‹ Prédicatoriana: ou, Révélations singulières et amusantes sur les prédicateurs; entremêlées dChapitre 14 sur 55 · A LA REINE MÈRE · texte numérisé non relu

A LA REINE MÈRE

Madame ,

« Le divin amoureux chastement passioné des parfaictes beautez de l'espouse, chef-d'œuvre de son idée éternelle, s'occupant doucement à l'admiration des merveilles que la nature a le plus enrichies en l'architecture admirable de votre sexe , me licelitie de les relever d'un grand étage plus haut , jusqu'au couronnement du frontispice de l'ame ; c'est tout le projet de cet ouvrage quç je présente à Vostre Majesté où je vais côtoyant les femelles beautez d'une dame parfaicte , en parallèle des agréables pourfils de la substance immortelle qui anime ce corps, source originaire de toutes ces beautés passagères et évanouissantes ; je le vois se mirant ores dedans les agréables rapports et linéamens d'un Visage attrayant. Tantôt haut louant l'artifice de cette poictrine, jumelle ouvrière, artiste de la Uqueur nourricière des vivants ; puis admirant avec un chaste, mais éloquent silence, la divine fécondité du sein du jardin maternel , ouvrier émerveillable de la propagation de notre espèce.

» Ce sont comme les trois étages de cette structure et de ce palais royal , que la saincte triade architectrice de l'univers bâtit de la côte d'Adam , puisque le répertoire sacré de la Genèse saincte nous

dit signament que Dieu bâtit la femme comme un beau palais, et œdificavit, etc. Le Seigneur Dieu bâtit et édifia la femme de la côte qu'il avait prinse en Adam. Le Père ^ffigia sa providence en la structure de la poictrine nourricière ; le Fils, sa sapience en la perspective raccourcie des sens èminents en la fece ; le Sainct-Esprit , sa bonté en la fécondité du parterre plantureux , où germent les humains , comme arbres renversés en la philosophie platonique.

)) Ce visage albastrin aux yeux de colombe , à la tresse crespéede mille crespillons en~ guise de troupeaux qui repaissent errants et comme ondoyants et vagabonds aux coteaux de Galaad ; aux deux ravr gées de perles orientales , blanches comme les. ouailles qui sortent du lavoir; aux joues vérécondes et vermeilles , comme la fente d'une grenade ; aux lèvres déliées et empom*prées , comme un filet de soie cramoisine , d'où déxîoule le miel avec l'ambre et le beaume, est vraiment le séjour agréable où Pindare le poète faisoit asseoir les Grâces Garite». Là se découvrent tous les traits et attraits de la belle nature , le brillant des astres , du soleil et de la lune; la variété de l'iris, la lueur de l'air douce^ * ment éclairé, le lustre argentin et crystallin des Nayades; l'eau, le And, le clair gai de la perle, le bril du diamant , le feu de l'escarboucle , l'attrait de l'aimant et de l'ambre , le vermeil de la rose , la blancheur du lys , le filtre et le charme dangereux de la nature enchanteresse : si bien que les

Arabes , pour naïfer en hiérogliphe efficace cette beauté femelle , lui ont donné un regard d'aimant et d'ambre, pour sommairement découvrir tous les enchantements , les grâces et les attraits de cette partie supérieure et comme céleste d'un beau corps. » Quant aux deux fontaines crystallines de laict que l'époux s'écrie être si belles , quàm pulchrœ sunt mammœ taœ t que vos mamelles sont belles ! qu'il dit être meilL ures qu.e le^vin , qu'il compare ores aux grains de laisiii de la vigne arrondis en perfection et remplis de liqueur agréable ; ores aux faons jumeaux du chevreuil , polis , rebondis et refaits ; combien de merveilles et de sucre y a cachés le Créateur ! où le sang s'adoucit et s'emmielle , où tout autant qu'il y a de veines proches ou éloignées en tout le corps , déchargent par conseatements secrets et transpirations occultes , leurs plus bénignes influences alimentaires , avec telle providence de la «âge et vigoureuse nature , que si la mère se trouvoit frustrée des alimens ordinaires, elle se porteroit à digérer jusqu'aux métaux , et à influer jusqu'à la dernière goutte de son sang , avant que de laisser Tuides ces sources miraculeuses du premier aliment. Tellement que souvent nous voyons toutes les complexions et comnae tout l'être des nourrices , découler par ces deux canaux à la constitution comme nouvelle de leurs nourrissons, deux magasins de manne, deux sources d'ambroisie, deux fontaines de nectar, deux cannes de sucre , deux cruches de miel , deux plantes de beaume , deux montres de

l'horloge intérieure de la mère, deux bastions et rempart» du cœur, deux cataractea de la nature enfantine, altérée.

)) Pour le pratelin principal de la génération, l'époux le découvre et l'admire en se taisant, absque eo quod intrinsecùs latet, sans ce qu'elle a de cachée qui est son refrein ordinaire , après qu'il a exprimé les autres beautés. Saint Jérôme et autres doctes l'entendent ainsi ; et il y a apparence que ce qui nous est le plus caché et le plus incompréhensible en cette divine fabrique , s'entend par son secret , et se découvre par son silence. Si l'appelle-tril tantôt hortus conclusus ^ un jardin bien clos, parce qu'elle est chaste ; tantôt fous signaius, fontaine bien scellée, parce qu'elle est vouée et dédiée à son époux ; tantôt futeus aquarum viventium, un puits d'eaux vives, puisque c'^st de là que nous puisons la vie ; tantôt vmler tuus skut acervu» triticivallatus liliis, une gerbe de froment , avec une cloison de lis , à cause qu'il est pudiquement fécond, fécondement pudique.

Magasin de merveilles en la nature animale, de concevoir, retenir, former, organiser, fomenter, engendrer et renvoyer à la vie ce divin animal qui doit maîtriser toute la nature créée; partie cachée à la vue, mais tellement alliée avec les deux rivières de.laict , que par-là , comme par le quadran , elle manifeste «es affections , ses dispositions , ses accidents et symptômes , et du fruit qu'elle porte , s'il est conçu , s'il est sain ou infirme, s'il est mâle ou femelle.

» n faudroit un plus expert anatomiste que moi pour exprimer et admirer ces grands ouvrages de la

snaitt toute puissante de l'ouvrier ; et quand j'y aurois apporté la dernière perfection , secondé par de beaux et curieux esprits de tous les siècles , ce seroit simplement une plate peinture des rares perfections que ce grand Dieu, votre facteur, a élargi en la structure de ce beau corps vraiment royal, et, pour parler avec un grand philosophe , digne d'empire , et le palais le plus capable de loger cette ame très auguste , douée de toutes les perfections dignes delà première princesse de la terre habitable... »

Tel est le chef-d'œuvre adressé par Valladier à Marie de Médicis. Le Père Romain Joly s'en exprime ^insi dans son Histoire de la prédication ^ p. 421 : « Cette Epître dédicatoire, dit-il , a bien lieu d'étonner ; on la prendroit pour un extrait du Traité attribué à Albert le Grand de Arcanis mulierum... L'auteur sembleroit avoir calqué le portrait de la Reine sur celui de la maîtresse de Ronsard. On retrouve dans cette monstrueuse épître, plusieurs escpressions du même poète parlant d'une fontaine où sa nymphe avoit pris le bain. Quel étrange compliment à une Reine dans la bouche d'un prédicateur , à la tête d'un ouvrage où tout doit respirer la piété, la modestie chrétienne. »

Le Père Valladier a aussi dédié sa Métanéalogie sacrée au roi Louis XIII , fils de Marie de Médicis. Le style de cette seconde épître va de pair avec celui de la dédicace précédente ; nous nous contenterons d'en rapporter quelques fragments. L'auteur débute par un portrait peu flatteur des beaux esprits de son

temps, ayant peu de foi, mais beaucoup d'ardeao pour les plaisirs :

a Sire , dit-il , je ne suis point de Fadvis des pa-^ iraisites épicuriens^, volages avortons de notre chris-; tianisme , duquel ils portent le masque seulement , autant esloignez de Teffect que proches du paga-^ nisme d'Epicure leur oracle. Ds caressent leurs sens, idolâtrent leur aise , détestent et bannissent de leun porches l'austérité, l'affliction et la douleur qu'ils appellent sinistres augures, malheurs et cholères adustes de Dieu ; mesurent la félicité par la prospérité , analgie et indolence ; mettent le souverain bien au souverain rien , en une vie joyeuse , libertine , licencieuse , toute de sucre ; au partir de là , rampent par terre , ne s'évortuent de rien , si ce n'est à cfaa^ ser avec Domitien aux mouches de leurs fantasques et laborieuses oysivetez ; fainéants , poltrons , casaniers à tout , hormis à la curée de leur brutalité ; et, pour le faire court , dressent des autels au c^ifiortmt qu'ils appellent effrontément fatalité, des temples à la témérité, des obélisques à l'impudence, ne regardant jamais le Ciel que par le refleschissement élusoire de leur cristal triangulairement rabattu ; se rient de la Divinité , dénigrent et gaussent sa ptovidence qu'ils mettent sur le trottoir ; masquent la Religion dont ils font le momon , gazouillent souvent , cajolent , rient toujours , ne discourent jamais, et enfin périssent à la pipée de leur humeur sybairitique et camacière. Chrétiens en taille douce , Héhogabales mignons en relief, damoyseaux el

douillets de hante graisse, qui n'ont encore sçu comprendrfe la première lettre de l'alphabet du Christianisme. Ils grommellent entre dents et demandent d'où vient que Timpie est le bienheureux du monde , le perfide est honoré , l'athée prospéré , là où les plus âpres et les plus ardents sectateurs de vertu j et les plus assidus adorateurs de la Divinité, sont malmenez , enviez , affligez , mesme ordinairement calomniez , vrais jouets d'infortune , banderoUes de malheur en ce colisée sublunaire de mélanges et manies misérables, eux qui devroient tenir le rang de spectacle favorable et de premier projet gracieux de la divine et aimable Providence.

a C'est icy, Sire, la première et la dernière page de la théologie chrestienne la plus acromatique. Dieu afflige les siens , prospère les meschans ; mais , au rebours , persécute à outrance les pervers , eslève et fortune les vertueux au delà du commun, comble ses serviteurs de faveurs mesme passagères , jusques au centuple, et ne les laisse jamais despourvus de ses grâces. Grâces du ciel, grâces de la terre, rosées d'en haut, rosées d'en bas, bénédictions de Jacob, double portion de Benjamin le chéri de Dieu , foisonnant la moisson d' Abel , fécondant les troupeaux de Jacob , redoublant les honneurs de Joseph, croisant les bénédictions d'Ephraïm , aggrandissant David , enrichissant Salomon »

L'orateur , après avoir parlé des bons Rois que la Providence a éprouvés par des rigueurs , s'écrie : «. Tout ce déduict mélancolique mais catholique ,

lamentable mais véritable, raboteux mais savoureux, n'est que le suc et la quintessence du psalme xxxvi , Noli œmulari in malignantibm , où vostre majesté très chrestienne trouvera de quoi emmieller les furieuses atteintes et rudes bourrasques qui ont voulu inquiéter et esbranler sa minorité ; la perte irréparable d'un père incomparable qui touchoit desjàdu bout du doigt le zenit de l'aigle impériale , poussant à son dernier ascendant la grandeur originaire delà fleur de lys, avec l'estonnement et admiration de toute l'Europe ; les serpentaux lesquels dès-lors rampants sur vostre berceau , ont voulu faire essay de vostre puissance herculine, qui les a escachez et estouffez au premier abord de son enfance réformidable et invincible, par cette majesté libérale, par cet âge colombin, par cette candeur irréprochable Sang-sues importunes et insatiables de

l'Estat , qui ont presque espuisé jusqu'à la dernière goutte découlant de vos pauvres sujets, enchérissant de la ruine du peuple le service que naturellement ils vous doivent; lesquels non contens d'avoir semé la divorce de Religion en l'Eglise, n'ont jamais cessé dès leur révolte genevoise de gehenner l'Estat, de violenter les Roys vos prédécesseurs , de lacérer la monarchie , de secouer la domination émanée de Dieu , d'establir un Estât dans le cœur de l'Estat, d'espauler et estançonner les prétextes de leurs esprits inquiets, brillans, remuans et essorets, autant ennemis de l'unité et di\ine intelligence monarchique , que du repos , de la paix et de la concorde

catholique. Venimeuses vipères très cachées et couvertes , lesquelles ne j^uvent esclore leurs malignes et sacrilèges inventions , qu'avec le démembremeift et lacération des entrailles de la patrie leur mère

» Cependant nous avons vu, déploré et gémi ▼ostre enfance troublée , votre jeunesse assaillie , vos finances espuisées , vos sujects rebellez , vos desseins contrôlez , vos volontez contestées , vostre patience assiégée , vostre bonté conculquée , vostre puissance ravalée, vostre authorité abattue, vostre sceptre profané) vostre sacrée onction vilipendée, vostre royaume esbranlé, vostre repos altéré ; bref , quel labyrinthe de maux n'a enveloppé non seulement vostre saincte et aymable minorité , ains encore les premières entreprinses et justes essays de vostre majorité , par les trames calvinesques ennemies de vostre religion et de vostre estât?

