‹ Predicatoriana ou révélations singulières et amusantes sur les PrédicateursChapitre 10 sur 74 · EXTRAITS DES SERMONS DE MARINI · texte numérisé non relu

EXTRAITS DES SERMONS DE MARINI

Pierre Marini , religieux augustin , confesseur et prédicateur du roi René d'Anjou , comte de Provence 1 , fut évêque de Glandève en 1447 ; il mourut en 1467 (et non en 1487 , comme le dit l'historien Honoré Bouche ) , et laissa la réputation d'un bon prédicateur , sans être exempt des défauts que l’on reproche à ceux de son siècle. Il suffit, pour s’en convaincre , de lire un de ses sermons, dans lequel exposant la vie du patriarche Abraham, il se livre à une digression et rapporte un conte aussi ridicule que déplacé, dans l’intention de corriger les habitants d’Aix, qui, dans leurs propositions de mariage, employaient des courtiers peu dignes de leur confiance; dans ce temps-là, les courtiers, les gens

• René d’Anjoü,. afrière-petit-fils du roi Jean , et roi titulaire de Sicile et de Jérusalem , naquit , au château d’Angers , le 16 janvier 1409, de Louis II duc d’Anjou et d’Yolande fille du roi d’Aragon. Tl mourut â Aix le 10 juillet 1480. « Il fut dit M. de Villeneuve-Bargemont son historien, du » nombre des princes dont la mémoire a survécu à leurs bien- » faits , et dont le nom est devenu , en quelque sorte , le syno- « nyme de la bonté la plus touchante. »

d’affaires, ainsi que les médecins, étaient presque tous juifs. Le prédicateur , après avoir loué la manière dont le patriarche s’v prit pour marier son fils Isaac, en se confiant au plus fidèle de ses serviteurs, dit : « Non voluithoc committere extraneoet ignoto nec homini nichili quemadmodum fit hodiè, quia matrimonia tractantur niedio judæorum corrateriorum ( courtiers ) miserorum et pauperum qui pro uno floreno millesies (sic) mentiuntur.... Quidam rusticus cùm vellet maritari , dixit corratcrio , ut eum laudaret et bona sua plus exaltaret ; clinique mulier quaesivisset dicto rustico quæ bona haberet , respondit : habeo unam dominiculam et unum agellum et quamdam parvam vineam. Tune mediator ait : dominiculam, imô domum magnant,' vineam amplam , agrum magnum et fertilcm. Cùmque mulier rogaret virurn quôd non deciperet eam, sed vellet sibi dicerean haberet infirmitatem , tune ille respondit quôd nullam sentiebat sc liabere infirmitatem, nisi quia modicum erat tignosus vel rascassus. Cui ait mediator ; imô compater, estis totus tignosus usque ad anres et estis totus leprosus. Quo audito, mulier eum refutavit. Tune rusticus ille aitcompatri suo quôd inalèfecisset;ille ait : compater, feci quod jussisti , mihi dixisti ut semper plus dicerem. » Dans 1 histoire de René d’Anjou , comte de Provence, par M. de Villeneuve, Paris, 1825, 3 vol. i»-80, tom. in, p. 29 f , cette historiette est ainsi rendue en français : « l)ne personne de cette ville ayant voulu charger de cette délicate mission

( demande de mariage ) un de ce» homme» juifs qui mentent mille foi» pour un florin , lui recommanda pardessus tout , s’il lui arrivait d’être questionné sur la fortune et les qualités du demandeur , de répondre d’aprè» ce qu’il apprendrait de la future, en enchérissant toujours sur elle. Ainsi le père de la demoiselle ayant dit à l'envoyé, ma fdle possède une petite maison et une vigne de peu d’étendue. — Le futur , répond le Juif, a en propriété une belle et vaste demeure , une vigne très-productive et un champ aussi considérable que fertile. Après quelques exagérations du même genre, la fiancée, reprend le. père, est atteinte d’une maladie de peau assez dégoûtante. — Qu’à cela ne tienne, s’écrie alors l'habile négociateur , celui que je vous propose est teigneux jusqu’aux oreilles, et il est en même temps couvert de lèpre. » Cette historiette prouve l’extrême simplicité du siècle où vivait Marini.

