L WE
CETTE Lure Z:
190 LES SOUFFKRANTS __ » Elle veillait en chantant. C’était une douce — cantilène, gentille comme une fée, dont le faible souvenir calme encore — mon âme troublée.
» Les notes lentes mouraient dans le silence, — tremblantes d'une douceur intime. — Elles mouraïent dans la vaste obscurité dormante, — légères comme une caresse. »|
SUR 2 MRSPE RC NU RRMER QI TA car SORTE + L. 2 : e PtA alt f F DR nn RTE 12 +
se
d ; ee RE | Hi ÿ
Fil
Fi
Maintenant Âda a dix-sept ans. Penchée sur ses livres, dans la chambre de sa mère, elle prépare son examen d'’institutrice. Quelque chose de fort lui bat au cœur: elle voudrait s’élancer dans le vaste monde. Mais déja son regard a rencontré les yeux d’un fantôme qui se nomme : Fatalite.
« Cette nuit, à mon chevet, m'est apparue — une figure louche. — Un éclair dans l’œil, un poignard au flanc — elle me ricana au visage. — J’eus peur... Klle me dit : — « Je suis l’'Infortune.
» Jamais je ne te quitterai, fillette timide, jamais,
jamais. — Parmi les ronces et les fleurs, jusqu’à la mort et au néant. — Je te suivrai sans cesse, partout où tu iras. » — « Éloigne-toi l.. » sanglotai-je.
» Immobile elle restait près de moi — et me dit: « C'est écrit là-dessus. — Tu es une fleur livide, une fleur de cyprès, — fleur de neige, de tombe et de délit. — Là-dessus, là-dessus c’est écrit. »
« Je bondis en criant : « de veux l'espérance — qui reluit à vingt ans, — je veux la frémissante exultance d'amour, —Jje veux le baiser du génie et de la lumière 1... — Va-t-en, Ô funeste.
» Elle dit : « À qui souffre et crée en saignant = à celui-là seul resplendit la gloire, — Aigle sublime, la Bouleur atteint l’Idée, — À celui qui combat en brave: la victoire, » — Je lui répondis : Reste! »
Dre ue 2 me
D SE LE ie (
ADA NEGRI, UNE VOIX DU PEUPLE 191 de
Et ne croyez pas que cette pale jeune fille ne sente pas fortement la vie. La nature l’enivre et l’'affole de toutes les ivresses de l'amour. L’odeur des champs, l'éclat des fleurs la pénètre de langueur et-de volupté. La vue d’une rose qui s’effeuille dans un vase la fait pâlir. En la regardant, elle a cru voir une femme flétrie et terrassée par la passion. Elle voudrait être cette femme. En respirant ces feuilles fanées, elle se grise de délices e inouies, de tortures inconnues. La pauvreté a été : sa robe de nonne et le travail son silice sauveur.
Elle n’en sent pas moins l'amour avec cette violence et cette sensualité äâpre des Italiennes de tempérament. Témoin Le baiser payen:
mg de hr
« Parmi les épis d’or, en face du soleil rutilant — qui incendie la vallée, — dans le sillon fumant, — il la embrassée sur sa bouche tiède.
» Le ciel rit sans nuage et rit le froment — au couple ravi; — et, puissamment, autour du baiser franc et sain, — jubile la vie universelle,
» Les rouges corolles entr’ouvertes embaument —
eomme- des bouches haletantes d'amour. — Dans les brises diffuses s’élance — le chant allègre de la terre en fleur.
» Souriants ils s’embrassent au cœur des verdures — les deux jeunes amants — pendant qu'un trille d’hi. rondelles se perd — sous l'arche des cieux azurés.
» Et partout, sous les halliers ombreux, — dans les calices de fleurs, dans les blondes moissons, — dans les nids mystérieux, — frémit le baiser qui enivre et féconde. »
Pourtant l'âme fière de cette fille du peuple
EE
dot ogg re, Fe LUS
Ds | as 5 —
manne
” ET <e ins
mt tr pieds ee dal & COAST" es ÿ 3%) | VS, 3 M mme ; 6) A? “m HA
ice tdi AL QE PE ie a ann here Pn UD D 27 0: 7 n us a N) Ru à ER
pi EC 5 RES 1 RES : He * ER 111 ë n \ VE H 1% sf He PE re fs LE UT RE HF :
(il 4 A He À A je \ fl 4 fi bu
192 LES SOÜFFRANTS
s’oppose à la force envahissante de cetamour physique qu’elle exprime si puissamment. I] l’a troublée mais non vaincue. Les hommages [ui sont venus, les séductions l’ont assiégée, ses sens ont frémi, son cœur n'a point battu. Elle renvoie avec mépris les tentations vulgaires, les riches oisifs ; elle repousse les passionnés en de brefs dialogues, où l’on sent la lutte magnétique de deux volontés. Presque toujours elle a vis-à-vis de l’homme une attitude de défense ou d'agression. Quel est donc l'idéal de cette femme ? Ce n’est pas le doux poète aux vers harmonieux qui mettrait à ses pieds sa gloire, ses mystiques harmonies, ses songes, ses sourires, ses enthousiasmes, prêt à tout lui sacrifer pour en faire l’encens de son adoration. Non, c’est l'homme d'action, le lutteur, le triste révolté, l'invincible souffrant. Ecoutez plutôt :
« … L'autre dresse un front impérieux — comme un tronc de chêne dans la tourmente. — Il se tait; mais, tout au fond de lui, je lis — la poésie cachée d'une âme farouche et rebelle.
» Il ne me parle pas d'amour; peut-être n’ose-t-1l, — mais son regard aigu, flambeau allumé, — avec une ivresse secrète et douloureuse, — me répète quil m'aime et que je suis belle.
» Quand le jour languit et s'éteint sur la vitre — et qu’il fixe mon visage défait — il pense et souffre et ne sait plus me dire: je t'aime,
» J'incline mon visage dans une ivresse lasse — et un désir me pousse dans ses bras — comme un oiseau tremblant dans le filet. »
Cédera-t-elle ? Certes, les natures comme Îa
do ne uns À
D eme. |