‹ Predicatoriana ou révélations singulières et amusantes sur les PrédicateursChapitre 6 sur 74 · EXTRAITS .DES SERMONS DE S. VINCENT FERR1ER · texte numérisé non relu

EXTRAITS .DES SERMONS DE S. VINCENT FERR1ER

L un tles plus anciens prédicateurs qui vont nous fournir quelques extraits de sermons assez singuliers, r est Vincent Ferricr, religieux dominicain , que ses vertus chrétiennes, ses talents et ses rares qualités ont rendu l’homme le plus remarquable et le plus respecté de son siècle. Né à Valence (Espagne) en 1357 , il est mort à Vannes (France , Morbihan) le 5 avril 1415 , et a été canonisé par Calixte III le 8 octobre 1455.11 a toujours mené une vie très-austère; jamais il ne faisait gras; il jeûnait tous les jours,

1 Environ cent soixante ans après , les honoraires des prédicateurs étaient plus considérables il la Cour de France; nous voyons par b s Mémoires de Dnngeau , sous la date du 25 décembre 1714 , que Louis \1V donnait a son prédicateur de l’Avent la somme de quinze cents livres, et à celui qui prêchait le Carême la somme de 3000 lir.

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excepté le dimanche ; il ne prenait le mercredi et le vendredi que du pain et de l'eau pour toute nourriture. Zélé missionnaire, il a prêché dans la plupart des Etats de l'Europe , en Espagne , en France, en Italie , en Angleterre , en Ecosse et en Irlande. Les monarques chrétiens se disputaient à l’envi la satisfaction de posséder un homme si célèbre par sa doctrine et par sa piété. Outre une vaste érudition , une rare éloquence et le don de parler plusieurs langues, il avait un bel organe et s'énonçait avec une clarté et une facilité merveilleuses. Etant, en France, il reçut une députation du duc de Bretagne, Jean V , qui le priait de venir faire une mission dans son duché. Il y consentit , et se rendant à Vannes , il était encore à une lieue delà ville, cheminant modestement, lorsqu’il aperçut l’évêque avec son clergé, le duc , la duchesse, accompagnés des magistrats et du peuple qui venaient au-devant de lui ; on le porta en triomphe. Il se rendit aussi à Dijon sur l’invitation du duc de Bourgogne. Voici cc qu’en dit l’abbé Chenevet , dans V Almanach de Bourgogne de 1778, p. 243 : « Le duc Jean -sans-peur et sa Cour désirèrent entendre Vincent Ferrier , qui vint à Dijon. Il y eut beaucoup de succès. S’étant engage à prêcher dans l’église des Chartreux le 18 juillet 1417 , la duchesse et les princesses Marie, Catherine et Agnès , firent élever une loge en bois en dehors , laquelle communiquait à l’église, pour se procurer la satisfaction de l’entendre, sans enfreindre les statuts de I Ordre qui défendaient expressément à toute femme l’entrée du couvent. »

Quoique Vincent Ferrier fût un grand prédicateur , il n’en a pas moins cédé au torrent du siècle, en faisant parfois dans ses sermons des applications singulières et en employant des images bizarres et des comparaisons burlesques. Voici quelques passages de son sermon du premier jeudi de carême, relatif à la guérison du domestique du centenier ; tout y est présenté en détail sous l’allégorie de la médecine , telle qu'elle s’exerçait alors. Ce sermon est en latin , voici la traduction du passage :

« II est descendu du paradis ce céleste médecin , ( Jésus-Christ ) , pour rendre aux pécheurs la santé de l’ame. Cette matière est bien subtile , c’est pourquoi j'emprunterai l image du médecin ordinaire ; le médecin emploie sept moyens pour découvrir les maladies du corps et pour en opérer la guérison : 1" l'inspection du visage , faciès inspieilur ; 2° il tâte le pouls, puisas tangitur; 3° il examine les urines, urina ultenditvr; 4° il prescrit la diète, diœla prœscribitur ; 5" il humecte par des syrops , sirupns immillitur; 0° il donne des purgatifs , purgatio (ribuitur; 7° il fait prendre une bonne nourriture , refcctio conceditw. » De ces sept moyens traités d’une manière assez originale, le troisième est le plus singulier, c'est celui qui regarde les urines. « Confessio, dit Ferrier, est sicut minute in quo urina peccaforis al> inleriore existais ostenditur confessori , et ibi infirmitales anima; cognoscuntur. Deux choses sont remarquables dans le vase où les urines du malade sont contenues : la première est qu'il doit être transparent; de même il faut déclarer nettement ses péchés ;

