‹ Préhistoire de la NorvégeChapitre 11 sur 19 · À LU · texte numérisé non relu

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Garnitures en or de fourreaux d’épées; VIe siècle.

qu'elles étaient de véritables sépultures romaines, la grande majorité de leurs objets mobiliers étant des marchandises d'industrie romaine. Depuis, il a été prouvé suffisamment que ce ne sont pas des Romains, mais des Germains qui ont été enterrés avec tous ces objets romains. Ce rite funéraire se répand des frontières romaines vers le nord jusqu’en Danemark et en Norvège; les trouvailles, disséminées notamment sur toute l'Allemagne orientale, la Bohême, la Silésie, la Thuringe, la Saxe, le Brandebourg, la Poméranie, le Mecklembourg, marquent donc essentiellement les mêmes communications vers le sud-est que nous avons signalées plus haut en cherchant l’origine des riches sépultures à incinération datant de la même époque. Jusqu'en Bohême nous constatons l’existence de l’une et l’autre de ces formes principales de sépultures, et toutes les deux sont caractérisées par la richesse du mobilier. Dans les deux cas ces innovations dans le rite funéraire scandinave sont occasionnées par l’intime contact des peuples germaniques avec la civilisation romaine pendant les grandes invasions. Mais en examinant la répartition des trouvailles on rencontre des divergences accusant, pour les divers groupes, des causes historiques particulières. A Gotland les sépultures à inhumation-sont en majorité; elles contiennent des armes, plus rarement des ustensiles de bronze à raison d’un par tombe au maximum. En Norvège les sépultures à incinération avec armes sont les plus nombreuses, mais on en trouve aussi à inhumation avec armes et abondant mobilier de verreries et d’ustensiles de bronze romains. Tel est également le cas pour la Suède. En Danemark les tombes ne contien-

nent point d'armes; en revanche on y trouve des sépultures à inhumation et à mobilier romain en nombre immense et d’une richesse non moins surprenante. On ne saurait douter que ces dissemblances ne nous fassent entrevoir des conditions historiques spéciales que nous n'arriverons peut-être jamais à démêler. Notons surtout ce trait caractéristique que les armes font absolument défaut dans les tombes danoises, si abondamment garnies d’autres objets. Cela met le rite funéraire danois en opposition avec tout le domaine germanique oriental, ainsi qu'avec les autres domaines du nord, et cela pourrait indiquer, pour ce groupe qui a son centre de gravité en Seeland et en Fionie, des influences venues par d’autres voies, surtout de l’ouest par le Holstein jusqu’au Rhin. Sur une telle route commerciale les îles danoiïises auraient été le centre naturel de tout le nord, et il est hors de doute que nous devons à cette voie de transit l'importation en Scandinavie d’une très orande, peut-être de la plus grande partie des marchandises de fabrique romaine !.

En Norvège c’est des environs de l’an 100 après J.-C. que datent les sépultures à inhumation avec mobilier romain les plus anciennement trouvées. Comme exemple, on doit citer les trouvailles faites en Viken qui ont livré des verreries romaines avec des plats, des cuillers à vin et des chaudrons en bronze. La trouvaille de Storedal en Ostfold que nous avons déjà

1 S. Müller, /uellingefundet (dans Nord. Fortidsminder, Il, 46; résumé en français).

K. Friis Johansen, Hobyfundet (ibid., 119).

H. V. Clausen, sur la colonisation antique du Danemark (dans les Aarb. f. nord. Oldk., 1916).

mentionnée est très connue. On connaît aussi les restes de trouvailles faites en Karmô et en Sogn, et on en a fait d’autres plus au nord jusq'au pays de Trondhjem. A côté d'objets d'importation étrangère se rangent des ouvrages indigènes, notamment des parures de formes nordiques et, parfois, particulièrement norvégiennes. L'influence exercée par les riches sépultures de Seeland est indubitable, mais en Norvège les vieilles tombes romaines ne joueront jamais un rôle prépondérant; elles sont des exceptions très rares et dispersées parmi la foule monotone des tombes pauvres disposées selon l’usage traditionnel.

Un trait remarquable qui est commun à toutes les tombes romaines partout où on en a découvert, c’est que les plus anciennes contiennent les objets romains les plus fins; celles du premier et du deuxième siècle ont livré généralement des objets exquis et originaires d'Italie, tandis que dans les récentes prévalent les produits de l’industrie provinciale d’ordre inférieur. C'est là un fait très important qu'on observe en Norvège non moins qu’en Silésie et en Bohême et qui montre l’homogénéité et la simultanéité de l'influence civilisatrice sur le monde germanique tout entier. Si l'importation et l’action civilisatrice s’étaient opérées lentement et par de multiples intermédiaires du sud au nord, on ne comprendrait guère qu’une modification graduelle se fût manifestée d’une manière tout à fait uniforme à des distances aussi considérables.