» Grâces immortelles au Dieu tout puissant. Cette Ariane admirable , je dis votre très honorée et très chère dame la Royne mère vous a esté déesse de paix et le fil vous développant et dévidant de ce monde d'angoisses. Sire, je ne flatte jamais, mienne qualité

naturelle De tant de Roy nés de France , il

sera très difficile de marquer une princesse ou plus agitée en si peu de temps , ou si traversée en son admirable régence, ou si courageuse en ses entreprises , si fortunée en ses succès, si sage en ses conseils, si pieuse en sa religion , si libérale en ses dons , si portée au bien de l'Estat , si passionnée au soulagement et r^pos de vostre peuple. Il semble que toutes les

tempestes et tourmentes ayent voulu espérimeiiten le rocher immuable de sa constance^ sa seule trop grande bonté, facilité, libéralité, afEabilité et patience lui ont esgalé ces tourbillons , soulevé cet ondes et ces vagues , suscité ces bourasques : heureuses secousses, puisque de cette touffe devœent bourgeonner tant d'oUves , de palmes et de lauiierff à cette nompareiUe princesse victorieuse de la corruption et maUce du siècle »

L'auteur t^mine ainsi cette dédicace : « Me

restant tousjours , Sire , cette volonté gaillarde , constante , courageuse et insatiable de servir aurdiftblement (^i^)» candidement, constament, uniquement et efficacement Vostre Majesté , après Dieu , sans respect , sans peur et sans crainte de tout et partout , et sans autre retenue que du Gd et de vous « là où et quand elle me jugera pouvoir la servir et me tenir pour celuy qui a destiné, voué et solemnellement juié de vivn? et mourir,

V BE T0ST1Œ VAJISrÉ,

^ Le très humble* très fidèle et très (dieissant serviteur et sujet ,

D» André VALLAiNEa , abbé de S. AinooL

» De Ptpù « rr i" septrmê>fr ; 1616 «yMr dt S. C^ate H S. D^UÊÙtm . juita* orj Àr&nriur . crtj OM^itstg et très ffioritmx de f^ire Ma:ej^:e. »

Trêve a Teloquenoe du Père YaDadier, dont la fèixmiditè pourrait nous fbomir bi^ii d*antres exiraitji « car« dan$ la prè£ioe [NKcedente , il dit enooK

au Roy : « J'ay passé mes ennuis à Festude et service que je dois au public et à Votre Majesté , mais don-nant le change au malin ennemi de mon repos , j'ay encore sept autres tomes , sept nouvelles batteries pour briser le crâne à Tenvie, et je les ai déjà mis au net a Féternelle confusion de mes ennemis. C'est à savoir : 1" des Festes de Jésus-Christ ; 2** des Festes de la glorieuse Vierge; 3*** du dernier Jugeftient; 4** des Dimanches de l'année ; 5** des Solemnitez des Saincts ; 6** des divines Tapisseries ou stromes de la pénitence ; T enfin mon sainct Augustin catholique, apostolique et romain. — Très-résolu et obstiné , ajoute l'auteur, à briser et enfoncer toutes les puissances infernales à mesure qu'elles poursuivront de m'attaquer et troubler mon repos. »

Laissons donc en repos le P. Valladier.

ANECDOTES

François Faure, cordelier, prêchait un jour la Passion à Saint-Germàin-l'Âuxerrois ; il avait conimencé son sermon lorsque la reine Anne d'Autriche arriva. Le respect et l'usage exigeaient qu'il recommençât; alors faisant allusion à son sujet et s'adressant à la Reine, il lui dit comme Enée à Didon :

Infandum , Regîna , jubés renovare dolorem.

Cela fut très-applaudi dans le temps. Faure était prédicateur du Roi ; il fut nommé évêque de Glandèves par Louis XIV, le 6 mars 1651 , et fut trans-

féré à révécté d'Amiens en 1653 ; il mourut à Parit le limai 1687.

n parait que Malherbe était assez familier avec M. Farchevêque de Rouen , puisqu'on lui prête la plaisanterie suivante, assez déplacée , ce nous semble. Ce poète avait l'habitude de faire la méridienne, c'est-à-dire de sommeiller après son dîner ; un jour que cela lui arriva chez le prélat en question , celuoH ci l'éVeilla , et l'invita à venir l'entendre prêcher* a Ah! dispensez-m'en, Monseigneur, répondit k poète, je dormirai bien sans cela. »

Balzac , dans ses Œuvres diverses, dise. YI , parle d'un capucin qui prêchait devant le sacré collège et qu'il a vu à Rome ; on le nonunait Jérôme de Narni. Il avait un air majestueux , un beau son de .voix, un langage épuré, de très-bonnes mœurs et beaucoup de zélé. Un jour ayant prêché devant le Souverain Pontife sur Fobhgation de la résidence, trente évêques qui l'entendirent s'enfuirent dès le lendemain dans leurs diocèses.

Antoine Delor, docteur en théologie , et prieur du grand .couvent de Sainte-Marie du Mont^rmel à Toulouse, a pubhé en 1623 des Sermons salutaires sur tous les jours de carême. Dans celui de la Providence, il commence ainsi : « Quelle merveille que les

choses divines et célestes nous soient cachées, attendu que les choses que nous voyons et que nous, touchons échappent à notre connoissance. » Puis il termine son exorde par six mauvais vers français qu'il trouve admirables. On jugera encore mieux ce docteur par le paôsage suivant tiré du même sermon : « Si le Soleil nous éclaire , si Mars nous rend valeureux , si la Lune nous rend diligens , Mercure paisibles , Jupiter victorieux , Vénus amoureux , Satwme maussades , c'est la divine Providence qui l'a ainsi voulu. . . . C'est cette mère nourricière du genre humain qui distribue la subsistance à tout le monde. Dites-moi , iqui nourrit ce grand nombre de pauvres capucins , chartreux , récollets , dominicains , augustins, franciscains, carmes et autres religieux? qui nourrit cette nombreuse et sainte troupe de tant de pauvres religieuses, tant de malades çt de nécesidteux dans les hôpitaux et maladrerîes? C'est la Providence... » La fin de ce passage est bien ; mais à quoi bon Favoir fait précéder d'une prétendue influence des planètes, attribuée à la Providence? C'était l'esprit du temps.

Un curé de village', comptant sur l'ignorance extrême de son auditoire , lui présentait toujours les personnages de l'Ancien Testament, agissant à la moderne; et l'on peut dire qu'il poussait ses'anachronismes à l'excès. Parlant un jour du nieurtrc d'Abel dans un de ses sermons^ il commença ainsi

cet épisode : « Adam eut d abord deux fils , mais ils ne se ressembloient guère ni pour le caractère, ni pour la conduite. L'un, Abel, étoit doux comme un mouton , sage comme un ange , obéissant à ses père et mère ; il alloit tous les jours à la messe et souvent à confesse , et payoit exactement la dixme à son curé. L'autre au contraire , Gain , étoit un diable , un vaurien , un mauvais sujet , qui ne feiisoit rien de tout cela ; méchant , jaloux , furieux , il envoyoit promener père , mère et curé ; il n^entroit jamais à Féglise; aussi touma-t-il fort mal. Il tua son frère Abel , et il fut damné. Abel fut tué , à la vérité ; mais il alla droit en paradis sans passer par

le purgatoire » Ce bon curé disait encore que

lorsqu' Abraham menait son fils Isaac sur la montagne pour le sacrifier, chemin faisant ils récitèrent force Pater et force Ave; c'est ce qui fit changer de résolution à Dieu , qui se contenta de la soumission du père , et sauva la vie au fils. Une autre fois, le même prédicateur, parlant de la Salutation angèlique , prétendit que Tange Gabriel , venant annoncer à la Sainte Vierge qu'elle serait mère du Christ, la trouva saintement occupée à dire son chapelet et à prier Dieu dans ses Heures. « Il est vrai , ajoutaitil , que ce n'étoit ni en latin , ni en françois , mais en hébreu. » Le bon curé se trompe; son érudition n'allait pas jusque là. Non , ce n'était pas en hébreu, du moins en hébreu pur, que la Sainte Vierge faisait ses prières ; car, d'après plusieurs dissertations savantes sur la langue que parlaient Jésus-Christ et

le« Juifs de son temps , il est présumable que c'était une espèce de «yro-chaldéen , mêlé à l'hébreu. Différents passages de l'Ecriture et des actes semblent le prouver. C'est l'avis du père Martianay.

Un capucin prêchant contre les spectacles , et transporté d'un saint zèlci, s'écria au milieu de son sarmon : « Oui , oui , mes chers frères , l'opéra est le vestibule de l'enfer , et la comédie en est l'antichambre. »

Le prédicateur Loysel , doué d'une belle figure et d'un bel organe , était très-obscur dans ses sermons; aussi disait-on de lui : vulius hilaris, voxfkxi" Mis, sermo inintelligibilis ,

Saint-Foix raconte dans ses Essais sur^ Paris ^ qu'unpère Gardeaux , curé de la paroisse Saint-Etiennedu-Mont, à Paris, scandalisé de voir certaines dames aller, suivant la mode du temps , le sein découvert , s'avisa de les apostropher ainsi avec plus de naïveté que de réflexion : « Eh niais! Mesdames, couvrezvous donc au moins en notre présence ; car , afin que VQUS le sachiez , nous sommes de chair et d'os ainsi que les autres hommes. » Cette singulière çxhortation fit sourire Tauditoire.

Un déclamateur disait dans le panégyrique de

sainte Maddaine : « Cette grande pédieresie a eâfin pris le bon parti , elle s'est ouvert le ciel par les larmes , et elle a fait par eau un chemin que Voix fait rarement par terre. »

Un ancien prédicateur voulant prouver la gloire du Sauveur par les lettres de son nom , (Jésus ) , s*y prit de la manière suivante : « Mes frères, savez-vous le latin 7 Ceux qui Fignorent n'ont qu'à dormir ub instant ; cela ne sera pas long. Yous autres , écoutez bien : le substantif de Jésus n'a que trois cas , le nominatif, Faccusatif et l'ablatif. (Je vous plains, vous autres qui n'y entende; rien. ) Or, que signifient ces trois cas ? cela peut-il se demander? On y reconnoit visiblement les trois Personnes divines en une même nature.. Mais voici bien autre chose : de ces trois cas le premier , remarquez bien ^ finit par la lettre S, JesuS ; le deuxième par une M, JesdM , et le troisième par un II , JesU. Grand mystère, mes. firères, grand mystère! Ces trois lettres finales veulent dire que le Sauveur est tout ensemble le faite, le miheu et le plus bas, summm, médius, ulHmus. Divisons niaintenant le nom de Jésus en deux parties égales , lesquelles représentent les deux natures , Je-us. Mais l'S ayant perdu sa compagnie , et se trouvant très-surprise de rester seule , qu'en ferons-nous ? Patience , mes firères , patience , on va bien la dédonunager : les Hébreux nomment cette lettre-là syn : or , syn signifie en bon écossais , péché.

Après cela , quel homme seroit assez incrédule pour nier que le Sauveur a ôté les péchés du monde ? » Gomment osait-on débiter en chaire un pareil gahmatias !

Cbmeille Musso ' , religieux et évêque de Bitonte, envoyé par Paul III au Concile de Trente , avait une telle mémoire qu'il débitait sur le champ un sermon qu'il venait d'entendre , imitant les gestes et le ton d^ voix du prédicateur. Yoici un passage de son sermon sur TÂscension, prêché à Milan en 1553; il dpnne d'abord la description du printemps, et décrit la rose d'après Homère qu'il appelle le prince des poètes 9 sans oublier que l'aurore ep son Iliade est peinte ouvrant les portes du jour avec ses doigts de rose ; puis il continue ainsi : « Or comme la rose est la reine des fleur» , ce mystère est la fête de toutes }es fêtes, la solemnité de toutes les solemnités, le ^omphe de tous les triomphes. L'ÂSicension du Fil$ de Dieu ne devoit pas s'accomplir en une autre saison que celle où les roses naissent, puisqu'il est le saint des saints , comme la rose est la fleur des fleurs. La fête que nous célébrons est le sabbat des sabbats ; la louange que nous lui réservons est le can-

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■ Corneille Musso, né à Plaisance en 1511, mort à Rome en 1574 , a laissé des sermons que les Junte ont imprima à Venise en 1582 et 1590 , 4 voL inA\

tique des cantiques ; le règne où le Sauveur est entré est le siècle des siècles. »

Musso compare l'Homme-Dieu dans sa passion, aux épines dont la rose est entourée, et Téclat de sa résurrection à la rose blanche : quant à la couleur vermeille, elle lui convient dans son ascension, sa gloire étant un mélange de blanc et de rouge. Il ajoute que l'homme n^ayant pas reçu des mains de la nature des ailes pour voler , comme les oiseaux , c'est une grande merveille que Jésus-Christ monte au ciel sans être soutenu de personne. H raconte l'histoire de Simon le magicien , celles de Persée et de Bellérophon , prétendant que le Sauveur a réalisé ces figures poétiques, lorsqu'il a vaincu la mort, ouvert la fontaine où boivent toutes les Muses , où toutes les âmes se rassasient : « Notre Seigneur en mourant êtoit un Hercule, en ressuscitant un Apollon ou un Esculape ; montant au ciel il est un vrai Bellérophon, un nouveau Persée qui tua Méduse, laquelle changeoitles hommes en pitres. »

On voit par ces traits quels étaient le génie et le goût de cet orateur ; il serait ennuyeux de le suivre plus loin ; cependant on peut encore citer sa des* cription du triomphe de Jésus-Christ, tiré en partie de l'Apocalypse ; il le représente ainsi : « Il a Tarc-r en-ciel pour diadème ; ses yeux brillent conune des étoiles ; sa face a l'éclat du soleil ; ses vêtemens sont plus blancs que la neige ; sa voix harmonieuse est comme le murmure des rivières; il est ceint d'une ceinture d'or; ses pieds sont fermes comme une

colonne d'airain ; il pose Pun sur la mer et Vautre sur la terre ; il traîne à sa suite le diable enchaîné et la mort pâle et tremblante ; les philosophes sont confondus ; les Empereurs et les Rois jettent leurs couronnes par terre , et l'adorent avec une vénération profonde; les anjges lui servent d'écuyers; Fair étonné s'ouvre pour lui donner passage ; les vents marchent devant lui ; les nuées le portent sur leurs ailes ; il a pour palais la grande Cour du paradis , et pour chambre secrète, le consistoire delà Sainte Trinité. Vit-on jamais chez les Grecs ou chez les Romains un triomphe aussi magnifique? »

