‹ Préleçons de pathologie expérimentaleChapitre 4 sur 8 · SECTION I · texte numérisé non relu

SECTION I

RECHERCHES HISTORIQUES ET CRITIQUES SUR LA FLUXION ET SUR LA CONGESTION.

Avant tout je dois faire connaître sous quel point de vue je me propose de considérer ma question ; quel sera mon point de départ, aussi bien dans les considérations générales que dans les faits particuliers. Appuyé sur Tesprit général des doctrines de l’antiquité et même sur les tendances de notre propre époque , je considé» rerai la fluxion comme un acte de Féconomie vivante , tandis que la congestion sera pour moi un état anatomique , une condition matérielle. Quant à leurs rapports , je considérerai la floxion comme un des modes suivant lesquels peut s’établir la congestion, La fioxion nous offrira

en quelque sorte le côté symptomatologique de la question prise dans sa plus haute généralité , la congestion en offrira plutôt le côté symplasrnatologique (<ruv, 7c>.ac(7(«)) ; ou, si l’on veut, la fluxion comprendra les faits dynamiques , la congestion les faits statiques.

Ces propositions trouveront ultérieurement leur commentaire et leur développement. Il était nécessaire de les poser tout d’abord , afin d’avoir en quelque sorte par devers nous un fil qui pût nous guider aussi bien dans tous les détails de l’historique que dans l’exposition des faits dus aux écoles actuelles.

Et d’abord, pour ce qui est de la collection hippocratique , nous pouvons y trouver des considérations assez étendues sur les fluxions, sur les modes suivant lesquels elles peuvent s’opérer , sur leurs effets, en un mot sur tout ce qui constitue l’ancienne théorie des fluxions. Il est une remarque faite par M. Dezeimeris (1), qui trouve sa justification dans les fragments qu’il a cités, et que je reproduirai en partie ici (j’en ajouterai en même temps quelques autres) : c’est que cette doctrine des catarrhes donne la clef d’une multi-

il) Dïciïonnaire liisioric/ue de la médecine ancienne ei moderne, ar tidc Hippocrate, 152 et passim.

tude de passages des œuvres d’Hippocrate qui seraient inintelligibles pour qui ne la connaîtrait pas.

Mais , dans les citations que je vais faire , je ne me servirai pas de la traduction de Gardeil ; M. Dezeimeris l’avait employée à défaut d’une meilleure; j’emploierai de préférence le texte latin de Foës comme bien plus exact et plus précis, tout en l’interprétant d’abord.

Les glandes sont d’abord considérées comme des centres d’attraction à Fégard des mouvements fluxionnaires : Glandularum integra et ahsoluta natura sic se hahet; eadem quidem natura spon-

giosa ad eas attractus humor facile con-

sequitur {]). Une fois la fluxion opérée, les glandes éprouvent un gonflement , s’enflamment, et la fièvre s’allume : Quod sicopiosa et morbosa fluocio fuerit^ glandulœ etiam reliqiium corpus distendant eoque modo febris accenditur , glandulœ attol’^ luntur et inflammalioncm concipiunt (2). Sous tous ces rapports, le cerveau va jouer l’office d’une glande : Caput ca\>um et rotundum superiore parte situm est^ et humiditatem ex reliquo corpore circum se complectitur.,,Yul le danger sera d’autant

(1) Hippocratis Coi, opéra edente Foësio. Francofurti , 1621. De Glandulis , 270, 20.

(2) Logo cit.

plus grand dans le cas de fluxion, que les parties molles sont contenues dans une boîte inextensible : Neque enim quod injluit^ cum üUc sedem non liabeaty immorari potest^ nisi caput œgrotet (1). Dès lors la congestion est permanente : T une enim non dimittit, sed îlUc retinet. Ce n’est pas tout; pour peu que la fluxion soit à la fois copieuse et lente ; il en résulte une inflammation , car toute humeur qui n’est plus en mouvement s’altère : Quod si pituitosa copiosa ac lenta fluxio fuerit , sic etiam inflammationem concipit ex qua, cum humor sit stabilisa strumæ generantur...

Nous avons dit que, dans cette théorie des fluxions, l’auteur hippocratique compare le cerveau à une glande ; il insiste sur cette idée : Caput quoque ipsum glandulas habet, cerebrurn uernpe glandulœ simile; il y a des rapports de densité , de couleur et de fonctions : Cerebrurn tmim non secus ac glandulœ album est et f Habile, iisdemque commodis quibus glandulœ sunt prœditœ caput afficit...