reijuiritur quod urinale sit clarum , ila clarè confUeantnt peccaia sua. Nous condamnons ceux qui excusent ou qui accusent les autres 1 , ou qui déguisent leurs propres fautes; quelques-uns s’accusent des péchés qu’ils n’ont point commis, c’est mentir en confession. D’autres s’expriment en termes généraux, et les péchés qu’ils déclarent ainsi ne peuvent être suffisamment connus du confesseur. La deuxième chose à remarquer, c’est que le vase des urines doit être bouché, quod os urinalis sit clausum. »

Le cinquième moyen a rapport au syrop : « Le svrop , dit Ferrier , que l’on fait prendre aux malades dans le rhume et les fluxions de poitrine, donne entrée au cinquième point; c’est là le symbole des douceurs que l’on goûte à l’oraison. Ne serait-on pas bien flatté si l’on pouvait parler une heure au Roi ou au Pape? or c’est avec Dieu que l’on s’entretient dans la prière; on prend le syrop soir et matin, chaque prise a sa dose réglée; telle doit être la prière. On y vaque au commencement et à la fin de la journée;

1 Ceci rappelle ce que dit le P. Chauvaud dans son traité de F Accusation correcte du i ray pénitent.... Chartres, 1676, in-12. Selon lui , « il y a quatre espèces de pénitents : le premier est ■> un idiot grossier qui ne dit rien , et auquel il faut arracher « les mots les uns après les autres ; le second est une line bête » qui ne dit pas assez; lé troisième est une impitoyable bavarde » qui dit beaucoup trop et qui oublie de s’accuser en accusant » les autres ; enfin le quatrième parle et s'accuse ainsi qu’il “ doit le faire. » Toutes ccs belles choses sont contenues et délayées en quatre dialogues entre le confesseur et le pénitent.

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elle est Composée d’un certain nombre d’oraisons, de Pater , d’Âve, etc. Enfin on mêle le syrop avec de l’eau cbaude; il faut que la prière soit fervente, qu'elle soit accompagnée des larmes de la pénitence. »

Mais ce sermon est-il bien de S. Vincent Ferrier ? Dupin et Labbë ont observé que les sermons imprimés sous son nom ne j>euvent être de lui , puisque l’auteur lui-même y est cité. Nous dirons cependant que le si y le et les images employés par notre saint orateur ne sont pas très-relevés , comme le prouve ce passage de son traité de la Vie spirituelle, ou il parle de lui avec une excessive humilité , mais en termes impropres : « Toute ma vie, dit-il, ( cha- » pitre 16), n’est que puanteur; je ne suis qu in- » fection dans mon corps et dans mon aine ; tout » en moi exhale une odeur decorruption causée par » les abominations de mes péchés et de mes injus- » ticcs , et ce qui m'est encore pis, je sens cette » puanteur s'accroître en moi tous les jours et » devenir de plus en plus insupportable. » Celui qui fait un tel tableau de son humilité peut bien avoir tracé l’allégorie médicale tirée du sermon précédent.

Si nous élevons des doutes sur l’authenticité de ce sermon attribué à S. Vincent Ferrier, il nous semble que celui dont nous allons parler peut être l’objet de plus grands doutes encore. Ce sermon est relatif à la naissance de S. Jean-Baptiste, et le saint prédicateur y aurait inséré l'historiette suivante #

qui regarde le devoir que les epoux doivent se fendre réciproquement. Nous rapportons ce passage sur la foi de Lamonnove, qui en a égayé l’un des articles du Glossaire de ses noëls au mot Bralme. « Sainte Elizabeth , dit-il , conçut nonobstant sa » stérilité et sa vieillesse; l'histoire s’en voit au » premier chapitre de saint Luc; voici la broderie » qu’y a faite S. Vincent Ferrier , dans son sermon » de S. Jean-Baptiste. » ( Heureusement le texte est en latin. )

