Mydas
espagnol. « Ne pèse pas, lui diWl, dans la même balance Tor et la justice. Ne présente pas de la même main la guerre et la paix. Que ta tête soit satisfaite d'une] couronne. » Pour compléter la ressemblance de la cour de Mydas avec celle d'Espagne, j'y trouve un homme de guerre dur, violent, qui ne parle que de massacres et de conquêtes, et dans lequel je re • connais sans peine l'impitoyable duc d'Albe.
Ces flatteries subtiles, cet art généralement détourné d'exprimer des choses fines et agréables, ce perpétuel retour à l'allégorie qu'encourageait le goût de la reine, rentrent dans l'euphuisme et en sont en quelque sorte une des formes. Les euphuistes se piquent de bien dire, comme de bien faire tout ce qui exige de l'esprit, de la sagesse et de la grâce. Leur prétention particulière est de ne pas dire ce que tout le monde aurait pu trouver, de sortir du commun et d'avoir une manière à eux, infiniment piquante et délicate, de penser et de parler.
Lyly, nous l'avons vu, n'a pas créé tout d'une pièce cette langue affectée que la haute société anglaise a gardée pendant plus de vingt ans. L'euphuisme existait avant VEuphues. Mais l'auteur de VEuphues a certainement contribué plus qu'aucun autre, par le succès et l'à-propos de son livre, à le fixer et à le faire durer. Sans lui, sans la forme ingénieuse et savante dont il a su revêtir un des travers
de l'esprit anglais, celui-ci s'en serait probablement guéri plus tôt. Il a donné le premier l'autorité du livre à ce qui n'était pas encore sorti du domaine un peu vague de la conversation. On consulta son œuvre pour apprendre à bien parler, et les courtisans qui voulaient obtenir une réputation de causeurs à la mode s'emparèrent de ses phrases pour s'en servir et s'en faire honneur au besoin dans le monde. On recherchait alors beaucoup les ouvrages qui pouvaient fournir des phrases toutes faites, — c'^t un des signes du temps, — et l'on publiait des traductions de Boccace et des nouvellistes italiens, avec des préfaces où l'on annonçait, pour allécher le public, que la conversation spirituelle pourrait y être étudiée. Ben Jonson, dans ses comédies composées pour la plupart après la mort d'Elisabeth, sous le règne de Jacques I^*", et souvent avec une intention moqueuse pour le règne précédent , nous a conservé une peinture piquante de l'affectation que les courtisans anglais de la fin du xvp siècle mettaient à toute chose*.
Rien ne ressemble plus que leur manière et leur langage à ce que nous avons appelé en France, un demi-siècle plus tard, l'esprit précieux. Quand on voit le portrait que trace le poète comique d'un homme de cour accompli, on c;*oit entendre les récits que font Somaize et l'abbé de Pure de la visite d'un élégant à la ruelle d'une femme à la mode. Ces visites ont ordinairement lieu le matin. Celui qui doit être