Mais, s’il est un centre d’attraction pour les iiouvements fluxionnaires , il peut aussi en être a point de départ : Z)c capite autem fluxiones velut secretione contingunt per aures secundurn

(1) Loc. cit., 27t.

naturam, per oculos , per nares , ires numéro:

Les fluxions qui se font vers ie centre cérébral produisent des accidents fort graves , le cerveau est aussitôt troublé dans ses fonctions , rintelli-” gence pervertie , des convulsions surviennent , la respiration est gêoée^ et il peut y avoir apoplexie : Atcerehrum noodarn sentit,., multarn turbationem hahet, et mens desipit, cerehrumque conçulsionem sentit, ïiojfiinem trahit neque in se vocem edit sed suffocatur , huicque affectioni apoplexiœ men est (1)-

Mais ce n’est pas tout ; sans avoir éprouvé aucune altération , il suffit que ie sang, par ie fait d’une fluxion, séjourne en trop grande quantité dans le cerveau^ pour qu’il y ait encore des perturbations de fonctions , des symptômes d’aliénation men» taie : V^erum interdum, etiam acris non est jïuxio,, Sed quod copiosum irridt ipsum afjligit, et mens conturbatur et obambidat çaria cogitans et j)aria> videns , morbi mores circumferens effuso risu et pcregrinis irnaginationibus (2), En voici assez pour le cerveau.

Si la fluxion se fait vers les yeux , il en résulte une opbtbalmie., dans laquelle les yeux ont éproii-

(î) Loc. ciî., 272.

(2) Loc. cit.» 272.

vé une intumescence : Fluocio alia in oculos ophthalmia appellatur in qua oculi intumescunt. Si la fluxion a lieu vers les narines , il en résulte de l’irritation, mais il n’y a rien de grave, car ce sont des voies larges et ouvertes au dehors : Quod si ad nares Jluxio decumbat, mordentur narés nihilque

aliud gravius accidit , earum etenim amplœ sunt

vice, etquæ sibi auxiliurn ferre possint. Prœterea vero minime coacercatum quod per illas fertur (1).

Mais il n’en sera pas de même pour les oreilles; ici les voies sont tortueuses et étroites, le cerveau est dans le voisinage, il peut être compromis dans la maladie, participer à la fluxion, s’enflammer, et il s’échappe un pus fétide : At vero aurium meatus toriuosus et angusius cerebrum vicinum habet... et auris cum tempore a frequenti Jluxione circumscribitur efjluitque pus graceolens (â).

Voilà , dit l’auteur hippocratique , pour les fluxions qui se font au dehors, qui sont accessibles à la vue et qui n’offrent pas de danger : Sic se Jiabent jluxiones ad exteriores partes oculis conspicuœ neque omnino lethales.

Cependant bien d’autres fluxions peuvent avoir

(1) Loc. cit.

(2) loc. cit., 273.

lieu dans l’économie ; il en est qui peuvent procéder des parties postérieures, suivre les voies digestives, et affecter l’abdomen ; si alors il y a des flux du ventre , il n’en résulte pas de maladies : Quod si fluxio posteriori parte procédât , aut per palatum pituita ad ventrem perceniat , iis quidem ventres Jluunt, non tamen œgrotant. Que si l’écoulement n’a pas lieu , il en résulte des lésions intestinales , affections de longue durée : Sed si infra pituita permaneat, volvuli fiunt affectiones diuturnœ (1).

Une fluxion qui , en suivant d’abord les mêmes voies , s’arrête à la gorge, peut amener des maladies de consomption ; que si l’humeur va distendre les poumons, ceux-ci peuvent finir par suppurer. Æiis per palatum ad fauces multa et frequens fluocio, morbos tabificos facit; pituitapulmones implentur, undeque pus gignitur. Les poumons en éprouvent une sorte de fonte , et rien n’est plus difficile que la guérison : Quod pulmones exedit, neque œgroti facile eoadunt (â).

Une induction philosophique termine ces premiers faits sur les fluxions ; c’est qu’un médecin habile et sage , par cela qu’il a reconnu ces conditions peut agir sur la cause du mal : Et medicus sua

(!) Loc. cit,, 273.

(2) Loc. cit.

piiÀdentia^ si vir bonus et industriosus fuerit , ut plurirnum, causant disquirit.

Dans le livre: De locis in homine, nous trouverons les éléments d’une doctrine sur les fluxions tout à fait analogue à ce que nous venons de voir dans le traité : De glandulis. Les choses y sont même prises d’un point de vue plus élevé ; l’économie^ quant à ses mouvements organiques, forme un tout, un cercle, qui n’a ni origine ni terminaison : Nullum mea quidem opinione coiporis est principium....descripto narnque circuloprincipiurn non incenitur (/.'jy-T^ou yàp ypaçsvTo;). De telle sorte que les humeurs peuvent, au moyen des fluxions , se porter sur toutes les parties de l’économie : Qui vero in humida difjluit et alias aliam prcecipue corporis partent occupât (1).

Il y a action et réaction d’une cavité sur une autre au moyen des fluxions ; la tête agit sur l’abdomen , l’abdomen sur la tête , et ainsi des autres pai'ties les unes à l’égard des autres. Telle est la source la plus féconde de toutes les maladies : Unaquœque viro corpons pars altéra alteri cum hinc vel illinc perruperit , statim morbum facit. T^enter capiti et caput carnibus ac ventri, et reliquœ

(1) Oper. cit. De locis in homine, 407, 40.

omnes eadem ratione ^ quemadmodum venter ca-piti et caput carnibus ac ventri (1).

