EXTRAITS DES SERMONS DU P. RRTDADŒ
Jacques Brydaine, célèbre missionnaire, né à ChusdasL, diocèse d'Uzès , le 21 mars 1701, est mort à Rdquemaure le 22 décembre 1767. Il a fait une grande impression dans son temps , moins par le nombre de ses missions , que Ton porte à deux cent cinquante-six , que par les succès éclatants qu^ a obtenus. Son éloquence rustique avait dans sa bouche une énei^e que n'a point le style fleuri des prédicateurs de la ville. Sa voix forte et tonnante pouvait se faire entendre de dix mille personnes en pleine campagne. Des sons inarticulés , une chaleur
de débit égale à l'ardeur de son zèle , une familiarité brusque et quelquefois singulière, rendaient plus terribles les mots sublimes qu'il employait assez souvent et toujours heureusement. On remarquait dans tout ce qu'il disait une éloquence naturelle qui jaillissait des sources du génie ; des élans dont la vigueur agreste découvrait plus de talent et plus d'idées que l'indigence superbe de l'imitation ; des tours naturellement oratoires ; des métaphores trèshardies ; des pensées brusques, neuves et frappantes ; une élocution très-simple , mais assez noble dans sa popularité ; un art parfait d'exciter et de soutenir l'attention du peuple, qui ne se lassait jamais de l'entendre ; des apologues ingénieux , attachants et quelquefois sublimes ; le secret merveilleux d'égayer pieusement ses auditeurs et de les faite pleurer à volonté ; l'accent de l'indulgence mêlé aux cris déchirants d'une* indignation douloureuse ; tous les caractères d'une riche imagination ; des beautés originales et inconnues , que les règles des rhéteurs n'ont jamais devinées ; quelques traits ravissants , parfois même des morceaux entiers traités avec un soin que tempérait son imagination, et dans lesquels la régularité de sa composition attiédissait sensiblement sa chaleur ordinaire. On s'est longtemps souvenu de lui avoir entendu prononcer le début du premier sermon qu'il prêcha dans l'église de Saint- Sulpice à Paris, en 1751. La plus haute compagnie de la capitale voulut l'entendre par curiosité. En arrivant à la chaire, Bry daine aperçut dans Tas-
semblée plusieurs évêques , un grand nombre de personnes décorées , une foule innombrable d'ecclé-* siastiques ; et ce spectacle, loin de l'intimider, lui inspira ce superbe exorde , si connu , mais que nous ne pouvons nous dispenser de rapporter comme type de ce que Téloquence offre de plus beau * .
« À la vue d'un auditoire si nouveau pour moi , il semble , mes frères , que je ne devrais ouvrir la bouche que pour vous demander grâce en faveur d'un pauvre Missionnaire , dépourvu de tous les talent s que vous exigez, quand on vient vous parler de votre salut. J'éprouve cependant aujourd'hui un sentiment bien différent ; et si je me sens humilié , gardez- vous de croire que je m'abaisse aux misérables inquiétudes de la vanité : comme si j'étais accoutumé à me prêcher moi-même ! A Dieu ne plaise qu'un ministre du Gel pense jamais avoir besoin d'excuse auprès de vous ! Car, qui que vous soyez ^ vous n'êtes tous comme moi, au jugement de Dieu,
« C'est M. l'abbé Maury qui , le premier , a retenu et fait connaître cet exorde improvisé. Un savant moderne a fait à ce sujet l'observation suivante : « Si l'illustre écrivain qui a recueilli ce beau fragment n*a pas eu besoin d'appeler son talent au secours de sa mémoire , il faut convenir que jamais l'éloquence spontanée des Missionnaires ne se signala avec plus de force et d'cchit , et que les discours les plus estimés des orateurs sacrés les plus célèbres n'offrent rien qui surpasse ce morceau sublime. Le reste du sermon avait été composé d'avance. » ( Arl. Bridaine, par M. Y incent-Saint-Laurent , dans la Bhgraphie unU'erselle. )
que des pécheurs. C'est donc uniquement devant votre Dieu et le mien que je me sens pressé dans ce moment de frapper ma poitrine. Jusqu'à présent j'ai publié les justices du Très-Haut, dans des temples couverts de chaume. J'ai prêché les rigueurs de la pénitence à des infortunés dont la plupart manquaient de pain ! J'ai annoncé aux bons habitants des campagnes les vérités les plus effrayantes de ma Religion! Qu'ai-je fait, malheureux! J'ai contristé les pauvres, les meilleurs amis de mon Dieu ! j'ai porté l'épouvante et la douleur dans ces âmes simples et fidèles que j'aurais dû plaindre et consoler ! C'est ici , où mes regards ne tombent que sur des grands , sur des riches , sur des oppresseurs de l'humanité souffrante, ou sur des pécheurs audacieux et endurcis ; ah ! c'est ici seulement , au milieu de tant de scandales, qu'il fallait faire retentir la parole sainte dans toute la force de son tonnerre , et placer avec moi dans cette chaire , d'un côté la mort qui vous menace , et de l'autre mon grand Dieu qui doit tous vous juger. Je tiens déjà dans ce moment votre sentence à la main. Tremblez donc devant moi , hommes superbes et dédaigneux qui m'écoutez ! L'abus ingrat de toutes les espèces de grâces , la nécessité du salut , la certitude de la mort , Tincertitude de cette heure si effroyable pour vous , l'impénitence finale, le jugement dernier, le petit nombre des élus, l'enfer, et par-dessus tout l'Eternité! l'Eternité ! voilà les sujets dont je viens vous entretenir, et que j'aurais dû sans doute réserver pour
