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époque romaine.
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ijoux en or norvégiens
puissions pas le prouver, mais une grande partie et probablement la plus importante en est certainement de fonte indigène; elles sont d’un travail excellent. Ceci nous amène à jeter un coup d'œil sur l’état général des métiers en Norvège. Ici nous ne tardons pas à constater que l'influence romaine est encore plus imposante qu'en ce qui concerne l'importation de produits achevés. Tous les humbles outils et les instruments d'usage journalier, grands ou petits, sont transformés conformément à la technique romaine, qui fournissait les modèles reconnus; on sait que les outils romains de toute nature, tels que nous les connaissons par les trouvailles faites dans les villes et les camps, sont parmi les meilleurs qu’on ait jamais faits en leur genre: simples et solides, adaptés à leur destination et par |à beaux, ils ne sont pas moins caractéristiques de l’esprit romain que les ponts et chaussées et les fortifications des ingénieurs. Ce sont les métiers romains, si avancés, qu'adoptèrent les Marcomans et les peuples des frontières et qui prirent ensuite une importance non moins décisive dans le nord. Comme exemples je cite les couteaux en fer droits et vigoureux à dos et à tranchant égaux, arqués; les ciseaux en fer, outil qui maintenant pour la première fois entre en usage chez les barbares septentrionaux; les haches épaisses, étroites, à facettes. L'inventaire des outils de cette époque que nous possédons est court, car on n'avait pas l’habitude d’en déposer dans les tombes, mais ils ont sans doute été bien plus nombreux. Les formes ont un aspect romain et les outils sont remarquables par leur exécution soignée; on voulait un travail délicat et on le décorait d’ornements de lignes fines, de rondelles et de points, d’une
décoration très discrète avec, rarement, des ornements d'argent incrustés dans le fer. Cet art de la fonte ressemble en tous points à celui que nous retrouvons chez les Marcomans en Bohême; mais, bien entendu, tous ces objets de la vie quotidienne sont dus au travail indigène et non pas à l'importation.
Nous avons aussi la preuve qu’on travaillait avec la même habileté les autres métaux, bronze, argent, or; toutefois, les ouvrages de ce genre étaient de dimension moindre et consistaient en parures et en menus objets analogues. La plus importante pièce de parure datant de cette époque est l’épingle de sûreté, la fibule, accessoire indispensable du vêtement de la femme, mais en même temps objet de décoration toujours conçu avec goût et exécuté avec soin. C’est pourquoi les fibules présentent des formes très variables selon la mode; c’est une forme très sensible qui varie à l'infini et qui nous fournit par conséquent les types ayant le plus de valeur pour le classement archéologique. Les groupes divers de fibules peuvent donc nous renseigner sur les communications entre un peuple et un autre, et les formes qui varient avec le temps donnent des points de repère pour fixer la succession chronologique d’une évolution.
La méthode typologique est un des instruments d'étude les plus importants de larchéologie, et c’est une chose captivante que d’observer la vie des formes, réglée par des lois, dans toute l’activité humaine. Nous ne pouvons pas nous occuper des détails!, nous nous bornons à faire remarquer que, parmi les peuples ger-
* Traitement à fond des détails par M. O. Almgren, Studien über Nordeuropäische Fibelformen (Stockh., 1897; nouvelle édition dans la Bibliothèque de Mannus).
maniques de l'époque impériale romaine, on trouve une longue suite de formes de fibules, toutes dérivées de formes tardives de La Tène sous l'influence du goût classique. (Comme tous les nouveaux métiers germaniques de cette époque, le développement des fibules a essentiellement deux centres, l’un en Bohême, l'autre sur la frontière rhénane; de là les formes se répandent sur tout le territoire germanique.
Nous avons affaire principalement à trois grandes séries: fibules à plaque couvre-ressort, fibules à yeux (,Augenfbeln‘‘), toutes avec boucle large, en forme de ruban; enfin les fibules épaisses, profilées, à arête et à bosse. Une abondante collection de formes plus récentes dérive de ces séries. Dans les phases plus tardives de l’époque romaine tous ces types sont graduellement remplacés par une série entièrement nouvelle de formes qui toutes appartiennent à une même famille, celle de la fibule à pied replié (,mit umgeschlagenem Fuss“). Ces différentes séries de types se retrouvent toutes en Norvège. Ce qui nous intéresse particulièrement ici, c'est que nous pouvons constater dès la phase la plus ancienne de cette période l'existence de formes spéciales à la Norvège !, nées dans notre pays par variation de types étrangers et fournissant ainsi la preuve que ces menus objets métalliques sont également de fabrication indigène. Ce sont des parures fondues en bronze ou en argent, le bronze généralement incrusté de fils d'argent perlés, de lamelles d’argent gaufré ou de filigranes en or ou en argent. Nous avons là, en partie, de petits ouvrages d’orfèvrerie *
1 Voy. Almgren, L. c. (Tafel V, fig. 108).
? Gustafson, Norges Oldtid, fig. 243, 244.