De là des indications thérapeutiques, savoir, d’agir de préférence sur les parties qui par les fluxions en rendent d’autres malades : Hacque ratione optimum fuerit œgrotantes partes per eas quœ mor-bos faciunt ad curationem accommodare.

Il suffirait de ces citations pour penser qu’on doit remonter à l’époque hippocratique pour trouver l’origine de la plupart des assertions qui, si lon^ temps, ont été émises sur la théorie des fluxions. On y voit : que les humeurs se portent, se jet-

tent de préférence tantôt sur un organe et tantôt sur l’autre, ou bien vers telle ou telle ouverture naturelle ; 2^ que ces mêmes transports d’humeurs, en d’autres termes, que ces fluxions peuvent amener dans les organes ou des congestions , ou des inflammations, ou des dégénérescences; 3® enfin que les fluxions amènent très-souvent des écoulements variés , c’est-à-dire des flux.

Nous allons voir la même doctrine dans d’autres passages empruntés à l’école hippocratique.

Les fluxions sont toujours d’autant plus faciles à admettre que l’économie y est encore considérée, quant aux mouvements qui s’y passent, comme

(1) Loc. cit., 408.

iO

un tout , comme un cercle , sans commencement et sans fin.

« Quand la fluxion se porte sur le thorax , il en résulte des suppurations et des phthisies ; quand la fluxion se porte vers la moelle , c’est la phthisie, dorsale ou aveugle (1). Si la fluxion coule lentement , elle amène la sciatique et les affeclions rhumatismales. Après qu’elle a cessé de couler, l’humeur, venant insensiblement, est repoussée par les pàrties les plus fortes qui l’obligent à se réfugier aux articulations. »

Quand la fluxion se porte sur le nez , il se remplit d’humeurs épaisses... si vous les détournez, elles se porteront vers quelque autre part, où elles formeront une maladie plus grave. ,

Lorsque la fluxion se porte vers les oreilles, elle y produit de la douleur ; car elle y est portée avec violence. Le mal persiste jusqu’à ce qu’il se soit établi un écoulement (â). « Mais, si la fluxion se jette sur les yeux, ceux-ci sont tourmentés par du gonflement et par de l’inflammation.

« Lorsque la fluxion se porte sur la poitrine.... c’est tantôt une péripneumonie , tantôt une pleurésie ; ces maladies se forment parce que la fluxion vient de la tête par les bronches et les

(1) De locîs in homîne, 412 , 20.

(2) Loc. cit. , 411.

artères; le poumon, dont la substance est lâche et sèche , attire à lui toute l’humidité qu’il peut ; si elle se porte à tout le poumon, il augmente de volume de chaque côté, et il en résulte une péripneumonie. Mais si la maladie reste seulement latérale, c’est la pleurésie (1). »

Il est inutile de pousser plus loin ces citations qui n’amèneraient que des répétitions fastidieuses; on y trouve toujours un mélange d’erreurs, de suppositions et quelques vérités entrevues. On ne pouvait guère exiger plus à l’origine de la science.

Jusqu’à présent, comme on vient de le voir, il s’agit plutôt de la fluxion que de la congestion, et il en sera de même pendant un grand nombre de siècles ; je dirai plus : moins sobres d’explica*tions qu’Hippocrate ne l’a été dans ces fragments, les auteurs imagineront des théories nombreuses pour rendre raison et de la tendance diverse des humeurs à se jeter vers telle partie du corps plutôt que vers telle autre , et des maladies qui devaient nécessairement en résulter. Ce côté de la question sera même traité surabondamment

et avec une sorte de prédilection par les auteurs ; mais à mesure que nous nous rapprocherons de l’époque présente, nous verrons les auteurs se tour-

(1) Loc. cit., 414 , 30.

ner plutôt du côté de la congestion pour en exposer toutes les formes , toutes les variétés et toutes les conséquences.

Au reste la raison de ces tendances en quelque sorte opposées aux différentes époques de la médecine se rattache à ce fait général que les anciens auteurs ont dû, dans toutes les questions de pathologie, étudier plus particulièrement les symptômes, les actes ; tandis que les auteurs modernes se sont trouvés en mesure de rechercher les conditions du substratum organique. Disons maintenant quelques mots des doctrines de Galien à ce sujet.

Nous avons vu que, pour les auteurs hippocratiques, là où se fait la fluxion, là où se porte le sang, il en résulte des inflammations, précisément parce qu’il s’y est établi une congestion (c’est ce que j'ai eu occasion de rappeler ailleurs dans un mémoire sur les émissions sanguines) : Quœ vero sanguine repleniur oh sanguinis copiam conirerniscunt et injlammationes excitant (1). Le fond des idées est absolument le même dans Galien, c’est encore le sang qui se jette, qui s’accumule vers telles ou telles parties de l’économie, et alors il y produit des tumeurs, des douleurs et des accidents variables en raison des or-

(1) Lib. De flatibus.

ganes ; dans les uns il amène des inflammations , dans le cerveau il produit des apoplexies : JJbi in cerebrurn irruit^ apoplexiam facit (1).