VOUS seuls. Eh ! qu'ai-je besoin de vos suffrages quf me damneraient peut-être sans vous sauver ? Dieu va vous émouvoir , tandis que son indigne ministre vous parlera ; car j'ai acquis une longue expériende de ses miséricordes. C'est lui-même, c'est lui seul qui , dans quelques instants , va remuer le fond de vos consciences. Frappés aussitôt d'effiroi, pénétrés d'horreur pour voô iniquités passées , vous viendrez vous jeter entre les bras de ma charité , en versant des larmes de componction et de repentance ; et à force de remords vous me trouverez assez éloquent. »
Qui ne sent , en lisant et après avoir lu un pareil exorde , combien cette éloquence de l'ame e«t au-» dessus des froides prétentions du bel esprit moderne? En s'excusa nt, pour ainsi dii*e, d'avoir été trop menaçant ou trop sévère au mîheu des pauvres et ' bons habitants des campagnes , il se mettait par ce zèle courageux à sa véritable place; il prenait hautement sur son imposant auditoire tout l'ascen-* dant qu'il avait à craindre lui-même; il exerçait dès son début toute l'autorité qui appartenait à son ministère ; et il préparait ainsi tous les cœurs aux ter^ ribles vérités qu'il se proposait d'annoncer. Ce ton mâle et fier avec mesure lui donnait le droit de tout dire. Plusieurs personnes dignes d'en juger ont encore présents à leur mémoire quelques traits de son $ermon sur l'Eternité , où il avait pris pour texte ce verset des psaumes , annos œternos in mente habui , et qui était divisé en trois points : Il y a une Eternité;
nous touchons à l'Eternité; nous sommes les maîtres de notre Eternité. Une tradition récente nous a coii8ét*vé le souvenir de Teffrôi prodigieux qu'il répandait dans l'assemblée , lorsque mêlant , selon son usage , des comparaisons populaires et frappantes à des conceptions sublimes , il s'écriait : « Eh ! sur quoi vous fondez- vous donc, mes frères, pour croire votre dernier jour si éloigné? Est-ce sur Votre jeunesse ? Oui , répondez- vous , je n'ai encore que vingt ans, que trente ans. Ah ! vous vous trompez du tout au tout. Non, ce n'est pas vous qui ajt^ez vingt ou trente ans : c'est la mort qui a déjà vingt ans , trente ans d'avancé sur vous , trente ans de grâce que Dieu a voulu vous accorder en vous laissant vivre , que voiis lui devez et qui vous ont rapproché d'autant du terme où la mort4Îoit vous achever. Prenez-y donc garde, l'Eternité marque déjà sur votre front l'instant fataloù elle va commencer pour vous. Eh ! savez-vous ce que c'est que l'Eternité? C'est une pendule dont le balancier dit et redit sans cesse ces deux mots seulement dans le silence des tombeaux : toujours , jamais ! jamais, toujours ! et toujours ! Pendant ces effroyables révolutions , un réprouvé s'écrie : quelle heure est-il? Et la voix d'un autre misérable lui répond, l'Eternité. » L'organe tonnant de Brydaine ajoutait dans ces occasions une nouvelle énergie à son éloquence ; et l'auditoire accablé par l'impétuosité de son action et la puissance de ses figures , était alors consterné devant lui. Le silence profond qui r^nait dans l'assemblée, surtout quand il prêchait,
selon sa coutume j. à l'entrée de la nuit, était intcsrrompu de temps en temps par des soupirs longs et lugubres, qui partaient à la fois de toutes les extrémités du temple, dont les voûtes retentissaient enfui de cris inarticulés et de profonds gémissements. Gei accents d'une douleur sourde et étouffée se démêlaient dans le loiiitain , au milieu des agitations do remords , qui faisait éclater bientôt son action secrète et profonde sur les consciences , par les coups soudains et redoublée dont chacun frappait alors sa poitrine. Oateurs qui ne «ongez qu'à votre seule renommée , reconnaissez ici votre maître ! tombez aux pieds de cet homme apostolique , et apprenez d'un Missionnaire ce que c'est que la véritable éloquence. Le peuple 1 le peuple ! voilà le véritable , le premierjuge de votre talent, et, dans votre carriàiWy l'infailhble et suprême dispensateur de la gloire !
