‹ Prédicatoriana: ou, Révélations singulières et amusantes sur les prédicateurs; entremêlées dChapitre 13 sur 55 · EXTRAITS DES SEUMONS DE RAULIN · texte numérisé non relu

EXTRAITS DES SEUMONS DE RAULIN

Jean Raulin ' né à Toul en 1443 , est un de cen prédicateurs , dont les sermons sont encore recherchés à cause de leur singularité. Il était célèbre dant son temps; il se retira à Guni en 149 Y pour y introduire la réforme. C'était un grand déclamatenr, mais secf et méthodique et plein de divisions selon h coutume du temps ; il égaie souvent sa matière paf

' Johannis Raullu Sermones domîoicales Parisîis proclamatî. Parisiis , Petit , 154 1 , 1/1-8'*. Il y eu a aussi des éditloDS i>i-4"/ en plusieurs volumes.

des historiettes qui ne conviennent point à la dignité de la chaire. Nous allons en citer quelques exemples.

Dans son sermon cinquième du jour de Noël , il

s'écrie : Ante incarnationem nuUus poterat facei*é

bonum forum cum Deo , faire bon marché avec Dieu,

quia quantumcumque darent , non poterant emere

paradisum : sed postquam factus est puer, optimum

jKorum possumus facere cum eo, et eum quasi

puerum decipere , quasi enim pro nihilo modo dat

regnum cœlorum. Recipit enim monetam, quae nihil

valet, imô omninô damnosa est nobis, quinfalsa;

imo^i capti essemus eum eâ , buUiremus in caldaria

inf emi , sicut falsi monetarii .

Le sermon quatrième de la pénitence par le même Raulin présente une fable qui a bien pu idoimer le jour à celle des animaux malades de là

peste/

Léo , dit le prédicateur , vocavit lupum , vulpem et

asinum ad capitulum , ut confiterentur peccata sua

et eis juxta delicta pœnitentiam injungeret. Venit

lupus ad capitulum et sic confessus est : ego maie-

feci quia comedi ovem , quae ad me non pertinebat ,

»ed hoc habeo ex legitimis juribus patrum meorum,

'qui ità ex omni aetate usi sunt , ut pater , avus ,

9J[>ayus et atâvus , ità ut nulla sit memoria homi-

num , qiiin lupi semper comederint oyes. Ad quem

Léo : an verum est quod ita habes praescriptum ex

ômni antiquitate sic comedere oves? Cui dicenti,

quod sic : pro tanto crimine imposuit semel dicere

Paterno9ter.

<t Supervenit vulpes, et confessa est se malè egisse , quia capones et gallinas comederat non suas j licet ex omni aevo in possessione f aerit sic comedendi iHas. Quae similiter propter unum Pater Hoster dy solutiBi est»

a Supervenit asinus, tria confessus est in capitulo fecisse peccata. Primùm quia comederat €ùe^ num quod in ripis et dumis ab aliorum quadri^ seu carrucis fortuite derelictum erat. Cui leo : grande peccatum est , 6 asine i quia aliéna comedisti , cpst tui magistri non erant. Secundo confessusest asinoi quia stercoraverat claustrum fratrum. Cui leo 5 grande peccatum est fœdare terram sanctam. Ter-^ tium peccatum vix ab eo potuit extorqueri ; quod posteà cum ejulatu et gemitu dixit, quod ruderat et cantaverat cum fratribus , et cum eis mdbdiam fecerat. Respondit leo gravissimum esse peccatum eo quod fratres in discordiam miserat. Et sic gca-viter flagellatus fuit asinus propter peccata parva ; et dimissi sunt vulpes et lupus in possessione majo-' rum cum absoludone. »

Cet apologue est très-déplacé dans un sermon ; mais il est rendu avec beaucoup de naïveté et ne manque pas de malice.

Le conte suivant , tiré du 3® sermon du veuvage,' par le même Raulin , est très-connu ; on Ta mis en vers, on Fa répété en prose; mais aucun auteur moderne n'a approché de là naïveté de l'on-» ginal. .

« Dicitur de quàdam viduâ, quod venit ad

cprâtum suum , quaerens ab eo consilium , si deberet iterùm maritari, et allegabat quôd erat sine adjuiorio , et quôd habebat servum optimum et peritum in arte mariti sui. Tune curatus rbenè, accipite eum. E contrario illa dicebat : sed periculum est accipere illum, ne de servo meo faciam dominum. Tune curatus dixit : benè ^ nolite eum accipere. Ait illa : q[^id feciam? non possum sustinere pondus illud quod sustinebat maritus meus, nisi unum habeam. Tune curatus dixit : benè , habeatis eum. At illa : 9fià si malus esset , et vellet mea disperdere et usurpare? tune curatus : non accipiatis ergo eum. Et ^c semper curatus juxta argumenta sua cpncedebat ei, Videns autem curatus quod vellet illum habere et liaberet devotioneni ad eum , dixit ei ut bene distincte intelligeret quid campanae ecclesiae ei dicerent , et secundùm consilium campanarum ipsa f a*ceret. Campants autem pulsantibus , intellexit juxta volunt-atem suam quod dicerent : prends ton valet , prends ton valet. Quo accepto , servus egregiè verberavit eam, et fuit ancilla quae priùs erat domina. Tune ad curatum suum conquesta est de consilio , maledicendo horam quâ crediderat ei. Cui ille : non satis audisti quid dicant campanae. Tune curatus pulsavit campanas , et tune intellexit quôd campanae dicebant : ne le prends pas , ne le prends pas. Tune enim vexatio dederat ei intellectum.

• Dans un sermon de Pâques, Raulin dit : Si quaeritur quare Angélus mulieribus et non viris arcanurii rcsurrectionis committit praedicandum ; potest

dici hoc duplici de causa factum : 1** quia mulîeres bonam habent linguam , et vix sciunt retinere sécréta , sed ea cito révélant. Undè cùm quaCTeretor à quodam philosopho quare linguam loquacem magis habent quam viri? respondit , hoc'id66 esse , quia homo ex limo factus est , mulier ex osse , sdficet ex Costa Adae. Si quis autem commoverit sacçom plénum limo, non indç sonabit; si verô saccom plénum ossibus, tune varium et grandem sonmn emittit , etc.

Gratian Dupont , surnommé de Drusac , a dit Ift même chose , feuillets 25 et 26 de son livre intitulé : Controverses des seoces mcLsmlmet féminin, 1538 , «n-iG, sans nom de lieu.