La douleur appelle le sang, c'est une cause de fluxion et d’inflammation pour les parties : Quippe dolor ad inflammationis locum sanguineni tra-^ hit (2); ce qui développe, au dire de quelques modernes , l’axiome si connu d’Hippocrate : Ubi stimulus ibi fluxus,

Galien a soin de distinguer, dans les effets des fluxions , la simple congestion de l’inflammation , surtout lorsqu’il s’agit de tirer du sang, moyen qu’il regarde comme formellement indiqué quand la congestion devient phlegmoneuse : Sanguineni mûtes in ajfectu tensionis^ magisque etiam in phlegmonoso (3), que le sang d’ailleurs soit alors seulement en trop grande quantité ou altéré, quando copiosior justo aut praçus (4). Dans tous ces cas , la saignée enlève une matière nuisible , le sang ; elle soulage la nature , elle relève les forces , calme les douleurs et apaise la chaleur : Materiam infestam minuit^ naturam exonérât, vires robo-^ rat, dolores mitigat, calorern restinguit. Certes,

(1) De Sang, mîss,, cap. 5.

(^) De Sang, miss., cap. 8,

(3) Loc. cit., cap. 6.

(4) Loc. cit.

alii ex sanguine, alii ex bile Jlam, alii ex atra, alii ex pituita, alii ex sera, alii ex flatu, alii ex horum permixtione (1 ).

Cette humeur morbide peut être âcre et dissolvante , ou bien bénigne et inoffensive ; son siège peut varier, elle peut être dans l’épaisseur de la peau , sous la peau , dans la substance même des organes , etc., etc. On voit que jusqu’ici toutes ces idées appartiennent à l’antiquité. Arrivons à sa manière d’expliquer la congestion et la fluxion. Pour lui, on le sait, la cause prochaine, la cause propre réside toujours dans les humeurs , ici l’humeur cause du mal est viciée , et , de plus , accumulée contre nature : Itaque uniuscujusque propria continensque causa est humor quidam vi~ tiosus prœter naturam cumulatus (2).

Ainsi l’humeur est amassée , accumulée ; nous avons admis que c’est là ce qui constitue la congestion (cum, gerere). Fernel ne l’entend pas ainsi. L’humeur est accumulée, dit-il, mais elle l’est ou par le fait delà congestion, ou par le fait de la fluxion ; ici commencent les subtilités : Cumulatar autem vel congestione vel Jluxione (3).

(1) Fernelii Jmhiani universa Medicina, Lutet. Paris., 1567, lib. 7. be exiernis corporis affect., cap. 1, 329, 41.

(-2) Loc. cit.

(3) Loc cit.

La congestion, suivant Fernel, et ce mot il le regarde comme équivalent du mot à6pot(jpç, la congestion contre nature survient par le fait d’humeurs destinées à la nutrition : Congestio prœter naturam sensim fit ex humoribus in partent alimenti vice distributis. Or il peut se faire qu’un organe soit débilité à ce point qu’il ne puisse convertir en sa propre substance le fluide nutritif qui lui arrive , ou bien il peut être altéré à ce point qu’il le déprave et ne peut se débarrasser des fluides excrémentitiels qui sont en lui ; alors nécessairement il s’établit une congestion. Telle est la définition admise par Fernel, voici son texte : Cum enim pars vel ita imbecilla est ut nec affiuens alimentum in propriarn substantiam mutare, vel ita vitiata ut idipsurn corrumpat, nec genita excrementa a se propellere queat, necessario prœter naturam congestio queedam fit. Définition toute hypothétique, on le voit, ou du moins fondée sur des assertions qui elles-mêmes auraient besoin d’être prouvées.

Quant à la fluxion , elle est définie par F ernel dans l’esprit des anciennes doctrines ; elle est beaucoup plus exacte que celle de la congestion. Pour lui la fluxion , mot qu’il regarde comme l’équivalent du mot ^£u[A«Tt(7pî , la fluxion consiste dans un apport d’humeurs plus accéléré et plus

abondant que ne le comportent les besoins d’un organe : Fluxio autem est humons incursio conciiatior atque copiosior quam parti alendce sit ex usu.

Quoi qu’il en soit de cette distinction ^ on voit qu’au fond Fernel est forcé d’admettre des idées générales à ce sujet. Qu’il explique comme il le voudra la congestion; après tout ce n’est aussi pour lui qu’une accumulation d’humeurs , un état matériel, une disproportion entre les solides et les liquides d’une partie quelconque ; et quant à la fluxion , pour lui aussi c’est un acte , un mouve-

ment, une impulsion, incursio.