L'évêque de Bitonte n'est pas moins bizarre en racontant comment le Sauveur monte au ciel selon le système de Ptolémée. Voici , selon lui , le chemin qu'a suivi Jésus-Christ pour parvenir au céleste séjour : <( Non seulement , dit-il , il passe le ciel aérien, le ciel éthérien, le ciel olympien, le ciel igné, mais tous les vrais cieux : le cercle de la Lune , le ciel de Mercure, la sphère de Mars, le globe du Soleil, le feu de Jupiter , le char de Vénus et celui de Saturne ; il ne s'arrête point en ces flammes allumées du ciel étoile ; il n'est point retenu par le mouvement du premier mobile; il ne se repose pas dans les eaux soUdes du ciel crystallin ; il va droit au ciel empyrée , il monte au palais surmondain où la Trinité réside : ô la merveilleuse ascension ! »

Jean Descaurres, né en 1545, mort chanoine

d^Âmiens en 1587, s'expliquait d'une manière asser singulière sur les vices ^ les usages et les mode$ de son temps. Les fenunes étaient alors fort coquettes ; leur coiffure à grand étalage , leur toilette peu décente , les miroirs qu'elles portaient attachés à leur ceinture , leur donnaient un air plus ridicule qu^agréable. Voici comment le prédicateur Descaurres les gourmandait à ce sujet ; il faut lui faire grâce du style à raison de la bonne intention. « Sur ce propos , Mesdames , avoiis à vous demander s'U vous est possible de complaire à Dieu et d'être sauvées à fairç ce qu'il vous prohibe et défend ? non , véritablement ; et faut , veuillez ou non , que vous vous destortiUonniez^ deschauvesourissiez et desrètiez, c'est-à-dire que vous ne portiez plus en tortillonSy en aisles de chauve-souris, ny en façon de retz, vos cheveux par lesquels vous soûlez ' prendre diaboliquement et enfiler les hommes pour satisfaire et rassasier vostre appétit désordonné ; ou bien sinon, que vous soyez à jamais perdues et damnées par cette mondanité qui vous abuse et qui vous rend si laides et ^i abominables à regarder. Âh , mon Dieu ! si vous saviez comme tout cela vous messied , vous y mettriez le feu au lieu de les montrer , piar la mau-

■ Vous avez coutume ; le vieux verbe français souloir vient du latin solere , soleo , avoir coutume; on disait, je souloù, pour j'avais coutume ; nous souliesmes y pour nous avions coutume ; soûlant, pour ayant coutume. Ce mot a cessé d'être ea usage sous le règne de Henri IV*

tôîse grâce que cela vous donne ; et plut à honte de^ Dieu (sic) qu'il fut permis à toutes personnes d'appe--

ler celles qui les portent, paillardes et p s, afin de

les en corriger. O Dieu , hélas! en quel malheureux règne sommes-nous tombés , de voir une telle dépravité sur la terre^ que nous voyions jusqu'à porter en l'église les miroirs du macule pendants sur le ventre ! Qu'on lise toutes les histoires divines , humaines et profanes , il ne se trouvera point que les. impudiques et les mérétrices les aient jamais portés, en public , jusques à ce jourd'hui que le diable est déchaîné par la France , ce qui est encore plus détestable devant Dieu et devant les hommes quç toutes les autres abominations ; et bien qu'il n'y ait que les courtisanes ' et demoiselles qui en usent , si est-ce qu'avec le temps n'y trouvera bourgeoise , ni chambrière qui par accoutumance u'en veuille porter. »

Césaire d'Heisterbach, rehgieux de Citeaux, n'était

' Ce mot courtisanes n'avait point alors Tacception qu'on lui donne maintenant ; il 3ignifiait les dames de la Cour; et par \e mot demoiselles , on entendait les dames de la haute société. En parlant à un ministre , à un chancelier , à un premier président, on disait toujours mademoiselle votre femme. Ce n'est guère que sous les derniers Valois que le mot dames a commencé à se donner d'abord aux femmes des. gens de rohe , puis î^' sensiblement est passé aux femmea des bourgeois.

point partisan des évêques d'Allemagne; voici ee qu'il en dit dans un de ses sermons : « — Clericus quidam Parisiis ante pauoos annos verbum terribile contra episcopos locutus est , dicens : omnia credere possum , sed vix credere possum, quôd unquam ali* quis episcopus Âlemaniae possit salvari. — ÀpoUoniui demande, quare magis judicavit episcopos Galliae, Ângliœ , Longobardiœ vel Tusciœ ? ^ — Césaire répond: Quia omnes episcopi Âlemaniœ utrumque habent gladium , spiritualem Videlicet et materialem ; et quia de sanguine judicant et bella exercent, mag^ eos sollicitos esse oportet de stipendiis militum quàm de sainte animarum sibi commissarum. »

ErrRATTS DES OEUVRES DE P. DE BESSE.

Pierre de Besse, prédicateur limousin, né au bourg de Rosiers, en 1568 , mort en 1639 * , fut principal du collège de Pompadour à Paris , et chanoine-chantre de Saint-Eustache; il prenait tantôt le titre de prédicateur du roi Louis XIII et tantôt celui de prédicateur et aumônier de Henri de Bourbon , prince de Condé. S'il a dû ces places à son éloquence,

■ Il a beaucoup travaillé ; on connaît de lui , outre ses sermons , plusieurs autres ouvrages qui ont été publiés sous le titre de Conceptions théo logiques , Paris, 1606-1608, 6 w/. inS^ Il nous apprend dans une de ses préfaces que ses sermons se débitaient très-rapidement et qu'il n'en demeiiroit point en boutique de libraire. Son Carême seul a eu dix éditions en dix ans.

il parait qu'elles se donnaient à bon marché ; on en peut juger parles extraits suivants : « J'ai pressé, dit-il , l'ennemi dans les plus belles chaires ; je l'ai poursuivi et battu par mes écrits au-delà des frontières étrangères : j'ai chamaillé tout un a vent sur les péchés et Thérésie , les quatre fins de Fhomme me servant de sujet , la. parole de Dieu de coutelas , et l'égUseSaint-Severin de théâtre. » Voici comment il parle lui-même de ses pièces d'éloquence : « En travaillant pour les François , il falloit les border de galons à leur langage ; le latin y eût été une couleur trop bizarre : je les ai parés richement , leur faisant prendre leurs meilleurs habits et quitter ceux d'à tous les jours ; puisqu'ils doivent paroître publiquement les jours de dimanches , il faut bien qu'ils aient leurs habits des bonnes fêtes. D est vrai que pour les vêtir si richement , je me suis endetté grandement, et que j'ai enlevé à crédit beaucoup d'étoffes en plusieurs riches. boutiques. Je puis bien me vanter d'être le maître maçon et l'architecte de l'édifice : aussi suis-je limousin. Qu'on me fasse crédit d'éloquence : car ces fleurs de bien dire , qui naissent «ous le doux air de France , ne peuvent s'épanouir sous le rude climat de la Guyenne. Je me suis souvent étendu , parce qu'à mon jugement les discours doivent ressembler aux banquets , où il vaut mieux qu'il y ait trop que pas assez , etc. » Il dit ailleurs en homme vraiment de son pays : « C'est un limousin qui a bâti cet édifice , et si tu y reconnois , içcteur , des imperfections, que tout ne soit point

&u plomb ou à Féquerre ; que la façon du bâtiment ne soit point belle ; que les pans des exordes , narrations et conclusions ne soient bien flanqués ; que les périodes ne soient pas bien cimentées ; que les étages de la disposition soient mal dressés ; les saillies et ouvertures des apostrophes et exclamations mal jetées ; bref , que l'air , Fassiette , le plan et Fin^ vention n'en soient pas belles, je veux dire si ta veux tant faire le renfrogné censeur et maître cérémonieux que de décrier cette œuvre pour y avoir de la rudesse et des pièces mal taillées,; représente-toi que ce n'est pas un courtisan, mais un étranger; non pas un citadin , mais un rural qui parle , et que l'oiseau se sent toujours de son ramage. Mais aussi, si tu y trouves du mérite , dis une fois en ta vie :

vivent tes Limousins. » Parlant de la mort^

l'auteur s'exprime ainsi : « C'est un officier impitoyable, exploitant partout, nonobstant toutes appellations , oppositions ou privilèges , jusques même dans les palais des papes et des rois, l'heure de la mort est incertaine ; les maladies en sont les ajournements. » Dans une de ses préfaces, il avertit. a qu'il n'a pas épargné l'étoffe dans ses harangues , mais que les maîtres d'hôtel de la maison de Dieu ( c'est-à-dire les prêtres ) en retrancheront ce qu'ils voudront. »

Notre singuher orateur songe à tout , il va jusqu'à présenter à ses confrères un modèle de consolation pour un criminel qu'ils auraient à assister au moment du supplice ; cette pièce est assez curieuse ;

« Monsieur mon frère ou mon ami , faut-il dire au patient , tous les anges vous cueillent des roses et des lys pour vous couronner : c'est pour vous que le Ciel est maintenant en fête et en attente de vous embrasser. Voudriez-vous cependant vous amuser à trembler de frayeur et reculer votre bonheur? il faut mourir allègrement et faire comme le cygne , je veux dire , mourir en chantant. Courage, ouvrez les yeux, voyesK comme tous les saints vous tendent les bras : tous courent au devant de vous, tous vous souhaitent et vous désirent ; le paradis est en triomphe pour recevoir votre ame : faites donc que ces saintes et belles compagnies s'aperçoivent que vous ne les allez point voir à regret. Reprenez vos esprits: quelle heureuse journée pour vous ! Un. grand capitaine , exhortant ses soldats en un jour de bataillé , leur di^it ainsi : Compagnons , combattez vaillamment : car ce soir vous souperez tous en l'autre monde et y fei'ez bonne chère. Mon ami , je vous fais la même exhortation , et vous dis encore mieux : Combattez cette sotte frayeur qui vous amuse, passezlui sur le ventre, prenez congé joyeusement du monde ; vous souperez ce soir avec les anges. »

Pierre de Besse, dans son premier sermon de l'Aveilt sur le jugement dernier, dit : « L'Ecclésiastique, ce théologien des cieux , et métaphysicien du monde , se jetant sur les emblèmes et les hiéroglyphiques mystérieux , va représentant sur le théâtre de l'Ecriture deux personnages divers : l'un sage infiniment, et l'autre fol en haute gamme; celui-là

portant son cœur en la main droite , et celui-ci en la gauclie , et une lettre qui dit en forme de devise : ' Cor sapiens in dexlrâ ejus et cor stulli in sinistré illius. S. Jérôme admirant ce dessein et entrant dans ses obscurités , en veut être le truchement , s'en déclare l'interprète , et dit que tout cela se doit entendre du jugement où les élus seront mis à la main dextre, et les damnés à la senestre. »

Dans son sermon sur la présence réelle dans le sacrement de TEucliaristie , ce prédicateur s'écrie : u n faut attacher au pied de la montagne , Fane de

nos sens Diogène , le petit philosophe , cherchoit

en plein midi un homme avec une lanterne : ô ! Diogène , c'est ici , c'est bien ici qu'il faut chercher l'homme , Jésus-Christ , en plein midi , c'est-à-dire , au plus clair de nos sens , avec la lanterne de la foi, Elle nous conduit en Téglise poiu* adorer le Fils de Dieu au sacrement de Tautel , entre le foin et la paiUe, qui représentent les espèces sacramentales. Susanne, la plus chaste femme qui fût en Babylone, a été accusée faussement par deux vieillards. Cette Susanne , c'est la foi , la plus belle qui soit au royaume des vertus, et la jilus certaine au quartier des sciences , laquelle est injustement accusée d'erreur et d'idolâtrie en ce saint Sacrement par deux vieillards, le sens et la raison, qui ne peuvent comprendre ce tnvstère C'est iciquHl faut dire :

Crrdo in Deum Pairem omnipoirntrm. Il faut suivre la 'foi , si on ne veut pas se perdi'e mille fois. Sans elle, les Capharnaîtes se sont perdus ; sans elles les Bé-

rengers ont fait naufrage ; sans elle , les luthérieiié ont commis tant de blasphèmes; enfin sans elle^^ les calvinistes sont tombés dans les figures, dans les ombres , dans les chimères , et voulant nier la l'éahté dû corps de J.-C. en ce Saint-Sacrement, opt bâti un procès fort dangereux et tout chica- , nèux contre l'Eghse , duquel , afin que vous ayez connoissance , je vous veux, faire voir premièrement la production des catholiques, et puis vous verrez celle des hérétiques; et si nous sollicitions bien à cette heure, nous obtiendrions un bel arrêt au profit de notre Eucharistie. ••• • » L'orateur, après avoir établi sa* créance, passe en revue toutes les pièces du procès ; il fait intervenir tous les hérésiar^ ques, tels que Jean Scot (non le docteur subtil ) , Bertram , Berenger , Jean Wiclef , OEcolampade , Calvin, Luther, etc., etc., et les qualifie chacun; ensuite l'Eglise produit à son tour ses pièces , qui ÎBont aussi très-détaillées. Ce sermon , chef-d'œuvre de ridicule , finit ainsi : » Ne dites donc plus que cette transsubstantiation soit impossible ; et confessez, une fois convaincus de là vérité, que celui qui a bâti le monde de rien, Adam de boue, Eve d'une côte; que celui qui a changé les eaux en sang, les Vierges en serpens, les rochers en fontaines, et les femmes en rochers , peut bien aussi changer , convertir et traiissubstantier le pain et le vin en son corps 'et en son sang : et nous , ô fidelles , ô cathohques ! Concluons à tous dépens , dommages et intérêts et à Fatoende, contre ces brouillons, plaideurs, trou-

bleurs et chicaneurs hérétiques. Vous êtes, 6 royale Eucharistie ! ce bel agneau pascal , qui nous délivrez de la captivité de Pharaon qui est Satan ; qui nous faites sortir de TEgypte de ce monde ; et nous faisant passer par la mer rouge de la passion de Jésus- Christ que vous contenez réellement , nous conduisez dans la terre de promission , qui est la gloire éternelle , que je vous souhaite. »

Le sermon de Pierre de Besse nous rappelle iin procès du même genre, imaginé par le fameux Barthole, rédacteur de la Bulle d'or : les plaideurs sont la Vierge et le diable. Ce morceau est assez curieux.