Nous citerons encore du P. Brydaine un apologue qui ne manquait jamais de produire un grand effist dans sa Conférence sur la Communion indigne. Voici comment Fabbé Maury en parle : « L'orateur, après avoir tonné, dit-il, de toute la puissance de son zèlCy de son talent et de son organe contre les sacrilèges, s'arrêtoit et se séparoit pour, ainsi dire de son auditoire : il regardoit fixement l'autel en levant ses deux mains jointes ; il sembloit absorbé dans le res-» pect et dans la douleur devant le Tabernacle, Ce silence frappoit encore plus que ses paroles; il l'in^ terrompoit tout-à^^oup , en disant lentement, le* yeux fermés , avec cette demi-voix qu'il savwt
si bien affoiblir , au lieu de la rendre plus soùnante , quand il vouloit commander une grande attention : « Les aveugles! les ingrats! Que leur dirois-je de plus, s'ils ne partagent pas d'eux-mêmes
lès transes de ma foi? Dieu , poursuivoit-il en
s'asseyant ou plutôt paroissant succomber à son abattement , Dieu réveille en ce moment dans mon esprit le souvenir d'une histoire édifiante dont vous avez tous autant besoin que moi pour soulager votre pieté, du récit et du poids de ces horribles profanations.
» n y avoît donC) mes frères, très-loin d'ici, dans une ville que je ne dois point nommer, pour ne pas vous faire connôîtré les parties intéressées; il y a voit, xlis-je , un jeune homme d'une très-grande famille^ d'ime parfaite conduite , de la plus belle espérance^ «t qui jouissoit dans tout le pays de la meilleure réputation. C'étoit un fils unique , connu par son excellent cœur, et qui faisoit la gloire et les délices de ses parents. 11 arriva que d'autres jeunes gens de son âge , avec lesquels il n'a voit aucune liaison , se compromirent, de la manière la plus grave ^ dans une très-mauvaise affaire avec sa propre famille qui Voulut absolumenf^en avoir justice. On leur fit donc, leur procès, qui fournit bientôt assez de preuves pour les pouvoir tous condamner à lyort. La désolation étôit universelle dans la ville où ils dévoient ^ubir leur triste sort au miUeu de la place publique. Notre charitable jeune homme en fut touché ; et ne Voyant point d'autre moyen d'obtenir leur grâce,
poussé par son bon naturel, il sut si bien s'y prendre , que , par un effort de la générosité la plus extraordinaire, il intervint comme partie principale dans ce procès criminel, en se substituant lui-même à cette troupe de malheureux. Ce n'est pas tout. Il faut vous dire encore qu'il étoit le fils du seigneur du lieu ; il poussa donc la charité jusqu'à se faire charger juridiquement, et à se charger par son propre fait de toute la responsabilité du crime qu'ils a voient commis, paroissant ainsi Tunique criminel aux yeux de la justice ; de sorte que les juges ne virent plus et ne durent effectivement plus voir que lui seul à poursuivre et à punir.
« On l'admira, on le plaignit. Mais la rigueur des formes et la lettre de la loi obligèrent les magistrats de prononcer contre lui, quoiqu'à regret, un arrêt de mort. Ce fut une consternation générale. Le jour de l'exécution est fixé au lendemain. Par une disposition de la Providence, au moment où le bourreau arrive sur la place pour préparer l'échafaud, il est frappé lui-même de mort subite en présence dfe tout le peuple. On s'écrie sur-le-champ de tous les côtés que c'est une déclaration manifeste du Ciel, et qu'il faut absolument faire grâce au pauvre patient, victime volontaire du dévouement le plus héroïque. Tous les cœurs déchirés poussent à la fois le même cri en sa faveifr. Mais tout-à-coup un autre jeune homme fait entendre sa voix au milieu de la multitude : c^étoit précisément l'un des complices impîir qués dans le même procès criminel, et auquel un si