Pour ce qui est des causes de la fluxion , Fernel retombe dans les suppositions admises depuis si longtcînps ; c’est une trop grande abondance de la matière qui doit faire les frais de la fluxion', c’est son acrimonie ou S‘àtémi\ïé :Hujusinteriorescausœ surit Jluxurœ materiœ copia , acrimonia vel tenuitas. Nous venons de dire suppositions; peut-être avons-nous été. trop loin, et serons-nous obligé de reconnaître plus tard que l’excès des liquides et leur défaut de coagulabilité peuvent en effet contribuer aux mouvements fluxionnaires ; nous devons en outre ajouter que Fernel ne s’en est pas tenu à ces causes dites intérieures , il en a admis d’autres plus réelles; telles sont l’excès d’énergie

dans l’organe qui pousse le liquide, le relâchement des voies que les liquides ont à parcourir , la faiblesse des parties destinées à les recevoir et leur situation trop déclive, propellentis partis robur, viarum laocitas ^ et excipientis partis imbecillitas situsve decliçiôr (1). Fernel ne se borne pas encore à cette énumération , il indique un autre ordre de causes, trop négligées par les anciens, et qui pour lui soal évidentes; telles sont les contusions , les ruptures , les blessures, les luxations , et tout ce qui peut eofm appeler la fluxion par le fait de la douleur ou de la chaleur : Evidentes vero causœ contusio, ruptio , vulnus , luxatio et quœcumque doloris aut caloris vi fluxionem accersunt (§).

A peu près à !a même époque, Jacobus Sylvios s’est occupé aussi des moovemeois fluxioonaires, mais avec bien plus de subtilité encore que son compatriote. Feroel, sur la foi de ses maîtres, avait tout au plus admis quelques conditions hypothétiques ; tandis que Sylvius s’abandonne complètement à son imagination. S’il y a des mouvements fluxlonnaires , c’est qu’une partie plus forte, plus noble, plus élevée, plus dense , agit sur mie partie plus faible , inférieure , secondaire et rare , et les mouvements fluxioonaires se font ou par des ca-

(1) Loc. cit. — (2) Loc, cit.

naux d’une capacité suffisante et manifeste comme les voies digestives , ies veines et les artères , ou bien par des conduits occultes, inaccessibles à nos sens comme les espaces qui séparent les organes , comme les pores de toute l’économie : J^el pars robustior, nobilior, sublimior , densior in partern imbecilUorem , ignobiliorem , inferiorem , rariorern per meatus prœcipue capaces et manijestos ut stomachos et venus et arterias , vel occultas sentire ut spatia inania inter partes similares , et poros corporis totius (i).

Toutefois il y a des exceptions à ces prétendues règles ; les mouvements fluxionnaires peuvent s’opérer dans des sens diamétralement contraires à ceux qui paraissent naturels ; ceci arrive par le fait d’une douleur ou d’une chaleur très-vive : T amen aliquando etiam contrario suce naturœ, irnpetu a parte dolente aut calente, dolor trahit uti et calor. Telles sont les causes actives des fluxions, c’est-àdire de la transmission ou de l’attraction d’une partie vers une autre : Hœ suntcausœ calidœfluxionis materiarum, hoc est transmissionis vel attractionis ex parte aliqua in aliam.

Sylvius aussi s’occupe en même temps de la

(1) Jaeobî Sylvii Opéra medica^ Genevae^ 1630, [Comment, in îib. post. Gai. De differ. febr. in cap. 14 et 15> p. 385.

congestion et de la fluxion ; ses explications sont les mêmes relativement aux causes de la congestion ; ce sont toujours des amas , des accumulations qui se feront suivant deux modes principaux : Duohus modis materiœ in parte cumulantur; la fluxion sera toujours un mouvement dont on recherchera le point de départ et l’aboutissant , fluxio , transmissio.

Combattant les idées de Stahl, Fréd. Hoffmann a cru devoir exposer comparativement la doctrine de ce médecin illustre et la sienne propre. On va voir combien il nous importe d’examiner nousmêmes brièvement les fondements de cette doctrine, intimement liée qu’elle est aux mouvements fluxionnaires, et par suite aux états de congestion. Nous avons vu que dès les temps d’Hippocrate il est très-fréquemment question de ces mouvements fluxionnaires ; mais ce sont là de simples assertions, le plus souvent sans preuve et portant sur des faits particuliers isolés. Il n’y a pas, à proprement parler, de corps de doctrine sous ce rapport; tantôt il est dit que le sang se jette, fait irruption vers la tête, tantôt qu’il se porte avec impétuosité vers la poitrine , vers l’abdomen , et que de là surgissent une foule de maladies. Mais où seront les preuves de ce transport humoral ? Quelles en sont les causes, les conditions , quel en est le but ? C’e.st

]a plupart du temps ce qu’on chercherait en vain dans les écrits antérieurs. Stahl, au contraire, formule toutes ces notions, il les systématise, les coordonne enfin en un corps de doctrine ; on voit qu’à ces différents titres nous devons insister sur cette mémorable époque ; mais pour cela il faut rappeler en quelques mots les bases de sa physiologie.