« Zacharias ergo veniens de oratione mutus , intravit donmm suam , et non potuit loqui uxori , nec petere debitum verbo, sed signis. Et admirans Elizabeth dicebat : hay, hay, hay, Domine, benedictus Deus, quid habetis? quid accidit vobis? niliil sciebat de annuntiatione angeli. Et Zacharias eepit cam inter brachia. Cogitate qualiter Elizabeth antiqua rrtirabatur ! Sed lmaliter videns voluntatem viri sui, consensit. Nota hic quod ex quo sunl in matrimonio, unus debet alteri consentire , sive sint juvenes, sive senes ; nec debet alter se excusare aliquâ fictà devotione , aliàs damnat se et alium. Ideô Apostolus ; ùxori vir debitum redial, sitniliter et uxor viro. Corinth. 1,7. — Nota hic de illà muliere devotâ quæ , quando vir exigebat debitum , semper inveniebat excusationes. Si in Dominicà : hay, sancta Mater Dei, hodiè quæ est dies resurrectionis Dorai ni, tultis talia facerc?Si die Lunæ, dicebat: hay, hodiè debet homo rogare pro mortuis. Si die Martis : hodiè Ecclesia facit pro Angelis. Si feria quarta :

hodiè Christus fuit venditus. Si feria quinta : hay , Domine, quia hodiè Christus ascendit in cœlum. Si feria sexta ; quia hodiè Christus fuit passus pro nobis. Si 'sabbatho : hodiè quæ est dies Virginia Mariæ , quia tali die iu ipsà solà remansit fides. Videns vir quod ipsa seinper inveniebat excusationes , vocavit anciilam , dicens : de sera venias ad me ut dormias mecum. Respondit : libenter,mi domine. Quod videns mulier, voluit se ponere in lecto; et vir noluit : non , domina , oretis pro nobis peccatoribus. Et nunquam ex tune voluit uxorem cognoscere, ita abhorrait eam , sed adamavit captivant. Ipsc peccalial morlaliter , et damnabal se ex culpâ uxoris 1 . Ideô sancta Elizabeth , licet esset devota , sancta et antiqua , ex quo requirebatur à vtro consensit , et concepit abeo. Transaetis tribus mensibus , venter intumuit; et dicebat ipsa : hay , misera , quid est hoc ? numquid essem hydropiea ? finaliter cognovit quod erat gravida. De hoc sancta Elizabeth multum vcrecundabatur , in tantum quod dicit Lucas quod occultavit se mensibus quinque. Cogito ego quod fecit sibi amplas hopulandas , sive vestes, utabsconderet partum , timens ne gentes dicerent : ecce, licet sit devota, tamen adhuc vacat libidini..-. » On peut dire que rien ne peint mieux l’ignorance générale et la

' On trouve , dans les Variétés sérieuses et amusantes de Sablier. Paris, 1769,4 vol. w-12, une histoire qui a beaucoup de rapport avec ctlle que raconte S. Vincent Ferrier; mais elle sc termine autrement, Vay. lom. III, p. 456-459. ■

grossièreté des mœurs du temps, que de pareilles balivernes débitées en chaire en présence d’un nombreux auditoire. Il est vrai que Vincent Ferrier prêchait dans les églises , dans les places publiques , dans les campagnes , partout où il espérait retirer des fruits de son zèle infatigable , et il savait toujours se mettre à la portée de son auditoire plus ou moins éclairé. Il est donc présumable que les deux extraits précédents ne sont pas tirés de ses sermons d’apparat , mais de quelques sermons ordinaires , de ces espèces de conférences familières , où la naïveté plaisante des détails faisait plus d’impression sur le peuple, pour réprimer ses vices. Au reste , c’était la mode du temps , comme nous aurons encore plus d’une occasion de le voir.

ANECDOTES

L’auteur d'un Vieux journal , écrit , j our par our, dans le xv siècle, par un bourgeois de Paris , témoin oculaire des événements, raconte « qu’un cordelier, » nommé frère Richart, fit de telles merveilles en » chaire, qu au sortir d’un de ses sermons, prêché, » le 25 avril 1429, sur le jeu et sur le luxe, on » alluma plus de cent feux par les rues, et les » hommes y ardèrent 1 tables, tabliers », dez , » billes , billards , nurelis 1 et toutes choses à quoi

* Brûlèrent.

* Jeux de dames et d'échecs.

' Nous n’avons pu découvrir cette espèce de jeu

■a on pouvoit se livrer à jeux convoiteux ‘ ; et les » femmes y ardèrent devant tous, les atours de » leurs testes , comme bourreaux , truffaux , pièces » de cuir ou de baleine qu’elles mettoient en leurs » chaperons, leurs cornes, queues et grant foison » de leurs pompes.