Dans un autre sermon sur les devoirs des femmes, dont le texte est pris de l'épitre aux Galates : Abraham duos film habuit , umm ex ancillà , unum de liberà ; il appuie fortement sur l’obligation où est une femme adultère, de réparer les suites de sa faute, en l’avouant à son mari. Il donne une décision effrayante par sa rigueur et par les inconvénients qui peuvent en résulter. Après avoir examiné cette questionsous ses différents points de vue , il conclut en ces termes : « Et sic, salvo meliore judicio, dico qmd meliùs est quod mulier perdat suam famam quùm suam animam, et poslea talem contrilionem Itabeat et

tnlem pcenitenliam agat , qucc posait super se divinam prowcare misericordiam. » Dans ce sermon, il parle avec beaucoup de détails de toutes les manières dont on peut pécher contre le sixième précepte , depuis la simple fornication jusqu’au commerce charnel avec les démons. Il prêcha ce sermon le matin dans l'église de St-Sauveur d’Aix : le soir il prêcha, dans une autre église, un autre sermon où il prit le même texte , mais qui avait pour objet la nécessité de préférer l’honnête à 1 utile. Il y cite beaucoup les Offices de Cicéron, et parle peut-être avec trop de détail des devoirs des femmes à cet égard , et de l’obligation où elles sont de ne pas s’écarter de cette règle austère. À l’occasion des femmes qui ont préféré l’honneur à la vie, il rapporte l’exemple d’une dame de la maison deGrimaldi,qui, à la prise d’une ville, craignant qu’on ne fit violence à ses filles , leur couvrit le sein de morceaux de viande fétide ; trait tiré de l’histoire de Lombardie, livre qu’il n’a pas à présent , dit-il , parce qu’il l’a laissé dans son couvent.

Ce bon Marini était quelquefois d’une crédulité excessive ; souvent il raconte des faits absurdes qu’il dit avoir appris de gens dignes de foi : par exemple, il parle de la révélation faite à saint Eucher , Evêque d’Orléans, sur la damnation de Charles Martel , et du serpent trouvé dans son tombeau en punition de ce qu’il s’était emparé desdixmes et des autres biens ecclésiastiques. Le premier monument qui parle de cette révélation est une lettre que l’archevêque

Ilinciuar écrivit en 858 à Louis le Germanique, au nom des Evêques des provinces de Reims et de Rouen ; mais une circonstance qui ne s’y trouve pas, c'est qu’un saint évêque étant sur les bords du Rhône, vit un vaisseau rempli de démons noirs qui descendaient le fleuve; il leur demanda où ils allaient : ils lui répondirent qu’ils portaient en enfer lame de Charles Martel, quia décimas Kcclesiœ sibi concessas pra e.rpulsionc Sarracenorum , restituere noluerat.

Peu après le prédicateur raconte une histoire de revenants. U n certa in Landgra ve promit un bénéfice, ou un don , Beneficium , à un nécromancien, s’il lui faisait avoir une conversation avec lame de son père : ce j>ere était mort sans avoir dit à son fils l’endroit où il avait caché un trésor fruit de ses rapines et de ses extorsions. En effet le père apparut au fils dans un puits profond où il était tourmenté avec ses ancêtres, qui avaient été aussi méchants que lui, et la même voix lui dit qu’il y était attendu. Après avoir rapporté cet exemple et plusieurs autres punitions de princes injustes et impies, le prédicateur, pour engager les rois à être justes , n’oublie pas de citer Trajan qui fut retiré de l’enfer, dit-il, par les prières du pape saint Grégoire. Il cite cet exemple dans plusieurs de ses serinons.