Stahl, dit Hoffmann, a donné comme principe, comme cause de tous les mouvements organiques, un être immatériel : Principium vitale, seu primum moyens, quod incorruptibile, incorporeum^ seu immateriole. sit (1) ; principe qui non-seulement préside aux opérations de l’intelligence , mais encore aux mouvements , aux actes de tous les solides de l’économie : Quod non tantum actibus ratiocinandi prœsit, sed et motus solidorum , cordis et arteriarum tonicos omniumque partium... ejjiciat... Toute matière est passive d’après les principes de Stahl ; à l’âme seule est dévolue la faculté motrice : Dicit omnia corpora, omnemque materiam ex se et sua natura esse mere passiçam , actwitatis et nisus eocpertem , animam motuum in corpore nostro proximam et veram causam esse. Il en conclut que le nisus formatims

(1) De differentîa doctrinœ Stahlianœ et Hoffmannîanœ, ^ 2. Fred. HolTmanni Siipplem. Operum omnioniy Genevæ, 1749.

dans la masse embryonnaire n’a pas d’autre principe que l’âme : Animarn esse etîani veram causam formationis fœtus in utero (1).

D’après la doctrine de Slahl , les conditions matérielles ne peuvent rendre raison de la cessation de la vie j il faut pour cela recourir à des faits immatériels : Denique asseritur non posse ullam veram causam necessitatis moriendi inevitabilis inveniri et allegari in structura corporis nostri ; quapropter mortis causam in corpore organice non esse quœrendam, sed in ipso illo movente pnncipio (â). Telles sont les bases principales de la physiologie stahlienne : passons à sa pathologie.

D’après Stahl, toute maladie aurait un but, et un but conservateur ; d’après lui, les fièvres surtout sont suscitées et soutenues dans un but salutaire : d’où il conclut que la nature, même au milieu de ses désordres apparents, est essentiellement médicatrice. Par des mouvements en quelque sorte providentiels, elle insurge pour ainsi dire tout l’organisme contre les causes matérielles de troubles, afin de les expulser par certains émonctoires au bout d’un temps donné. Même dans les affections spasmodiques, cette nature s’insurge et réagit encore

(1) Loc. cit.

(2) Op. cit., §.5.

par des mouvements circulatoires plus ve'héments et plus actifs : Dicunt nempe contra noxiam et hostilem materiam e corpore remocendam insurgere, et motibus contra ha, ne ipsam quasi sese armare, ut débita tempore et per congrua emunctoria ilia e corporè removeatur et expellatur. Idque maxime fieri infebribus et afjectibus spasmodicis; ubi nempe in febre natura insurgat cehemention et inordinato et sueto motu sanguinis progressior.. . Inde etiam concluditur naturam optimam morborum esse medicatricem. Enfin, comme conclusion dernière, les stahliens posent comme une nécessité que le médecin doit s’attacher uniquement à suivre ces tendances de la nature, marcher par les mêmes voies, et qu’il n’y a rien de plus pernicieux que de troubler la nature dans ses efforts conservateurs : Quare medicus tantummodo ductum et çiam naturœ sequi debet, et nihil pestilentius esse quam turbare naturam in suo curandi opéré (1).

Cette doctrine, comme on le voit, d’ailleurs très-élevée, si elle n’est pas entièrement nouvelle, l’est du moins comme conception systématique ; on n’en a guère trouvé que des aperçus isolés dans les écrits hippocratiques, et ceci se conçoit ; car, dans cette vaste collection du Père de la médecine,

il y a de tout; il y a de l’humorisme informe et grossier, il y a du solidisme, il y a du pneumatisme , etc., etc. Mais la doctrine de Stahl comme travail d’ensemble , et comme rattachée à un petit nombre de principes primordiaux , était neuve dans la science ; mais arrivons aux points qui concernent plus particulièrement notre question.

Dans les idées de Stahl, c’est la pléthore, c’est la trop grande quantité de sang qui est la source de tous les maux : n'XviOcopa , omnium morbonim mater. De toutes les causes de ruine et de destruction pour l’économie, il n’en est pas de plus active ; car alors , d’après son école, le sang ne peut plus circuler librement, il stagne dans les vaisseaux, il les congestionne, il les obstrue, et il ne tarde pas à s’altérer lui-même. Nous voici, comme on le voit, ramenés à la fluxion et à la congestion : Inter omnia ea rjuœ corpori ruinam et lœsionem afferre possint J, nihil magis emineat quam sanguinis nimia copia siçe plethora. . . quia sanguis ob nimiarn copiam et abundantiam pervadere vasa nequeat, nec circulari rite; sed necesse est ut hinc inde in i>asis stagnet , segnius ç>el plane non progrediatur, partes infarciat, obstruât et ipse tandem in corruptelas etputredinem abeat. C’est là la cause matérielle des maladies aiguës et chroniques : Hanc

itaque morborum. acutorurn et chronicorum prœcipuam, materialem causam esse (1 ).

On voit quelle longue part Stahl accorde dans la production des maladies à la fluxion et à la stagnation ; toute autre condition matérielle est rejetée, toute prétendue impureté des humeurs, tout état d’âcreté, de viscosité , tout état bilieux même est rejeté en doute -.Impuritas humorum salsa, acris, viscida, biliosa, penitus quasi reprimitur et quasi in dubium vocatur (â).