beau sacrifice venoit de sauver la vie. Personne ne t^ | se présente, dit-il, pour dresser l'échafaud : eh bien! ili^5^ je prends sur moi ce soin. Il n'y a point de bour- ^ ■ reau ! j'en ferai les fonctions , et je me charge du supplice. Tout le monde frissonna d'horreur, comme nous tous tant que nous sommes ici présents , en entendant une proposition si barbare, que les juges n'étoient pas en droit de rejeter. Il se mit donc à l'œuvre, et la sentence fut exécutée. Vous frémissez, mes frères! A la bonne heure ! Mais je suppose que ^ vous me comprenez. Ce jeune homme si intéressant ♦ qui vient de mourir en quelque sorte devant vous ^ ^ pour le salut de ses frères, savez-vous qui c'est? * ^^, C'est Jésus-Christ en son état de victime toujours vivante dans le sacrement de l'Eucharistie ! Et ce bourreau d'office , ce bourreau volontaire , qui est-, il ? C'est vous tous pécheurs sacrilèges qui m'écoutez. Jésus-Christ , votre rédempteur et le mien , s'étoit donné pour vous une seconde vie par le testament et par le prodige de son amour. Il sembloit pour toujours à l'abri d'une nouvelle mort dans ce tabernacle. C'est vous tous, malheureux Judas, c'est vous qui avez renouvelé son supplice après sa résurrection ; c'est vous qui, par vos communions en état de péché mortel, avez dit , sinon en paroles , au moins par le fait, ce qui est pis encore : Tirez Jésus-Christ du fond de ce sanctuaire où il est caché sous les voiles eucharistiques ; livrez-le-moi sur cette table sainte : c'est moi qui vais le crucifier de nouveau ; c'est moi qui veux élever de mes mains sa croix sur
rf^ un autre Calvaire ; c'est moi qui me charge d'être
8iNi
son bourreau ! »
f **^ « Un prédicateur à la mode se donnerait bien de
garde de hasarder un pareil mouvement d'éloquence, si son talent lui en suggérait Tidée ; mais heureusement Brydaine osait être sublime. »
Le Père Brydaine y comme un apôtre , marchait
sans cesse entouré des pécheurs qu'il convertissait ,
des riches qui lui apportaient leurs aumônes, qui
brûlaient des livres impies , ou qui restituaient des
^^^ biens usurpés. Voici l'exorde d'un de ses sermons sur
• ** 1^ l'incrédulité. Il apprend que plusieurs encyclopé- V 4: distes, entre autres d'Alembert et Diderot, sont
* ♦ rassemblés, pour le tourner en ridicule, dans l'^^bse
où il va prononcer son sermon sur les athées. Il monte en chaire et s'écrie : « Thuriféraires, éteignez le feu sacré ! Diacres , fermez les portes du temple ! Prêtres du Dieu vivant, voilez le sanctuaire! je vais parler des incrédules. . . »
Son art consistait à captiver et à soutenir l'attention par l'attrait de la nouveauté ; il ménageait avec soin la gradation de tout ce qui lui paraissait propre à exciter la curiosité, à intéresser le cœur et à firapper l'esprit. Étant un jour à la tête d'une procession, il prononça une exhortation sur la brièveté de la vie , et finit par dire à la multitude qui le suivait :
«t Je vais vous reméner chacun chez vous. ... » Et il
les conduisit dans un cimetière.
Qui croirait , d'après les talents et les succès bien
avérés du P. Brydaine, qu'un tel prédicateur a eu
recours à des gestes et à des actions peu dignes de la Mh gravité de la chaire, et qu'on ne tolère guère que . JKf u dans ces anciens prédicateurs du seizième siècle '.^ ^ dont nous avons parlé. Voici cependant ce qu'on lit dans V Histoire de la prédication, p. 480 :
« Le Père Brydaine se faisoit traîner par son valet, la corde, au col, au milieu de l'église, comme une victime qui s'ef forçoit de toucher la miséricorde de Dieu : les bonnes femmes craignoient qu'on ne l'étranglât. Après ce prélude de singeries , il re- j^ montoit en chaire , reprenoit son discours et dispa- JH roissoit tout d'un coup ; pendant qu'on le croyoit # enfoncé dans les abîmes , il faisoit retentir sa voix , \ H^ contrefaisant une ame damnée que les diables char- • * geoient de leurs chaînes. On se figure le trouble qu'un tel spectacle causoit dans l'ame d'une troupe de paysannes : il s'en est trouvé qui se sont accusées tout haut d'un péché de foiblesse , et se sont déshonorées par cette confession publique ; il y a eu des têtes renversées. » Que prouve ce passage, emprunté à Y Histoire de ta prédication, du P. Jos. -Romain Joly? Il prouve que le P. Brydaine, comme tous les grands talents , avait aussi parfois son côté faible ; c'était celui de l'exagération dans les moyens qu'il croyait les plus propres à frapper un auditoire ignorant, plus sensible à des images singulières qu'aux raisonnements les plus logiques.
Disons un mot des ouvrages du P. Brydaine; le seul qui ait été publié de son vivant , est un recueil de Cantiques, qui a d'abord paru sous le titre de
CQ.ntiques spirituels à l'usage des Missions -du diocèse (PAlais, in-12, puis sous le simple titre de Cantiques spirituels, Montpellier, 1748, m-12; ce recueil a eu quarante-sept éditions.