Le diable prétendant remettre les hommes sous le joug auquel le péché d'Adam les avait soumis, assigne le genre humain devant le Tribunal de Jésus-Christ. L'assignationdpnnéeauxtermesdudroit est à trois jours , elle se trouve échoir un vendredi saint. Le diable cite à Jésus-Christ les lois qui ne permettent pas d'assigner à un jour de fête; Jésus- Christ dispense de cette formalité en vertu d'autres lois qui donnent ce droit aux juges en certains cas. Alors le diable comparait plein de rage , et demande si quelqu'un ose parler pour le genre humain. La Sainte Vierge se présente; le diable intéressé à empêcher cette plaidoirie , propose deux moyens de récusation : le premier, que la Sainte Vierge étant mère du juge , elle pourrait trop aisément le faire prononcer en faveur de sa partie ; le second , que les femmes sont exclues des fonctions d'avocat. Il

appuie ces deux motifs sur des paragraphes tirés dû Digeste et du Code. La Sainte Vierge allègue de san^ côté les lois qui autorisent les femmes à plaider pour les veuves , les pupilles et ceux qui sont dans la misère. Marie gagne cet incident ; et Jésus-Christ lui permet de plaider pour les hommes. Le diable ♦ demande la provision , comme ayant été possesseur du genre humain depuis la chute d'Adam , le tout suivant la maxime de droit , spoliatus anteà restituendus; il fait valoir pour lui la prescription. La Vierge lui oppose le titre du droit , quod vi aut clam, lui soutient qu'un possesseur de mauvaise foi ne peut acquérir par la voie de prescription, et le - prouve par la loi III, dernier paragr. du Digeste : de acquirendâ possessione. Jésus-Chri«t déboute le diable de la possession par lui demandée ; le fond du procès se discute de même par citations de lois et de paragraphes. Enfin intervient le jugement définitif qui est très-singuher ; il contient une espèce de vu de pièces : ensuite de quoi Jésus-Christ, du haut du ciel, ^ le jour de Pâques , rend une sentence par liaquelle , en déchargeant le genre humain des imputations à lui faites par le diable , il condamme celui-ci à^^ damnation éternelle. La sentence est rédigée par ^. Jean l'évangéliste qui sert de greffier , et par S. Jean- Baptiste. St. François, St. Dominique, St. Pierre, St. Paiil , St. Michel et autres Saints , servent de témoins. Lia sentence est datée du 6 avril 1311. Alors les anges, pour célébrer le triomphe de la Vierge , la félicitent en chantant en chœur : Salve Hèffinap etc. , etc.

^ ANECDOTES

Le Curé de Pierre-Bussière, prédicateur limousin comme Pierre de Besse , disait à ses paroissiens dans ^ le langage de son pays.

« Quan se vendro lou jour deu jugamen, Dion me dcmandero que jou ly rende compte de vou autres^ et me apelaro : Chapelo de Peyre-Busiero, en quai eytat son ta olia ? et you ny mot. Et eu me apelaro enquero et me diro : Chapelo de Peyre- Busiero, en quai eytat son ta olia? et you ny moti Et enquero eu me diro : Chapelo de Peyre-Busiero, en quai eytat son ta olia? jusque a tre viage ; et you ly respondray : Sejgner ! beytia la m'a beylada , et beytia la te rendi. »

Traduction : « Quand ce viendra le jour du jugement, Dieu me demandera que je lui rende compte de vous autres, et m'appellera : Chapelain de ^ Pierre-Bussière, en quel état sont tes ouailles? et moi, pas un mot. Il m'appellera encore et me dira : Chapelain de Pierre-Bussière,. en quel état sont tes ouailles? et moi , pas un mot. Et encore me dira-t- JK Chapelain de Pierre-Bussière , en quel état sont tes ouailles ? jusques à trois fois. Enfin je lui répontdrai : Seigneur ! bétes tu me les a baillées, et bétes je te les rends. »

Un Curé de campagne conunença un jour son prône delà manière suivante : « Mes firères, j'aià

— 166 — ^ vous entretenir aujourd'hui de trois choses : la pre-^ mière, vous l'entendez et je ne l'entends pas; lai^. seconde , je l'entends et vous ne l'entendez pas ; la troisième , ni vous ni moi ne l'entendons pas beaucoup. La première que vous entendez , c'est de fréquenter les cabarets, et c'est ce queje n'entends point. La seconde que j'entends, c'est que vous me payiez la dixme, et c'est ce que vous n'entende? point. Enfin la troisième que vous et moi n'entendons pas beaucoup , c'est l'évangile du jour ; mais si je ne m'en tire pas bien ce dimanche-ci, l'autre dimanche ^ra mieux. »

EXTRAITS DE CINQUANTE-DEUX SERMONS DU P. BOSQUIER SUR LA PARABOLE DE l'eNFANT PRODIGUE.

Phihppe Bosquier, religieux cordelier, né à Mons. en 1561 , et mort à Avesnes en 1636 , a composé cinquante-deux sermons , et, chose singulière, tous sur la parabole de l'enfant prodigue ' . Ils ont d'à- é' bord paru sous ce titre : l'Académie des pécheurs, bastie

^ H est encore auteur de plusieurs autres ouvrages pflnbi lesquels on remarque le Petit rasoir des ornemens mondains , tragédie. Mons , 1589 , in-12; et le Fouet de V Académie des pécheurs, Arras , 1597 , m-8**. LuI-mérae a mis tous ses ouvrages en ordre et les a fait imprimera Cologne , 1621 , 3 ^o/. inr-fol, Bosquier ne manquait pas de talent ; il s'était acquis la réputation de bon prédicateur ; mais ses sermons sont infectés de tous les défauts qui déshonoraient la chaire à l'époque où il a vécu. On va s'en convaincre en lisant les extraits ci-joints.

mr Id parabole du prodigue évangélic (sic), par Fr.-^ jPhiL Bosquier, montois, de l'ordre de S. François, Mons, 1596, in-8®; ils ont ensuite été imprimés à Paris, 1611, 4 vol. in-S^ et dédiés à Louis XŒ, <( parce que , dit Fauteur, il n'a pas eu la consola* tion de faire à Henry IV ce présent, bien qu'indigne de sa grandeur, néanmoins futur témoin fort croyable de la grande dévotion d'un étranger vert un roy étranger , d'un frère mineur flamand vers un roi de France, qu'il ne vit jamais qu'en pourtrait et sur les tableaux éternels des livres et de la renommée* » Ce cordelier dit dans sa préface « qu'il avoit couvé ce sien œuf environ huit ans , afin qu'il eût quelque chose de vital et de vigoureux. » Cet œuf n'est autre chose que le sermon de Menot dont nous avons parlé , mais qui est amplement augmenté de détails singuliers et paraphrasé de la manière la plus burlesque. L'abbé d'Artigny, dans ses Nouveaux Mémoires d'histoire , de critique et de littérature , tom. ^ VI , pp. 359-424 , rapporte un sermon sur l'enfant prodigue, qu'il s'est amusé à composer de tous lea endroits les plus saillants et les plus divertissants ,, choisis dans les cinquante-deux sermons de notre fécond prédicateur qui se vante de n'avoir pas négligé le récréatif honnestement entresemé. Nous ne donnerons pas en entier le sermon analytique de d'Artigny ( 64 pages nous font peur ) ; mais nous allons en présenter quelques passages qui nous ont paru les plus récréatifs, pour nous servir de l'expression du P. Bosquier.

L'orateur annonce d'abord son texte : Homo quidam habuit duos filios, etc. ; puis il entre ainsi en matière :

« Ce dévot et doux-coulant docteur saint Bernard , écrivant sur les cantiques de Salomon , nous montre gentiment quelle méthode ou quel ordre doit suivre le chrestien soigneux de son salut.. ^. Or la connoi^ $ance de sa misère estant une science très-salutaire ^ et l'intelligence de l'origine des misères humaines qui viennent de nos péchés , estant très-fructueuse , puis la science de bien faire pénitence , et la grande miséricorde de Dieu envers les pénitens , estant un lardon délicat pour nous affriander et amorcer à l'amour que nous lui devons , je n'ai pu trouver chose plus convenable pour m'acquitter de mon devoir qui est d'enseigner, et pour le vôtre qui est d'apprendre , que de vous faire sermon sur le texte de l'enfant prodigue , comme on l'appelle. ..... Or

en ces miennes leçons n'attendez, mes chères anies, tant un style fardé et bardé , que des discours armés ; car je ne veux chatouiller les oreilles seulement , mais , s'il m'est possible , forcer et contraindre les cœurs à haïr les péchés et réduire sous le joug des loix divines les volontés rebelles et révoltées. Pour lequel but atteindre , demandons aide et secours d'en haut par l'intercession de l'unique patronesse ( sic) de mes desseins , la sacrée mère vierge Marie, disant Ave Maria. »

Après cet exorde, le P. Bosquier entre dans beaucoup de détails qu'il a créés pour rendre Fhistoire de l'enfant prodigue plus intéressante et plus profi-

table, à son auditoire. Il commence par blâmer « l'outrecuidance du jeune homme de l'Evangilcf qui , résolu et assuré comme un petit César, s'approche de son père et lui dit : Mon père , donneâs^ moi la portion du bien qui me revient ; je ne suis plus en âge d'être sous la verge; j'ai passé mes quatorze ans de tutelle ; je suis , ce me semble , assez

sage pour être affranchi et hors de page Voilà

la première prouesse de ce jeune capitaine. Encore, grâce à Dieu , c'est heureux ( continue notre cordelier ) qu'il n'ait pas robbé et pillé son père en cachette, comme fit jadis notre Père saint François avant sa pleine conversion ....... »

Le prédicateur profite de cette circonstance de la demande effrontée de l'enfant prodigue , et de l'adhésion du père pour « faire une leçon utile aux pères et mères sur le fait de leur trop grande indulgence et nonchalance en l'instruction de leurs enfans. Si la nature ne peut estre changée, dit-il, l'accoutumance est une autre nature ; ainisi que vous dresserez vos enfans , ainsi vous les naturaliserez.... Si vous les dressez et accoutumez au mal , vous bannissez d'eux à jamais la vertu , et les rendez comme impuissans à faire autrement. O coutume I ô natux*e !

M Que dirai- je de vous autres , pères cruels , non plus pères , mais vipères, mais Satumes lunatiques, qui dévorez , perdez , ou estes cause de la perdition, de vos enfans, non-seulement privative sans rien faire , mais aussi active perpétrant devant eux choses par lesquelles vous les rendez corrompus.

)i O chose déplorable! ô larmes, où estes-vous rctu^? Accourez à la file , fontaines, rivières , mers, océans , accourez et passez par les canaux de mes yêox pour déplorer dignement une destruction tant lamentable. Déploye-toi , et débande-toi , ma langue , pour contester contre un massacre si barbare

» Ne voit-on pas dans le monde des mères si folles qu'elles apprennent à leurs filles comme Hérodiade à la sienne, ou par préceptes ou par exemples, à marcher à pas composés et compassés par art , à s'entourer de vertugades, vrayes cache-bastards , à 86 frisoter le poil , à faire de leurs cheveux chignons enfrelassés , à se gauderonner , à rétrécir le corps et le rendre plus grêle que jonc , à s'imposer jeûnes et austérités diaboliques , à se pourprer et farder le visage, à se rendre pasles comme bon leur semble , voire même à danser, cabrioler et bien baler. Misérables mères de plus misérables filles , savez-vous pas que les singes aiment tant et si follement leurs petits , les accolent , les estreignent et serrent d'emfarassemens si forts que souvent elles les étouffent et taent? Et vous, vrayes singesses {sic), craignez- ▼ôns pas qu'eniBn amignardant si douillettement vos enfians , vous ne les fi['oissiez et ruiniez ici et en Fantre monde ? O amour aveugle ! ô singerie , cœcus amoT prolis ! sottes mères , n'aurez-vous pas la patience d'attendre pour les corrompre qu'elles aient l'é^e de discrétion? Pourquoy abreuvez-vous de vainités et de mondanités vos fillettes pendantes encore à la mamelle ?

» À peine les enfans commencent à cheminer qu'ils veulent essayer ce qu'ils n'entendent pas encore ; et quand ils viennent en connoissance de la malice du fait , accoustumés qu'ils sont , ils n'ont plus le pouvoir de s'en déporter. D'un côté , ils voyent les pères y vrognes , adonnés aux jeux de hazard, etc.; de l'autre, ils apperçoivent la mère goulue, friande, paillarde; et pourquoy non? comment pourroient-ils estre autrement les enfans, ayant tels exemples domestiques? Le père, d'une part , regorgera par les yeux un vin indigest , il se farcira de viandes ; et les enfans se contenteront-ils de ronger les os comme des chiens? seront-ils sobres? La mère , d'autre part , sera fameuse et pécheresse notable comme une Madelaine , elle fera mille fois cocu son pauvre Jean ; espérera-t-on que , sous telles disciphnes et sous tels exemples , les filles puissent estre de chastes Pénelopes ou de pudiques Lu* crèces? »

Quand l'orateur arrive au partage que le père fit de son bien entre ses deux fils , au divisit illis subêtantiam suant, il parle ainsi de l'emploi que le prodigue fit de sa portion :

« Sitôt que le don fut fait , il amassa tous ses meubles et immeubles de la ville et des champs ; c'est-à-dire, qu'il mit tout à l'encan; il fit to\jt priser , en fit de la clinquaille , et enferma tout son bien dans le clos d'une bourse. Il s'achemina d'abord en

région lointaine Quant à la manière dont il se

gouverna, l'Ëvangéhste le dit en un mot qui com-

prend mille secrets que je voudrQis avoir loisir et licence de découvrir : et ibi dissipavit substantiam suam, et là il dépendit ( dépensa ) toute sa chevance ; et si vous demandez comment ? il vous répond , vivendo tuxuriosè ; selon notre version françoise , vivant prodigalement , luxurieusement. Là il gaspilla tout, menant une vie animale et bestiale , ayant toujours à l'entour de soi je ne sais quelles Laïs et Thaïs àdextre et à senestre. Là, là, pour faire tomber ses mignonnes en se^retz, il fut pompeux, il fit venir à soi drappiers, grossiers , marchands de soye , se fit accoustrer de pied en cap , qu'il n'y eut que redire ; il se fit faire chausses bien tirées , fines chemises , collets gau-» dronnés, ouvrés en mille façons diverses, tocques de Florence , mules à la vénitienne , toutes sortes d'amorces de paillardise , exquises en prix , nouvelles en façon , et sans nombre. Là , là , pour mieux faire sa besoigne, il dissipa son bien en courtoisies, donnant à ses mignonnes robes de fin drap , satinées , damasquinées, déchiquetées, maîtrisées; cheveux étrangers, oreillettes, attifets, guirlandes, ratepennades ^ , anneaux, perles, joyaux précieux et tout ce que le cœur sauroit désirer , promettant toujours de plus en plus , ibi dissipavit substantiam suant vivenda