Mais ces principes de pathogénie une fois adoptés , voyons comment la nature va réagir soit pour réprimer les mouvements fluxionnaires , soit pour remédier aux congestions , puisque cette nature est le meilleur médecin des malades. On voit qu’ici la doctrine de Stahl poursuit ses investigations jusqu’au dernier terme pour remédier à la pléthore ou du moins pour prévenir les maladies qui en seraient la conséquence. La nature providentielle use d’une double méthode : ou bien elle la diminue par des mouvements sagement combinés, ou bien, à l’aide de fluxions essentiellement salutaires elle trouve des émonctoires qui expulsent le trop-plein au dehors; d’où les hémorra-

(1) Loc. cit., § 8.

(2) Loc. cit.

gies : Aller modus est ut ipsum sanguinem super-^ fluum atque inutilem et natura graçern per certa emunctoria eocpellat (1). Ainsi toute la doctrine des hémorragies d’après les idées de Stahl va se trouver entièrement liée à la doctrine des fluxions.

Le point de doctrine le plus important que nous ayons ici à signaler est relatif à la direction si diverse des fluxions aux différentes époques de la vie et dans les différents sexes. Ici d’ailleurs se trouvent les travaux les plus remarquables de Stahl , ceux qui portent sur l’influence pathologique des âges sur les fluxions hémorroïdaires et sur les congestions abdominales.

Stahl pose en fait que , lorsque la quantité de sang est trop considérable , la nature - providen» tielle varie les mouvements fluxionnaires. Dans le jeune âge, c’est vers la tête et vers les fosses nasales qu’elle dirige la fluxion : Cura nempe in œtate puenli per caput et nariurn venus, illam eçacuationem et excretionem sanguinis moliatur. Chez les jeunes gens, c’est vers les poumons \In juçenili œtate per pulmones ; dans un autre sexe après la quatorzième année, c’est vers Futérus :ln fœminis post annum decimum quartum per uteri venus. Chez les hommes d’un âge plus avancé, les mouve»

(!) Loc. cite, § 9.

ments ont lieu par les vaisseaux hémorroïdaux ; In vins vero protections œtatis per hœmorrhoîdalia tasa etacuaiionern suscitât (1). De là la diversité des maladies dévolues à chaque âge , précisément à cause des congestions qui résultent de ces différences dans la direction des mouvements fluxionnaires. Si dans la jeunesse ou dans l’adolescence le sang ne se dirige pas régulièrement vers les fosses nasales , il peut survenir des douleurs de tête gravatives, aiguës , lancinantes , avec turgescence de la face, gonflement des veines , prurit des narines ; il peut s’y joindre de la scotomie, des tintements d’oreille , de la somnolence ; il peut survenir des gonflements glandulaires, des ophthalmies , des larmoiements ^ et chez les trèsjeunes enfants, des achores, des teignes, des ulcérations de la face, et enfin des flux séreux ou purulents des oreilles : Si in œtate puenli vel adolescentibus sanguis c rianbus non rite fertur, fieri inde capitis dolores gratatitos , acutos etiam et lan~ cinaiorios cum facie tumida et rubicunda et venis circafrontem et tempora inflatis, curn narium pruritu et siccitate; jugi etiam vice scotomiarn, tinrdtum amium, grâces somnos , sique sanguis rnulto sero abundat , glandularum circa jugula et aures

(1) Op. cit., § 10.

fieri tumores ; oculorurn salsas dejluxiones s eu epiphorarn^ çel ophthalmiam; etiam in inf antibus primorum annorurn achores^ tineam capitis, exuh cerationes jaciei, auriurn d^uxiones purulentas et serosas inde propullulare (1).

Mais lorsque chez les jeunes gens la fluxion, n’ayant plus lieu vers la tête, se dirige plutôt vers la poitrine sur les poumons , il peut en résulter des hémoptysies ; un sang trop abondant peut stagner dans le tissu pulmonaire et déterminer des dyspnées, des toux sèches avec point de côté; des tubercules , des vomiques peuvent se former dans la substance même du poumon ; et, s’il en résulte un travail d’ulcération, la phthisie se déclare, c’està-dire un état de consomption avec lièvre lente et expectoration plus ou moins purulente mêlée parfois de stries de sang ; de cette fluxion peuvent encore résulter des pleurésies vraies ou fausses , des pneumonies , des angines , toutes maladies enfin qui sévissent particulièrement de la vingt et unième à la vingt-cinquième année (â).

Chez les femmes , la liste des maux qui se trouvent sous la dépendance des mouvements fluxionnaires est encore plus longue. Si en effet cette

(1) Op. cit., § 10.

