‹ Prédécesseurs et contemporains de ShakespeareChapitre 31 sur 89 · Shakspeare's Vorschule · texte numérisé non relu

Shakspeare's Vorschule

Prédécesseurs de Sh. 10

Roger Bacon en un enchanteur vulgaire *. Ce n'est pas pour satisfaire sa soif de science ni pour atteindre d'ineffables voluptés que le moine d'Oxford déploie son art, c'est pour aider le prince de Galles à séduire la fille d'un garde-chasse, pour battre un magicien allemand en présence de l'empereur et des rois d'Espagne et d'Angleterre, ou pour faire une prédiction de courtisan en l'honneur d'Elisabeth. Les meilleures scènes de la pièce sont les scènes plaisantes. Greene échoue dans le genre sérieux et ne réussit que dans la bouffonnerie.

C'est une situation assez comique, quoiqu'un peu libre, que celle où Roger Bacon, interrogé par un docteur d'Oxford qui veut l'éprouver, retourne la question contre lui et lui demande : « Quel est le livre que vous lisiez la nuit dernière? ib et, sur le refus de son adversaire de répondre, fait venir sur un manche à balai l'hôtesse d'une auberge voisine chez laquelle l'interrogant docteur avait passé la nuit. Bacon a un famulus goguenard qui est destiné à faire rire le public par ses saillies. A la fin de la pièce, un diable vient le chercher et l'emporte sur son dos. Il ne se déconcerte pas, et la perspective de brûler pendant Téternité ne lui fait rien perdre de sa bonne humeur. « Tu viens de l'enfer? dit-il à l'envoyé de Satan. Eh bien, pour moi, c'est un lieu que je désire voir depuis longtemps.

1. Voy., sur Timportance du rôle philosophique de Roger Bacon, un chapitre de l'ouvrage si ingénieux et si neuf de M. Emile Saisset, les Précurseurs et les disciples de Descartes. Paris, Didier, 1862. — Voy. aussi le livre excellent que M. Emile Charles a consacré à l'étude de la vie] et de la doctrine de Roger Bacon, Paris, Durand, 1861.

N'ayez- VOUS pas là d'excellents cabarets ? Ne peut-on pas y avoir un bon feu, de la bonne bière et un jeu de cartes? — Sans doute, répond le diable. — Vous êtes mon ami, reprend le famulus, et je suis le vôtre. Ne pourrai-je pas y exercer un métier*? —•Mille, si tu veux. Que veux-tu être? — Par ma foi, monsieur, je voudrais avoir une place oîi il y aurait du profit. Je sais que l'enfer est un lieu chaud où les hommes doivent avoir terriblement soif. Je voudrais être brasseur. »

Cette ironie, empreinte de scepticisme, est encore une imitation de Marlowe. On reconnaît là un des signes caractéristiques de la petite école de libres penseurs à laquelle Greene lui-même, sur le point de mourir, adresse la touchante apostrophe de son dernier pamphlet. Ils ont beau satisfaire la religion au dénouement de leurs drames et punir leurs héros de leur révolte contre la Divinité, ils se complaisent les uns et les autres dans la peinture d'une certaine incrédulité hardie et railleuse, qu'ils semblent, à certains moments, adopter pour leur propre compte, tant ils aiment à y revenir et tant ils l'expriment avec force.

En somme, le talent de Greene n'est qu'un pâle reflet de celui de Lyly et de Marlowe. Il écrit facilement et abondamment, mais avec tous les défauts de l'improvisation. Quelques saillies spirituelles, quelques métaphores éclatantes, quelques épithètes ambitieuses et quelques éclairs de poésie ne peuvent racheter la faiblesse habituelle de son style et l'insignifiance de ses idées. Tieck l'a beaucoup surfait, par complaisance de traducteur \ Mais les critiques an-

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