Dans le sermon sur les péchés capitaux , Marini , parlant de la paresse , insiste beaucoup sur l’obligation où sont les prêtres et les religieux de réciter distinctement toutes les parties de leur office. Il dit qu’un démon est chargé de marquer tous les versets,

tous les mots et toutes les syllabes qu’ils omettent. Ce démon s’appelle Tcstillus. Quia tanlillum de psalmix et horis non polest omitli quin ab hoc dœmone scribatur. Plusieurs saints religieux ont vu ce démon portant des feuilles très-rcmplies. Il cite l'exemple d'un religieux qui n’avait jamais ri. Un jour pendant que les frères récitaient l’office, ce religieux s’approcha d'une fenêtre, et tout à coup il s’en retira en riant à gorge déployée. Après l'office on lui demanda de quoi il avait ri ; il répondit qu’il avait vu le démon Tintillus qui , après avoir rempli sa feuille de. tout ce que les Frères avaient omis en récitant l'office, avait déchiré le parchemin en le tirant avec les dents pour l’alonger , et , dans cette opération , s'était violemment frappé le derrière de la tête contre un pilier ; l’impatience de ce diable l’avait fait éclater de rire. Marini ajoute que saint Augustin rencontra Tintillus qui portait plusieurs feuilles remplies d’écriture ; il lui demanda ce qu’elles contenaient : Ce sont, répondit-il, Jps complies que vous n'avez pas récitées un tel jour , parce que vous étiez occupé d affaires importantes du monastère; sur quoi saint Augustin lui dit d attendre un moment , et devant lui il récita les compiles; après quoi le diable s’en alla tout triste en lui disant : Vous m'avez attrappé ‘.

1 Le diable Tintillus a dû avoir beaucoup de besogne dans le iv ne siècle, surtout vers la fin de ce siècle ét au commencement du xix*. On raconte que l’abbé de Yoiscnon , qui joignait,

Le sermon de Marini pour le samedi de la' Passion est fort singulier ; il prend pour teste l’ordre que donna Isttac à son fils Esaü de lui faire manger de sa chasse. Là dessus il entre dans un grand détail sur les différentes manières dont on peut chasser et pécher 1 . Il compte jusqu’à dix chasses ou pèches

«lit-on , les terreurs religieuses à la plus grande dissipation , faisait dire son bréviaire par son domestique. Quant à l'abbc Alari , académicien , disciple de l'abbé de Longuerue, et dont d’Alembert a fait l’éloge , on ne peut assurer qu’il dît lui-même son bréviaire , car jamais on ne le surprit occupé à ce pieux exercice ; mais on vérifia qu’il avait toujours sur sa table un bréviaire fort bien doré , dont les feuillets étaient très-propres quoiqu’il le possédât depuis longues années , mais dont la marque se trouvait toujours placée exactement à la «kte du jour.

* Le goût «le la chasse était si répandu dans le siècle de Marini , que les ouvrages même de dévotion et les sermons étaient remplis de termes , d’images et de métaphores empruntés de cet exercice. Louis XI , qui régnaitalors en France , fut celui de uos rois qui porta le plus loin le goût du plaisir de la chasse. Malgré sou cconàmie , il dépensait des sommes énormes pour satisfaire cette passion. Ckude Seyssel , l’un de ses historiens , dit que « les défenses de chasses dont il se délectait , étaient si âpres et si sévères qu’il était plus réiuissible de tuer un homme qu’un cerf ou un sanglier. »

