‹ Précurseurs et révoltésChapitre 55 sur 148 · OT RS TERRA TE · texte numérisé non relu

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Zarathoustra manie le fouet de la satire avec fa violence d’un Juvénal, et c’est là qu’il déploie sa vraie force. Voici, par exemple, un croquis des ambitieux, politiciens, spéculateurs et journalistes : « Voyez ces superflus ! Ils volent les œuvres des inventeurs et les trésors des sages ; ils appellent leur vol culture, mais tout chez eux devient maladie et malaise. Voyez ces superflus, ils sont toujours malades. Ils vomissent leur fiel et l’appellent un journal. Ils se dévorent les uns les autres et ne peuvent pas se digérer. Voyez ces superflus ! Ils acquièrent des richesses et n’en deviennent que plus pauvres. Ils veulent le pouvoir et d’abord le brise-glace du pouvoir : beaucoup d’argent, ces impuissants ! Voyez-les grimper, ces singes agiles ! Ils grimpent par-dessus les autres et se tiraillent si bien qu'ils retombent tous dans la fange des bas-fonds. »

51 impitoyable que soit Zarathoustra pour les imitateurs de tout genre, qu’il range dans la caté:gorie des cabotins et acrobates, il n’hésite pas à emprunter plusieurs idées à Schopenhauer, notamment celle sur la femme et sur l’amour. Aussi peu que le « philosophe bourru » croit-il à l’idéalisme, à l'intuition, au sens divinatoire de la femme, fût-elle supérieure, à ce « quelque chose de divin » que lui attribuaient les Germains selon Tacite. « La femme est avant tout un chat et un oiseau, au meilleur cas, une nourrice. » Il Juge comme un suprême ridicule, et comme le déshonneur du genre mâle, la mission sociale que la femme s’est donnée en Amérique et qu’elle commence à revendiquer en Europe. Bien moins

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NIiETZSCHE ET LE SURHOMME 165

encore consentirait-1l à voir en elle la compagne intellectuelle de l’homme, la confidente de son idéal et l'âme de sa volonté. « Tout dans la femme est énigme, et tout a une solution qui s’appelle maternité. L'homme est pour la femme un moyen. Le but est toujours l'enfant. Mais qu'est-ce que la femme pour l’homme ? L'homme véritable veut deux choses : braver un danger et jouer. C'est pour cela qu'il veut la femme comme le plus dangereux des jouets. L'homme doit être élevé pour la guerre et la femme pour le repos du guerrier ; tout le reste est folie. Le bonheur de l’homme s'appelle : je veux ; le bonheur de la femme s appelle : 11 veut. Et 1l faut que la femme obéisse et trouve une profondeur à sa surface. L'âme de la femme est une surface, une pellicule mouvante sur une eau peu profonde. Mais l’âme de l’homme est profonde ; son fleuve mugit dans les cavernes souterraines ; la femme pressent sa force, mais ne la comprend pas. »

Que vont faire maintenant ces hommes forts ?

« Vous, les solitaires d’aujourd’hui; vous les séparés et les renonciateurs, vous serez un jour Île peuple. De vous, qui vous êtes élus vous-mêmes, doit naître le peuple élu, et de lui l’homme surhumain. Tous les dieux sont morts. Maintenant, nous voulons que vive le surhomme! C'estle midi de la volonté! » Voilà de fières paroles et de vastes perspectives. Nous ne sommes pas de ceux qui voudraient les interdire à l’humanité. Fussent-ils irréalisables, ce sont les beaux espoirs qui poussent aux grandes actions, Et puis si l’homme n'a que peu d'années pour lutter avec le destin,

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