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courses éperdues dans la forêt qu’Ada Neori s’écria : — Maintenant je suis poète ; je serai la voix des vaincus !
Cette voix elle l’a été victorieusement. Les souffrances des autres ont noyé les siennes. C’est pour cela sans doute qu’elle a si fièrement triomphé du destin. La renommée de son premier livre ayant attiré sur elle l’attention du public, un ministre lui donna la chaire de littérature italienne à l’école normale de Milan. Aujourd’hui Ada Negri jouit de l'indépendance d’une femme de lettres parvenue à la gioire.
Sa poésie est un cri direct jailli des profondeurs du peuple. Ce qui lui donne, en outre, une physionomie singulièrement vivante, c’est qu’elle révèle non seulement tous les mouvements d’une âme enthousiaste, mais encore l'effort héroïque d’une volonté. Nous y voyons cette âme éclore dans le combat avec la destinée ; nous la voyons grandir par sa lutte contre l’amouret la passion, dont elle éprouve toutes les tentations sans y succomber : nous Îla voyons enfin vaincre et s'affranchir en devenant l’expression de cette foule fraternelle d'opprimés, de souffrants et de lutteurs dont elle a voulu être la voix.
Essayons de dégager rapidement de son œuvre même cette figure originale en qui s’annonce un nouveau type de la femme et comme le premier tressaillement d’un monde en germe,
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L’âpre lutte pour la vie commença dès l’enfance chez Ada Negri. Mais les racines de cette âme puissante se trouvent dans le cœur tendre de sa mère, de la pauvre ouvrière de Lodi. Celle-cx, d’un dévoûment absolu, avec l'ivresse du sacrifice, y versa assez d'amour et d'espérance pour que son enfant chérie ne les perdit jamais dans le dur combat contre le destin. La victoire était à ce prix. Ada Negri eut donc ce suprême bonheur d’être aimée passionnément par sa mère, et cest grâce a cela, sans doute, qu'avec sa divination de poète elle pressentit toute la puissance de l’amour avant même de l'avoir éprouvée. Bien comprendre l’accord parfait c’est savoir toute l'harmonie. Et pourtant, ces images d'enfance ont chez elle quelque chose d’inénarrablement triste, à cause des souffrances de sa mère et du poids de la pauvreté qui pesait sur elle. Elle pense au chant maternel comme à une berceuse funèbre. Plus tard, en ses heures d’abattement, elle se réfugiait malgré tout dans la douceur mélancolique de ce souvenir.
« Quand fillette heureuse, à l’oreiller — je me confiais, avide de sommeil, — ma mère courbée sur l’aiguille, dans les longues soirées, — ma mère me veillait.
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