' C'était sans doute un bijou en forme de cLauve-souris , car le vieux mot ratepennade ( formé de rat et penne , plume), signifie chauve-souris ; et nous avons déjà vu que ce vilain animal ou du moins sa forme, n'était point étraiigère aux modes adoptées par les dames dans ce siècle du bon goût.

hixuriosè. Là , là , pour ébranler les cœurs de ses mignonnes, dépendoit-il son bien, leur amenant aux fenêtres un tas de joueurs d'haut-bois , de cornets , de luths, de violons', joyeux chantres de son doux martyre , faisant des jeux , des danses , des luttes , des bastions. Là, là, dépendit-il tout en banquets faits à des escomifleurs et veneurs de repue-firamchc et de nappes mises ; en banquets faits aux dames, en chambres, en jardins, en la ville, aux champs, depuis midy jusqu'à minuit, et à toute heure il tenait table ronde : car le proverbe commun est véritable, que de la panse vient la danse. Là, là, en ces excès dissipa-t-il toute sa chevance. Jamais le pèlerin de Jéricho fut si dépouillé et rendu si pauvre par les voleurs ? Jamais le Car ybde glouton dévora tant de galères ; jamais le baratron d'Athènes mit à fin tant

de prisonniers, qu^en telles choses ses p lui

dévorèrent ses écus. Tout fut abymé, tout perdo pour lui , non par naufrage, non par maladie, non pa r fortune ; mais vivendo luxuriosè , menant une vie

bestiale avec les

» Après que le ventre de sa bourse fut tout vuidé par les clystères et rhubarbes de ses paillardises; après que ses harpies belles et sales, vrayes sangsues» ses baladins et joueurs d'aubades , vous lui eurent comme désentraillé ses coffres, chausses et pourpoints mis à l'encan ; après que ces galloises que tant éperdûment il aimoit , vous eurent habillé ce folâtre muguet en cueilleur de pommes, en bruiteur de maisons , si qu'à grand peine il lui restoit

une chemise autant niette^ je crois, que celles des foirgerons de Vulcain j nouée sur l'épaule , pour couvrir sa pauvre peau ; en somme après que ce paon naguère si fièrement, brave fut déplumé , et qu'il n'eut plus un seul os à frire , voici à la bonne heure, Tamie de la virginité, l'ennemie de paillardise, la famine qui travailla cette région , famine si grande que lui-même fut aussi en nécessité. Alors il s'en alla bien misérable , car ses bonnes hôtesses , après l'avoir plus écume que n'est la mer par ses pirates , plus déplumé que n'est la colombe par le milan , plus pressé que n'est la grappe de raisin par le pressoir : ses bonnes hôtesses , disons-nous , l'a voient fait saillir dehors à grands coups de bâton et de langue , payemens dignes de tels services rendus à telles maîtresses , qui comme des harpies pleines des dépouilles de leurs amans les déchassent honteusement de leur nid à coups de griffes et à coups de bec, et disent avec une risée cruelle : A d'autres, ceux-ci

sont plumés Il sortit du heu déshonnéte plus

vite que le pas , à mon avis , vite , vite , sans dire beaucoup d'adieux; il ne retourna pas, je crois,

pour prendre son bonnet de nuit

« Or, maintenant nous sommes parvenus à l'endroit où l'Evaogéliste déclare notre prodigue avoir été porcher , gardeur de cochons, misU illum ut pascerei porcos. Ce bourgeois mit le prodigue au métier le plus vil qui soit , pour la vileté de l'animal ; au plus dégoûtant, pour la saleté de l'animal; au plus fâcheux , pour le peu d'obéissance et l'inquiétude de

cet animal. Car la brebis ^uit volontairemaat le berger marchant devant , tandis que le porc chassé à grands coups de fouet, à grand'peine veut-il marcher. Métier maigre sur tous , pour la stérilité de l'animal, qui ne donne lait comme la vache, ni laine comme la brebis , ni comme le chien sentinelle fidèle , ni service comnçie le cheval , ni port à dos comme l'âne , ni labourage comme le bœuf ; métiar mal-plaisant sur tous , car cet animal est toujours murmurant, grognant, grommelant, mutinant, soit qu'il marche, soit qu'il se couche, soit qu'il dorme..,.

. » O prodigue, que cela te dut être amer ! à toi jadis tant emmusqueté, issu de si bonne maison, et juif de nation (comme je suppose), qui devais abhorrer par nature et par loi , et les porchers et la chair de porc. C'eût été chose tolérable, si ton maître t'eût dit seulement : Va , mon enfant, donne à manger à mes lévriers et à mes gros mâtins d'Anr gleterre ; mais on te dit. Pauvre garçon, va, prends soin de bien engraisser mes cochons. Quel abaisse-^ ment ! et cependant digne de sa personne; car à qui enverroit-on mieux quelqu'un qu'avec ses semblables ? il a voit vécu une vie de porc , et Dieu permet qu'il soit colloque avec les porcs; il avoit servi lès truies à face humaine , il sert les truies à trogne de truie ; il avoit vécu goulûment , il accompagne et sert un animal goulu »

Enfin le prodigue se décide à aller trouver son père ^t lui demander pardon. « Mais , dit le prédi-

eateur , pourquoy ne lui écrivit-il pas ? Je pourrois répondre que ce garçon fut peut-être si bien appris, que, grâce à Dieu, il ne sa voit ni lire ni écrire, non que le père ne Feût mis à l'école , mais par sa nondialance, pour avoir toujours faif^es volontés, et ( ri petit bout d'homme qu'il étoit ) , pour avoir toujours été aussi indisciplinable aux lettres qu'un âne à la lyre , une truie à la quenouille , ou un porc

à la trompette Quoi qu'il en soit , il arrive chez

8on père qui le reçoit à bras ouverts , lui donne mille baisers damerets, le fait brave, l'affuble d'une fobe damasquinée ou autre , la meilleure et la plus riche de toute sa garde-robe , lui met la bague de diamant au doigt , le fait chausser de brodequins ou de mules à la vénitienne , le festoyé de la meilleure bête de son troupeau , loue les violons , les cometteaux d'Angleterre, et l'on balle, on danse à son retour comme à des noces , etc. , etc »

Nous terminons ici cet extrait des extraits que l'abbé d' Artigny a tirés des cinquante-deux sermons du P. Bosquier sur la parabole de l'enfant prodigue. Prolonger cet article , ce serait abuser de la patience du lecteur.

ANECDOTES

Un général des chartreux, nommé Bibaut , né à Thid dans les Pays-Bas, et mort en 1535, passait pour un prodige d'éloquence et de savoir ^ . Qu'on

■ Gviillelmi Bibautii Sermones et conciones capitulares ad

en juge par le fragment suivant tiré de 8on sermon de la Madelaine : « Marthe , mes chers frères , étoit une très-bonne femme , rara avis in terris, fort attachée à son ménage , très-pieuse , et qui se plaisoit à aller entenclr^fle sermon et Toffice divin. Mais Madelaine, sa sœur, étoit ime coquette qui n'aimoit qu'à jouer, à causer et à perdre le temps. Cependant Martlie n'épargnoit rien pour l'attirer à EHeu. Ne voulant pas Teffaroucher , cum illâ faciebat bonam sociam, elle faisoit le bon compagnon avec elle , et entroit en apparence dans ses inclinations mondaines : de sorte que sachant combien elle aimmt le bon air et le beau langage, elle lui dit merveilles de la personne et des sermons de Jésus , pour Tobliger finement à venir Fécouter ; ^LtJelaine , poussée de curiosité , y vint enfin : mais arrivant trop tard , comme les dames de quaUté, pour se (aire davant«*)go remarquer, elle fit grand bruit, et passant pardessus les chaises , elle se plaça fn coMpeciu Domimi, vis-à-vis du pnklicateur , et le regarda erErontément eutx>î; les deux yeux. Voilà, mesdames du haut bout, en qtH>i vous imitez cette grande pécheresse; tous ontro7 avec grand fracas à Téglise , vos veux se fixent hardiment sur le prédicateur, et c'est tout. Ah! il en ftu bien autrement de Madelaine : elle écoata le

f^r*rf , ^r 7i£r/r spinmjilif p^^-u, AnnTrpîjp , 16>4 ,

i ' \«K;ïm:' rst fort rarr : on no \c tronv&it r;Ticrf que àuK le?

1»4. i;oÙjôqi)cs des Chartreux .

Sauveur , se convertit et fit pénitence ; en ferez-vous ie même? etc. , etc. »

Ordinairement dansks églises, swRout au village, les hommes sont placés d'un côté et les femmes de Tautre. Un prédicateur , au milieu de son sermon, entendit causer du côté des hommes ; cela lui donnait ies distractions, il s'en plaignit. Une femme se lève aussitôt, et pour veager son sexe , dit : « Au moins, mon révérend Père , on ne dira pas que c'est de notre côté. — Tant mieux, ma bonne, tant mieux, répond l'orateur , cela finira plus tôt. »

Un prédicateur, parlant de la facilité avec laquelle des jeunes filles se laissent tromper par des garçons sous de fausses promesses, s'écria : ^« Pauvre fille, quel fruit avez-vou^ recueilli des douceurs que ce jeune homme vous a débitées , des soins qu'il vous a rendus, de la promesse de mariage qu'il vous a faite? » Une jeune fille, placée vis-à-vis le prédicateur, croit que c'est elle qu'il interroge ; elle se lève , lui fiait la révérence , puis dit en pleurant: « C'est bien vrai. Monsieur, il m'a leurrée de belles promesses, et , après m'a voir trompée , il m'a plantée-là. »

Le Père Guérin , minime , déclamant en chaire

contre le poète Théophile ^ , auteur d'un recueil de vers licencieux, pour lequel il venait d'être condamné au supplice du feu , s'exprime ainsi : « Maudit soit l'esprit qui t'a dicté tes pensées ! maudite soit la main qui les abrites ! malheureux le libraire qui les a imprimées! malheureux ceux qui les ont lues! malheureux ceux qui t'ont jamais connu ! et béni soit Monsieur le premier Président, béni soit Monsieur le Procureur Général qui ont purgé Paris de cette peste! C'est toi qui es cause que la peste est dans cette ville ; je dirai , d'après le révérend Père Garasse, que tu es un bélître , que tu es un veau , que dis-je un veau? d'un veau la chair est bonne bouillie, la chair est bonne rôtie ; de sa peau on en couvre les livres ; mais la tienne , méchant , n'est bonne qu'à être grillée; aussi le seras-tu demain; tu t'es mocqué

« Théophile Vîaud a composé le Parnasse des poètes satjT" riques ; ou Recueil de 'vers piquants et gaillards de notre temps, 1625 , pet. {/t-8°. CeUe édition n'est poîut la première , puisque l'arrêt du parlement de Paris qui condamne le livre et l'auteur à être brûlés , date du 19 août 1623. Théophile étant en faîte, n'a été brûlé qu'en efHgie ; mais arrêté quelque temps après au Catelet en Picardie , il fut ramené à Paris et renfermé dans le cachot où l'ou avait mis Ravaillac. Son affaire fut examinée de nouveau ; il fit des protestations si réitérées de son innocence que le Parlement se contenta de le bannir de la capitale. Il est mort le 25 septembre 1626 , âgé de 36 ans. Je crois que la première édition du Parnasse de Théophile a été imprimée vers la fia de 1622 , avec la date de 1623. De Bure n'en parle pas dans sa Bibliographie instructù*e , n^ 2978. Yot. Dictionnaire des làres condamnés au feu , tom. II , p. 156.

des moines ; eh bien ! les moines se mocqueront de toi. »

H y avait à Vicence un grand ittirier qui néanmoins déclamait sans cesse contre 1 usure. Un jour , il pria instamment un prédicateur de grande autorité dans la ville , de ne point épargner en chaire ces maudits usuriers , cette peste publique. Le prédicateur, qui connaissait Thomme, ne pouvant comprendre quel intérêt il avait à le presser avec tant dHnstance à cet égard, lui en demanda la raison. — « Elle est toute simple , répondit-il ; cette ville fourmille de tant d'usuriers que je ne gagne presque rien ; si , par votre éloquence , vous pouvez faire ^rentrer tous ces pécheurs dans la bonne voie , ils quitteront le métier, et, certes, mes affaires en iront beaucoup mieux. »

Lorsque la reine Anne d'Autriche, femme de Louis XIII, fut enceinte, après une stérilité de vingt ans , le curé de Saint-Germain-l'Auxerrois, qui était un bon homme, annonça cette grande nouvelle dans un de ses prônes. « Si la Reine, dit-il , nous donne une princesse , nous n'en serons guère plus avancés à cause de la loi salique; aussi prions Dieu qu'il y ait un Prince dans ses entrailles ; au reste il y a ce qu'il y a. » Heureusement ce fut un Prince, et ce Prince fut le plus grand Roi qui ait gouverné la France.