A propos de cerf, nous citerons nn passage assez singulier tiré de la V incric royale , par Messire Robert de Salnore. Paris, 1665, in-d°, chap. 1" : « S’il est vrai , dit l’auteur, que » le Créateur a assujelty au premier des hommes les animaux ■j pour sou divertissement , comme au plus accomply de toute la » nature , le mcsmc Dieu qui nous a donné des roys , leur a » justement réservé le cerf, comme la plus parfaite et la plus

différente*. Il donne à chacune un sens moral sur la manière de corriger les vices, et entre dans de grands détails à ce sujet. Par tout ce qu’il dit sur la chasse, il ne paraît pas qu’alors on y employât les armes à feu. On sait que les arquebuses furent perfectionnées en 1554 par M. Dandelot, général de l’infanterie française , et qu'à cette époque l’usage s’en introduisit pour la première fois à la chasse. (Voyez Brantôme , Capit. fronçai* , toin. tv, p. 290.) Parmi les différentes manières de prendre les oiseaux, Marini compte la chasse qui se fait avec une chouette; mais ce qui paraît singulier , il ne savait pas comment cet oiseau s’appelait en français. Il ne le désigne que par le mot latin nocltta et par le mot provençal machouelto. Il laisse en blanc le nom français : « Tertia venatio est quœ fit mediante noctuà quœ vulgariler apud

Provinciales machouetta dicitur, apud verb Galtos »

Il y a , dit-il , une manière de prendre les singes : c’est de se mettre à portée des arbres où ils se tiennent ordinairement; là le chasseur assis à terre se revêt d’un vêtement qu’il a apporté avec lui ; il lie ses jambes avec une courroie. Il demeure en cet état

a agréable de toutes les bcstes , afin que le plaisir en fût autant » précieux à ces monarques qu’ils ont sur nous uu légitime a»* » Cendant; aussi est-ce le divertissement qu’ils se réservent sans » contredit et en disposent absolument chacun dans son bu- » meur. » (Je dois la communication de cè passage à l’obligeance deM. Gat... Dupl...., très-versé dans la couuaissance des livres rares et curieux ).

pendant quelque temps ; ensuite il ôte son vêtement et délie s es jambes. Il laisse sur les lieux l'habit et la courroie et se retire à l’écart derrière des broussailles. Bientôt après quelque singe ne manque pas d’arriver. Il veut en tout imiter le chasseur ; il endosse l'habit , et se sert de la courroie pour lier ses pattes de derrière avec celles de devant. Le chasseur ne lui donne pas le temps de les délier ; il accourt et prend le singe. « Quarta venatio est singiorum (sic) et simiarum quœ fit per excmplum et imilationem , etc. »

Marini , si fécond en anecdotes fort singulières , mettait à contribution les historiens profanes et les poètes ; on trouve dans un de ses sermons une citation de 18 vers du Remède d'amour d’Ovide.

Dans celui qu'il prêcha le jour des Rameaux il entre dans des détails sur les devoirs des princes. Il veut qu’ils rendent leurs peuples heureux, qu’ils ne les accablent pas d’impôts , qu’ils étudient la loi de Dieu tous les jours de leur vie; il rapporte l’exemple du roi Robert d’Anjou et de son fils Charles Martel. Il cite Charlemagne qui , chaque jour , lisait quelques chapitres de la Cité de Dieu de saint Augustin. Les rois du temps où nous sommes, ajoute-t-il, ne font pas ainsi , non sic faciunt multi reges moderni. Ils préfèrent des livres pleins d’amour , de vanité et de mensonge, tels que les romans d’Artus et de Lancelot, qui portent plutôt leur esprit à l’impudicité qu’à la dévotion, qui potiùs ad vanitatem, lasciviam et superstitionem menton incitant quùm ad devolionem. C était une

petite leçon à René d'Anjou, qui non-seulement lisait des romans, mais même en faisait.