très délicats, et rien ne nous empêche donc de supposer que d’autres objets excellents en or peuvent être dus au travail indigène, comme les breloques en or et une épingle à tête de filigranes en or. L'adoption de la technique des filigranes, dont l’application témoigne d’un goût sûr, met en lumière le caractère de l'influence romaine dans l’Europe septentrionale, Cette technique était déjà ancienne dans l'industrie égyptienne, grecque et étrusque et y avait atteint un développement remarquable; or, avec la domination romaine cet art devient le commun patrimoine de l'empire universel: il passe des frontières septentrionales de l'empire aux peuples germaniques, puis dans la Scandinavie. (C'est là un trait secondaire peut-être, mais caractéristique de l’importance de l’époque romaine pour l'histoire de la civilisation. L’Europe septentrionale vint alors à bénéficier d’une bonne part de la vieille tradition des pays du midi en fait d’arts et métiers. Outre ce qui a déjà été mentionné, je rappellerai d’abord la bobine, le rouet à main, le fuseau à filer à peson de pierre, d’aragile ou de métal, invention qui dans le midi remonte à l’âge du cuivre, mais qui dans le nord n’est connue qu'à l’époque romaine; et il faut rappeler aussi le nouvel épanouissement de la céramique nordique qu’amenèrent l’imitation des formes méridionales et l’influence du goût classique. Maintenant nous rencontrons en Scandinavie les gros récipients bombés qui ont toujours compté parmi les ustensiles les plus communs des pays méditerranéens, puis des coupes à pied, des tasses à anse, des aiguières à bec, etc., toute une série de formes inédites. Le décor des ustensiles en argile révèle également l'influence classique : d’une part,
le méandre du Jutland, qui est dans le nord de l’Allemagne d'un caractère tout classique et qui fut déjà emprunté d’ailleurs, pendant la période de La Tène, à lornementation grecque; d'autre part, la rosette reproduite d’une manière simplifiée sur des quantités de vases de Scandinavie. Le nouvel intérêt qu’on porte à la production céramique en général est dû sans aucun doute à l'influence du monde romain.
Cette assimilation de la civilisation romaine que nous observons dans le monde germanique est un phénomène d’une importance générale pour l’étude des civilisations et, dans une certaine mesure, comparable à l'influence européenne moderne sur les groupes de peuples d'ordre inférieur. Soulignons encore le fait que les Germains prirent à la civilisation classique tout ce dont ils pouvaient faire usage, maïs dans des limites très restreintes: les parties les plus complexes d’une vieille civilisation organisée, telles que l'architecture, les connaissances relatives aux travaux d’art, etc., représentaient plus que ce que les barbares pouvaient assimiler. Ne perdons pas de vue non plus que l'influence romaine s’exerçait hors des frontières avec une intensité très variable: en Orient les Romains se trouvaient devant des peuples de civilisation ancienne et en subissaient à beaucoup d’égards la forte influence; en Afrique la civilisation était arrêtée par les obstacles naturels que formaient le désert et l’attitude des sauvages réfractaires à toute civilisation. En Europe même on peut constater un état analogue: l’Ecosse et l'Irlande ne subissaient qu’assez faiblement l’action de la civilisation romaine tout en faisant partie de la Grande-Bretagne, tandis que la Scandinavie fut fortement influencée par
cette même civilisation malgré des distances considérables. Je n’ai voulu qu’indiquer ces circonstances qui prêtent un intérêt tout général à l’évolution de notre âge du fer romain.