MM. Barbier et Désessarts ont cité, dans leur Bibliothèque d'un homme de goût, tom. Il, p. 446, quelques passages de RauHn qui méritent de trouyer encore place ici ; voici comment ce prédicateur explique la conversion du pécheur à Dieu et de Diea au pécheur. « La miséricorde de Dieu , dit-il , est comme la partie de devant du visage, et sa justice celle de derrière , suivant ces paroles : Misericordiam et judidum cantabo tibi , Domine. Or, Dieu ne se tourne que du côté de ceux qui se tournent vers lui , comme, un miroir ne réfléchit le visage que de ceux qui se présentent devant la glace.... Ne fuyoïis pmnt le regard de Dieu à cause de quelques imperfections de notre cœur ; le soleil qui entre par une fenêtre, n'en éclaire pas moins une chambre , quoiqu'il trouve des atomes sur le chemin de ses rayons, etc. , etc. »

Ce beau sermon est orné, suivant Fusage de ce temps, d'une histoire, ou plutôt d'une fable qui dut fidre une très-grande impression sur l'auditoire. « Un ermite , dit Jean Raulin , suppliant Dieu de lui faire connaître la ypie du salut , vit tout à coup Un diable transformé en ange de lumière , qui lui dit : Dieu a exaucé votre prière , il m'envoie vous dire que si vous voulez vous sauver , il faut me donner troi» choses pour les lui offrir de votre part; ces troischoses sont une lune nouvelle , un disque du soleil , et la première partie d'une rose. Si vous unissez ces trois choses et les offrez à Keu par mon ministère , vous serez sauvé. L'ei:mite était trè^affligé, ne sachant ce que cela voulait dire. Mais un véritable ange de lumière lui apparut , et lui dit le mot du logogriphe. La nouvelle lune , dit-il , est un croissant , c'est-àdire un C , dont il a la forine; le disque du soleil est un O ; la première partie du mot rose est un R ; joignez ces trois lettres , et vous ferez le mot cor, c'est-à-dire votre cœur ; c'est ce que Dieu vous demande ; donnez-le-lui , mais ne vous servez point de l'intermédiaire de l'ange de ténèbres qui voulait vous mettre dans l'embarras et ^ vous escamoter ce qu'il vous demandait pour lui et non pour Dieu.

Dans ce même sermon, Rauhn, parlant de la nécessité du jeûne, dit : « Rien de plus difficile que la conversion , à moins que le corps ne vienne au secours. Car, comme dit Aristote , le corps suit la lumière. Ainsi, si nous faisons jeûner le corps, l'esprit en sera plus dégagé et plus libre. Un cardsse va plus

vite quand il est vide; un navire qui n'est pas trop chargé obéit mieux au vent et à la rame.... L'araignée qui marche si bien sur ses pattes , ne peut pat marcher sur le dos; de même si le ventre de l'homme est attaché à la terre, Fesprit ne peut pas mardier vers le ciel ; et puis par le jeune du ventre, l'hommci s^nnit mieux à Dieu ; car c'est un principe des géomètres, qu'un corps rond ne peut toucher une surface que dans un point : or. Dieu est cette sopfiice, suivant ces paroles : Jmsius ei ret^us DoÊÊhms. Un ventre qui se nourrit trop , s'arrondit : donc il ne peut toucher IKeu que dans un pcnnt; mais le jeune aplanit le ventre, et al<Mrs celui-ci s'unit à la soiface de Dieu dans tous les points et dans toates les parties. » Qoi^e absurde maiserie!

Un prédicateur s'échauffimt contre les luthériens, disait : « Ah! ces danmés d'hérétiqnes scmt bien » |ûes que le diable , car je fais finr le diable avec » de Teau-béniteetdes signes de croix, an fiea que » ces maudiu hérétiques s'en moquent.... »

Potsqa'il est ici question de luthériens, nous dirons que Luther a au» pcédié, et que malgré ses taknls et ses ccwnaissances , car il en avait, il na ^ fi» dédsigné de se conformer à Fespnt de son siècle, a esprit de bîiarrexîe et de tiiviahté qui déshononil

la chaire. Pour le prouver, nous nous contenterons de citer le fragment suivant tiré de son sermon sur la trompette du jugement dernier. « Quand Sodôme et Gomorrhe, dit^il^ furent englouties en un din d'œil, tous les habitants de ces villes, hommes, femmes et enfants tombèrent morts, et roulèrent dans les abîmes de l'enfer. Alors on n'eut pas le temps de compter son argent ni d'aller courir la

prétantaine avec la p » m,ais en un instant tout

ce qui vivait tomba mort. Ce fut la timbale et la trompette du bon Dieu ; c'est ainsi qu'il fit son poumerlé poumpi poumerlé poump ! pliz, plazl schmi, 9chmir ! ce fut le coup de timbale de Dieu notre seigneur, ou , comme dit Paul , la voix de l-archange et la trompette de Dieu. Car, lorsque Dieu tonne, cela fait presque colnme un coup de timbale , pou-merle poump ! Ce sera le cri de guerre et le taratantara du bon Dieu. Alors tout le ciel retentira de ce bruit : l^ir, kir ! poum^erlé poump /.... » ( VoY. ce passage en- .tier dans Flœgel : geschichte des komischen litteratur, tom. 1 , p. 258. — C'est pourtant dans ce style que fi'exprimait le rude prédicateur de la Réforme! Combien d'autres bouffonneries n'aurions-nous pas à citer si nous voulions rapporter toutes ses grossières turlupinades contre la Cour de Rome.et contre ceux qui lui déplaisaient * ! Et cependant c'est cet

' Son animosité. allait jusqu'à la fureur ; nous donnerons seulement un échantillon de ses a;entillesses dans ce «^eure : « La

homme que le savant Jean Albert Fabricius appelle (dans son Centifolium lutheranum, 1728 et 1730, 2 vol. in-8®), nouvel Abraham, nouveau Moïse, nouveau Samuel , troisième Elie , nouveau Jérémie , nouvel Ezéchias, nouveau Jean-Baptiste, nouvd évangéliste, nouveau saint Paul ! ! !

Luther a beaucoup prêché , mais il paraît que sa morale n'était pas très-sévère si Ton en juge par un passage inséré dans la Biographie universelle, tom. xrv, p. 453 : « Luther, y est-il dit , a avancé dans ses prédications et dans ses écrits , qu'il est aussi impos-

papaiité , selon lui , a été fondée par Satan ; Rome est la grande prostituée de Babylone ; le Pape est un scélérat qui cracKe de& diables, un tyran impie, un antechrist, une béte enragée contre laquelle tout le monde doit s'armer au premier signal. Les cardinaux sont des malheureux qu'il faut exterminer ; les prélats sont des loups dévorants ; les moines , des pharisiens , des sépulcres blaochis. Si j'étais le maître , écrivait-il , je ferais un même paquet du P,ipe et des cardinaux pour les jeter tous ensemble dans le petit fossé de la mer de Toscane ; ce bain leSk rafraîchirait et les guérirait j j'en donne ma parole , j'en donne Jésus-Christ pour garant. » — Les sectaires mêmes ne trouvaient pas.grace devant ce terrible novateur : il appelait les sacramentaires des gens endiablés, perdiablés , transdiablés.

Lorsque Henri VIJI , roi d'Angleterre ( qui alors maïs

depuis. ...), eut écrit contre Luthef, celui-ci. l'accabla d'injures, tt Je ne sais, dit-il , si la folie elle-même est aussi insensée que la tête de ce pauvre Henri. Oh I que jevQudrais bien couvrir cette majesté anglaise de boue et d'ordures comme elle

le mérite; j'en ai bien le droit Venez ^ venez, Monsieur

Henri , je vous apprendrai à vivre »

«ibie de se contenir que de se dépouiller de son sexe; que la nature ne permet pas plus de se passer de femme que de se priver de manger ; qu'une femme stérile doit s'adresser à un autre mari ; et il accorde les mêmes droits au mari. Si les femmes sont opiniâtres, s'écriait-il un jour en chaire, il est à propos que leurs maris leur disent ; si i)0U8 ne le voulez pas , une autre le voudra; si la maîtresse refuse de venir^ que la servante approche ï » Aussi le duc Georges de Saxe lui reprochait-il que jamais on n'avait vu tant d'adultères que depuis qu'il avait relâché les liens du mariage.

