‹ Prédécesseurs et contemporains de ShakespeareChapitre 33 sur 89 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

bËÂTBE DB BEN JONSON

Inglais du xvi* siècle, si libre et si ^

mieux qu'aucun autre les tendances 4

; peuples du nord de l'Europe mo- 1 '

ju'elles ont de plus opposé au génie J

tiquito et des races du Midi. Si l'on j|

regard de l'ordonnance sévère des 3

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îinfut à Shakespeare. Son inépui- T

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distincte de la tragédie, mais qui en est un des ressorts les plus puissants. L'un se sert de ce moyen pour amener le dénouement, Tautre pour convaincre les meurtriers de leur crime. Mais au fond le procédé est le même; si Shakespeare en a tiré un plus grand parti, Kyd Ta employé le premier.

Au milieu de tant d'extravagances et de traits de mauvais goût, le caractère de Hiéronimo atteint quelquefois le pathétique et s'élève jusqu'à l'héroïsme. C'est un beau moment que celui où, après avoir poignardé les assassins de son fils, dans la tragédie qu'il faisait semblant de représenter sous les yeux des rois d'Espagne et de Portugal, il rejette son costume d'acteur et s'adresse aux témoins du drame, en leur disant la vérité. « Vous pensez, leur dit-il, que ce que vous voyez est une fable, une pure fiction; que nous faisons ce que font tous les comédiens, que nous mourons aujourd'hui, comme c'est de mode sur la scène, de la mort d'Ajax ou d'un sénateur romain, que, dans une minute, nous allons nous relever et revivre, pour charmer demain le public. Non, princes. Sachez que je suis Hiéronimo, le père désespéré d'un fils malheureux. X) Puis il découvre le corps ensanglanté d'Horatio, et il ajoute : « Voyez, voici la pantomime de ma pièce. Regardez ce spectacle. »

Il y a eu certainement, à l'imitation du Juif de Malte de Marlowe et de la Tragédie espagnole de Kyd, toute une série de pièces consacrées à l'expression des passions haineuses, et particulièrement de la vengeance. Titus Andronicus^ le début de Shakespeare dans la tragédie, en faisail ça.v\.\e, eV Hamlet^ ç^vii est

si supérieur à ces peintures brutales de la haine et à ces exhibitions de meurtres horribles par la délicatesse avec laquelle est conçu le caractère principal, ~ s'y rattache par la pensée générale qui y domine. Le plus sanglant de ces drames, Hoffmann ou la vengeance d'un père, est l'œuvre de Henry Ghettle. On y trouve une accumulation inouïe d'assassinats. Le héros principal dont le père, l'amiral Hoffmann, a été mis à mort, comme pirate, avec de grands raffinements de cruauté, et pendu à un gibet sur les côtes désertes de la Baltique, cherche les meurtriers, les trouve et les fait mourir successivement. Au premier, au duc do Lunebourg, il met sur la tête une couronne de fer rougi au feu, comme son père en a porté une, et il pend son cadavre à côté de celui d'Hoffmann. Il livre le second, le duc de Saxe, à un jeune homme dont le duc a enlevé la sœur et qui le tue. A d'autres il donne du poison, et il poursuit sa vengeance jusqu'à ce qu'il tombe entre les mains de la duchesse douairière de Lunebourg, qui, pour venger son fils, le fait prendre, couronner, lui aussi, d'un cercle de fer rougi, et pendre sur le rivage de la mer, dans le lieu même où le duc a péri.

Bien loin de révolter le public par l'accumulation de tant d'horreurs, cette pièce a eu au contraire un très grand succès, elle a été longtemps et souvent représentée, ce qui indique évidemment que le peuple cherchait- les émotions fortes et aimait à voir le sang verser à flots sur la scène. On s'explique par là certaines situations de Shakespeare, qui paraîtraient trop horribles, si l'on ne pensait au temp^ eX ^w ^%^i^ ^^\ix

distincte de la tragédie, mais qui en est un des ressorts les plus puissants. L'un se sert de ce moyen pour amener le dénouement, Tautre pour convaincre les meurtriers de leur crime. Mais au fond le procédé est le même; si Shakespeare en a tiré un plus grand parti, Kyd Ta employé le premier.

