XV
Après quelques siècles de ténèbres qui suivirent encore l'époque de S. Bernard , les arts se réveillèrent , mais l'éloquence de la chaire éprouva plus de peine à. sortir de la léthargie où l'ignorance du moyen âpe l'avait plongée. Cependant , & travers une foule d'orateurs aussi peu éclairés que leur siècle , on en distingua trois qui commencèrent à ressusciter l'éloquence : Savonarole à Florence , Philippe de Narni à Rome , et Louis de Grenade à Séville , sont les seuls que l'on peut distinguer dans l'espace de deux cents ans ; encore durentils plutôt leurs succès au pathétique , qu'à la justesse et à la diction de leurs sermons.
Outre que les anciens prédicateurs n'étaient pas assez méthodiques dans leurs discours , et qu'ils les ornaient souvent de comparaisons basses et triviales, ils les chargeaient encore de citations d'auteurs profanes ; on n'y employait de l'Ecriture que ce qu'il y a de plus énigmaliquc : aussi de tous nos prédicateurs français i on ne peut guère ci ter ceux qui parurent dans les xv* et xvi6 siècles , si ce n'est pour faire voir leurs défauts. En général leurs discours sont bizarres non seulement par le style ' et par la manière dont ils sont divisés , mais
* Jusque dans le xvti* siècle, les sermons, surtout les sermons d'apparat , étaient écrits et débités en langue latine. M. Fauris de Saint-Vincens , correspondant de l'Institut , parlant des sermonaires de Provence , dit qu'on ne prêchait en provençal que les instructions familières et que le premier sermon qui a été publié en français , est une oraison funèbre de Henri IV par Doni d'Attichy (ou plutôt par Charles de Saint-Sixt), évêque de Riez, imprimée à Aix en 1610. Avant le xvie siècle, la langue française n'était point parlée en Provence; ce n'est qu'en 1535 qu'on a commencé à j contracter en français.