L'ignorance et la crédulité étaient l'apanage de la noblesse du temps de Marini, si l'on en juge par un fait cité dans l’un de ses sermons : « Pendant que j’étais à Angers, dit-il, à la suite du roi René, j'allai voir un vivier que ce prince avait fait construire, et auprès duquel était une grande quantité d'oiseaux. J’en aperçus un qui ressemblait à un merle, et qui avait autour du cou des plumes blanches et noires, disposées en cercle. Comme je demandais à des gentilshommes de la suite du Roi , quel était cet oiseau et d’où il venait , ils me réjumdirent que cette espèce provenait des feuilles d’arbres qui tombaient dans l’eau et se changeaient en oiseaux. » On serait tenté de croire que ces gentilshommes voulaient se moquer de lui ; mais on sait que cette absurdité de feuilles converties en oiseaux a été dite et écrite plus d'une fois. Marini appuie même cette opinion et dit qu'il a lu dans le livre de Propriclatibut rerum, qu’en Ecosse, il v a sur les bords d’une fontaine des arbres dont les fruits ressemblent à des oiseaux; que ces fruits, lorsqu'ils sont murs, tombent dans l’eau et sont changés en oiseaux , « et mox in aves volantes vertuntur, et hoc ita esse à multis fide dignis audivi. »

Panni les sermons de Marini , il y en a un sur l’Eucharistie dans lequel il fait mention de la fête particulière établie en l'honneur du Saint-Sacrement (la fête-Dieu), et qui a été instituée, en 126i, par

le Pape Urbain IV. Cette fête, se célébrait alors en Provence depuis un siècle environ, comme dans le reste de la catholicité ; mais l'établissement de la procession n’était pas fort ancien , et Marini raconte ainsi comment on y ajouta un spectacle où les diables jouent un grand rôle, ce qui rendit cette procession très-célèbre. « Cùm sa ne ta Ecclesia , dit le prédicateur, dccrevisset ut in festo corporis Christi sanctissimum Sacramentum pervicoset civitates solemniter ferretur, Kex inclytissimus sacras connrdias instituit ; quas sacras jùstè appellamus etsi dæmones intersint. >> On voit dans la marche de cette procession à Aix, deux jeux sacrés où les diables interviennent. Le premier représente le roi llérode qui ordonne le massacre des Innocents ; les diables l'entourent au nombre de huit. Le second représente Lame chrétienne sous la figure d’un jeune homme qui tient une croix soutenue par un ange : les diables tournent autour et frappent sur les épaules de l'ange. Les personnages qui composent les farces pieuses de la procession d'Aix, ont la tète absolument couverte par un masque de théâtre, fait grossièrement, mais semblable pour la forme à ceux des Anciens nommés larvœ scenicœ 1 .

1 Tous les détails de cette fête sont consignes dans un petit volume curieux et assez rare , intitulé : Explication des cérémonies de la Eétc-Dieu d'stix en Provence , orner, de Ji pures , etc. Aix, Esprit David, 1767, in- 12 de 220 pag. , avec le portrait de René , 12 planches et musique.

Ce que nous venons d'extraire des sermons de Marini , suffit pour prouver le goût du siècle où il a vécu. Il écrit avec assez de facilité, et son latin est un peu moins barbare que celui des prédicateurs de son temps. Ses sermons forment deux volumes qui appartenaient à M. Fauris de Saint-Vincent. Le premier contient les sermons que l'auteur avait prêché» à Padoue ; et le second , ceux qu’il a précbés dans la cathédrale d'Aix, en présence du roi René. M. Fauris a donné sur Marini et sur ses sermons une bonne notice , où nous avons puisé pour la rédaction de cet article.

ANECDOTES

Jean Perrot fut aussi confesseur de René d’Anjou, et son ambassadeur à Rome ; il prêcha un jour ( le 15 avril 1470) , à l’occasion de la translation d’une relique très-précieuse, de la chapelle du château de René à Angers , dans l’église de la même ville , où elle devait rester. Cette relique était un morceau de bois de la vraie croix , donné au Roi par le pape Paul II , et enchâssé dans un reliquaire de vermeil , du poids de 1 4 marcs. Voici ce que le vénérable Jean Perrot en dit dans le cours de son sermon : « Je puis » assurer que le Saint-Père a tenu ce morceau sacré » de bois d’olivier, plus d’un quart d’heure à la » flamme d’un cierge sans qu’il ait été endom- » magé 1 . »

