FRAGMENTS DE NOTES SUR L'ITALIE
i6 février.
Les jours de départ sont toujours tristes. Celui-ci le fut pour moi plus que pour les autres.
Les mots magiques de Rome et d'Italie que nous répétions entre nous soulevaient bien dans mon cœur un flot de désirs et de rêves. Mais la réalisation de cette joie tant souhaitée et si peu espérée m'effrayait, me donnait presque des remords. Peut-être devrais-je dire des pressentiments! Puis, toutes les tristesses des derniers adieux s'ajoutaient à ce trouble pénible et mal raisonné. Le temps était gris, terne comme mon âme, et un brouillard glacé nous enveloppait.
Dans la journée , le temps devint magnifique, et je me sentis peu à peu le cœur plus léger. Ce fut avec une grande joie et une secrète émotion que je revis les petits oliviers gris, les rochers blancs, les chênes verts courbés par le mistral, et surtout la vaste mer si étincelante et
si belle sous les rayons du soleil. Cette nature sauvage et brûlée de la Provence a pour moi un charme que je ne puis m'expliquer. Les plus chers souvenirs me montent au cœur avec le parfum du thym et du romarin qui couvrent ces rochers dépouillés, et je sens mon âme s'agrandir devant les horizons sans bornes de la mer.