Ces brèves remarques sur les antiquités norvégiennes et les métiers norvégiens à l’âge du fer romain suffisent à montrer que notre civilisation pendant cette période était bien plus riche et plus variée qu’à l’âge du fer préromain; la comparaison avec la période précédente nous fait voir, mieux qu'autre chose, qu’une époque nouvelle commence, apportant une civilisation complexe et, disons-le, presque moderne. Les antiquités, telles qu’elles se présentent à nous, donnent l'impression d’une époque plus riche, d’une époque de progrès. À la vérité, l'abondance d’antiquités d’une période distincte dépend de bien des conditions et notamment du rite funéraire, comme nous l’avons dit précédemment, mais il ne faut pas oublier que l’époque romaine en Scandinavie est caractérisée par un fait aussi important que l'importation d'objets précieux, et d’autre part, que c’est une période de relations intimes avec la première puissance civilisatrice du monde. Ce n’est pas un pur hasard qui nous fait croire que cette époque est une époque de progrès; nous aurons des témoignages palpables en nous tournant vers les monuments stables, c’est-à-dire vers les sépultures qui sont à peu près les seuls monuments que cette période nous ait laissés. La tradition remontant à l’âge du fer préromain se fait encore impérieusement sentir. Les vieilles nécropoles conservent toujours la coutume ancienne; là nous trouvons des séries de sépultures
simples à incinération avec un mobilier pauvre et re-
couvertes de tumulus peu élevés. Dans le pays de Trondhjem on a examiné une très grande nécropole en pleine terre! Ce n’est que très lentement que la masse du peuple accepte les formes nouvelles du rite. Mais sur le fond de persistance du vieux rite héréditaire les exceptions se détachent, d'autant plus intéressantes. D'abord sporadiquement, ensuite plus ordinairement, enfin comme un usage communément répandu, nous rencontrons une disposition plus imposante des sépultures: des tertres funéraires vraiment puissants ou des amas de pierres érigés sur une tombe isolée, ou bien aussi des tombes nettement marquées par des pierres commémoratives dressées comme des menhirs. On s’est probablement inspiré de modèles étrangers; les souvenirs des monuments romains y sont peut-être pour beaucoup. En effet, nous connaissons des tumulus originaires du domaine romain, ainsi par exemple les très imposants tertres de la Belgique datant du premier siècle après J.-C. Le tumulus était d’ailleurs une forme indigène et familière de monument, et un peu partout dans notre pays se présentaient les survivances grandioses du haut âge du bronze, qu'on pouvait être tenté d’imiter. Mais si nous constatons ici encore une fois la reprise, après un si long intervalle de temps, de la construction de monuments plus considérables, l’idée s'impose que c’est l’effet d’un sentiment de fierté né de la puissance et de Ia richesse nouvellement acquises par des familles et des individus que les temps nouveaux avaient placés au-dessus de la foule.
Des innovations du plus grand intérêt se mani-
1 Th. Petersen sur les trouvailles de Meldal, dans Norske Oldfund, IV (Kr.a, 1923).
festent aussi dans la disposition des sépultures et dans leur mobilier: nous rencontrons soit des tombes à incinération dont le dépôt funéraire est plus riche et plus caractéristique que pendant le premier âge du fer, soit l’inhumation sans crémation et, en ce cas, avec un riche mobilier. Le rite funéraire en Norvège présente donc maintenant un aspect bien plus varié qu'auparavant, et les diverses formes de l’ensevelissement ont chacune son histoire particulière, dont je vais dire quelques mots.
Les sépultures à incinération avec mobilier plus riche, en armes et en urnes de bronze, avaient pénétré chez des peuples germaniques du sud à la période de La Tène, mais en Norvège elles ne font leur.apparition que dès le premier siècle après J.-C., et amenées par le même courant qui nous apporte la civilisation romaine. Le trait le plus caractéristique de ces sépultures, c’est le fait que les armes qui avaient accompagné le mort sur le bûcher, après la crémation étaient dans une large mesure pliées, brisées, ou détruites d'une autre manière avant d’être déposées dans la tombe, coutume curieuse qui se rattache aux conceptions de la mort et qui a bien des pendants dans le reste du monde. L’usage de détruire le mobilier funéraire se rapporte toujours chez nous aux sépultures à incinération, il se répand notamment dans la période romaine et prévaut de nouveau à l’époque des vikings. Malgré la destruction, ces sépultures nous ont livré une grande quantité d'armes excellentes et admirablement intactes, grâce à la chaleur du bûcher qui conservait le fer et grâce aussi à la sécheresse du climat dans notre pays de l’est.
