » L? État moderne est assez mâlmené. « Ce sont des créateurs qui ont créé les peuples. Ils ont suspendu sur leur tête une foi et un amour, ainsi ils ont servi la vie. Maintenant, des destructeurs tendent des pièges en grand une et appellent ces pièges l'État. Ils suspendent sur sa tête une épée et mille appétits. » Dans ses diatribes acerbes,

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