Un des hommes les plus zélés dans le saint ministère, l'abbé M***. , vicaire d'une paroisse considérable à Lyon, montant en chaire pour son prône qu'il faisait toujour^d'abondance et selon les circonstances , s'aperçut que son auditoire n'était composé en grande partie que de femmes du petit peuple. Il crut devoir leur parler alors d'un des abus les plus dangereux dans leur condition , celui de la loterie.

a On ne s'occupe que de cela pendant le jour, ,leur disait-il., on en rêve la nuit; on se réveille en se rappelant ses songes ; on court chez sa voisine : Ma commère , j'ai rêvé cette nuit des numéros , treize et soixante-quatre, il faut les prendre. On quitte l'ouvrage , on va en toute hâte au bureau, et on prodigue les petits bénéfices qu'on a faits dans la semaine. On jette dans ce gouffre infernal duhazard l'argent qui devoit être destiné à entretenir le ménage , à élever , à nourrir de malheureux petits enfants qui, par la folie de leur mère, vont se trouver sans pain, etc., etc. » Et il étendit son discours avec autant d'onction que de véhémence sur un jeu aussi pernicieux , qui conduit à la ruine des familles , de là au vol et à tous les crimes les plus horribles.

Comme il sortait de chaire fort échauffé pour aller prendre quelque repos, une bonne femme l'arrête par sa soutane. « Monsieur l'abbé, lui ditelle, je suis bien fâchée de vous retenir un moment ; mais permettez-moi de vous demander : n'est-ce pas le numéro treize et le numéro soixante-quatre

que vous ayez nommés tout à l'heure ? » On pense bien que le prédicateur , furieux du beau fruit que l'on avait tiré de son sermon, ne répondit qu'en éconduisant très-rudement l'indiscrette questionneuse.

Un bon religieux cordelier prêchant à Bourges , vers 1655, sur la Trinité, en présence de l'archevêque qui était de la famille de Lévi , termina ainsi son exorde : « Il me seroit impossible , Monseigneur , w de réussir en un si haut dessein , si je ne me ser- » vois de rinta['cession de Madame votre cousine, en » lui disant Ave Maria. ^ »

ÏXTI^AITS DES SERMONS DE P. CAMUS,

EVÊQDE. D£ BELLEIT.

Jean-Pierre Camus , né à Paris en 1582 , d'une

* L'archevêque de Bourges était alors Anne de Lévî de Ventadour , né eu 1605 , nommé en 1649 et sacré en 1651 ; il est mort le 15 mars 1662.

C'est peut-être au bizarre compliment de ce prédicateur que sont dues les plaisanteries que l'on a faites sur la prétendue parenté de la famille de Lévi avec la Sainte Vierge. Oh raconte qu'un duc de Lévi ne sortait jamais de son hôtel en carrosse pour se rendre à Téglise Notre-Dame , sans crier au cocher : « Chez » ma cousine. »

Au reste n'a-t-on pas dit dé la maison de Croj que ses titres de noblesse ont été sauvés dans l'arche de Noé , et que sa généalogie remontant à Adam se voyait dans l'église des Célestîns , à Heverlé?

Les d'Albert descendraient du centurion Longîs, etc., etc., etc.

femille originaire d'Auxonne , fut nommé évêquc (le Belley par Henri IV en 1 609 , et sacré par saint François de Sales , évêque de Genève ^ . Doué de

■ Ce digiie prélat fut ÎDvîté par les ma^'strats de la vîllc de Dijon , a j venir prêcher le carême eii 1604 ; îl accepta , et ces Messieurs délibérèrent le vendredi 27 février, qu'ils iraient au de^~ant de lui, et qu'à son arrivée on lui présenterait le vin d'honneur. Le mardi 9 mars , nouvelle délibération des magistrats qui décident que la ville fournira la somme de cent cinquante livres pour la nourriture de M. l'évéque de Genève qui doit prêcher à la Sainte^hapelle, et que cette somme sera remise entre les mains de l'avocat Yillars chez qui doit l<^fr ledit évêque. Le saint prélat arrive peu de jours après et commence ses prédications qui durèrent jusqu'au dimanche de Quasimodo , et eurent le plus grand succès. Le lendemain lundi 26 avril y le vicomte Maïcur (M. de Frazans) et les échevins allèrent faire leurs adieux à M. l'évéque de Genève, et le remercier de ses saintes et doctes prédications. Ces Messieurs Ini offrirent ensuite, comme témoignage de reconnaissance, un grand bassin d'aigent doré et une bague d'or émaillée de blanc, avec un grand et lai^e saphir au milieu. Le saint prélat refusa tout , conformément au vœu qu*il avait fait de ne rien recevoir des princes ni des corps de ville. ( Exteait des anciens Registres de la Mairie de Dijon , année 1604.

S. Francis de Sales, né le 2! août 1567 , fut sacré évéqne de Genève le 8 décembre 1602 ; il est mort à Lvon le 18 M^ cembre 1622 , a été béatifié en 1661 et canonisé en 1665 ; sa fête est fixée au 29 janvier.

CTest pendant son séjour à Dijon que ce saint prélat ent des conférences avec M»« de Chantai , née dans cette ville le 23 janvier 1572. £Ue se mit sous sa direction ; îl lui communiqua ses projets sur rétablissement de TOrdre de la Visitation ; die les adopta a\~ec joie. Le premier monastère de cet Ordre fut

beaucoup de facilité pour écrire , il produisit un grand nombre d'ouvrages qui consistent en sermons, en romans spirituels, en livres de polémique, et qui forment 15 vol. «V-S**; mais la plupart de ces productions pèchent par défaut de goût et quelquefois de jugement , comme le prouveront les différents extraits qui vont composer cet article.

Cet orateur burlesque n'aimait ni les moines , ni les nouveaux Saints ; il ne les épargnait pas plus dans la chaire que dans îe cabinet. Il comparait les moines à de3 cruches qui se baissent pour se remplir, faisant allusion à la gourmandise et aux révérences de quelques-uns d'entre eux. Il dit un jour dans un de ses sermons : « Je donnerois cent nouveaux saints pour un ancten ; il n'est chasse que de vieux chiens , il n'est châsse que de vieux saints. » Ailleurs , il dit encore : « On voyoit dans les anciens monastères, de grands moines .et de vénérables religieux ; à présent on n'y voit que des moineaux , illic passeres nidificabunt. » Le même goût le dirigeait quand il s'écriait en pleine chaire ; « Après leur mort , les papes deviennent des papillons , les sires des cirons , et les rois des roitelets. »

fondé à Annecy, le 6 juin 1610 , et elle en fut nommée supérieure; celui de Dijon ne fut établi que le 8 mai 1622. On compte quatre-vingt-sept couvents de cet Ordre , dont la fondalion est due à son zèle et à sa piété. Jeanne-Françoise Fremiot de Chantai , cette illustre fondatrice , est morte à Moulins , le 13 décembre 1641. Elle a été béatifiée en 1751 , et canonisée en 1767. La célèbre Mme de Sévigné fut sa petite-fille.

Prêchant à Paris le 30 novembre 1614 , premier dimanche de l'Avent , dans l'assemblée des Etats- Généraux ' , il parla ainsi : « Qu'eussent dit nos pères de voir passer les offices de judicature à des femmes et à des enfants au berceau ! Que reste-t-il plus à faire sinon , comme cet empereur ancien, d'admettre des chevaux au sénat? eh, pourquoi non , puisque tant d'ànes y ont entrée ! » •

11 comparait les évêchés à des baillons , parce que ceux qui les obtenaient cessaient de prêcher et devenaient ordinairement paresseux.

Voici comment ce prédicateur s'exprime dans la préface de sa Dominicale, ouvrage qui fait suite à ses Homélies qnadragésimales : « La plume des écrivains est volontiers portée par Taure ( le vent ) de la publi-*que faveur, comme sur l'aile d' un aiiûable Fa vonius. C'est ici du biscuit sec , mais succulent ; serré , mais substantieux ; peu de chair de discours , mais prou de nerfs, de cartilages et de moelle de concept. Vous trouverez , mon cher lecteur , en ce petit volume , des eaux alambiquées et éteintes par l'empreinte d'un parler concis , mais qui néanmoins comprennent beaucoup de choses en un petit espace. Navire de Mirniî^cides qui fait voir toutes les pièces d'un grand vaisseau sous l'aile d'une mouche La

' Ces Etals-Géuéraux sont les avant-derniers qui ont eu lieu en France; les derniers datent du 5 mai 1789, sous le règne de l'infortuné Louis XVI , et ont duré jusqu'au 30 septembre

bâche de Phocion a été employée maintes fois pour couper la redondance des mots. »

L'auteur se plaint des abréviateurs « qui font métier d'ôter le crin et Foreille aux ouvrages de mise ; » et pour les empêcher de mettre la main dans ses sermons , il a voulu s'abréger lui-même.

Après ce début modeste , il vient à sa méthode : a Elle va d'un pareil air que celle des homélies pré^ cédentes : les membres y sont divisés en jointures ; les parties en parcelles , les morceaux en lopins, les points en articles ; pièces toutes taillées , il n'y a plus qu'à les coudre avec un discours de fil ou de soie ; il n'y a aucune façon ; c'eat un entassement de botine foi,' un promptuaire, un congiaire, une Xîorne d'abondance ; nul point ne passe l'autre , symétrie exacte partout.......;* tout est brodé et

bordé. J'ai'fait comme ceux qui emboîtent des horloges et du crystal. »

Voyons comment notre orateur va justifier l'application de sa brillante méthode, et prenons pour exemple l'un de ses sermons les plus notables sinon par la beauté, la pureté, la simplicité des détails, du moins par la singularité. Ce sermon est celui du vingt-troisième dimanche après la Pentecôte ; il a pour sujet la guérison de l'hémorroissé par le Sauveur, et pour texte, ces paroles de l'Evangile : Ecce millier quœ sanguinis fluxum patiebatur. L'auteur se proposait d'abord de parler dans ce sermon, du mort ressuscité par Jésus-Christ, et il débutait ainsi :

« Le soleil qui reverdit au printemps les arbres

secs, est le même qui en automne dessèche les^ arbres verds. Notre Seigneur, soleil d'orient, en notre Evangile opère deux miracles ; il ressuscite un mort, qui est reverdir un arbre sec, et étanche le flux de sang qui affligeait une femme , qui est assécher un arbre trop rempli d'humidité... »

Mais Torateur , pour ne point trop embrasser de matière , se borne à la guérison de Fhémorroïsse , qu'il regarde comme la figure de l'incontinence.- Il fait voir la nature de ce vice , sa laideur , ses remèdes , et aborde ainsi son sujet :

a Les étymologistes disent que le mot luxuria est dit quasi fluxuria ; ce qui convient bien à cette sale maladie qui affligeait cette femme de notre Evangile D'autres estiment que ce mot de luxure est

cœnposé de ces deux-ci, lux urens : et /le fait, les poètes, parlant des passions sensuelles, les dépeignent toujoui^ par des feux et des flammes. Le grand Virgile (AEn. rv, v. 66), dit de l'incontinente Didon, est mollis flamma medullas interea..., uritur infelix Dido. Que si ce sont des feux , comment peuvent-ils exciter des flueurs. Très aisément, mes firères; râr comme le bois verd mis au feu se suppuie, ainsi la sensualité embrasée d'un mauvais amoir desjmmat in libidinem. Voyez- vous le pot qui bout se bouffler

pour écumer ? Il en est ainsi de notre chair C'est

une fontaine ardente , un feu grégeois qui flambe dedans les eaux. Mirez le svmbole de ce vice en la chaux , qui arrosée aboutit à une ardeur pétillante , en une visqueuse dissolution.

» Si nous consultons la poésie , boutique des anciennes moralités , elle nous fera voir une mère née de la mer, qui engendre un fils de Vulcain tout entouré de flammes L'écoulement de Narcisse,

changé après en une fleur chaude en quelque de^é, nous représente la même chose. Si nou^ feuilletons le livre de la nature , nous rencontrerons la salamandre, symbole de l'amour, qui prenant naissance de l'eau , tire sa nourriture des flammes : Tincontinence est donc une ardeur humide , une ardente humidité. »

L'orateur fait voir dans le deuxième point de son sermon toute l'horreur de l'incontinence, surtout dans les personnes avancées en âge : « C'est ici , ditil, l'extrême turpitude delà décrépitude, turpe senilis amor. Hélas.! nous ne voyons que trop de ces cygnes blancsqui traînent le char deVénus, que trop de ces barbes chenues adonnées à la déshonnêteté. O vieux étalons ! vous ne pouvez pas, avec Socra te, remercier les ans de ce bénéfice de vous avoir délivrés des fers de la sensualité ! Est-il vrai que vous ressemblerez au bois qui brûle d'autant mieux qu'il est plus sec ? Considérez que vous contrariez, non-seulement le Ciel, mais encore la nature , que vous faites bouillir les glaces ; au lieu que la froidure de votre sang devroit geler ces folâtres feux. »

« Or ce que nous avons déclamé contre l'intempestive ardeur des vieux , ne rend pas pourtant plus excusable l'impureté des jeunes : ce vifce est infâme en quelque âge que ce soit , et honnit autant ceux

qui sont en orient, que ceux qui penchent yew l'occident. »

Le prédicateur , sans autre preuve , passe aux remèdes deVincontinence. « Le premier est la communion , parce que Thémorroïsse fut guérie en touchant la robe du Sauveur , et que le corps et le sang de. cet Homme-Dieu sont cachés sous la robe des accidents du pain et du vin. . . Le vin étant Fbuile qui nourrit la flamme de Fincontinence , il est bien singuher que le vin consacré ait la vertu de Téteindre. Cérès et Bacchus , dit la Parœmie ^ , sont-ce pas les avantcourriers de Vénus? Israël, après avoir bien bu et bien mangé, paillarda-t-il pas avec les filles de Moab? INéanmoins voilà Notre-Seigheur avec du vin converti en son sang , qui rafraîchit les ébuUitions de notre sang.... Cest le vrai Mithridate qui nous peut servir d'antidote au venin du péché , et principalement à celui de la déshonnéteté. » .