La succession des formes d'armes sert de base à l'établissement d’une chronologie des sépultures, et nous permet ainsi de faire l’historique des coutumes funéraires. Les plus anciennes de ces formes sont représentées par des épées d’abord à un seul tranchant du type tardif de La Tène, ensuite à deux tranchants de formes romaines; les autres formes, celles des lances et des umbos de bouclier, prennent le même développement. Il est très intéressant d'étudier le détail d’un rite funéraire nouveau empiétant sur un domaine limité où l’usage héréditaire avait prévalu par le passé. On y rencontre des sépultures à incinération avec un riche mobilier d'armes et souvent avec des vases de bronze étrangers qui, datant d’une période reculée de l’âge du fer romain, reparaissent sporadiquement et isolément des deux côtés du fjord d’Oslo, ainsi que près des lacs du pays central aux environs du Tyrifjord et du Randsfjord. Ce sont des tombeaux isolés en nombre restreint, disposés selon l'usage étranger et contenant un mobilier étranger; ils sont généralement en dehors des grandes et vieilles nécropoles où la tradition indigène préromaine prédominait encore. Les tombes plus anciennes datant du premier au troisième siècle, sont dispersées avec une certaine régularité sur des districts plus étendus de l’est de la Norvège. Mais au cours du troisième et, surtout, du quatrième siècle, les tombes de ce type se concentrent d’une manière assez marquée sur un seul domaine limité, le Hadeland avec le Toten et le Valders, c’est-à-dire le vieux Hadeland historique, tandis qu’ailleurs leur nombre diminue. Près de la moitié de toutes ces sépultures à armes, datant de l’époque romaine, ont
11 — Kulturforskning. A. V.
été trouvées dans la vieille région que nous venons de citer et de là, à travers le Valders, elles gagnent le Sogn situé sur la côte ouest. Il y a peu de formes déterminées de sépultures dont la séparation du reste du milieu soit si distinctement marquée, si singulièrement limitée géographiquement que le groupe en question pendant notre âge du fer romain. |
Ce type de sépultures est en fait aussi nettement limité dans toute la Scandinavie que dans la Norvège ou, pour parler plus péremptoirement, c’est exclusivement à Gotland outre le Hadeland (avec le Toten et le Valders) que cette forme de sépulture est vraiment prépondérante. Dans tout le Danemark on en connaît à peine un seul exemple, car les quelques dépôts cinéraires à armes de Bornholm constituent un tout autre type de disposition, et la Suède continentale ne possède guère de ces sépultures qui sont propres à Gotland et au Hadeland.
Plus au sud, au contraire, des sépultures analogues sont très fréquentes à la haute époque impériale; elles sont employées d’une manière prépondérante chez les Marcomans de Bohême! et sont répandues vers l’ouest jusqu’à la frontière rhénane ?.
Le rite funéraire est donc dû, dans le nord, à des impulsions venues des peuples germaniques du sud voisins de la frontière romaine, et ici encore on se demande si les influences ont pénétré par la route occidentale partant du Rhin ou par l’autre, l’orientale, qui longeait la Vistule. Quant à Gotland, la réponse
1 J. L. Pic, Die Urnengräber Bôühmens (Leipzig, 1907). ? Lindenschmidt, Altertümer unserer heidnischen Vorzeit, V, Taf. 64.
est tout indiquée: il ne peut être question que de communications orientales, par la Baltique, et il a dû en être de même pour la Norvège, car le Danemark n'aurait pu demeurer intact, comme il l’a été positivement, en présence d’un mouvement qui se serait propagé le long de l’Elbe ou qui serait parti du Rhin. Au reste, nous avons une preuve irrécusable du rapport de cette forme de sépulture en Norvège avec les communications civilisatrices du sud-est, ce sont les inscriptions runiques qui viennent d’être trouvées dans des tombes de ce type: les inscriptions sur une figurine en bronze trouvée à Früihov en Romerike, et sur la lance de Stabu (Toten), qui ont pour pendants les lances à runes de Gotland, de Münchenberg en Brandebourg et de Kovel en Pologne, série de découvertes qui jettent une vive lumière sur la diffusion des runes vers le nord à partir du sud-est. Le foyer du mouvement de civilisation dans le monde germanique oriental était à cette époque le royaume des Marcomans en Bohême; c’est de là que nous avons reçu la forme de sépulture dont nous nous occupons, avec son mobilier importé de bronzes et d'armes, et c’est également du sud-est, en suivant la même voie, que les premières inscriptions runiques parviennent à Gotland et en Norvège.