Au milieu de tant d'extravagances et de traits de mauvais goût, le caractère de Hiéronimo atteint quelquefois le pathétique et s'élève jusqu'à l'héroïsme. C'est un beau moment que celui où, après avoir poignardé les assassins de son fils, dans la tragédie qu'il faisait semblant de représenter sous les yeux des rois d'Espagne et de Portugal, il rejette son costume d'acteur et s'adresse aux témoins du drame, en leur disant la vérité. « Vous pensez, leur dit-il, que ce que vous voyez est une fable, une pure fiction; que nous faisons ce que font tous les comédiens, que nous mourons aujourd'hui, comme c'est de mode sur la scène, de la mort d'Ajax ou d'un sénateur romain, que, dans une minute, nous allons nous relever et revivre, pour charmer demain le public. Non, princes. Sachez que je suis Hiéronimo, le père désespéré d'un fils malheureux. X) Puis il découvre le corps ensanglanté d'Horatio, et il ajoute : « Voyez, voici la pantomime de ma pièce. Regardez ce spectacle. »

Il y a eu certainement, à l'imitation du Juif de Malte de Marlowe et de la Tragédie espagnole de Kyd, toute une série de pièces consacrées à l'expression des passions haineuses, et particulièrement de la vengeance. Titus Andronicus^ le début de Shakespeare dans la tragédie, en faisail çav\.\e, eV Hamlei.^ <\vii est

si supérieur à ces peintures brutales de la haine et à ces exhibitions de meurtres horribles par la délicatesse avec laquelle est conçu le caractère principal,^ s'y rattache par la pensée générale qui y domine. Le plus sanglant de ces drames, Hoffmann ou la vengeance d'un père^ est l'œuvre de Henry Ghettle. On y trouve une accumulation inouïe d'assassinats. Le héros principal dont le père, l'amiral HoflTmann, a été mis à mort, comme pirate, avec de grands raffinements de cruauté, et pendu à un gibet sur les côtes désertes de la Baltique, cherche les meurtriers, les trouve et les fait mourir successivement. Au premier, au duc do Lunebourg, il met sur la tête une couronne de fer rougi au feu, comme son père en a porté une, et il pend son cadavre à côté de celui d'Hoffmann. Il livre le second, le duc de Saxe, à un jeune homme dont le duc a enlevé la sœur et qui le tue. A d'autres il donne du poison, et il poursuit sa vengeance jusqu'à ce qu'il tombe entre les mains de la duchesse douairière de Lunebourg, qui, pour venger son fils, le fait prendre, couronner, lui aussi, d'un cercle de fer rougi, et pendre sur le rivage de la mer, dans le lieu même où le duc a péri.

Bien loin de révolter le public par l'accumulation de tant d'horreurs, cette pièce a eu au contraire un très grand succès, elle a été longtemps et souvent représentée, ce qui indique évidemment que le peuple cherchaitles émotions fortes et aimait à voir le sang verser à flots sur la scène. On s'explique par là certaines situations de Shakespeare, qui paraîtraient trop horribles, si l'on ne pensait au temp^ eX ^w^^^i's^^^xix

distincte de la tragédie, mais qui en est un des ressorts les plus puissants. L'un se sert de ce moyen pour amener le dénouement, l'autre pour convaincre les meurtriers de leur crime. Mais au fond le procédé est le même; si Shakespeare en a tiré un plus grand parti, Kyd Ta employé le premier.

Au milieu de tant d'extravagances et de traits de mauvais goût, le caractère de Hiéronimo atteint quelquefois le pathétique et s'élève jusqu'à l'héroïsme. C'est un beau moment que celui où, après avoir poignardé les assassins de son fils, dans la tragédie qu'il faisait semblant de représenter sous les yeux des rois d'Espagne et de Portugal, il rejette son costume d'acteur et s'adresse aux témoins du drame, en leur disant la vérité. « Vous pensez, leur dit-il, que ce que vous voyez est une fable, une pure fiction; que nous faisons ce que font tous les comédiens, que nous mourons aujourd'hui, comme c'est de mode sur la scène, de la mort d'Ajax ou d'un sénateur romain, que, dans une minute, nous allons nous relever et revivre, pour charmer demain le public. Non, princes. Sachez que je suis Hiéronimo, le père désespéré d'un fils malheureux. » Puis il découvre le corps ensanglanté d'Horatio, et il ajoute : « Voyez, voici la pantomime de ma pièce. Regardez ce spectacle. »