Les ouvrages posthumes du même prédicateur sont : 1** Des Lectures et Méditations pour le temps de la mission, extraites des Discours inédits du P. Bry daine, etc. Montpellier, A. Seguin, 1821, i»-12 de 60 pages. — 2** Règlement de vie pour une pieuse demoiselle, précédé de •^ la Méthode pour assister avec fruit au saint sacrifice de la ^ «i€«*e, etc. Avignon, Seguin aîné, 1821, 182aet 1838,
Ï'* ♦ . ^ i»-18. — S*" Sermons du P. Bry daine, missionnaire royal, ^ ![" ** publiés sur les manuscrits autographes. Avignon , Se-t guin aîné, 1823,5 vol.i»J-12. — Nouv. édition, 7 tw^;. — V Instruction sur le mariage, adressée aux personne» qui sont libres et à celles qui ne le sont pas. Avignon, Seguin aîné, 1827, iii-12.
On trouvera beaucoup de détails sur le Père Brydaine dans l'ouvrage intitulé : Le Modèle des prêtres, ou Vie de J. Brydaine, missionnaire, par M. l'abbé Carron. Cinquième édition. Paris , Rusand, 1823, in-12. La première édition est de Londres, 1803 , «VI 2. Le respectable abbé Carron , né à Rennes le^ 23 février 1760, est mort à Paris le 15 mars 1821 , laissant un grand nombre d'ouvrages tous estimés.
ANECDOTES
André Valladier , dont nous avons déjà parlé , p. 128-145 , a encore un sermon assez singulier ;
c'est celui du troisième dimanche de TAvent , qu'il i* a prêché, en 1612, à Saiut-Méderic de Paris. Après *
avoir assuré que les âmes des saints gardent les villes, sont avec nous, nous gardent , nous regardent et nous aident, il cite, à l'appui de ce qu'il avance, plusieurs traits concernant S. Pierre, S. Sergius, martyr; S. Ferréol et S. Ferjeux ^ , S. Agricole, dont les âmes ont défendu ostensiblement et sauvé des villes assiégées ; et comme ces faits ne sont pas articles de foi , et que le prédicateur craint qu'on ne le« révoque en doute , il apostrophe ainsi les pro- . • testants avec autant de déHcatesse que de goût : « Les huguenots s'en riront , gros animaux , beste» brutes, qui se moquent de tout, • . . . qui croyent plus
à un Tite-Live qu'à toute la sacrée antiquité
Laissons-les là en leur damnation et en l'enfer de leur incrédulité. Riez , riez , perdus ! riez-vous de * nous , et nous pleurerons de vous , et pour vous et pour la ruine de vos âmes. Nous vous apprendrons donc que les âmes heureuses fréquentent avec nous, ont soing de nous, se plaisent avec nous , etc. »
« L'orateur prétend que ces deux saints , patrons de Besançon, apparaissent et font chaque nuit y en forme de flambeaux , le tour de cette ville lorsqu'elle est menacée d'une camisade "^ ou de quelqu'autre danger : « chose, dit-il, qui advient toujours sans manquer, et y a autant de (esmoins de cette vérité qu'il y a de citoyens en ycelle ville. »
Gamisadc Tcut dire attaque soudaine faite à la pointe du jour ou pendant la nuit. »
Pierre Dyvollé, dominicain, dans «es sermons pour le carême , prêches à Chartres et imprimés à Paris, GuilL Chaudière, 1596, ên-S**, parlant de la vénération due aux images des saints, raconte, p. 55 (d'après Sozomène, Eccl. hist., lib. V, çap. 20), que la fename, guérie du flux de sang par Tattouchement de la robe de J.-C. , « fist faire , en mémoire de ce bénéfice , une image de Nostre Seigneur , laquelle approchoit de sa semblance au plus près qu'elle peust, et la mist dessus la porte de sa maison : autour de laquelle les herbes qui croissoient estoient de telle verti. , qu'à l'attouchement d'ycelles toutes maladies estoient guaries. Ce qui monstre, ajoute le prédicateur , qu'il est très-bon et utile d'avoir des images, et y a plus de treize cents ans qu'on a escrit qu'il est bon d'en avoir, etc. » — Eusèbe, et beaucoup d'autres écrivains des premiers siècles de l'Eglise, ont parlé de cette statue de J.-C. (Voyez des détails assez étendus sur cet objet dans les Recherches sur la personne de J.-C, etc. Dijon, Vict. Lagier, 1819, in-8%p. 85-95.
Un prédicateur anglais riche, car il était pourvu d'un très-bon bénéfice , prêcha im jour, à Londres , sur le mépris des richesses et sur le désintéressement. C'est sans doute pour prouver qu'il était bien pénétré de ces vertus, qu'il avait fait placer à la porte de l'église un homme avec encre, plume et papier, proposant, à tous ceux qui en sor*
talent, de souscrire pour rimpression de ton ser-
mon.