Nous sommes habitués à placer aux environs de l'an 200 après J.-C. la ligne de démarcation entre les phases ancienne et récente de l’âge du fer romain, le caractère de la civilisation ayant sensiblement changé,

de l’une à l’autre de ces phases, sous des influences nouvelles et étrangères. Les changements sont évidemment liés à des conditions historiques bien connues. C'est vers 200 après J.-C. que s'écroule le royaume des Marcomans, et en même temps les Goths commencent leur marche vers la mer Noire, où ils fondèrent un royaume important qui se consolida par la conquête d’Olbia en 263. Dès lors, les Goths furent les plus puissants des Germains du sud, et ce fut de leur royaume que partirent les influences les plus notables qui gagnèrent les peuples germaniques plus septentrionaux, ainsi que la Scandinavie. Dans les sépultures à inhumation plus récentes, datant de l’époque romaine en Norvège, nous rencontrons donc maintenant, à côté d'objets d'importation romaine provinciale, d’autres qui sont d'importation germanique et qui, à en juger par l’exécution et le décor, ont dû être fabriqués près de la mer Noire ou dans les pays danubiens. La caractéristique de ce courant civilisateur est abondante décoration en lamelles d’argent repoussé et doré, incrustées de pièces de verre bleu, d’après une technique développée par les Germains des frontières romaines sous l'influence de l’industrie classique. Simultanément apparaissent des types nouveaux distincts, dont le plus important est celui de la fibule à pied replié, que les Goths adoptèrent dans la Russie méridionale et qui de là pénétra chez tous les peuples germaniques et y devint la forme dominante. Ces objets d'importation germanique se poursuivent du sud au nord, mais essentiellement par une voie plus orientale que celle qui menait au pays des Marcomans. Ce mouvement de civilisation est important surtout au

troisième siècle et n’est complètement interrompu que dans la seconde moitié du quatrième, probablement par suite des grands bouleversements qui eurent lieu lors de l'invasion des Huns.

Des savants qui ont étudié la question à fond, et avant tous le directeur du musée des Antiquités nationales, M. Salin!, soutiennent que ce courant civilisateur doit se rattacher à un mouvement de peuples dirigé du sud-est au nord-ouest et que, par conséquent, ces sépultures témoignent d’une marche vers le nord de Germains fixés depuis longtemps sur la côte nord de la mer Noire avec la Crimée pour centre: la limite septentrionale extrême où s’est arrêtée leur marche serait donc formée par la Norvège et la Suède. A l'appui de cette interprétation du groupe entier des trouvailles, nous ferons remarquer que les limites de l'aire de diffusion se déplacent peu à peu vers le nord et l’ouest, d’une façon qui correspond exactement à un déplacement analogue de certains groupes de peuples. A partir de la fin du quatrième siècle les trouvailles germaniques disparaissent dans l'Allemagne orientale et, un peu plus tard, en Mecklembourg et en Holstein. À l'encontre des vieilles ,tombes romaines,“ le courant envahit le Danemark moins fortement que la Suède et la Norvège. En Norvège surtout il a été assez important: on y a fait des trouvailles très notables dans des régions fort éloignées les unes des autres, comme à Sætrang en Ringerike et à Avaldsnes en Karmô*.

! B. Salin, Die altgermanische Thierornamentik (Stockh., 1904; p. 353).

? E. Engelstad, sur la trouvaille de Setrang (dans Fra Haug og Museum; Kristiania, 1924, p. 31).

Shetelig, Vestlandske graver (Bergen, 1912; pp. 53 ss).

La longue suite de trouvailles faites du sud au nord nous apprend que des fractions de tribus germaniques de l’est ont émigré successivement vers le nord au cours du Ille et du IVe siècle et ont pu s'établir sporadiquement dans la péninsule scandinave et surtout en Norvège. L'état de nos trouvailles locales nous donne l'impression d’une immigration dispersée et lente qui n’a pu modifier sérieusement les conditions antérieures du pays. Ce n’est que pendant les deux ou trois siècles suivants, nous le verrons, que le souffle des grandes invasions se fait sentir d’une manière plus décisive dans la vie du peuple norvégien.

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