Simon Vigor, natif d'Evreux, prêcha avec tant de succès qu'il fut élu archevêque de Narbonne en 1570; il mourut à Carcassonne en 1575. Il combattit avec force les hérétiques. Voici des extraits d'un sermon qu'il prêcha devant le Roi , le jour des SS. Innocents. Il y a apparence que c'était devant François II , car il dit en parlant des protestants : . . . . « Qui a fait que nos huguenots ont prins les armes contre leur vrai et légitime Roi ? Ambition : il leur a fait mal de voir encore trois frères devant qu'ils y pussent atteindre , et que la couronne tombe en leur race. » Plus loin il compare à la ruse d'Hérode celle des protestants qui voulurent surprendre le Roi à M eaux. « Tout ainsi que Hérode envers Jésus- Christ , les huguenots venaient au Roi , et on leur disait : Comment ! voulez- vous le prendre? Non,

mais pous allons lui présenter requête. Voire, mais TOUS avez l'épée au poing ! cst^e pour baiser les mains de Sa Majesté? Eh, traître, vilaûi! tu Tiens comme Hérode qui cherchait Jésus-Christ,

mais c'était pour lui couper la gorge Pour venir

à tes fins , tu fais comme Judas le Galilseus , duquel parle Gamaliel , qui s'éleva contre Jules César. Il disait : je ne cherche que la liberté du peuple. Ainsi ceux qui voulaient planter leur fausse religion , que disaient-ils? Nous ne cherchons que la gloire de IXeu , que conculquer aux pieds le corps de Jésus- Christ. Et encore supposé que le sacrement ne fût que du pain , comme tous dites , qui serait image de Jésus-Christ, si est-ce que toujours a été un grand nefaa , faire irrévérence à l'image du Koi. » Ailleurs il dit : « Lareligioo des huguenots, comment a-t-elle été plantée? Par épée et par sang : aussi elle sgra finie par épée et par armes. C'est Ëeze qui confesse que leur religion a été plantée par armes et par sang à la bataille de Dreux. »

Simon Yigor, avec une hardiesse que l'impunité n'a pu rendre excusable , condamne hautement les édits donnés pour la liberté de conscience, et compare les rois qui les accordeot, à Hérode qui voulait régner en ûtant la vie à Jésus-Christ.

<i Vous avez autorisé un édict que surnommez de

pacification-, édict du diable ! D'autre part vous

avez vendu le temporel de l'Eglise , et ne scaiiriez dire en quoi l'avez baillé, sinon aux buguenots , de peur qu'ils ne se rebellassent contre vous; mai»

qtf est-il arrivé? Regardez comme Dieu ten verse les entreprises des hommes ! vous les avez armes contre vous ; et ce que vous craignes , vous l'expérimentez à la ruine et dévastation dé fce . pauvre royaume , et vous veulent dépouiller de la couronne; et si n'y mettez iautrie ordre , ils vous l'ôteront de dessus la

tète Ah! nous craignons les -Allemands : ôtez

ceux qui les favorisent , et vous serez en assurance de ce côté. Vous craignez de perdre l'alliance des hérétiques , et cependant vous perdez la foi Au reste

tout va mal Nous avons raison de dire ce qui

est à la fin de notre Evangile : Rachet plorans filioÉ mfas, i> •

Jean Bricot , docteur et théologien de la Faculté de Paris , haranguant un jour François P' à la tête de l'université , lui dit , à propos de la dissipation des finances , que s'il continuait à en user ainsi et à avoir les mains percées comme le grand Saint dont il portait le nom ' , il ferait autant de pauvres forcés que ce Saint en avait fait de tolontaires.

Jean de Montluc, célèbre prélat, promu à Févêché de Valence en 1553 , fut soupçonné , vers 1559 , de

■ S. François est représenté ayant les mains percées comme Jésufl-Christ ; c'est ce que l'on noflli&e les stigmates de saint

nçois.

favoriser les nouvelles opinions , c'est-à-dire la Réforme ; et cela, pour. avoir prêché et dit, en parlant des guerres de religion , qu'il était étonnant et que c'était une grande simplicité en France, de voir brûler Paris, et d'attendre l'eau du Tibre pour éteindre l'embrasement. Il fut accusé d'hérésie par son chapitre ; il y eut instance au Conseil privé de François II , puis au Grand-C!onseil..Mais par arrêt du 14 octobre 1560, il fut déchargé de l'accusation, et le doyen de son chapitre fut condamné à lui faire dés réparations proportionnées à l'accusation. Jean de Montluc est mort en 1579 , avec la réputaticm d'un grand politique et d'un prélat aussi zélé qu'éclairé. Ses sermons sur divers articles de foi et sur l'oraison dominicale ont été imprimés à Paris , chez Vaêcosan, 1559 et 1561 , 2 vol. in-S^.

Dans le seizième siècle, il se passait parfois é l'église des scènes scandaleuses au sujet de la Réforme; On raconte qu'un rehgieux prêchait un jour à Strasbourg contre le protestantisme; tout à coup Wolfgangus Musculus, qui de bénédictin s'était Éedt luthérien , s'élance dans la chaire , en arrache le prédicateur, prend sa place et fait l'apologie de la nouvelle religion. Cette saillie indécente d'un zele outré fit une grande réputation à W. Musculus parmi les réformés et lui valut , dit-on , une chaire de théologie à Berne. Il parait que c'était un honmie Violent ; aussi VerheiJen , jouant sur son nom Mus^

eulus, dit que ce n'était pas de ces petits rats, de ces souriceaux affamés qui craignent les chats , mais bien de ces gros rats qui n'en ont pas peur et qui les font reculer. Belle prouesse ! Ce W. Musculus est mort à Berne le 30 août 1563 , laissant une femme et'huit enfants dans la misère ; il était âgé de 66 ans.

Cornelis Adriasen de Dordrecht , franciscain , p^ha à Bruges le premier et le second novembre 1567, contre le prince de Condé qui était lié d'amitié avec le prince de Navarre ( depuis Henri IV ). L'extrait de son sermon prouve jusqu'à quel degré de licence^ d'insolence et de turpitude peuvent entraîner les fureurs de parti et les guerres de religion. Jamais ce prédicateur ne parle du prince de Condé sans dire : « Ce Condé , ce maudit Condé , cet enragé de Condé , ce bandit , ce double scélérat , cet infâme coquin ^ etc. , etc. » On avouera que de pareilles épithètes sont inconcevables, dans la bouche d'un orateur chrétien , surtout quand il ajoute qu'il regrette que « Monseigneur de Guise , ce saint martyr de bienheureuse mémoire , ne l'ait pas fait accrocher à un gibet ( ce Condé ) , quand il le tenait ai sa puissance ; mais les grands diables d'enfer lui

forciront le cul de soufre et de poix ardente

Et ce Condé et les huguenots ont au moins chacun cent mille diables dans le ventre. » Est-il possible qu'on ait déshonoré la chaire^r de pareilles gros-

se

sièretés ! On faisait courir le bruit qpu'au mois d'octobre 1567 le prince de Gondé s'était fait couronner à Saint-Denis ; sur quoi un poète du temps, digne émule d'Âdriasen , fit des stances dont on peut juger par ce titre : « La grande trahison et volerie du rm Guillot, prince et seigneur de tous les larrons, bandolier$, sacrilèges, voleurs et brigands du royaume de France. » Le prince de Coudé fut tué de la manière la plus atroce par Montesquiou, après la bataille de Jamac^ où il fut fait prisonnier le là nmrs 1569.