Le second remède est le mariage, lequel est néanmoins pernicieux à plusieurs ; la raison du prédicateur est que « cette flamme volage qui les échauffe, est plus aisée à éteindre du tout sans objet,, qtie de la faire arrêter à un seul, n

Il descend ensuite au corollaire de la vénération des reliques. « Quoi! on donne bien cette propriété au hyacinthe de préserver du tonnerre ; à l'améthyste, d'aider aux accouchements ; aux émeraudes

' La Parœmîe est une espèce de figure ou d'allégorie serrée ; elle diffère de la parabole en ce qu'elle est moins étendue.

de garder de l'ivresse ; au saphir de rendre sage celui qui le porte ! Pensons-nous que les reliques des Saints n'a vent pas de plus puissantes et surnaturelles opérations ( propriétés ) ? »

L'orateur finit ce beau discours par un appendice sur la foi et les œuvres ; à l'occasion de celles-ci , il fait une sortie contre les protestants, lesquels en nient la nécessité , croyant la foi suffisante : « Saint Jacques en sa canonique, dit-il , a décidé rondement cet altercat ; mais il ne plaît pas à nos prétendants de la recevoir. »

Le «ermon de Noël, prêché en 1650, est assez remarquable par l'érudition profane , mythologique et scientifique qu'y prodigue» l'auteur, et surtout par ses comparaisons ridicules et par son style ampoulé. Voici l'exorde de ce sermon sur la naissance de Jésus-Christ !

« Il n'appartient pas à tous les peintres de représenter Alexandre , ni à tous les oiseaux d'envisager le soleil , ni à tous les vaisseaux de cingler en pleine mer ; je confesse que je suis incapable de vous expliquer ce grand Verbvm caro factum est , que raisonne l'Eglise en cette célèbre fête. Je n'ai ni pinceau , ni couleurs assez vives pour dépeindre ce relevé mystère , ni la vue assez perçante pour affronter cette splendeur, ni de barque assez forte pour voguer en un océan si vaste. )>

L'orateur divise son sermon en six parties, savoir: l'admiration que cause en nous ce mystère ; les figures qui l'ont annoncé; la victoire que Jésus-

Christ naissant a remportée sur le monde ; comment il a terrassé Torgueil par son humiliation, Favarice par son indigence, les délices du siècle par sa mortification. Il y a un peu de confusion dans -la manière dont sont arrangées ces diverses parties; mais l'ensemble n'en est pas moins curieux , comme on va en juger par quelques citations d'une éloquence vraiment burlesque. L'auteur, après avoir parlé de l'admiration que doit causer ce grand mystère, s'écrie :

« C'est ici que rasant la mer avec notre esquif, nous allons voir comment l'enfent Jésus, gi cette

sienne naissance, a vaincu le monde Il est

notre Bellérophon qui , monté sur le Pégase de son humanité , ailé par l'union de sa divinité , a dompté le monde, confidite, ego vici mundum. Monde, vraye chimère bigarrée : lion par le devant en son orgueil , dï^gon par la partie postérieure en son avarice , et chèvre en la mitoyenne par sa lubricité ! Il est notre jeune Horace terrassant les trois Curiaces de l'ambition, de la convoitise et de la sensualité. Il est notre Hercule qui a terrassé ce Cerbère à trois gosiers , et qui en son berceau a étouffé des serpens ; vraiy est ^ue celui-là n'en écrasa que deux , mais le nôtre en a écrasé trois : la vanité du monde par son abjection, l'avarice du monde par sa pauvreté, les délices du monde par sa mortification.

» Que la vanité du siècle soit dénotée et figurée sous l'emblème de ce colosse de diverses compositions que vit le roi d'Assyrie, il est assez connu

chez les allégoriques. Cessent les empiriques de vanter leurs distillations qui réduisent à si peu de si grosses masses ; car voici la Divinité réduite sous l'humanité et comme alambiquée et quintessenciée sous le corps d'un petit enfant. Quelle prodigieuse alchimie ! Le Ciel en terre et la terre en ciel , rendant l'immortalité mortelle et la mortalité immortelle. Disons en l'excès de notre ame : voici l'IUade de la Divinité sous la coquille de l'humanité ; voici le grand navire de l'infinité sous l'aile de la mouche de Tenfance ; voici le Ciel dans une sphère de verre avec tous ses astres, tous ses mouvements, toutes ses dimensions ; voici tout l'univers non en représentation , mais en effet sous une mappemonde ; ô saint Augustin , ne vous étonnez plus, voici l'Océan ' dans une coquille ; voici la perle de la Divinité dans la nacre de la mortalité

« O qu'il est bien vrai , notre petit époux , que vous êtes la pomme des vallées, le puits des eaux vives , très-profond et très-creux en humilité ! Qui jamais vit en si bas lieu chose plus précieuse ! C'est un diamant dans la mousse de quelque rocher écarté. Admirez ce peu de levain qui doit enfler la pâte de l'Evangile. Voyez ce grain de moutarde, lequel ayant pris sa croissance , abritera tant de nations sous son ombre. Peut-on descendre en un degré plus bas d'humilité et d'abjection pour confondre toute mondaine superbe ?

» Voyez à quelle extrémité son indigence le jréduit ; des drapelets déchirés , un peu de fumier^

tine étable , une mangeoire à bêtes. O enfant prodigue d'amour! vous voilà en une région lointaine* avec votre substance dissipée : combien d'anges mercenaires a votre Père céleste, qui . abondent de richesses, et vous, vous êtes ici accablé de pauvreté! Voici le jeune Alexis qui vit en pauvreté dans sa propre maison , mais inconnu : mundus eum non cognovit , bien que Domini sit terra et plenitudo efus. La pauvreté l'accable d'une part , l'amour de notre salut le presse de l'autre; mais Tamour prévaut; pour ce pouvoit-il dire :

» Paiipertas me sœva domat , dîrusque cupîdo , Est toleraiida famés , non tolerandus amor.

» Yenez , mes chères âmes , cherchons notre richesse en cette pauvreté ; fouillons dans ce fumier , nous y trouverons comme le coq fabuleux une pierrerie cachée; nous y rencontrerons le trésor musse, la perle évangélique. En celte sainte journée, ceux qui ont été à la sacrée communion , n^ontils pas trouvé le petit Jésus dans le foin des espèce» consacrées , dans les langes des corporaux , sur la crèche de Fautel , sur la mangeoire des patènes ?

» Représentez-vous un enfant nouveau-né; est-il rien de plus frilleux? Cest un bourgeon que la ^ moindre gelée peut rôtir : oui , car comme dit le poète :

» La pénétrante froidure Fait une vive brûlure.

Et FAristote a bien remarqué que le grand froid a quelquefois foit couler et résoudre du plomb. Là-^

dessus pensez comme devoit transir le petit Jésué dans cette étable dominée des quatre vents, pendant la ûuit , sans feu que de son amour, sans lumièce que de ses yeux.

♦> O délicats et enfoncée dan» la plume et la fourrure V qui redoutez l'atteinte des moindres vents coulis ^ qui perdez la messe de minuit de peur du serdin ou du rhume 1 venez ici, et vous serez entièrement confondus. N'alléguez aucune excuse, ni de jeunesse , ni de vieillesse ; tout prétexte est de cirç aux rayons de cet exemplaire soleil. »

; Le prédicateur revient encore à l'enfant Jésus ; il suppose qu'il avait la peau aussi blanche que la neige ; mais le froid ajoute le rouge à sa couleur naturdle , ce qu'il |)rouve par ces paroles , candidus et- rubicundus. Il ne devait pas oublier l'àne et le hceià( ; aussi , nous allons le voir désirer, d'être % ** changé en ces animaux , de devenir âne ou bœuf , peur réchauffer le petit Jésus dans sa crèche. « Ah ! dit-il , qui me donnera , par une sainte métamorphose, que je me transforme en ce pauvre bœuf, ou en ce pauvre âne , afin que si je ne peux mieux , j'empêche du moins que ce sang qui rougit ainsi ses membres tendrelets ne se glace ; mais ne fais-je pas maintenant cet office? ne suis-je pas le bœuf travaillant en votre aire à bouohe-he ?

)) Conclusion : Quel est le lâché soldat qui ne éuive , ayant cet Alexandre en tête ? qui ne deviendra Alexandre , ayant ce Philippe ou plutôt philanthrope à imiter? Voilà nptre César qui passe au

hazard le Rubicon, candidus et rubicundus! Qui ne voudra se jeter après lui à la nage ?. . . . »

On prétend que Févêque de Bdley , faisant un

jour le panégyrique de saint Marcel, prit pour texte

de son discours, le nom latin de ce Saint , MARcaKLLUS,

et qu'il le coupa en trois, pour faire rapplication

de chacune des trois syllabes aux trois points de sod

sermon. Il dit donc qu'il trouvait trois chose»

cachées dans le nom mystérieux de ce grand Saint :

1"* que Mar voulait dire qu'il avait été une mer de

charité et d'amour envers son prochain ^ 2" que

CEL montrait qu'il avait eu au souverain degré la

sagesse des enfants de Dieu; 3^ que lus prouvait asseï

comme il avait porté la lumière de l'Evangile à un

grand peuple , et comme lui-même avait été une lur

mière de l'Eglise, et la lampe ardente qui brûlait du

^ feu de l'amour divin. — On peut douter de la vérilA

de cette anecdote. Quoique P. Camus courût apiéiT

les jeux de mots , il n'en faisait jamais qui déoelasMBt

une crasse ignorance ' ; il savait très-bien que le»

syllabesou mots cel et lus ne sont nilatins ni firançaît ,

■ Nous en eîterons un en passant ; ce jeu de mots est un petf gai pour un prélat ; mais alors on était beaucoup moins réservé dans la conversation qu'on ne l'est maintenant. Yoici le fait.f un mari se plaignait hautement des infidélités de sa femme ev présence de notre évéque : « Taisez-vous, dît en riant P. Gamns^ il vaut mieux être Cornélius Tacitus que Cornélius Publicus. — Ce mot est bien dans le goût du xvii* siècle. Mais est-îl réellement de l'évéque de Belley ? nous en doutons.

et que pour donner lieu à la niaiserie qui fait le fond de ce rébus, il eût fallu que le grand Saint s'appelât Marsallux et non Marcel lus»

Le même évêque de Belley , prêchant la Passion à St. Jean en Grève devant le duc d'Orléans Gaston , S*aperçut que ce Prince était placé entre M. d'Emery et M. de Bullion , Intendants des finances. H prit de là occasion de faire cette exclamation équivoque : Ahl Monseigneur, quand je vous vois entre deux

larrons Cela fut remarqué par une bonne partie

de l'assemblée qui se mit à rire. Le Prince qui dormait , demanda ce que c'était ? Ne vous inquiétez pas , lui dit M. de Bullion en lui montrant M.' d'E-^ mery, c'est de nous detix que l'on parle ^ .

Voici encore un sermon auquel assista le même iPrince. L'évêque de Belley prêchait aux Incurables , im lundi de Pâques ; il en était à Y Ave Maria ^ lorsque le duc d'Orléans entra suivi d'un cortège nombreux, éiitt''àutres de l'abbé de la Rivière, insigne flatteur ^ ,

* y îgneul de MarvîUe raconte différemment -cette anecdote : « Jean-Pierre Camus , évéque de Belley , dit-il , préchant aux Incurables, dît en apostrophant un crucifix : j4h ! mon Seigneur, je vous vois encre deux larrons, A ces mots , le duc d'Orléans,

Gaston fils de France , qui avait à ses côtés un surintendant des finances et un fameux partisan, âta son chapeau, pour faire croire à l'auditoire que c'était à lui que le prédicateur s'adressait. » (Dans ce temps, on se couvrait au sermon. )

* Cet abbé (Barbier de la Rivière), très-connu par sa souplesse et ses intrigues avec le Prince dont il est ici question et avec le cardinal Mazarin qu'il trahissait tour-à-tour , devint

et de Tubeuf , Intendant des . finances. Après ont • Monseigneur eut pris place etgueFauditoire fut tran* quille , ce Prince fit prier l'orateur de recommencer; (c'était alors l'usage pour le« personnes dusang royal.) L'évêque obéit , et après l'avoir salué fort humble^ ment , il lui dit : « Monseigneur, dimanche dernier, je prêchai le triomphe de Jésus-Christ à Jérusalem, vendredi, sa mort; hier, sa résurrection; et aujourd'hui Je dois prêcher son pèlerinage à Emmam avec deux de ses disciples. J'ai vu. Monseigneur, votre altesse royale dans un même état. Je vous ai

aumônier de la ducliesse d'Orléans , grand-aumonîer de la Reine, enfin Evéque Duc de Langres , Pair de France. Né en 1593 , il est mort à Paris le 20 janvier 1670. Il ayaît laissé par . testament cent écus à celui qui ferait .son épitaphe. Le malin Lamonnoje se mit sur les rangs , mais bien certaînemeat sans espoir de gagner les cent écus ; car voici l'épitaphe qu pour mieux dire Tépigrammé dont il affubla la mémoire de Monseigneur :

Ci gît un très-grand personnage , Qui fut d*un illustre lignage y Qui posséda mille vertus y Qui ne trompa jamais , qui fut toujours fort sage» Je n'eu dirai pas davantage :

C'est trop mentir pour cent écus.

La naissance de Tabbé de la Rivière est très-^bscUre ; les uns le font naître à Montfort-^l'Amaury , d'un mouleur de bois ; M. de Landîne place son berceau à Etampes ; enfin feu M. l'abbé Mathieu, estimable savant de Chaumont, dit qu'il est né à Vandelicourt près de Compiègne , d'un nommé Antoine et d'une Cécile Lemair , gens ignorés.

TU triomphant dans cette ville a v^Ta reine Marie de Médicia, votrie mère ; je vous ai vu mort, par de& arrêts sous un Ministre ; je vous ai vu ressuscité par labôntédu Roi votre frère; et je vous vois aujourd'hui en pèlerinage. D'où vient, Monseigneur, que les grands princes se trouvent sujets a ces changements? Ah, Monseigneur, c'est qu'ils n'écoutent que les ftatteurs , et que la vérité n'entre ordinairement dans leurs oreilles , que comme l'argent dans les coffres du Roi, c'est-à-dire, un pour cent. » On ne ditpasqudlie impression cette tirade fit sur le Prince et sur les deux disciples qui l'accompagnaient ; le trait est hardi.

