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l'humanité a devant elle l'infini des siècles. La préparation d’une humanité d'élite par la sélection voulue des meilleurs est peut-être l’avenir de l’espèce. Mais Zarathoustra a-t-1] réuni dans son groupe les conditions indispensables pour laccomplissement de son œuvre ? D'abord il en écarte la femme, ou du moins il la réduit au rôle de la maternité physique, lui refusant celui de la vivification sensible de la création dans l'ordre psychique. En méprisant cet élément essentiel, Zarathoustra supprime la matrice même où le génie s’élabore dans un divm mystère. En se disant seul prophète et seul inventeur de la vérité, il supprime en outre tout lien entre le passé et le présent ; il coupe la chaîne magnétique qui, d'âge en âge, unit les peuples, les sages aux sages, les génies aux génies. En déclarant [a notion du bien et du mal un acte arbitraire de l’homme fort, il détruit la notion même de la vérité. Il s’ôte la possibilité d’avoir un seul disciple sérieux, car tous auront le droit de s’irsurger contre lui au nom de son propre principe. Îls ne feront qu'imiter leur maître qui ne veut d'aucun maître, pas même de Dieu.
Zarathoustra à renié les Idées Mères. Maintenant, il aura beau avoir de la force et du génie, il n'enfantera que d’autres orgueilleux plus impuissants que lui. Il parle bien de ses disciples, mais où les trouver ? Une nuit, il rêve qu’un enfant lui présente un miroir. Il s’y regarde et aperçoitavec terreur une hideuse grimace, la face d’un démon qui ricane. « Je comprends le sens du rêve, dit le prophète en s’éveillant. Ce méchant visage
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NIETZSCHE ET LE SURHOMME 167 signifie la caricature que mes ennemis et mes calomniateurs font de ma doctrine. » Mais le rêve pourrait s’interpréter différemment: cette face et ce rire démoniaque ne seraient-ils pas une dernière admonition de la conscience et ne pourrait-elle pas se traduire ainsi: « Prends garde, voilà ce que tu vas devenir si tu poursuis ta route! » Mais Zarathoustra n’est plus capable d’avoir un remords. « Il bondit comme un chanteur et un voyant saisi par l'esprit. Pareil à l’aurore, un bonheur à venir était répandu sur son visage. » Il bondit hors de sa caverne et chante un hymne en l'honneur des iles bienheureuses qu'il va conquérir :
& Mon amour impatient déborde à torrents, en aval ; il veut monter et descendre. Sortant des monts silencieux et des orages de la douleur, mon âme roule dans les vallées.
» Trop longtemps}j'ai désiré etregardélelointain. Trop longtemps j'ai écouté la solitude : ainsi j'ai désappris le silence.
» Je ne suis plus qu’une bouche qui parle, un torrent qui mugit entre de hauts rochers : je veux précipiter ma parole dans les vallées.
» Et que le torrent de mon amour se précipite sur des chemins de traverses ! Comment un torrent ne trouverait-il pas le chemin de la mer ?
» Sans doute il y a un lac en moi,un lacsolitaire, renfermé en lui-même ; mais mon torrent d'amour l’entraîne avec lui —— vers la mer!
» Je vais des voies nouvelles: un nouveau verbe me vient. Comme tous les créateurs, je suis fatigué des vieux langages. Mon esprit ne veut plus mar cher avec des sndäles usées.
« Les vieux verbes marchent trop lentement : je saute
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