NICE
19 février.
Il manque à Nice tout ce qui donne à une ville un caractère distinct : il n'y a point de
monuments, peu d'églises, des rues droites bordées d'hôtels, une population d'oisifs, d'étrangers et de malades. Il faut aller bien loin^pour arriver au quartier des pêcheurs, où l'on retrouve un peu de vie et de nationalité. Une grande impression de tristesse me serrait le cœur en errant dans ces rues où le luxe et le plaisir coudoient sans cesse la souffrance et la mort. Il faisait froid, et un ciel gris se liguait avec mes pensées sombres et malveillantes pour me voiler les charmes qu'on vient chercher de si loin dans ce petit coin de terre.
J'étais injuste, car rien n'est plus beau que le spectacle de la ville de Nice du haut du rocher couronné d'aloès et de lauriers qui s'élève au bord de la mer. Lorsque nous y arrivons , le soleil éclaire à demi les flots qui se brisent avec violence contre les hautes et arides montagnes de la côte. Ces rochers protègent une petite plaine fertile où Nice s'étend jusqu'au rivage, au milieu des bosquets d'orangers. Derrière elle s'élèvent de hautes collines couvertes d'oliviers dont le feuillage sombre semble les revêtir d'un noir manteau. Au-dessus percent les maisons blanches du rivage, les clochers et les façades somptueuses des châteaux et des villas. Nous sommes tous éblouis par ce splendide tableau.
Mais, comme si ce jour-là la tristesse dût se mêler à toutes nos admirations, à peine avons nous quitté le sommet du rocher que nous nous trouvons à côté du cimetière, et bientôt la vue mélancolique de ces tombes étrangères où tant de morts bien-aimés dorment loin de leur pays et de ceux qui les pleurent nous ramène aux plus sombres réalités de la vie.