‹ PrédestinéeChapitre 15 sur 18 · SORRENTE · texte numérisé non relu

SORRENTE

20 avril.

C'est à Sorrente que j'ai eu la première idée des enivrements de Naples. Le temps était admirable, la mer étincelait à nos pieds, et le ciel avait cette transparence et cette pureté profonde que nous ne connaissons pas dans nos pays.

A mesure que nous traversions les villages de Résina, de Portici, de Torre del Greco, de Torre dell' Annunziata, qui forment comme une ceinture magique sur cette rive enchantée, le golfe de Naples se déployait devant nos veux dans toute sa splendeur.

De Castellamare, une voiture nous a conduits à Sorrente en deux heures. La route pour y arriver, tantôt suspendue au-dessus des rochers à pic, tantôt courant dans les bois d'orangers et de citronniers, entre les haies de rosiers en fleur, me semblait plutôt un rêve de fée qu'une réalité. J'osais à peine parler, tant je craignais de rompre le charme dont je me sentais enveloppée.

Le haut de la montagne qui domine Sorrente

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est aride et sauvage : c'est ce qu'on appelle le désert. De là, nous avons vu s'étendre devant nos yeux éblouis les deux golfes de Naples et de Salerne, avec les hautes chaînes dé montagnes qui les entourent, les villes blanches qui les bordent et semblent s'endormir au doux bruit des flots. Les îles d'Ischia, de Caprée, de Procida, sortent des vagues étincelantes de lumière comme les antiques Néréides que la Fable plaçait sur ces rives enchantées. Rien ne peut donner une idée de la splendeur et de la grâce infinie de ce tableau. Il me semblait que mon âme tout entière avait passé dans mes yeux.

Nous sommes redescendus enfin. Le soleil se couchait ; nous avons dîné au bord de la mer, sur une terrasse, tandis qu'autour de nous des musiciens jouaient des barcaroUes sur leurs harpes et leurs guitares.

Je me laissais doucement emporter par ce flot d'harmonie, qui trouvait son écho dans tout ce qui m'entourait. L'air était doux; un souffle léger s'élevait de la mer, tout imprégné du parfum des rosiers en fleur. A nos pieds, les flots s'agitaient en murmurant contre les rochers de la côte. De temps en temps, de petites barques glissaient devant nous et nous envoyaient en

passant le refrain de leurs joyeuses chansons. Mes regards erraient avec ravissement de cette belle et imposante côte de Sorrente à la ligne bleuâtre de rochers qui s'élève de l'autre côté du golfe. Mes yeux allaient y chercher les restes de Cunies, de Baïa, de Micène, noms harmonieux que l'histoire et la poésie ont ornés d'une auréole immortelle, A côté de moi, je voyais la maison du Tasse; en face, la colline verte du Pausilippe, où. Virgile repose sous le laurier des poètes. Je sentais passer sur mon âme comme un souffle enivrant de poésie.

O mon Dieu, comment faut-il appeler ces heures d'ivresse?... Je vous remercie de me les avoir données, mais je ne vous demande pas qu'elles se renouvellent; elles emportent l'âme trop loin des sérieuses réalités de la vie ! . . .

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