ANECDOTES

Le cardinal de Richelieu assista en 1632 à une cérémonie où un cordelier prêcha avec fermeté et assurance ; ce ministre , devant qui tout tremblait , &it étonné de n'avoir pas imposé à ce religieux , ou du moins de ne l'avoir pas un peu intimidé; et, après le sermon, il lui demanda comment il avait pu parler avec tant d'assurance. Le cordelier lui ré-

• poiodit : « Ah ! Monseigneur , je m'étois préparé. Quand j'ai su que j'aurois l'honneur de prêcher devaot votre éminence, j'ai appris mon sermon devant un carré de choux au milieu desquels il y en avoit

^ ijm i^uge, et* cela m'a accoutumé à votre présente. »

Un prédicateur obhgé de prêchçr à la hâte jd|Çv^nt le même caï'dinal de Richelieu , lui dit pour s'excu-

ser : « Monseignmr , n'ayant pas eu le temps de me préparer, je me suis abandonné au Saint-Esprit; mais une autre fois je prendrai mon temps, je me préparerai y et je ferai mieux. »

Le Père Honoré , célèbre capucin , né à Cannes en Provence, prêchait d'une singulière manière; û rendait terribles les vérités de la religion , en ki présentant sous une forme burlesque. Prêchant na jour contre la vanité du monde , il prit une tête de mort entre ses mains : <c Parle , dit-il dans son langage provençal , ne serois-tu point la tête d'un magistrat 7 Qui ne dit rien consent. » Il lui mit al(»n un bonnet de juge : « Hé bien ! poursuivit-il, n'as4n point vendu la justice au poids de l'or ? n'as-tu poii^ ronflé plusieurs fois à l'audience? ne t'es-td pas entendu avec l'avocat et le procureur, pour violer la justice , cette belle vierge , malgré ses cris ? Gombiea de magistrats ne se sont assis sur les fleurs-de-lysqoe pour mettre la vertu mal à son aise ! » Il jeta alofS la tête avec ime espèce d'emportement ; il en {Mrtt une autre à qui il dit : « Ne serois-tu point la t^ * d'une de ces belles dames qui ne s'occupent que du soin de prendre des cœurs à la pipée? »> Il tira alors une fontange et la lui mit; puis lui dit : m Hè bienf tête éventée , où sont ces beaux yeux qui jouoient si bien de la prunelle ? cette belle bouche qui formoit des ris si gracieux , qui feront pleurer tant de malheureux dans l'enfer? où sont ces dents, qui ne

mordoient tant de cœurs que pdBr les mortifier , afin de les pouvoir faire mieux manger au diable ? pes oreilles mignonnes , auxquelles tant de godelureaux ont chucheté si souvent pour pouvoir entrer dans le cœur par cette porte? où est ce fard , cette pommade et tant d'autres ingrédiens dont tu t'eriluminois le visage ? que sont devenus ces roses et ces lys naturels ou artificiels que tu laissois cueillir par des baisers impudiques ? »

Ce prédicateur, plein d'enthousiasme , parcourait aiiMi toutes les conditions. Il mettait à sa tête de mort tantôt un chapeau , tantôt un bonnet, ou bien une cornette , ou un capuchon , suivant le rôle qu'il lui faisait jouer ; il avait soin de se munir de tout l'attirail qui lui était nécessaire , lorsqu'il devait prêcher ce sermon vraiment dramatique.

Ce bon religieux , avec ses discours farcis de quolibets et de turlupinades , ébranlait vivement les sens ; il s'insinuait dans les esprits malgré le son de sa voix aigre et glapissante. Aussi le Père Bourdaloue dit à Louis XIY qui lui demandait son sentiment sur ce capucin : Il écorche les oreilles, mais il déchire les cœurs.

n a fait des missions presque par toute la France, et les a signalées par de grandes conversions et des restitutions abondantes. Il a laissé des vestiges de son zèle qui ne s'effaceront jamais.

Etienne Molinier , prêtre du diocèse de Toulouse ,

88t un des prédicmeurs qui ont le moim donné dans les écarts de ses confrères. Ses sermons ont été recueillis en 14 vol. tn-12, publiés de son vivant eu 1633, puis 3 volumes après sa mort arrivée en 1645; il a harangué Louis XIII le jour de son sacre , en 1610 , au nom de la province de Languedoc. Voici un passage de son sermon sur la fête de Noèl : it Videbitomnis caro salutare Dei. La vue de nos entendemens est trop débile pour l'apercevoir si- la

lumière de la foi ne nous éclaire Allons donc

avec Fœil de la foi pour contempler les merveilles

du Verbe incamé Si j'ouvre Tœil de la chair, je

ne vois ici qu'une étable , uni© vile crèche , un bo^ teau de foin , un enfant dans les drapeaux; mais si j'ouvre l'œil de la foi , je contemple le ciel en cette étable , en cette crèche un trône , en cet enfant na Dieu , en ces maillots celui que le Père céleste engendre en son sein dans l'éternité. » Plus loin il dit : « Quand ce divin enfent voulut sortir au monde , la nature qui avoit admiré la conception , a révéré l'enfantement ; elle s'est reculée , et la main de EKea a fiBdt son office , tu es qui extraxisti de ventre. Ainsi en sa résurrection il sortira du sépulcre sans ouvrir la pierre , il entrera dans le cénacle , les portes étant fermées. Voyez la lumière du soleil , elle entre par les fenêtres sans percer les vitres , les pénètre sans les rompre , et les traverse sans les diviser. »

Dans son sermon sur l'envie, Molinier examine les causes de ce vice , ses effets , enfin sa mahce. Le premier effet de Tenvie est d'attaquer l'envieux lui-

même , comme le premier effet de la foudre est de déchirer la nue qui l'engendre : cette passion ronge

Jjame qui l'a conçue « Qui est-ce qui fait perdis

le sommeil à Thémistocle ? Ce n'est plas la douleur ,

' mais les trophées de Miltiade. » De là l'orateur pa^e à une transition que nos meilleurs prédicateurs ne dédaigneraient pas. « Bien est vrai que ce n'est pas l'intention de l'envieux de s'affliger et se tourmenter lui-même , il cherche à nuire à l'objet de sa passion;' que s'il n'a pas la force de lui porter du détriment de la main , il le fait de la langue , il dénigré sa renommée Et tout ainsi que les vautours rencontrant des prés émaillés et odoriférans , passent outre sans arrêter leur vol ; riiais s'ils découvrent quelque voierie puante , c'est là qu'ils se perchent pour v planter leur bec et leurs ongles î de même l'envieux passe gentiment sous silence la gloire , la noblesse ^ la science du prochain , et va porter tout d'un coup sa langue vénéneuse et son bec médisant sur les.

. «vices, w

Segrais raconte qu'un prédicateur faisant le panégyrique de Louis XIII et le louant de sa chasteté , en rapporta un exemple en ces termes : « Ce prince^ mes chers frères , jouoit un jour au volant avec unô dame de sa Cour, et le volant étant tombé dans le sein de la dame, la dame vouloit qu'il vînt l'y prendre; que fit ce chaste prince ? Pour évit^ le piège qu'on lui tendoit , il alla prendre les pinc^tte$

du coin de la cheminée , etc. » Ce trait , dit Segrais , serait bon à mettre dans un A^iniana ; c'est se moquer d'amuser un grand auditoire de ces bagi^ telles; aussi un gentilhomme présent au sermoQ s'écria : « Il auroit mieux fait de ne pas me mettra à la taxe. » Ce qui fit rire toute l'assemblée.

a Un prédicateur bas-normand, et d'un Ordre règi]^ lier y prêchant avec réputation dans une ville célèbre de Bretagne , fut prié par certains religieux de cette ville de leur donner un sermon de sa façon le jour de saint Thomas. Le prédicateur reçut avec plaisir l'honneur que ces reUgieux Itii faisoient^ les assurant qu'il cherchoit depuis longtemps l'occasion de faire connoitre au pubhc que saint Thomas d'Âquîn étoit normand et bas-normand. Ces Pères effrayés de l'intention du prédicateur , le prièrent très-hum- Mement de ne rien dire de semblable , vu que les. Bretons haïssant les Normands à mort , ce seroit let détourner de leur dévotion envers le Saint , et leur rendre les Thomistes abominables. Le prédicateur leur répartit qu'il ne vouloit offenser personne , ni rien dire en chaire que de bien à propos. Mais le jour de la fête , sur le miheu du sermon , venant à pari» de la profonde sagesse de saint Thomas y il éleva tout d'un coup une voix de tonnerre , s'écriant à pleine tête : Aussi éloit-it du faits de sapience U grand ^aii9,t , normand et bas-normand du côté de sa mère. Ce mot lâché , il se fit un ef&oyable murmure par

toute Téglise , et un sifflement comme de serpents irrités. Le Prieur, outré jusqu'au fond du cœur^ sortit de l'auditoire et s'en alla préparer toutes choses à la vengeance. Quand le prédicateur , après $on action , fut retourné à la chambre destinée au repos des orateurs sacrés , le frère qui devoit l'assister mit le feu à un fagot mouillé , et se retirant , ferma la porte à double tour. La fumée étouffoit le prédicateur , et il avoit beau exciter la flamme du coin de son manteau , plus il &isoit de mouvement , et plus il étouffoit. Il but toute sa sueur dans cet exercice ;' et ne trouvant ni pain ni vin pour se soulager , il se jeta sur la paillasse d'un lit dégarni pour pr^idre im peu de repos : mais cela lui fut impossible, et il ne pouvoit deviner comment se termineroit un jeu si désagréable. Il étoit dans cette inquiétude, quand sur le soir il entendit ouvrir sa porte , et une voix qui lui crioit : Si votts voulez souper, entrez dans la iàambre voisine. Pressé de la faim , car de la journée il n'avoit pris qu'un bouillon , il passa brusquement de sa chambre dans celle qu'on lui mairquoit. D'un premier coup d'œil il aperçut une table bien coun verte : un grand turbot étaloit ses franges sur le» bords d'un vaste bassin ; des soles , des vives y un, ragoût et une tourte de poisson , tenoient les quatre coins de la table , et dans les entre-deux il y avoit des câpres , des olives , une salade avec des anchois y et des huîtres marinées. Le vin briUoit sur le buffet dans des carafes de cristal; et les verres étoient proprement rincés. Le Père Prieiur avec son sapé*

rieur et quatre autres de ses religieux , prenoient Fair d'un grand feu ; le prédicateur les salua tous : mais pas un ne fit semblant de le Toir ni de Técoater. On présenta à laver; le Prieur y invita les siens sans faire nulle civilité au prédicateur. On se mit à table ; le Prieur mit son supérieur à côté de lui , les autres se rangèrent de suite , deux de chaque côté , personne ne disant au prédicateur , Mettezvous là. Cependant comme il s'aperçut qu'il y a voit un septième couvert , et une septième place , il prit sans façon le lieu qu'on lui laissoit. Le Prieur servit ses religieux , et ne mit rien sur l'assiette du prédicateur. Mais le prédicateur, homme bien avisée se servit lui-^méme y et du tranchant de son couteau fit une brèche irréparable à la tourte qu'il avoit •sous, les yeux. Le Prieur, à plusieurs retours, but à la santé de ses religieux et ils lui en firent raison , ne faisant nulle mention du prédicateur , non plus que s'il n'y avoit point été. fl buvoit pourtant à la sourdine, et on le laissoit boire. Au dessert , le- Prieur, le verre à la main, dit , en s'adressant à sesreligieux : C'est à la santé du prédicateur asmu9 , asinior, asinissimus , qui a osé prêcher, contre le vérité de l'histoire , que saint Thomas est normaiid et bas-normand ; vous m'en ferez raison. Le prédicateur se voyant attaqué personnellement , prit son sérieux et dit d'un ton grave : C'est à tort , mes Pères , que vous me traitez si mal : j'ai prêché la vérité dans la chaire de vérité ; et c'est à la plua grande gloire de saint Thomas, que j'ai déclaié

qu'il étmt normand et bas-normand; en voici la preuve. Alors, tirant de dessous son manteau Y Année dominicaine, composée par un savant Jacobin, il leur fit voir qu'il n'avoit point parlé témérairement et iians autorité. Le Prietir prit seé lunettes pour examiner la chose ; le supérieur l'acçoloit pour voir dé plus près, et les autres regardoient par dessus l'épaule de ceux-ci. Enfin convaincus parleurs propres yeux^ et craignant que le prédicateur ne se vengeât de l'insulte qu'on lui a voit faite , ils s'accusèrent euxmêmes d'inconsidération, comblèrent le prédicateur de louanges , admirèrent sa profonde érudition et la grande connoissance qu'il a voit des anciennes généalogies ; et après mille acclamations , le conjuré^ rent d'oublier ce qui s'étoit passé. Le Prieur fit signe qu'on apportât d'une certaine liqueur toute c^stè qui sert à apaiser les émotions qui s'élèvent quel-* quefois entre les frères. Chacun' en but la mesure nécessaire poui* avoir son effet ; et le sommeil étant survenu , on ne se souvint plus de cette histoire de part ni d'autre , que pour s'en divertir et en rire de grand cœur. » ,

Lors de l'iéclipse du 12 août 1654 , la consternation fut si grande qu'un curé de campagne ne pouvant suffire à confesser tous ses paroissiens qui^ croyant la fin du monde très-prochaine , se précipitaient au confessional, leur dit : <( Mes enJÈants,

ne vous pressez pas tant j je viens d^apprendi^ -de bonne source que Téclipse est remise à quinzaine.

Un capucin monte en chaire et annonce à set paroissiens qu'il va prêcher sur la patience , sur h nécessité de pratiquer cette vertu et sur les avantages qu'on en retire dans toutes les circonstances de la vie ; il s'interrompt et fait signe au sacristain de fexr mer la porte de TégUse, puis il reprend scm discours ;

a Mes frères, la patience est une vertu fenne?^

donc cette porte. . . Oui , mes frères , la patience est une vertu... 4 fermerez-vous cette porte?.... La patience est une. .. . (En colère et frappant du pied,)

Mais, morbleu, fermez donc cette porte >» — ^

L'auditoire a dû être fort édifié de voir ainsi le prédicateur joindre l'exemple au précepte.

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