* Nous trouvons à ce sujet un rapprochement curieux dans

Thomas Connecte, carme breton, qui a été brûlé comme hérétique à Rome l'an 1431-, était un célèbre prédicateur qui déclamait avec beaucoup de force contre le déréglement du clergé et contre le luxe des femmes, surtout contre un ornement de tète qu’elles appelaient hennins , et qui consistait dans une garniture fort exhaussée, ayant de chaque côté de grandes et larges oreilles en forme decornes, qui les obligeaient à se baisser en entrant par une porte ordinaire. La presse était considérable aux sermons de Connecte. Souvent le nombre de ses auditeurs ne pouvant se renfermer dans les plus vastes églises, il faisait dresser un échafaud sur une place publique; on l'entourait d’une tapisserie, et on y dressait un autel sur lequel Thomas disait la messe avant son sermon, l’aradin dans ses Annale » de llmirgoyne , en parle ainsi : « Il faisait son prêche fort long et prolixe , faisant grandes diversions contre les vices de tous états. Il se déclara surtout contre les hennins ou cornes des dames; aussi dispa-

l’ouvrage intitulé : Essai sur Vclahlissemcnt monarchique de Louis XIV, précédé de nom-eaux ,Venu>ires de Dangeau , etc. Paris. 1818, in-8°. L’auteur, parlant de l’abbé Bourdelot , mort le 8 février 1Ü85, cite, p. 12 et 13, le fait suivant : « L’abbé Bourdelot était en tiers avec RI. te Prince et avec la fa- » meuse princesse Palatine , amie intime de ce dernier , lorsn qu'ils essayèrent ensemble de brûler un morceau de la vraie » croix , sans pouvoir en venir à bout. Ce prodige frappa fort » la princesse »

raissaient-elles de tous les endroits où il passait. Mais, ajoute le même Paradin, les dames firent comme les limaçons, lesquels , quand ils entendent quelque bruit , retirent et resserrent tout bellement leurscornes; mais, le bruit passé, les relèvent soudain plus que devant. Ainsi firent les dames, car les hennins ne furent jamais plus pompeux et su perl>e8 qu’après le parlement de frère Thomas. » Ce prédicateur s’éleva contre les désordres du clergé de son temps, en termes si inconvenants que nous rougirions de les rapporter.

St.-Jean de Capistran, religieux de l’ordre de St.- François, était originaire d’Anjou et d'une noble famille qui s’était établie au royaume de Naples, où il est né dans l'Abbruzze en 1386 ; le Pape l’envoya en Allemagne et en Grèce, pour y prêcher la croisade contre les Turcs : il commença sa mission en Bohême contre les Hussites; puis ayant suivi le brave Iluniade en Hongrie , il le seconda de telle sorte par son éloquence, qu’il eut bonne part aux victoires que les chrétiens remportèrent sur les infidèles, surtout à la fameuse journée de Belgrade ‘en 1 456. « Il prêchait , selon Bayle , quatre ans auparavant, à Nuremberg , où il fit dresser une chaire au milieu de la grande place. Il parla avec tant de force contre le jeu que les habitants apportèrent sur cette place , dés , cartes , damiers , cornets , tables de jeu , en firent un tas et y mirent le feu. L’année suivante

s’étant rendu à Breslau, il y fit également main basse sur tous les instruments de jeux de hasard , exigeant qu'on les lui apportât à tas et à piles. Il prêchait deux heures en latin, après quoi son interprète expliquait son discours pendant le même temps en langue vulgaire. A l’égard de l'austérité de sa vie , c’est un fait constant; il n’avait jioint à craindre les plaisanteries que l’on emploie contre les prédicateurs gros et gras, qui exhortent à jeûner et à se mortifier , car c’était un petit homme sec et maigre qui n’avait que la peau et les os. » Mais un grave reproche qu’on peut lui faire , c’est d’avoir, dans ses missions, ajouté parfois au feudesonéloquencc la flamme des bûchers, contre les juifs et les hérétiques qui hésitaient à se convertir. 11 est mort en 1456, et a été canonisé en 1690.

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