Maurice Poncet, siimonmié le petit feuillant; était un prédicateur dans le genre des Menot, des Maillard , etc. ; il vivait vers la fin du xvf- siècle, n était curé de Saint-Pierre-des-Ârcis. Dans un ser^ mon qu'il prêcha pendant le carême à Notre-DWie dé Paris , il déclama avec beaucoup de haidiene contre Henri îli et surtout contre une conSténé nouvelle de pénitents, qui avait été en procesnotf dans la ville le jour de rAnnonciation. Il la qualifia de confrérie d'hypocrites et d'athées. « J^aî été averti de bon lieu , ajouta-t-il , qu'hier au soir, qui était vendredi, la broche tournait pour ces gros pénitents , et qu'après avoir mangé le gras chapon i ils eurent pour collation de nuit le petit tenditm qu'on leur tenait tout prêt. Ah malheureux hypo^ crites! vous vous moquez de Dieu sous ce masquèj et portez par contenance un fouet à votre ceinture? Ce n'est pas là, de pall^ Dieu, où il faudrait le por-

.er ; c'est sur votre dos et sur vos épaules , et vous 5n étriller très-bien , car il n'y a pas un de vous qui le Fait mérité. »

Ce prédicateur fut exilé. Le duc d'Epernon , l'un les pénitents de cette confrérie , voulut le voir et lui dit en plaisantant : w Monsieur le docteur , on dit » que vous faites rire les gens à Votre sermon ; cela » n'est guère beau ; un prédicateur comme vous » doit prêcher pour édifier et non pas pour faire w rire. Monsieur, reprit hardiment le Petit Feuillant, » sachez que je ne prêche que la parole de Dieu , et » que ceux qui viennent à mes sermons pour rire » «ont des méchants et des athées. Au reste je n'en » ai jamais tant fait rire en ma vie que vous en avez » fait pleurer. »

Le dimanche 8 janvier 1589 , le même prédicateur parlant du duc de Guise qui avait été tué à Blois , se tournant vers Madame de Nemours sa mère, qui était près de la chaire , dit : « O saint et glorieux martyr de Dieu , béni est le ventre qui t'a porté , et les mamelles qui t'ont allaité ! »

Parmi les prédicateurs qui se sont fait un nom du temps de la Ligue, en vomissant des horreurs contre Henri UI et Henri IV , on distingue Jean Bouclier , docteur en théologie ' , curé de Saint-Benoît , ci-

■ Sermons de la simulée conversion , et nullité de la prétendue absolution de Henri de Bourbon , prince de Bearn , à

devant prieur de Sorbonne et recteur de TUniverâté. Ce fougueux prédicateur s'était d'abord déchaîné contre Henri III, avant que ce prince sortit de Paris. Ce roi le fit venir , le traita de méchant et finit par lui pardonner à condition qu'il serait plus sage à l'avenir. Voici comment , quelque temps après , ce curé parla en chaire de ce monarque. « Ce teigneux » est toujours coiffé à la turque, d'un turban, lequel -n on ne lui a jamais vu ôter , même en communiant, )> pour faire honneur à J.-C. ; et quand ce mal- » heureux hypocrite faisoit semblant d'aller contte }» les Reistres , il a voit un habit d'allemand fourré , » et des crochets d'argent , qui signifioient la bonne » intelligence et accord qui étoient entre lui et ces » diables noirs empistolétés : bref c'est un turc par » la tête, un allemand par le corps, une harpie par » les mains, un anglois par la jarretière, un polo- » nois par les pieds , et un vrai diable en l'ame. »

Après la mort d'Henri III , la rage de cet énergumène redoubla contre Henri IV. Un jour il commença un de ses sermons par ces mots du Psalmiste. lEripe me de luto foscis, qu'il cxplicjuait ainsi : Seigneur, débourbez-nous , àtez-nous cette race de Bourbons , il n^en faut plus parler, ils sont tous hérétiques ou fauteurs des hérétiques. Interprétation aussi ridicule qu'insolente.

Saint-Denis en France j le dimanche 25 juillet 1593, par Jean Boucher. Paris, Chaudière, 1594, m-8°, édition originale, vendue 50 liv. 19 s. , chez le duc de la Vallière , en 1784 , et l'édition jouxte la copie de la même année , m-8° , n'a été portée qu'à 15 1. 19 s.

Une autrefois, le vendredi 19 mars 1593, préchant dans l'église Saint-Barthelemy , il dit qu'il falloit prier Dieu qu'il nous donnât un roy qui fut fils d'homme et non de bête , car , dit-il , ceux que nos politiques demandent est fils d'une louve.

Le lendemain de la réconciliation d'Henri IV , il monta en chaire dans l'église Saint-Méry , et vomit contre ce roi mille outrages ; il dit entre auti^s choses que la cérémonie qui s'était faite à Saint-Denis ( le «arment d'Henri IV entre les mains de l'archevêque de Bourges) n'était qu'une farce, que ce prince ayant été le matin à la messe , avait été au prêche la nuit suivante. Imposture révoltante !

Lorsqu'on apprit à Paris que le Roi avait été blessé d'un coup de pistolet dans les reins, à l'affaire d'Aumale , en mars 1592, Boucher , dans son prône du 22 de ce mois , dit : « A la vérité, la chair du Béarnais , ou plutôt sa charogne , a esté entamée , mais elle n'a point esté enfoncée, à cause des cajraictères ( magiques ) qu'on a descouvert qu'il avoit sur luy. » Quelle infernale imagination ! Heureusement la blessure était très-légère , la balle ayant été amortie par les habits et la chemise.

Les sermons que prêcha Boucher à l'égHse de S.-Méry pour prouver que la conversion d'Henri IV était nulle, sont au nombre de neuf; ils furent imprimés en 1594; mais les Parisiens étaùt rentrés dans le devoir en eurent tant de honte, qu'après la réduction de Paris, la première^ chose qu'ils firent dès le lendemain fut de les faire brûler par le bourreau.

Jeau Boucher fut chassé de Paris; retiré en Flandre, il composa le livre affreux de l'Apologie pour Jem Çhasiel , dans lequel il abuse continuellemerit de l'Ecriture Sainte pour excuser cet assassin.

Jacques Commelet, jésuite, étant à Paris en 1589, excita le peuple à la révolte au sujet des deux frères Guises massacrés à Blois. Le jour de Noël , prêchant dans l'égbse de Saint-Barthelemy , et ayant pris pour texte ce qui est au 3® livre des Juges , touchant Aod,de la tribu de Benjamin, qui tua E^lon roi des Moabites, il se mit à crier : « Il nous faut un Aod, )) il nous faut un Aod , fût-il moine, fût-il soldat , » fût-il goujat, fût-il berger, n'importe; il nous )) faut un Aod , il ne faut plus que ce coup pour yt mettre nos affaires au point que nous désirons. » Il loua beaucoup Faction de Jacques Clément et le mit entre les anges. On Taccuse d'avoir dit en chaire ces mots de David : Eripe me, Domine, de luto ut non infigar , et qu'il avait ajouté que David par un esprit prophétique avait entendu parler de la maison de Bourbon ; cette plate bouffonnerie n'est point de Commelet , mais de Boucher comme nous l'avons dit. On reproche encore à Commelet d'avoir dit dans un sermon , que Dieu n'avait point la puissance de convertir le Roi (Henri IV), ni le Pape le pouvoir de l'absoudre. Ce blasphème est de Lincestre. Après la réduction de Paris , Commelet vint implorer la clémence du bon Henri , qui lui pardonna ^ .

