‹ Predicatoriana ou révélations singulières et amusantes sur les PrédicateursChapitre 54 sur 74 · CHAPITRE XXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIV

Comment le précieux corps de Jésuchrist fut mis au sépulchre , apres avoir esté ensepveli.

Tantost après que le précieux corps de Jésuchrist fut descendu de la croix , sainct Jehan , Joseph d’Abarimathie, Nycodemus et Marie Magdaleine s’apprestèrent à l’ensepvelir en présence de la glorieuse Vierge Marie, laquelle le signa 1 et le bénit en leur disant : « Enveloppez-le au nom de Dieu ainsi que vous vouldrez. »

Adonc Joseph et Nycodemus enveloppèrent le précieux corps seullement depuis les espaules jusquesaux cuisses, car la desconfortée tenoit tousjours le chief et les es-

x C’est-è-dire fit le signe de la croix.

pa'ules en son giron , pour les envelopper ellc-mesme ; et Marie Magdaleine tenoil les cuisses et les pieds , et quand Joseph et Nycodemtis curent enveloppé le nteilicu, Marie Magdaleine leur dit : <i Je veulx envelopper les pieds par lesquels m’ont esté mes péchez pardonnez. »

' Et les regardoit piteusement comme ilz étoient percez des doux, fendus, crevez et trempez de sang et les lavoit de ses larmes piteuses. Elles les avoit aultrefois lavez des larmes de contrition; et après les essuya doulcement de ses cheveux, et les enveloppa le mieulx qu’elle peut. Et restoit le chicf et les espaules que sa doulce mère tenoit en son giron , et tous la regardoient et ne luy osoient dire pour la grande peine où ilz la veoientet ne l’osoient requérir de parfaire ledemourant. Lors elle voyant qu’elle ne povoit plus esloigner , mist son visaige dessus celuy de son chier enfant, piteusement l’arrousa de ses larmes , le baisa sur la bouche et luy enveloppa le chief et les espaules, et le benLst. Ainsi fut le corps de Jésus ensevely , et ne failoit plus que le mettre au sépuchre.

Or avoit près du lieu où Jésus avoit esté crucifié , ung jardin appartenant à Joseph d’Abarimathie auquel il avoit faict tailler son sépulchre de pierre neufve auquel personne n’avoit esté mis. En cestuy sépulchre mirent le corps de Jésuchrist , et en le portant la glorieuse Vierge Marie soustenoit le chicf, et Marie Magdaleine les pieds, et les aultresportoient le corps plorant tendrement. Quant il fut au sépulchre, sa désolée mère le regardoit, et pour le toucher se baissoit'si bas que à peu elle ne tomboit dedans, tant que Joseph et Nycodemus la relevèrent , puis mirent dessus le sépulchre une si grosse pierre qu’à peine troys hommes l’eussent peu lever. Et quant la Vierge Marie voit que luy estoit

du tout osté et qu'elle ne le povoit plus veoir , il n’est entendement qui peut dire la douleur qu'elle avoit et ne savoit plus à qui se complaindre. Puis en grant douleur et tristesse elle dit à ceulx qui estoient là avec elle : « Orçà , amys , ayez pitié de moy et me aydez à bster ceste pierre, etm’enclouez avec mon enfant. » Des piteux regrets que faisoit la benoiste Vierge Marie, furent esmeuz les cueurs de ceux qui là estoient à plorer, tant qu’ils ne sça voient que faire ne que dire, et s’assirent tous contre le sépulchre , et Joseph dit : « Chière dame , s’il vous plaist , nous irons en Hiérusalem pour le mieulx , car nous ne faisons rien ici. # Adonc la glorieuse dame le remercia disant : « Ce que Jehan vouldra volunliers je feray , car mon enfant m’a à luy baillée en garde. » Et sainct Jehan dit : « Dame , ce seroit honte à nous d’attendre icy la nuyet ; pour ce il vault mieux nous en aller au mont de Syon en la maison oit soupa nostre Maistre. » La Vierge Marie et sainct Jehan allèrent ensemble, et chacun des aultres s’en alla en son hostel.

Depuis lors la saincte Vierge Marie demoura à Hiérusalem dans la maison de sainct Jehan évangéliste près du mont d’Olivet , lequel sainct Jehan en print soin comme de sa propre mère ; et se trouvoit parfois la glorieuse Vierge avec les apostres comme en l’ascension de son divin Fils, ou bien dans le cénacle où ils estoiént réunis quant le Sainct-Esperit descendant en langues de feu vint les enluminer ; ainsi vescut la glorieuse Vierge Marie jusque à son trespassement merveilleux qui advint par après comme on le verra en suivant.

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