Les Méthodistes , en Angleterre , ne sont quelquefois pas moins ridicules dans leurs sermons que nos anciens prédicateurs. Un auteur moderne raconte que l'un d'eux introduisit un jour dans son sermon une comparaison du Christianisme avec le pot-au-feu : « Le pot , dit-il , c'est l'Église qui renferme tout ; la viande, c'est la parole de Dieu dont Famé doit se nourrir chaque jour; le bouillon, c'est la grâce d'en haut , qui découle du ciel dans nos cœurs ; enfin les trois pieds de la marmite , c'est le symbole de la Sainte Trinité, base de tout l'édifice. »
Jean de Serez , prédicateur de Toulouse au XVP siècle, voyant le grand-hôpital de cette ville surchargé de malades, y fit un sermon sur la charité, dans lequel il dit qu'il avait appris que les habitants de Toulouse devaient faire un voyage, et qu'il les prévenait que, pour faire un bon et heureux voyage , comme il l'avait expérimenté lui^nmiême, il fallait d'abord se pourvoir d'un bon cheval, en prendre bien soin, voir s'il avait une bonne Utière, s'il mangeait bien son avoine , si la selle ne le blessait pas, et, en ce cas, faire panser ses plaies ; qu'au-, trement le cheval, quelque fort qu'il fût, laisserait?
le voyageur en chemin. « Eh bien! mes frères, continua-t-il , vous désirez tous faire le saint voyage de paradis; je vous ai appelés dans cet hôpital, afin de vous pourvoir chacun d'un bon cheval pour monter au ciel. Je vous réponds donc de la part de Dieu que si vous prenez chez vous un de ces pauvres , si tous les soirs vous voyez faire son lit, si vous êtes attentif à lui faire donner sa réfection et à faire panser ses playes , s'il en a , soyez bien certains que ce pauvre sera la monture qui vous fera arriver lestement et sans encombre en paradis. » Ce sermon produisit un tel effet , que chaque habitant demanda un pauvre pour le soigner, et même il y eut plus de demandeurs que de pauvres. (VoY. Catel , Mém. de t Histoire du Languedoc, liv. 2.)
Du temps du cardinal du Perron, il y avait encore des prédicateurs qui , parlant des saints , disaient Monseigneur S. Augustin, Monseigneur S. Ambroise, Monseigneur S. Hiérôme. Le cardinal en question, assistant un jour à un sermon d'un prédicateur qui employait à tout propos ces expressions honorifiques , dit : « On voit bien que nostre prédicateur n'a pas beaucoup de familiarité avec les Pères de l'Eglise, et qu'il les connoît très peu , puisqu'il leur donne encore du Monseigneur. »
Auparavant, on disait Monsieur saint Antoine,
^ Monsieur saint Ambroise, Monsieur saint Augustin,
en opposition aux luthériens qpii, dans le prin-
cipe et depuis, ont toujours dit : Antoine, Ambroise^ Augustin. — (Voyez les Observations de Ménage sur la Langue française. Paris, 1626, 2 vol. in-12, tom. n% p. 416-417.)
L'abbé Faydit , parlant d'un sermon du P. Arnoux, jésuite, sur la Passion, prêché devant la Cour de France , « qui , dit-il , commençoit à être fdrt polie et d'un goût délicat sous le feu roi Loui§ XIII, » raconte que l'on admira cette heureuse apostrophe de Torateur aux Juifs qui fouettoient J.-C. : « C'est rhoy qu'il faut fouetter , et non pas J.-C. qui est iiinocent. Il faut fouetter le mensonge et non pas la vérité. Il faut fouetter les hypocrites , les parjures, les calomniateurs , les vindicatifs , les idolâtres, les médisants, les superbes, les ambitieux, les ravisseurs du bien d'autriiy , les fomicateurs , etc. » — Cet abbé Faydit n'avait pas beaucoup de goût : on en peut juger par sa Télémacomanie ^ satire dégoûtante contre le chef-d'œuvre dé Fénélon, et par quelques épigrammes contre les sermons de Bossuet*. Dans l'une de ces impertinentes rimailleries , il exhorte l'aigle de Meaux à se taire, et à laisser parler en sa place l'ânesse de Balaam.