Ce Commelet faisait beaucoup de grimaces en prêchant ;

Lincestre , autre fameux prédicateur de la Ligue , 4ans h sermon de 1589 , qu'il fit à Téglise de Saint- Barthélémy, déclara que le vilain Hérode (anagramme du nom Henri de Valois ) , n'était plus roi des Français ; il exigea de tous ses auditeurs le serment d'employer jusqu'à la dernière obole de leur bourse , et jusqu'à la dernière goutte de leur sang poqr venger la mort des Guises , et pour cet effet leur fit lever la main pour signe de consentenient. Le premier président de Harlay qui assistait tranquillement à ce sermon , fut personnellement provoqué par le prédicateur qui lui cria : « Monsieur le président , levez la main , levez-la bien haut afin que tout le monde le voie ^ » Un jour un

aussi , dans la pièce «atyrîque intitulée la Bibliothèque dé madame de Montpensier , on place le& grimaces raccourcies da Pé Commelet , mises en tablature par deux décotes d'Amiens.

« Ce président de Harlay était à l'œil des prédicateurs de la, tigue. L'Estoile raconte que « le samedi 27 mars 1593, Simoq Filheul , prieur des Carmes à Paris , prescliant à Saint- André ^ rappela que le président de Harlay étant une fois vis-à-vis de lui à l'œuvre dans l'église Saint- Barthelemi où il preschoit, lui Filheul avoît dit qu'il y avoit un grand nombre de lius^uenots dans Paris , que la justice ne faisoit pas semblant de voir ne congnoistre ; et que leur connivence estoit cause qu'il y î\voit tant d'hérétiques. De quoi ledit de Harlay offensé et de ce qu'il l'avoit ainsi prêché à son nezjl'avoit envoyé quérir le lendemain, pour lui demander s'il congnoissoit quelques huguenots a Paris ; que pour luy , il n'en congnoissoit point ; mais s'il en sçavoit, qu'il l'en devoît avertit, afin d'y mettre ordre, et non pas prcscher et déclamer de ceste façon en pleine chaire contre la jus-

des principaux ligueurs fit part à ce Lincestre des scrupules qu'il ressentait de la haine qu'il portait 9, Henri III, Le bon curé lui répondit : « Moi , je n'eus pas fait scrupule de tuer le Roi à l'autel , quand même j'aurais eu le corps deDieu entre mes mains, n Quelle abominable frénésie !

La Reine-Mère ( Catherine de Médicis ) , mourut le 5 janvier 1589. Lestoile dit : « qu'elle étoit adorée et révérée à Blois comme la Junon de la Cour , mais qu'elle n'eut pas plutôt rendu le dernier soupir qu'on n'en fit non plus compte que d'une chèvre morte. » En effet elle laissa une réputation assez

tice. Auquel il avoit respondu qu'il n'a voit presché que la vérité^ et ce que tout le monde disoit et sa voit; et qu'au surplus il en congnoissoit beaucoup , desquels , s'il lui plaisoit , il dresseroit une liste et la lui apporteroit. Ce que ledit de Harlay n'avoît voulu , et avoit bien fait , car il s'y eût vu tout le premier j comme celui qui n'a été autre toute sa vie , et qui ne yalut jamais rîen ; ce qu'il répéta par deux Cois. » On conviendra que la hardiesse des prédicateurs dans ces temps de troubles était poussée à l'excès.

Ce Simon Filhevd ne faisait nulle difficulté d'altérer la vérité, dans ses déclamations passionnées. Par exemple, dans un sermon dirigé contre ceux de la religion pr. réf. , il disait : u Les filles de Genève se peuvent marier à dix-huit ans à. qui bon leur semble , sans consentement de père , mère ni de parents ; et pour toutes raisons , elles ne sont tenues d'alléguer autre chose quç ce beau texte : il vaut mieux se marier que briller; et celles que les maris ne trouvent pucelles , se peuvent remarier à d'autres. » Ce n'est pas la seule fiction calomnieuse que l'on rencontre dans les sermons de ces temps de malheur.

équivoque ' , sur laquelle Lincestre s'exprima ainsi dans son sermon du 8 janvier : « La Reine-Mère , dit-il , a fait beaucoup de bien et de mal , et crois qu'il y a encore plus de mal que de bien. Aujourd'hui se présente ime difficulté : savoir si l'église catholique doit prier pour çUe , qui a vécu si mal et soutenu souvent l'hérésie ^^ encore que sur la fin elle ait tenu , dit-on , pour notre droite union , et n'ait consenti à la mort de nos bons princes ( les deux Guises ) ; sur quoy je vous dirai que si vous voulez lui donner à l'aventure, par charité, un Pater et un Ave, il lui servira de ce qu'il pourra; je le laisse à votre hberté. »

Un jour des cendres, ce Lincestrç dit : « qu'il ne précheroit point l'évangile du carême parce qu'elle

* L'Estoile dit encore « qu'on publia contre sa mémoire plusieurs pasquils et vers dont voici les meilleurs, faits pour luj servir d'épitaphe :

« La Beine qui cy gisl fut un diable et un ange, Toute pleine de blâme et pleine de louange :

Elle soutint TEtat , et l'Etat mit k bas ; Elle fit maints accords et pas moins de débats ; Elle enfanta trois rois et cinq guerres civiles y Fit bastir des châteaux et ruiner des villes ; Fit bien de bonnes loix et de mauvais ëdits.

Souhaite-lui, passant, enfer et paradis. »

Catherine de Médicis, fille unique de Laurent de Médicis, est née à Florence, en 1519; elle a épousé Henri II, roî de France , le 28 octobre 1533 ; veuve de ce prince en 1559 , elle est morte à Blois, le 5 janvier 1589; elle a eu beaucoup trop de part au gouvernement depuis la mort de Henri II.

étoit commune et qu'un chacun la sa voit ( évangile était alors du féminin ) , mais qu'il prêcheroit la vie, gestes et faits abominables de ce perfide tyran, Henri de Valois, ce tyran, ce magicien vendu au diable, etc — Il tira de sa poche un des chandeliers du Roi que les Seize a voient dérobé aux Capucins, et sur lequel étoient des satyres engravés , lesquels il affirmoit être les démons du Roi , et que ce tyran adoroit pour ses Dieux; puis passant à Henri lY.dans un autre sermon , il déclara , comme nous l'avons dit , qu'il n'étoit point en la puissance de Dieu de convertir ce prince hérétique , et que le Pape n'avoit point pouvoir de l'absoudre et de le réhabiliter pour succéder à la couronne de France. » Qui croirait que ce Lincestre , ainsi que Commelet , furent les premiers à aller se jeter aux pieds de Henri IV, lorsqu'il eut détruit la Ligue? Ce Lincestre suilout fit de tels éloges du Roi et lui donna tant de louanges dans ses sermons royaux , qu'il en fatiguait les plu» grands partisans de ce prince.

Cette conduite , dont le tournesol est l'emblème , nous raj)pelle l'histoire plaisante de ce bon curé des environs de Mantes, qui tout embrasé d'un saint enthousiasme pour la Ligue , ne laissait passer aucun dimanche sans terminer la prière de son prône par ces mots :

» Mes chers frères , je vous recommande un Ave » pour la très-sainte et très-glorieuse Ligue , ainsi ^> que pour ses soutiens. Soyons bien persuadés que » ce sont là nos rois véritables, et que le réprouvé

» gascon (Henri IV)ne8t qu'un tyran maudit et » de l'Eglise et des hommes. )>

Mais il arriva que M. d'Aumale (Charles de Lorraine), commandant les troupes de la\Ligue, en fit passer quelques-unes à travers le villoge si bien endoctriné, et le régiment traita le presbytère en pays ennemi ^ .