J'ouvre ici une parenthèse pour dire un mot sur la question du lieu d’origine de ces inscriptions. Seraitce aussi le royaume des Marcomans? Au point de vue de l’histoire de la civilisation, c’est là une suppo-
? O. Almgren und B. Nerman, Die ältere Eisenzeit Gotlands (Stockh., 1923; p. 119). Kossinna, Deutsche Vorgeschichte (2e édition, 1914; p. 191). Shetelig, Tidsbestemmelser av œldre norske runeindskrifter, pp. 18—20.
sition toute naturelle et qui s'impose, quoique pas une seule inscription ne nous soit connue par des trouvailles marcomanes. Mais on n'en a pas trouvé non plus qui puissent être attribuées au royaume des Goths, datant du troisième siècle, dans le sud de la Russie où, croit-on, l'écriture runique a été inventée. L'origine de cette écriture soulève, comme on sait, des questions d’une portée considérable sous beaucoup de rapports et que nous ne pouvons discuter ici en détail. Qu'il me soit permis au moins de remarquer que les difficultés chronologiques m’empêchent toujours de rattacher l'invention des runes à la consolidation du royaume gothique en Russie méridionale après la conquête d'Olbia qui eut lieu vers l’an 236 de notre ère‘. Il me paraît d’ailleurs que les plus anciennes trouvailles de runes faites en Norvège appartiennent à un milieu qui doit être antérieur au courant civilisateur qui, au troisième siècle, s’est répandu du royaume gothique vers le nord-ouest, et dont nous reparlerons plus loin. La question des plus anciennes runes n’est pas encore résolue; elle ne pouvait être passée ici sous silence, car c'est un problème spécial d’un grand intérêt qui touche aussi au groupe de trouvailles dont nous nous occupons.
Reprenons notre étude du rite funéraire. Il nous reste à parler d’un détail de nos sépultures à incinération qui n’est pas sans importance. La forme des sépultures riches avec armes et vases de bronze servant d’urnes funéraires n'apparaît presque jamais dans les anciennes nécropoles, où l’on continuait à suivre le
1 Voy. Almgren und Nerman, Die ält. Eisenzeit Gotlands; p. 134. |
vieux mode d’ensevelissement de l’âge du fer préromain; le vieil usage est donc maintenu avec traditionalisme et piété, dans les milieux — on dirait presque, dans la congrégation — où l’on ne voulait pas abandonner la sépulture héréditaire. Le mode nouveau n’est employé que dans des cas isolés, en dehors des vieilles nécropoles, et se présente ainsi encore davantage comme une rupture avec d'anciennes conditions de civilisation.
En Ostfold, ce nouveau mode de sépulture se rencontre aussi dans les grandes sépultures collectives, mais en ce cas toujours dans des nécropoles nouvellement établies à l’âge du fer romain, et non dans les vieilles qui obéissaient aux traditions de la période précédente.
Ce dernier fait, notamment, semble indiquer que le nouveau mouvement qui se manifeste par les sépultures à incinération ne peut guère être dû à une assimilation lente par les indigènes d’impulsions étrangères; on a au contraire l'impression qu’un élément étranger s’est introduit dans le pays, en opposition au milieu ancien. L'adoption de ces sépultures a été la première conséquence de l'influence romaine en Norvège, et il me semble qu’elle témoigne non seulement de communications avec une civilisation lointaine, mais d’un contact personnel avec des peuples germaniques vivant plus au sud, et surtout avec les Marcomans. J'ai proposé, il y a quelques années, une interprétation tendant à montrer d’une façon décisive que des guerriers norvégiens ont fait du service sur la frontière romaine orientale, auprès du roi des Marcomans ou