» Et disoit ledict cordclier pour vray , que depuis » ung pou 1 * il estoit venu de Cirie 3 comme de » lliérusalem, et là rencontra plusieurs tourbes 4 » de Juifs qu’il interroga , et ils luy dirent pour vray » que Messias était né, lequel Messias leur devait » rendre leur héritaige, c'est assavoir la terre de » promission ; et s’en alloient vers Babylone à » tourbes. Et selon la Saincte Escripture , celui » Messias est Antéchrist , lequel doibt naistre en la » cité de Babylone qui jadis fut chef des royaulmes » des Persans , et doibt estre nourri en Bethsaaida » et converser en Corozaïm.

» Item , ledict frère Richart presclia le darrain 5 » sermon à Paris , le mardi , lendemain de sainct

« Il paraît que les cartes «'étaient pas encore communes en France à cette époque, puisqu'il n’en est pas question dans cette nomenclature de jeux; on sait cependant qu’elles sont antérieures au règue de Charles VI. Voy. les Recherches sur l'origine des caries à jouer, par G. P. , Dijon et Paris, 1826, m-8".

1 C’est-à-dire depuis peu.

3 Syrie.

4 Tourbes signifie troupes.

Darrain pour dernier.

» Marc, 26' jour dudict apvril 1429, et dict au » despartir que l’an qui «croit après , c’est assavoir » l’an trentiesme, on verroit les plus grandes mer- » veillesqueon eust oncques veües et que son inaistrc » frère Vincent 1 le tesmoigne selon l’Apocalypse » et les escriptures monsieur sainct Paul ; et aussy » le tesmoigne frère Bemart , ung des bons près* » cheurs du monde, qui, en icelluy temps, estoit » en prédication par de là les Alpes en Italie où il » avoit plus converti de peuples à dévocion, que » tous les prescheurs qui , depuis deux cents ans

» devant , y avoient prescbé »

Ce vieux récit prouve que le frère Ricliart avait du talent , puisqu'un de scs sermons a produit de si grands effets ; mais il faut faire aussi la part des circonstances : il prêchait à une époque féconde en malheureux événements (la division sanglante des Armagnacs et des Bourguignons) ; puis la crédulité populaire était fortement préoccupée de l’idée de la venue de l’Antéchrist et de la fin du monde que de» ch^rlafttns avaient fixée à l’a* 1430 ; il n’en fallait pas davantage pour disposer les fidèles à se rapprocher davantage de Dieu et à faire des actes publics de pénitence. Ainsi nous croyons que les feux expiatoires, allumés en 1429 dans les rues de Paris , ne

1 Ce frère Vincent est S. Vincent Ferrier, objet de l’article précédent; il n laissé parmi scs divers écrits un Traité de la fin. du Monde , et un autre sur les deux avènements de V Antéchrist. . ' .

sont pas dus exclusivement à l’éloquence de frère Richart.

Le fameux Savonarole 1 , jacobin , se mettait quelquefois si fort en colère contre les péchés du peuple, en prêchant , qu’il quittait soudainement la chaire sans finir son sermon. C’était un homme très-religieux , mais très-fougueux , très-enthousiaste. Il est mort bien misérablement , victime de son zèle à prêcher contre les scandales de la Cour d’Alexandre VI et à défendre la république de Florence ; il a été pendu et brûlé , en 1498 , avec deux autres jacobins, Dominique de Pescia et Silvestre de Florence.

11 prêchait avec une telle énergie et un tel succès , qu’après son sermon contre les mauvais livres, qu’il débita le 8 février 1497 , les Florentins apportèrent d eux-mêmes sur la place publique les Boccace , les Dante, les Pétrarque, et tout ce qu’ils avaient de tableaux licencieux et les brûlèrent dans un grand feu. Delà vient la rareté de la plupart des éditions de çes auteurs, publiées au xve siècle. Le Boccace

■ Des nombreux ouvrages de ce célèbre Italien, nous ne citerons que les suivants : Expositione et prcdichc sopra l'Exodo et ad altri dioersi proposai ; ultima mente composte et predicatc dal R. P. F. Hieronimo Savonarola. Venetia, 1515, in~A°. — Prcdichc del medesimo sopra Eiechiel. Bolonia, 1515, jn-4°. — On distingue encore parmi ses autres ouvrages le Triumphus crucis , Florent. , 1492, irofol.