Le dimanche suivant le même curé commença ailisi son prône :

« Mes frères , mes bons amis et paroi§$iena , vous

» Ce n'est pas la preniîtTe fois que cela élaît arrivé. L'Estoiïe raconte que « ce d'Aumale , l'un d^es chefs de la Lîgue , ayant levé quelques nombres de fressuriers , faucheurs et telles ca-t DMÎlles qu'il conduisoit eh personne , disant qu'il cherchoit les Huguenots pour les dévaliser et massacrer , tua et pilla gentilshommes et roturiers , prêtres , moines , etc. , sans épargner les églises ; faisant autant de maux que les plus échaufiFés huguenots. Aussi est-ce à faire à des badauds à croire que telles gens aient aucune religion. » (^Mémoires de V Histoire de France^. collection dePetitot, tom. 45, p. 292. )

Ailleurs, le même l'Estoile dit : u Le 7 juillet 1589, quelcmes troupes de la Ligue entrèrent par force dans Villeneuve- Saint-Georges et firent mille brutalités et inhimianités. Il n'y avoit nî ordre , ni discipline militaire dans l'armée du duc de Mayenne, ni seulement apparence de religion ; car quoiqu'ils se dissent catholiques, ils ne laissoient pas de manger publiquement de la chair aux jours défendus. Bien plus pour prouver leur impiété , ils contraiguoient les prêtres, le poignard Sur la gorge, de baptiser ( c'est leur mot ) , les veaux , moutons , cochons , et de leur donner les noms de carpes , brochets , barbeaux ; et sur les plaintes qu'on en faisoit au duc de Mayenne , il répondoit : Il faut patienter , j'ai besoin de toutes mes pièces pour vaincre le tyran. » Ce tyran était Henri IV. ( Même tome , p. 405. )

,* savez tous comme sont venus ici les enragés gca- » darmes du Lorrain, comment ils ont tordu le » cou à mes poules , tiré le lard de mon pot , le » vin de ma cave , la farine de mon grenier ; et de D son lit, ô misère! la pauvre Catherine, ma boniie » servante ? Eh bien , sachez que tous ces rois de la » Ligue ne sont rien que des incamés tyrans, et que T» nous n'avons et ne devons avoir , reconnoître et » aimer que le très-brave et très-aimable Henri de »> Bourbon, »

A combien de gens ne pourrait-on pas dire : imiiato nomine de te fabula narratur?

Voici encore une girouette que le vent de la Ligue n'a pu retenir dans son parti. C'est Jean Guérin, l'un des prédicateurs les plus furibonds qui s'opposèrent constamment aux justes droits de Henri IV sur la couronne de France. L'Estoile raconte que « lorsque le siège fut levé devant la Ferté- .Milon (au commencement de 1694) , les prédicateurs de Paris firent dire force Pater et force Avê pour en remercier Dieu. Jean Guérin, entre autres^ prescha que c'estoit un grand miracle et des plus extraordinaires de dire qu'une petite poignée de gens eussent fait lever le siège en plein minuict il ce maudit Bearnois. Il l'appela plusieurs fois fili

de p , et dit que sa mère estoit si publique

qu'elle se prestoit à tout le monde , et qu'il y avcSt cinquante ou soixante ministres qui y alloient ordinairement les uns après les autres... Il dit en outre qu'il couroit une déclaration de ce méchant ,

que chacun en avoit, mesme les grands, mais qu'il les avertissoit de la mettre au feu s'ils estoient sages. »

Aussitôt qu'il apprit la conversion du Roi et l'absolution qui lui avait été donnée à Saint-Denys par l'archevêque de Bourges , il monta en chaire , fit une longue invective contre la personne de ce prince au sujet de sa conversion qu'il disait simulée, et il exhorta ses auditeurs à prier Dieu avec lui qu'il lui plût d'inspirer au Pape de ne se point lais^ çer fléchir aux feintes soumissions du Béarnais, et de se tenir ferme à ne vouloir point le recevoir au giron de l'Eglise quelqu'instance que ce prince lui en fît par ambassadeurs. Le jour de la réduction de Paris , au moment que les Parisiens allaient ouvrir au Roi les portes de leur ville , ce furieux s'efforça de porter les plus désespérés ligueurs à se jeter sur les politiques et à massacrer tous ceux qui voulaient donner entrée au Roi. A peine Henri IV fut-il maître de la ville, que ce lâche fanatique se jeta tout tremblant aux pieds de Targer, l'un des partisans du Roi , le priant de ne le point tuer et que de fait , s'il avait médit du Roi , il en dirait du bien et prêcherait le contraire dç ce qu'il avait prêché jusqu'à ce jour.

Nous ne citerons pas un plus grand nombre de traits des prédicateurs du temps de la Ligue. Ds prêchaient tous la même chose. Les sermons de Jean Porthaise figurent à côté de ceux de Jean Boucher ^ .

' Cinq sermons du R: P. F.-J. Porthaîse, de Tordre de

Panigarole ' , Ttin des plus furieux , écrivait au duc^ de Savoie : « Les prédicateurs fort offensés ajoutèrent encore autres infinies raisons et prêchèrent deux fois le jour en chacune église durant le siège avec telle mené« qu'ils ont confirmé le peuple à c^te résolution de vouloir plutôt mourir que de se rendre , et menaçoient le premier qui parleroit de composition ou de paix , et les femmes protestèrent à leurs maris que plutôt de se rendre pagr femine , elles voudroient manger tous leurs, enfants. Le Roy même de Navarre a confessé plusieurs fois que tout Bpn mal venoit de^ prédicateurs et des curés. » Cependant ces prédicateurs n'étaient pas partisans du duc de Mayenne , qui tenait la royauté sous le titre de Ueutenant-général de l'Etat. Us ne l'épargnèrent pas dans leurs sermons. Le frère Anastase Cochelet, prêchant l'évangile du navire des apôtres , dans le-

S. François , théologal de l'église de Poitiers, esquels çs% traité lanl de la simulée conversion du Roi de Navarre que du droit de l'absolution ecclésiastique. Paris, Gui II. Bichon j 1594 , w-8*». Vendu 80 liv. chez le duc de la Vallière , en

■ Je ne connars de Panîgarolie que ses « Leçons catholiques sur les doctrines de l'Eglise, divisées en trois parties : i. la première appreste les armes pour combattre les hérétiques j II. pour les endommager; la tierce pour se défendre contre iceux, prononcées à Turin l'an 1582, par François Panigarole, milanais, de l'ordre de l'observance. » Trad. de l'italien, par G. C. T. (Guillaume Ghappuis, tourangeau). Lyon, 1585« l>l-8^

quel Notre Seigneur dormait , dit : « qu'à l'exemple des apôtres , il falloit exciter Dieu pour aider à la religion catholique et élire un roi pour gouverner l'Eglise en France , qui se perdoit et périssoit faute de roi , parce que le royaume de France ne pouvoit subsister sans un roi , étant un royaume affecté à la monarchie et non à la régence comme M. de Mayenne vouloit faire : ce qu'il ne falloit point souffrir , mais passer outre à la nomination d'un bon roi catholique, à l'exclusion du roi de Navarre. » Le frère Guérin dont nous avons parlé , prêcha sur le même ton , et l'un et l'autre eurent ordre de la part du duc de Mayenne de se comporter plus modestement.

Voici la liste des plus fameux prédicateurs des Seize :

Hamilton , curé de Saint-Cosme.

Jean Boucher, cité plus haut, curé de Saint- ^ Benoît.

Guillaume Rose, évêque de Senlis.

Christophe Aubry ' , curé de Saint-André-des- Arcs.