1 B. Hougen sur les sépultures du premier âge du fer (Vid.sk. selsk. Skr., II, Hist.-filos. kl.; 1924, no 6).
aux environs du Danube, et qu'ils en ont rapporté chez eux le mobilier et le rite funéraires étrangers !. Voici comment je me représente les choses: la Norvège a été directement influencée par les événements qui eurent lieu de bonne heure à l’époque des grandes invasions, et cela non pas du fait d’une immigration étrangère, mais par l'intermédiaire de guerriers et de bandes de guerriers norvégiens revenus du midi dans leur pays. Qu'on n'objecte pas l’absence de noms de peuples norvégiens dans les sources historiques de l'époque: les noms de petits contingents norvégiens devaient forcément disparaître parmi ceux des grands peuples connus. Sur l’histoire du rite funéraire en Norvège j'ai encore basé l’hypothèse d’un royaume du Hadeland, du Toten et du Valders fondé aux temps des invasions par des guerriers norvégiens rentrés dans leur patrie au commencement du quatrième siècle. Le nom de Hadeland qu’on dérive étymologiquement de l’ancien norvégien hoô, au génitif haôar, vieux mot signifiant combat, a pu avoir le sens de ,pays des guerriers“. Je n'y vois pas, comme M. A. Bugge’, un vieux nom de tribu, la tribu belliqueuse des hader; je crois y retrouver le nom d’un royaume nouvellement fondé au quatrième siècle. Il est significatif que les vieux royaumes de tribus dans l’est du pays, le Hedemark, le Raumarike, le Ringerike, ne sont pas influencés par le rite funéraire étranger de la même manière que l’Ostfold et le Vestfold et encore bien moins dans la même mesure que le Hadeland.
! Conférence faite au congrès des archéologues à Copenhague en 1919 (reproduite dans Aarb. f. nord. Oldk., 1920). ? Dans son Histoire de Norvège, I, 2, p. 51 (Kristiania, 1910).
J'ai mentionné cette théorie parce que, entre autres choses, elle est intéressante au point de vue de la méthode, car elle fait voir que, des études purement archéologiques, on peut dégager des résultats ayant trait à l’histoire politique. Mais nous évoluons ici sur un terrain délicat et même dangereux. Dans le cas présent il faut se rappeler que les trouvailles qui servent de base à la recherche ne sont pas très abondantes, et que ma théorie, loin d'apporter des faits établis, ne repose que sur une hypothèse qui, pourtant, me semble donner la solution naturelle d’une série de phénomènes que j'aurais de la peine à comprendre autrement; elle me paraît aussi très vraisemblable considérée au point de vue de l’histoire générale de l’époque.
En même temps à peu près que les sépultures à incinération et contenant des armes apparaît une autre innovation qui rompt également la monotonie de l'aspect antérieur du rite funéraire en Norvège, c’est l’ensevelissement du cadavre, sans crémation, dans un cercueil de pierre ou de bois et avec un mobilier plus riche qu'on n'en avait jamais vu par le passé aux enterrements de ce genre en Norvège. Ce qui fait la nouveauté du dépôt funéraire, c’est ici encore l’abondance d'armes auxquelles se joignent des parures de métaux précieux, des ustensiles en argile pour comestibles, des objets de bronze, des écuelles et des vases à boire en verre. Les plus anciennes de ces tombes se trouvent sporadiquement en Viken; les récentes apparaissent, sporadiquement aussi, dans le centre (les ,Oplands“) et dans l’ouest du pays. L’ensevelissement sans crémation, qui était en usage dès la période de La Tène
dans le domaine germanique oriental et partiellement
en Suède, pénètre en Norvège à peu près au commencement de notre ère. C’est une innovation nordicogermanique apportée dans le rite funéraire; les tombes elles-mêmes sont simples et pauvres. Mais bientôt se fait sentir l'influence classique, et particulièrement en ce qui touche le mobilier funéraire qu'on enrichit d'une série complète d’ustensiles pour comestibles. C'était la vraie coutume classique, adoptée d’abord par des tribus germaniques qui communiquaient de très près avec le monde romain et qui non seulement en suivaient les usages, mais qui pouvaient se procurer tout un mobilier d’objets sortis d'ateliers romains. Dans le nord, cet usage prévaut d’une façon plus ou moins marquée; sous une influence indirecte il aboutit à des sépultures caractérisées par des séries complètes d’ustensiles en argile indigènes: l’usage seul est donc classique, tandis que le mobilier est absolument nordique. Spécialement en Jutland on a trouvé, datant de la première période après J.-C., un groupe considérable de sépultures à inhumation avec, dans chacune, un grand nombre d’ustensiles en argile. Cette céramique très caractéristique à décoration de méandres se rattache au nord-ouest de l’Allemagne. Ce groupe jutlandais a exercé au deuxième siècle une certaine action dans des districts côtiers de la Norvège depuis le Jæren jusqu’au Vestfold, pour le rite funéraire aussi bien que pour la céramique, mais sans portée considérable.
Un type de sépultures à inhumation avec mobilier riche, qu’on appelait généralement autrefois en archéologie allemande ,tombes romaines,“ est répandu dans une grande partie du monde germanique; on s’imaginait