‹ Prédécesseurs et contemporains de ShakespeareChapitre 23 sur 89 · Richard the Second, act. m, se · texte numérisé non relu

Richard the Second, act. m, se

netto Latini, Milton du Bartas; Shakespeare fait vivre

Lyly.

C'est aussi un titre, il faut bien le dire, sinon à Testime, du moins à la curiosité de tous ceux qui aiment les lettres, que d'avoir été le représentant de toute une période littéraire au plus beau siècle de l'Angleterre, et que d'avoir fourni le mot qui sert à caractériser une des phases par lesquelles a passé l'esprit anglais, à l'époque de sa plus grande activité et de son plus merveilleux développement. L'euphuisme vaut la peine qu'on en parle et qu'on s'y arrête, puisqu'il a été, pendant quelques années, la langue d'Elisabeth, de Raleigh, de Spenser et de Shakespeare. Celui-ci a cherché à s'en dégager de bonne heure, et il s'en est même un peut moqué dans le rôle d'Armado de Peines d'amour perdues ^ ; mais il a eu beau faire, il en a gardé quelque chose toute sa vie. Outre qu'il lui a dû une certaine délicatesse et une certaine grâce de langage qu'il n'aurait peut-être pas atteinte aussi facilement sans l'exemple des Italiens et de Lyly, il a conservé jusqu'à la fin, dans son style, quelques traces de raffinement et de recherche dont l'origine n'est pas douteuse. Quand on voit ce génie si vigoureux et si franc donner quelque-

1. Je suis persuadé cependant, contrairement à l'opinion de beaucoup de critiques anglais, que ce n'est pas précisément de Teuphuisme, mais de l'emphase espagnole que Shakespeare se moque dans le rôle d'Armado. Ce qui me le fait croire, c'est qu'Ârmado, qui est un fanfaron plutôt qu'un bel esprit, ne parle pas la même langue que les personnages des comédies de Lyly, tandis que ceux qui le toiu'nent en ridicule, Biron, du Maine, Longueville, le roi de Navarre, ne sont pas exempts d'euphuisme.

fois à sa pensée, même dans ses meilleures pièces, une forme quintessenciée et subtile, on ne peut pas s'empêcher de penser aux leçons qu'il a reçues des euphuistes dans sa jeunesse.

Un des euphuistes que Shakespeare connaissait le mieux personnellement, qu'il a pu imiter, et qui, après Lyly, avait le plus de réputation, est George Peele, son camarade du théâtre des Blackfinars, que Nash appelait, en 4597, primus verhorum artifex. Si Ton retranchait de ce compliment le premier mot, qui est une illusion de l'amitié, le reste serait la définition la meilleure du mérite de Peele. Celui-ci n'est en effet qu'un habile arrangeur de mots, harmonieux, gracieux, élégant, mais sans originalité et sans force. Moins spirituel et surtout moins inventif que Lyly, il met à nu, comme tous les disciples, les défauts de la manière de son maître. Occupé de combiner des phrases et de chercher des expressions ingénieuses, il ne sait ni trouver une situation dramatique ni dessiner un caractère. Seulement il tourne agréablement un comphment, il ne manque pas une occasion de faire sa cour, et personne n'a plus loué Elisabeth que lui. Il a même une intrépidité de flatterie qui aurait révolté l'esprit plus délicat de l'auteur d'EndymioUy et qui probablement dépassait le but par son exagération, car il ne paraît pas en avoir tiré de profit, ni être devenu pour cela le poète îavon de \a eowc.

Au sortir de l'université d'Oxford, il mit sur le théâtre le jugement de Paris, pour se donner le plaisir de le réformer et de décerner à la reine, à l'exclusion de Vénus, le prix de la beauté *. Dans la Bataille d'Aïcazar ^, où il décrit la lutte des Maures et des Portugais, la disparition du roi don Sébastien, et la part qu'avait prise au combat Taventurier anglais Stukeley, il trouve moyen d'introduire de violentes sorties contre les catholiques, des allusions à la destruction de l'Armada et un pompeux éloge d'Elisabeth. Là, comme dans La fameus e chronique du roi Edouard J" % il s'écarte un peu de l'imitation de Lyly, tout en conservant les mêmes habitudes de style, pour se rapprocher des grands sujets de Marlowe. Dans son meilleur drame, Lamour du roi David et de la belle Bethsahé^ il revient au contraire à l'euphuisme pur, en y ajoutant quelques traits touchants que le tempément froid de Lyly n'aurait pas trouvés. Mais il ne soutient pas ce pathétique, il ne parvient pas à rendre sa pièce intéressante, et elle ne mériterait pas d'être citée, si ce n'était l'œuvre dramatique la mieux versifiée et la plus harmonieusement écrite qui eût encore paru sur la scène anglaise. Une autre pièce de Peele, le Conte des vieilles femmes *, a longtemps passé pour avoir fourni à Milton le sujet de son masque de

1. Le jugement de Paris a été joué probablement Tannée où il a été imprimé, en 1584.

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