* Cet Aubry, consulté par Pierre Barrière pour savoir s'il pouvait sans scrupule attenter à la vie de Henri FV depuis sa conversion , traita ce scrupule de bagatelle et lui dit qu'il n*j avait que la mort du Roi qui pût assurer la religion catholique. Ce curé n'avait pas plus de respect pour la puissance ecclésiastique : un jour annonçant au peuple la mort de Sixte- Quint , il dit : « Dieu nous a délivrés d'un méchant Pape et politique ; s'il eût vécu plus long-temps , oa eût été étonné de vx)ir prêcher dans Paris contre le Pape, et il eût fallu le faire. »

Prère Beçnard de Mont-Gaillard, dit le Petit Feuillant.

François Pigenat , docteur de Sorbonne , curé de Saint-Nicolas-des-Champs.

Jacques Commelet, jésuite.

Guillaume Lucain , docteur.

Jean Lincestre, curé de Saint-Gervais.

Jacques Cueilly, curé de Saint-Germain-l'Auxerrois.

Feu Ardent, cordelier, Savoyard de nation.

Jean Guérin , docteur.

Jacques Pelletier, curé de Saint-Jacques-de-la- Boucherie.

Panigarole , Cochelet , et autres. On leur distribuait , dit M. Yitri dans son manifeste, des doublons d'Espagne , pour les encourager à crier de plus eli plus dans les chaires et y semer des invectives contre Henri IV.

Plusieurs docteurs furent appelés par le Roi pour assister à sa conversion à Saint-Denys ; de ce nombre furent :

René Benoist, curé de Saint-Eustache.

Jean Chaviniac ou Chevenac, curé de Saint- Sulpice.

Claude Morene , curé de Saint-Méry.

Jean Lincestre , cité plus haut.

Louis Séguier, doyen de Notre-Dame de Paris, et frère Olivier Déranger, jacobin.

Le légat du Pape , ( le cardinal Sega ) , les menaça

des censures ecclésiastiques , s'ils se rendaient à St.- Denys. Malgré cela ils y allèrent , mais leur conduite fut critiquée par leurs collègues attachés à la Ligue, et condamnée par le Légat.

H Un jour , dit Lestoile , un carme d'Orléans , à qui son évesque avoit fait prester serment de fidélité au Roy , mû derepentance, comme bon ligueur, en vint demander en grande humilité l'absolution au légat qui la lui refusa , et le renvoyant rudement , lui respondit : non dabo, non dabo , debebatis su f ferre martyrium. »

Ce légat , lorsque le Roi fit son entrée à Paris , refusa opinâtrément d'aller voir sa Majesté , « quoique , dit Lestoile , ce Prince eût usé en son endroit d'offires et de soumissions trop basses pour la majesté d'un si grand roy. »

• On sait que Henry IV a eu pour maîtresse Heue (j'Entragues , marquise de Verneuil , qui était , dit-on, impérieuse , méchante , emportée, peu déUcate , coquette et plus ambitieuse que tendre. Un jour que le père Gonthier jésuite prêchait à saint Gervais , le Roi s'y rendit avec M®"® d'Entragues et plusieurs dames de la Cour. La Marquise fit pendant le sermon divers signes au Roi pour le faire rire. Le prédicateur indigné de cette conduite peu respectueuse , se tourne vers le Roi et lui dit : « Sire , ne vous lasserez-vous jamais de venir avec un sérail entendre la parole de Dieu, et de donner un si grand

Scandale dans le lieu saint? » La marquise fleVemeuil voulait que le Roi punît le zèle du prédicateur. Henri IV, au lieu de se rendre 1i ses prières , retourna le lendemain au sermon ; et ayant rencontré le Père Gonthier comme il allait monter en chaire , il Uâ dit : « Mon Père, ne craignez rien; je vous remercie de votre correction, mais je vous prie de ne plus me la faire désormais en public. »

EXTRATrS DES SERMONS DU P. VALLABIER. *,.

André Valladier , docteur en théologie , abbé de saint Arnoul de Metz , aumônier et prédicateur du Roi , est mort vers le milieu du xvn* siècle ; il a passé pour l'un des meilleurs orateurs de son temps ; on le demandait dans les principales villes du Royaume, et l'on se faisait un plaisir de Tentendre à la Cour; son oraison funèbre de Henri IV surtout lui attira de grands applaudissements. Eh bien, faut-il le dire? rien n'est plus ridicule , plus boursoufflé , plus vide de sens , plus burlesque que Téloquencc de ce prédicateur * . « L'éloge funèbre en question n'est qu'un

« Le Père Romain Joly dit, dans son Histoire de la prédication, pag. 422, que « Valladier étoit dans ses sermons, un digne émule de Rabelais, qui associe dans Wi monstrueux Pantagruel ce que la Religion a de plus saint avec cv qyele paganisme a de plus dissolu. Qu'on lise un de ses sermons de TAvent , on le trouvera peu distant de l'Histoire de Gargantua. Il a surtout un discours sur les sortilèges dans lequel , entre plusieurs contes

asquel

âldimatias quelquefois pompeux , quelquefois rampant et souvent inintelligible; tous ses discours sont remplis des mêmes défauts : raisonnements philosophiques souvent peu justes, fréquents passages d'auteurs grecs et latins, auteurs payens et théologiens scolastiques , employés sans choix et sans raison , très-peu de morale solide , et moins encore de fortes preuves qui portent la conviction dans Fesprit du lecteur. » Telle est l'opinion très-juste qu'avait des œuvres de Valladier ' , l'auteur du Dictionnaire portatif des prédicateurs, (Antoine Albert, prêtre); Lyon, 1757, in-8% p. 267-268. Mais venons à des preuves qui la justifient. .

Dans le sermon du mercredi des cendres * , l'ora-

scandaleux , on voit celui d'une fille devenue enceinte sans accoinlance charnelle , rendu dans les termes les plus inconvenants; et cela à propos de Luther qu'il prétend avoir été engendré par un incube*. Etait-il besoin, pour confondre Cet hérésiarque, de lui imputer l'infamie d'une naissance imaginaire. »

« Ces œuvres consistent dans La sainte philosophie de Vame / ou sermons de l'j4uent prêches en 1612. Paris, 1614, j/i-8®. — La Métanéalogie sacrée ou sermons du Caresme, Rouen , 1628, 1/1-8°. — Le Mariage divin et spirituel entre Dieu et l*ame, ou la Sainte-Eucharistie , Octai^e , 1 vol. iVi-8°. — Sermons pour toutes les fêtes de Notre Seigneur, 1623, m-8°. — Sermons pour t Octai^e de l'Assomption:. 1626, m-8°. — Oraison funèbre deM.. le cardinal de Gii^ry, éi^éque de Metz, Paris , 1612, j/i-8**.

* VoY. la Métanéalogie ^ p. 14 et 15.

* Incube y terme de démonographie , signifie un démon qui , sous la figure humaine , aurait commerce avec une femme ; et Succube est un démon (jui prendrait la figure d'une femme pour avoir commerce avec im homme.

-130- , -^ teur gourmande ainsi les dames sur leurtoilette el sur tous les ornements dont elles couvrent leur chétif individu :

« Glorieux , glorieuses , çà , il faut que je vous mette de la cendre sur la tête. Damoyselles , que faictes-vous autre chose avec cet appareil vénérien de vanité, qu'une protestation de vostre vanité et vilité devant Dieu et devant les hommes , chargeant et adultérant vostre poil de cendre et de poudre " , plâtrant vostre visage de céruse et de fenge , vestant tout le corps de soye , qui n'est que fiente de vers

esclos d'une graine qui n'est que poussière ^ Et

vous ne m'entendez pas? Voulez-vous voir que tout vostre faict n'est qu'orgueil, ambition, superbe, hypocrisie , c'est-à-dire cendre et poudre? Vous voulez que je croye que vostre poil est gris : hypocrisie , menterie détestable ; ce n'est que poussière , iris de Florence, poudre de Cypre, attisons des sommiers. .Vous me voulez faire penser que ce teinct est le vostre : hypocrisie, menterie; ce n'est que piastre, ce n'est que vermillon et céruse. Vous voulez paroistré grande , et vous mentez ; vous estes naine , c'est le marchepied de vos patins qui vous hausse ; hypocrisie et menterie insupportable. Vous jactez

■ C'est vers la fin du xvi* siècle que l'on commença à faire usage de la poudre à poudrer.