Croirait-on qu'un R. P. capucin s'avisa de faire Fapologie de Judas dans un de ses sermons ? C'est lé cardinal Mazarin lui-même qui a raconté la*
chose, et voici ses propres expressions : « Il n'y a si mauvaise cause qu'on ne puisse défendre , si peu que Ton soit éloquent. Je me souviens, par exemple, d'avoir entendu un prédicateur faire l'apologie de Judas , en représentant qu'il étoit intendant des finances et maître-d'hôtel de Jésus-Christ , et que, manquant de fonds pour la subsistance des apôtres, il pensa qu'en livrant son maître aux Juifs , c'étoit le vrai moyen de rétablir ses finances, et avec d'autant plus de raison , qu'il se croyoit très-sûr que son maître auroit le pouvoir de se tirer de leurs mains, puisqu'il s'étoit déjà tiré de plus méchants pas que celui-là. » (Voyez Pièces intéressantes, pai* La Place, tom. n, p. 298*)
On trouve dans un vieux Recueil de sermons^ intitulé: Anima fidetis, Lugduni, deVingle, 1499, fol.'Civ, recto, le passage suivant, tiré de la Feria secunda dominice secunde , sur l'obstination dans le péché. — « Iterum, dit l'orateur, assimilatur peccator obstinatus passeribus qui primo anno quum exeunt nidum, non audent intrare campanile; qtM^ndo campane pulsantur, timent motus campane. In secundo anno non timent can^ panas, sed intrant campanile; in tertio anno dum cam^ pana pulsatur, stant super eam et stercorisant. »
. M. de Harlai , archevêque de Rouen, de 1616 à 1651, prêchant dans une patoisse de cette ville pen-
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dant une mission , s'avisa de diviser* son sermon en Vingt-deux points. Un artisan n'eut pas plutôt entendu cette division qu'il sortit brusquement. Quelqu'un lui dit : Où allez-vous si vite? Il répondit : Je vais chercher mon bonnet de nuit, car je vois bien que nous coucherons ici. {Menagiana, tom. Il , p. 70.)
M. de Beaumanoir de Lavardin, évêque du Mans^ en 1649, ayant voulu prêcher une fois, resta court; de sorte qu'il fut obhgé de descendre de chaire. Peu après, il se fit peindre, et la maligne Madame de Sablé , voyant son portrait , s'écria : « Mon Dieu , comme il est ressemblant ! on dirait qu'il prêche. »
Un père capucin , appelé à prêcher le jour de la Transfiguration, montait dans la chaire; parvenu ûu-dessus de Tescalier , il fit un faux-pas et tomba , la tête en bas et les pieds en Tair, ce qui, d'après la simphcité du vêtement des capucins , le mit dans une position peu décente aux yeux de son auditoire. Heureusement il ne se fit aucun mal , remonta en chaire , et commença son sermon par le texte suivant : Nemini dixeritis visionem. Math. , xvn , v. 9. « Ne parlez à personne de ce que vous avez vu. » Ce texte , qui était celui de son sermon , mais qui semblait avoir été fait pour la circonstance, servit d'excuse à l'orateur, qui sut ainsi capter l'attention et les suffrages de ses auditeurs.
On sait que le comte de Saint-Germain, ministre de la guerre au commencement du règne de Louis XVI, a fait des changements et des réformes dans Fadministratiorl et la discipline militaire ; quelquesunes de ses opérations ont été louées, d'autres ont été vivement blâmées. Un jour, le P. Beauregard, célèbre prédicateur , prêchait son fameux sermon sur les mauvais livres, et jamais il ne le prêchait qu'on ne vît plusieurs de ses auditeurs venir déposer à ses pieds quelques-uns de ces instruments de corruption. Comme il rentrait chez lui après son sermon, un officier se présente et lui apporte un paquet de brochures enveloppé et ficelé : Mon Père, lui dit-il, votre éloquence persuasive m'a telleiriéiit touché , que je vous apporte tout ce qu'il y a de plus mauvais dans ma bibliothèque, en vous priant de détruire promptement par le feu ces écrits déteUtables. Le P. Beauregard félicite cet officier , et lui promet, en le reconduisant, qu'il va jeter au feu ces œuvres du Démon. A peine l'officier est' parti, que le bon Père va ouvrir le paquet pour exécuter sa promesse. Qu'y trouve-t-il? Un vingtaine d'exemplaires des nouveaux règlements militaires du ministre de la guerre, M. de Saint-Germain. H ne put s'empêcher de rire de cette épigramme d'un nouveau genre '.