(il Décerneront, Christofal Valdarfer, [ Venetiis ] , 1471, in- fol.), a été vendu, en 1812, à Londres, la somme de 52,000 fr. , 'et en 1819, celle de 23,000 fr.

Comme le supplice de Savonarole tenait plus à des intrigues qu’à l’hérésie, Flaminius, bon poète italien, fit à ce sujet l’épigramme suivante :

Dum fera Ranima tuos, Hieronyme, pascitur artus, Relligio sacras dilaniata comas Flevit et O ! dixit, crudeles parcite flammx ,

Parcite, sunt isto viscera nostra rogo.

Un religieux prêchant le jour de la fête de sainte Madeleine à Beauvais , appuya fortement sur le malheur des filles qui l’imitent dans ses désordres, sans vouloir lui ressembler dans sa pénitence. Il les exhorta toutes à faire dire des messes , les unes à la Vierge pour qu’elle les conservât dans leur état de pureté, et les autres à Madeleine pour qu’elle les retirât de leurs malheureuses inclinations. Quand il eut quitté la chaire , une fille l’aborda , et le pria de lui dire une messe. « Desquelles , dit-il , voulez-vous ; est-ce de celle de la Vierge ou de Madeleine ? — Belle demande , répondit-elle , c’est de la Vierge. — Mais prenez-y garde, ma chère, reprit-il. — Oh bien ! ajouta la bonne fille, après avoir un instant réfléchi , ajoutez-y un peu «le Madeleine. »

Un moine termina le cours de ses prédications

dans «ne petite ville par un sermon sur la même sainte Madeleine; et comme les habitants l’avaient bien régalé pendant son séjour, il cruj. devoir leur témoigner sa reconnaissance dans ce dernier sermon ; en conséquence il leur dit dans son exorde : « Vous v m avez bien traité , mes chers, frères , je veux vous ” le rendre ; c est Madeleine qui va faire les frais d« » repas : ses cheveux seront la nappe ; ses larmes , » l’eau ; et pour Bénédicité, disons Ave Maria. »

On prétend qu’un R. P. capucin, prêchant un jour de Pâques dans l’abbaye de Saint-Antoine , dit aux religieuses , moins sans doute, dans le but de les édifier que de faire sourire l’auditoire : « Savez-vous, )> Mesdames , pourquoi , après la résurrection, Jésus- » Christ apparut d’abord aux saintes femmes? c’est » parce que, connaissant le penchant irrésistible du » sexe à causer et à porter des nouvelles, il était » tout naturel, comme il voulait répandre le plus » promptement possible ce grand mystère, qu’il » • s'adressât d’abord aux saintes femmes plutôt » qu’aux apôtres. »

Un prédicateur italien de médiocre réputation , fut chargé du sermon pour la fête de saint Luc , qui se célébrait dans l'église de Sainte-Martine , à Rome. Monté en chaire , il prit pour texte de son discours : « Salut a t vos Lucas medicus. » Un cardinal qui était

présent, se leva et dit : « Ed io anche lo riverisco, et moi aussi je lui tire ma révérence; » et il s’en alla.

Le père Adam , jésuite , prêchant la Passion à Saint-Germain-l’Auxerrois , fit une comparaison ridicule des Parisiens avec les Juifs qui avaient crucifié Notre Seigneur. Il compara la reine à la Vierge et le cardinal Mazarin à S. Jean l’cvangéliste. Ce plat sermon fit dire avec raison que le père Adam n’était pas le premier homme du monde.

Cornélius à Lapide rapporte qu’un moine dit en chaire que le bon gibier avait été créé poiir les religieux, et que' si les perdreaux, les faisans et.les ortolans pouvaient parler , ils s'écrieraient : «< Serviteurs » de Dieu , soyons mangés par vous , afin que notre » substance, incorporée à la vôtre, ressuscite un jour » avec vous dans la gloire et n’aille pas en enfer » avec celle des impies. »

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Un prédicateur commença ainsi son sermon : « Les philosophes naturalistes , après une soigneuse recherche des œuvres de la nature , ont remarqué que les hirondelles viennent au printemps et s’en retournent au commencement de l’automne , etc. » Belle découverte ! Comme tout le sermon était écrit dans ce genre , il n’est pas surprenant qu’au bout d’une demi-heure le prédicateur et le sacristain soient restés seuls à l’église.

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