* La connaissance des vers à soie, et leur culture étaient alors bien différentes de ce qu'elles sont aujourd'hui.

( vantez ) vostre belle perruque ^ : ô menteuses , ô piperesses, elle est empruntée; ce sont les cheveux de quelque gueuse , mesme bien souvent de quelque

• Dans ce temps , le mot perruque signifiait simplement la clievelure naturelle , et nullement ce tissu de cheveux postiches dont les chauves se couvrent la tête.

Dès le XV* siècle , Bernard© Bellincioni , poète florentin ,

disait :

Perché Assalon mori per la parruca*

Hugues Salel , poète français , mort en 1553, parle ainsi de la majesté de Jupiter , dans sa traduction de l'Iliade :

Au seul mouvoir de sa perruque sainte Le grand Olympe eu tremhle tout de crainte.

Le vieux tragique Gamier , dans sa Troade , fait dire à Hécube dans le récit du meurtre de Priam par Pyrrhus :

Le bou homme il tira par sa perruque grise , L'arrachaut des autels , notre vaine franchise.

Et Pierre de Saint-Louis , dans son poème de la Madelaitie ,

faisant la description de la personne de Jésus-Christ, dit :

Sa perruque est dorée et sa mine est si belle , Qu'il ne sVu vit jamais dans la terre une telle ; Qui le voit est ravi de sou bel eutregeut.

Que si son poil est d'or, si sa voix est d'argent, &a taille avec cela ne peut être que riche

H est certain cpie dans toutes ces citations, le mot perruque est pris pour chevelure naturelle; et ce n'est que vers les commencements du XVII* siècle , époque où Tart avec lequel on travailla les cheveux postiches ne permit plus de les distinguer des cheveux naturels , que fut fixée l'acception actuelle du mot perruque. Les essais qui avaient paru précédemment s'appelaient yà«w5 perruque , perruque faiacte, comme dit le vieux poète Coquillart en parlant de perruques faites avec crin de cheval. Ainsi c'était to^t le contraire de l'acception actuelle du moi perruque.

pendue, que vous avez achetéschez la perruquière. Ces carcans de perles , ces pendants d'oreilles , ces riches enseignes , ces bagues aux doigts , ces bracelets d'or , ces robes de soye , ces rabats de linomple , ces cottes, de draps d'or et d'argent, ces tresses , ces roses , ces riches attifets sont beautez de la terre , et non les vostres qui ne sont que fumier et cloaques d'ordure. Ce sont tous des masques de vos testes , de vos oreilles , de vostre poictrine , de vos mains , de vos bras, de tout vostre corps. Les masques qui couroient ces jours passez les rues ne masquent que le visage , et vous , vous masquez et démentez toutes les parties de vostre corps. Hypocrisie, hypocrisie, imposture horrible, laquelle injurie Dieu, faict honte à la nature , offense les hommes , scandalise les anges et festoyé les diables O piperie

irrémédiable de nostre chrestienté ! Bon Dieu ! pourquoy ne vous contentez- vous de vostre beauté naturelle ? Tout le reste de cet attelage de vanité n'est que cendre , que boue , que risée et moquerie^ Au pied de la lettre, toutes vos piafes ne sont que poudre : poudre de teste , poudre de visage , poudre de vestement , poudre de gloire , poudre de vanité , poudre d'hypocrisie ! . . . . »

Ce même prédicateur fait un singulier rapprochement du paon avec Jésus-Christ, dans son sermon pour le second dimanche de carême :

<« Le paon gentil et miste , dit-il , bien que par la parfaite beauté de sa houppe, parla rareté et noblesse de sa teste , par la gentillesse et netteté d«

$on cou yi^diV l'ornement de ses pennes (plumes) et par la majesté de tout le reste de son corps, il ravit tous ceux qui le contemplent attentivement , toutefois au rencontre de sa femelle , pour l'attirer à son amour , il déployé sa pompe , fait montre et parade de son plumage bigarré et rioUé piollé, se présente è elle avec piafe , et luy donne la plus belle visée de sa roue. Dç mesme, ce Dieu admirable, amoureux des hommes» pour nous ravir d'amour à soy, (Jesploye le lustre de ses plus accomplies beautez , et comme un amant transporté de sa bien-aimée , «e pare , se montre pour nous allécher à cette transformation de nous en luy , de nostre misère en sa gloire. » Quelle comparaison !

Le lion est aussi mentionne honorablement par Valladier dans l'un de ses sermons ( celui du mardi du second dimanche de carême ) où il prétend que les qualités du lion doivent être appropriées aux prélats et aux magistrats. Voici comment il s'exprime à ce sujet, /?. 427 de la Métanéalogie :

a Le lyon a cinq merveilleuses- propriétez : V il dort les yeux ouverts ; il démène sa queue en dormant , ayant comme honte qu'on pense qu'il dorme , comme s'il sa voit ce mot d'uft grand capitaine chez Homère : « Il n'est pas séant qu'un homme de commandement dorme toute la nuict. » Et si bien que plusieurs graves auteurs ont cuidé ( pensé ) et escrit que le lyon ne dormoit jamais. Ainsi l'escrit Manéton à Hérodote. Aristote dit que cela n'est pas possible, mais qu'il fait semblant de ne point dor-

mir. 2® Sa voix est si espouvantable que les autres bestes Foyant heurler ( rugir ) en tombent mortes à terre , ou bien, ce disent S. Basile et S. Ambroise , en tombent pasmées , de sorte qu'on les peut prendre facilement, si farouches qu'elles soient. 3® Albertle-Grand dit une chose remarquable , que le cheval venant à passer sur les traces où a passé le lyon , il s'arreste tout court, et n'y a moyen de le faire passer plus avant. 4"* Et outre ce , a cela d'admirable qu'il est grand justicier. AElian escrit qu'un mesme maistre avoit nourry un lyon , un ours et un chien , et que le lyon vivoit avec eux en fort bonne intelhgence; mais advenant que Tours , de rage sauvage , deschira le chien , le lyon sur-le-champ en fit justice et mit en pièces l'ours. 5° Il est si généreux , qu'il n'y a chose au monde qui le puisse espouvanter; mesme quand on le tue à coups d'espées, il n'en fait aucun semblant , ayant comme honte de se plaindre, et que l'on pense qu'il craigne la

mort » L'orateur fait ensuite une longue applir

cation de chacune de ces qualités aux prélats, magistrats et à tous supériçurs, comme devant leur servir de modèles, tant pour la vigilance et le maintien sévère , que pour la justice et l'intrépidité qui doivent les caractériser en toute occasion.

Ce n'est pas seulement dans ses sermons que Valladier a fait usage de ce style bizarre , il l'a employé d'une manière encore plus ridicule dans d'autres ouvrages, et surtout dans certaines dédicaces. Nous rapporterons d'abord celle qu'il a adres-

sée à Marie de Médicis en tête du recueil de ses sermons de F A vent , publiés en 1612, m-8\ Nous la donnons textuellement.

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