Il y a eu certainement, à l'imitation du Juif de Malte de Marlowe et de la Tragédie espagnole de Kyd, toute une série de pièces consacrées à l'expression des passions haineuses, et particulièrement de la vengeance. Titus Andronicus, le début de Shakespeare dans la tragédie, en faisait çavli^è, «àX. Hamlet.^ ^vii est

si supérieur à ces peintures brutales de la haine et à ces exhibitions de meurtres horribles par la délicatesse avec laquelle est conçu le caractère principal,^ s'y rattache par la pensée générale qui y domine. Le plus sanglant de ces drames, Hoffmann ou la vengeance d'un père, est l'œuvre de Henry Chettle. On y trouve une accumulation inouïe d'assassinats. Le héros principal dont le père, l'amiral Hoffmann, a été mis à mort, comme pirate, avec de grands raffinements de cruauté, et pendu à un gibet sur les côtes désertes de la Baltique, cherche les meurtriers, les trouve et les fait mourir successivement. Au premier, au duc do Lunebourg, il met sur la tête une couronne de fer rougi au feu, comme son père en a porté une, et il pend son cadavre à côté de celui d'Hoffmann. Il livre le second, le duc de Saxe, à un jeune homme dont le duc a enlevé la sœur et qui le tue. A d'autres il donne du poison, et il poursuit sa vengeance jusqu'à ce qu'il tombe entre les mains de la duchesse douairière de Lunebourg, qui, pour venger son fils, le fait prendre, couronner, lui aussi, d'un cercle de fer rougi, et pendre sur le rivage de la mer, dans le lieu même où le duc a péri.

Bien loin de révolter le public par l'accumulation de tant d'horreurs, cette pièce a eu au contraire un très grand succès, elle a été longtemps et souvent représentée, ce qui indique évidemment que le peuple cherchait- les émotions fortes et aimait à voir le sang verser à flots sur la scène. On s'explique par là certaines situations de Shakespeare, qui paraîtraient trop horribles, si l'on ne pensait au temp^ eX. ^\i ^^^ ^«^n^x

distincte de la tragédie, mais qui en est un des ressorts les plus puissants. L'un se sert de ce moyen pour amener le dénouement, l'autre pour convaincre les meurtriers de leur crime. Mais au fond le procédé est le même ; si Shakespeare en a tiré un plus grand parti, Kyd Ta employé le premier.

Au milieu de tant d'extravagances et de traits de mauvais goût, le caractère de Hiéronimo atteint quelquefois le pathétique et s'élève jusqu'à l'héroïsme. C'est un beau moment que celui où, après avoir poignardé les assassins de son fils, dans la tragédie qu'il faisait semblant de représenter sous les yeux des rois d'Espagne et de Portugal, il rejette son costume d'acteur et s'adresse aux témoins du drame, en leur disant la vérité. « Vous pensez, leur dit-il, que ce que vous voyez est une fable, une pure fiction; que nous faisons ce que font tous les comédiens, que nous mourons aujourd'hui, comme c'est de mode sur la scène, de la mort d'Ajax ou d'un sénateur romain, que, dans une minute, nous allons nous relever et revivre, pour charmer demain le public. Non, princes. Sachez que je suis Hiéronimo, le père désespéré d'un fils malheureux. » Puis il découvre le corps ensanglanté d'Horatio, et il ajoute ; « Voyez, voici la pantomime de ma pièce. Regardez ce spectacle. »

Il y a eu certainement, à l'imitation du Juif de Malte de Marlowe et de la Tragédie espagnole de Kyd, toute une série de pièces consacrées à l'expression des passions haineuses, et particulièrement de la vengeance, Titus Andronicus^ le début de Shakespeare dans la tragédie, en faisait çavWe, «àX. Hamlex.^ a^\ «è.%\.

si supérieur à ces peintures brutales de la haine et à ces exhibitions de meurtres horribles par la délicatesse avec laquelle est conçu le caractère principal,^ s'y rattache par la pensée générale qui y domine. Le plus sanglant de ces drames, Hoffmann ou la vengeance d'un père, est l'œuvre de Henry Chettle. On y trouve une accumulation inouïe d'assassinats. Le héros principal dont le père, l'amiral Hoffmann, a été mis à mort, comme pirate, avec de grands raffinements de cruauté, et pendu à un gibet sur les côtes désertes de la Baltique, cherche les meurtriers, les trouve et les fait mourir successivement. Au premier, au duc de Lunebourg, il met sur la tête une couronne de fer rougi au feu, comme son père en a porté une, et il pend son cadavre à côté de celui d'Hoffmann. Il livre le second, le duc de Saxe, à un jeune homme dont le duc a enlevé la sœur et qui le tue. A d'autres il donne du poison, et il poursuit sa vengeance jusqu'à ce qu'il tombe entre les mains de la duchesse douairière de Lunebourg, qui, pour venger son fils, le fait prendre, couronner, lui aussi, d'un cercle de fer rougi, et pendre sur le rivage de la mer, dans le lieu même où le duc a péri.