* C'est ce même P. Beauregard qui , treize ans avant la révolution , prononça à Notre-Dame de Paris ces paroles prophétiques, qui firent tant de bruit dans le temps : « Oui, vos tera-'
ïl arriva à Turin, en 1780, un tour assez plaisant à la suite d'un sermon. Cétait en carême , vers le commencement de février, où les jours sont courts. Un prédicateur fort à la mode, qui prêchait un peu longuement , s'étendit un jour si bien sur son sujet {la Contrition), qu'il était nuit avant qu'il eût terminé son discours. A peine avait-il fini , qu'un des auditeurs élève la voix , et demande humblement à être entendu. On fait silence, et cet homme, avec un ton de véritable componction , déclare que le «ermon qu'il vient d'entendre a fait une telle impression sur lui misérable pécheur , qu'il a résolu de changer entièrement de vie ; et que, pour donner
pies , Seigneur , seront dépouilles et détruits , vos fêles abolies^ votre nom blasphémé, votre culte proscrit. Maïs qu'entends-je? Grand Dieu ! que Voîs-je?.... Aux saints cantiques qui faisaient retentir ces voûtes sacrées en votre honneur , succéderont des chants lubriques et profanes ! Et toi , divinité infâme du paga<« nisme, impudique Vénus, tu viendras ici même prendre audacieusement la place du Dieu vivant , t'asseoir sur le trône du Saint des saints , et recevoir l'encens coupable de tes nouveaux Adorateurs! » Ces paroles furent prononcées en 1776, et firent beaucoup crier contre l'orateur. Condorcet , dans une note de ion édition dès Pensées de Pascal , en 1776, le traita de ligueur et de fanatique. Cependant ce que le P. Beauregard avait prédit s'accomplît à la lettre en 1793-1794. Condorcet, proscrit et arrêté, s'empoisonna près de Paris, le 28 mars 1794, pour éviter l'échafaud. Quant au Père Beauregard, il s'exila et mourut en 1804, âgé de 73 ans, au château de Gronincq, ea Sbuabe > chez la princesse Sophie de Hohenlohe.
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une preuve de sa parfaite contrition, il va s'accuser publiquement de tous ses crimes. Il avoua donc hautement qu'étant avocat de profession , il avait abusé de la confiance de ses clients pour les tromper en vendant leurs intérêts à leurs parties adverses; qu'il avait souvent plaidé contre sa conscience , et soutenu effrontément des causes qu'il savsdt mauvaises; il s'accusa aussi d'avoir été mauvais fils, mauvais mari , mauvais, père. Et après avoir fait h longue énumération de toutes ses fautes , il condut par vouloir donner une preuve convaincante de la sincérité de son repentir en se nommant, et dit qu'il était l'avocat un tel, demeurant à tel endroit. Â peine ^ut-il achevé , qu'une autre Yoix s'écrie : « Qui ett cet infâme calomniateur? Ne l'écoutez pas ; c'est moi qui suis l'avocat un tel , et je ne suis point coupable des sottises que ce coquii^ vient de débiter. Qu'oà l'arrête! qu'on l'arrête! » Chacun se mit à rire; mais le mauvais plaisant avait pris la p(»te, et jaïnais on ne put découvrir qui il était.
Un bon curé francomtois , des environs de î)..., prêchant contre les blasphémateurs, quelque temps avant la révolution , débuta ainsi avec beaucoup d'onction : « Nom de Dieu , sacré nom de Dieu l comme on vous outrage ! . . . • »
Un autre curé, digne ecdésiastique, mais un pea
original, mort depuis quelques années à Besançon, prêcha en 1816, dans l'église Saint-Maurice, sur la Communion pascale : « Mes frères , dit-il , cette communion ne ressemble pas aux autres; elle a un caractère tout particulier ; c'est une lettre de change tirée à vue, et qui, passé le jour, est protestée avec amende et compte de retour. Or, savez- vous ce que c'est que compte de retour de Dieu?.... » Ici le prédicateur continua la comparaison , et épuisa toute la série des termes de banque et de protêt. Cela lui fut d'autant plus facile, qu'il était fils de banquier. — Nous tenons cette anecdote de M. W.».., témoin auriculaire.
Tout finit par la mort : finissons donc par-l'indication de quelques prédicateurs que cette implacable ennemie du genre humain a frappés à l'improviste dans la chaire même, au milieu de leurs saintes fonctions ; le cas est assez rare.
Pierre du Chatel ( Castellanus ) , célèbre prélat du XVI® siècle, né à Ârcrcn-Barrois (Haute-Marne), lecteur et bibliothécaire de François P' , évêque de Tulle en 1539 , de Mâcon en 1544, grand-aumônier de France en 1548, enfin évêque d'Orléans en 1551, mourut le 2 février 1552 d'une attaque d'apoplexie qui le fi[*appa au milieu d'un sermon qu'il prêchait à Mâcon.
M. l'abbé Bredart est mort en prêchant à Saint- Omer en avril 1824.
M. Fabbé Papillon est également mort en cbairt à Londres en août 1824.
M. Fabbé Paris , né en 1757 , curé de la prindpale paroisse du Havre , préchant sur la mcn*t , le dimanche 27 août 1826 , a été frappé subitement d^un coup de sang ; il n'a eu que le temps de dire : « Je me trouve mal , mes frères , » ^ ^ est tombé sans vie sur le bord de la chaire.
FIN DES ANECDOIES ET DES SXTBIIIS.