Bien loin de révolter le public par l'accumulation de tant d'horreurs, cette pièce a eu au contraire un très grand succès, elle a été longtemps et souvent représentée, ce qui indique évidemment que le peuple cherchait- les émotions fortes et aimait à voir le sang verser à flots sur la scène. On s'explique par là certaines situations de Shakespeare, qui paraîtraient trop horribles, si l'on ne pensait au temç^ e\. ^\i ^^'s» t^^^n^x

lequel il écrit. Chettle a composé en outre avec Munday la Mort de Robert, comte de Huntington^ où Ton voit mourir de faim sur la scène lady Bruce et ses enfants enfermés dans une prison. C'était la queue des drames de Marlowe, c'est-à-dire tous les défauts de Marlowe, sans ses qualités *.

Ici s'arrête l'histoire des prédécesseurs de Shakespeare. Quelques-uns même de ceux dont nous avons parlé lui sont à peine antérieurs, et nous ne les avons cités que pour les rattacher aux vieilles écoles auxquelles ils appartiennent. Ce qui les fait surtout ses prédécesseurs, ce n'est pas qu'ils aient tous écrit avant lui, c'est qu'ils ont subi des influences plus anciennes que la sienne. Pousser plus loin, ce serait rencontrer ses contemporains et ses imitateurs, qui doivent être l'objet des études suivantes.

Il nous reste seulement, pour terminer celle-ci, à résumer les éléments que le théâtre anglais offrait au jeune Shakespeare, lorsqu'il arriva de Stratford à Londres en d586 ou en d587. Il y trouvait la plus grande diversité : des pièces bouffonnes en partie improvisées par des acteurs populaires, des drames classiques, réguliers, sérieux, ornés de discours et de lieux communs oratoires, une comédie de cour mythologique et quintessenciée, enfin des tragédies poétiques, passionnées, pleines de mouvements d'imagination et d'actions tragiques, de péripéties, de catastrophes et de luttes sanglantes. De tout cela il prit quelque

1. Voy., sur ces drames sanglants et sur toute cette période àa théâtre anglais, l'ouvrage de M, Gaetschenberger, Geschichte lier engliscfien Literatur, Vienne, V%Ç>^.

chose, excepté du drame classique, dont il rejeta toujours la régularité et la monotonie, sans s'astreindre toutefois à aucune forme déterminée et en agrandissant tout ce qu'il touchait. Aux Tarleton et aux Wilson il prit les quolibets de ses bouffons, à Lyly et aux euphuistes les concetti et l'élégance un peu maniérée de ses premières comédies, à Marlowe et à son école le drame populaire dans toute sa puissance, avec ses grands effets tragiques, ses élans de poésie, ses cadres immenses et sa liberté illimitée. Mais il n'empruntait que pour transformer. Il releva les bouffonneries qui, avant lui, n'étaient qu'une débauche d'esprit, par un mélange de raison et de bon sens qui en justifie l'emploi; il anima de sa gaieté étincelante les froids jeux de mots des pétrarquistes; là où Lyly n'avait mis que de l'affectation, il mit sa verve humoristique; aux fortes, mais incomplètes conceptions de Marlowe, il ajouta un dessin plus varié et plus délicat des caractères et ces peintures du cœur humain dans lesquelles aucun poète dramatique ne l'a égalé; enfin, avec un art supérieur, il fondit dans une harmonieuse unité ces procédés jusque-là disparates, il les baigna d'une poésie lumineuse qui en adoucissait les violents contrastes, et, des éléments en apparence les plus différents et les plus hostiles les uns aux autres, il composa la trame souple et solide du drame romantique : semblable à ces ouvriers . artistes qui, dans certains districts de la Turquie, prennent çà et là, pour composer leurs étoffes, les couleurs les plus opposées, les rapprochent et en tirent avec un secret instinct, que de plus savants qu'eux. ïv^ ^çi^'$>^^'Sîi^^s^îv,

pas, une harmonie inattendue, ou aux architectes du moyen âge qui, de tant de lignes brisées, d'agencements bizarres, de formes contournées et imprévues, ont fait sortir l'imposant ensemble des cathédrales gothiques.

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