(2) Loc. cit., § 11.

quantité de sang qui doit être éliminée par l’utérus est retenue, il y a nécessairement congestion des vaisseaux utérins ; non-seulement cet organe est congestionné , mais le mal gagne les voies digestives elles-mêmes ; de là une foule d’affections spasmodiques , désignées sôus le nom de passions hystériques; le mal peut même gagner tout le corps , etc. : In seocu vero sequiori longe majora mala , variaque a non rite succedente mensiurn negotio jieri; nam cum sanguis supeifiuus ad çenas uteri evacûationis causa cum impetu delatus , non ejicitur^ necesse ut in vasis uteri siagnet^ iliaque non modo infarciat sed et regurgitet ad partes superiores, ad vasa nempe gastrica, mesardica^ vel etiam intestina, ventriculurn quoque unde cuncta ilia pathemata varii generis spastica, quoe sub passionis hystericœ nomine veniunt, ortum suurn trahunt, urdcersum vero corpus et functiones ejusdem graçissime ajfliguntur, etc. (1).

Chez 1 es hommes, la bonne et sage nature, toujours dans d’excellentes intentions , c’est-à-dire pour éliminer un sang trop abondant et nuisible , dirige la fluxion vers les veines du rectum , et , si l’écoulement n’a pas lieu, de nombreuses maladies en sont le résultat, le sang stagne autour des in-

(1) Loc. cit., § 12.

testins ; des gros intestins , il passe aux intestins grêles , à la poitrine , à la tête , et engendre cette foule de maux qu’on désigne vulgairemeol; sous le nom d’hypocondrie, et qui ont tant d’analogie avec la passion hystérique.

In sexu vero nobiliori si ipsa sapiens natura ex hona> intentione et proœresi, noxium et nimis afjluentem sanguinem felici inolimine, per venas intestini recti ejicere nititur^ idque non rite pro-cedit, graçissimas etiam passiones chronicas ju-venilis et virilis maxime œtatis hommes inçadere.*,.. etinde natales habere pathematailla quœ sub mali hypochondriaci nomine vulgo venire soient et maximam conçenientiam cum iis habent quœ in passionem hjstericam incidunt, et nehe-menter spasmodica sunt (1).

Enfin, chez les hommes cToo âge avancé, ce sont les reins et les voies urinaires qui souffrent quand la fluxion hémorroïdaîe est empêchée ; de là les affections calculeuses des inflammations et des ulcérations des reins et de la vessie, les urines sanglantes, des rétentions d’urine, etc.; toujours sous la même influence , on voit se déclarer des rhumatismes, des douleurs articulaires, etc., etc.

In proçectiori œtate renes maxime et çiœ uri-

(h Loc. cit., § 13.

narice abexcretionehœmorrhoïdumcohibita, oelde' ficiente patiuntur , uride calculosœ et dolorijicœ passiones in renibus et çesica. Item injlammationes^ et ulcerationes renum et oesicœ, mixtiones quoque cruentœ, urinœ retentiones , etc. Ah hæmorrhdidali negotio non rite succedente rhumaticos, arthriticos dolores., etc., etc. (1).

De tous ces faits, les stahliens concluent que les intentions de la nature sont toujours excellentes, puisque l’on ne voit survenir tant de maux chez l’homme que dans le cas où son but n’est pas atteint. Toutefois ils veulent bien reconnaître que l’intention de la nature , toujours bonne en ellemême , peut se tromper, peut se détourner de ses voies naturelles; ainsi, pour ce qui est des fluxions, elle peut en certaines circonstances mal choisir son temps , se tromper sur le lieu de l’évacuation , ne pas proportionner ses efforts au but qu’elle veut atteindre; mais tout cela est purement accidentel, et c’est le devoir d’un médecin sage de reconnaître ces erreurs , afin de ramener la nature dans ses véritables voies.

Quoi qu’il en soit, ces principes étant posés relativement à l’influence de l’âge et du sexe, l’école de Stahl rapporte d’abord presque toutes les ma-

(i) Loc. cit., S 14.

iiagjiyjrn

ladies chroniques de la tête à des congestions plus ou moins graves- Toutes ont cette origine commune, et dans le traitement c’est un fait qu’il

ne faut pas perdre de vue, puisque alors il s’agit uniquement de modérer Fimpétuosité de la fluxion :

Quia çero prœcipui morhi capitis chronici ab

ejusmodi congestionibus sanguinis et sert ad ca’put per motus spasticos incompletos nascuntur, nïhil aliud in cura agendum quam ut impetus hu-morum ad caput, etc. (1).

La théorie est la même pour les maladies de la poitrine , la même pour celles de F abdomen , la même pour les maladies générales ; dans tous les cas, elles sont dues à des congestions telles, que le sang n’a pu trouver d’issue.

Mais c’est surtout dans la fameuse thèse ayant pour titre : Positiones de œstu maris microcosmici, seu fiuxu et refluxu sanguinis , que Stahl a donné libre carrière en quelque sorte à ses idées sur les mouvements fluxiomiaires. Noos ne chercherons pas avec lui à décrire ce qu’il appelle les flux et reflux du sang; noos dirons seulement que son exemple des fièvres interaiitteoles, et en particulier de la fièvre tierce légitime, était très-bien choisi pour prouver ce double 'mouvement fluxioimaire «

qui entraîne d’abord la masse du sang de la périphérie au centre, et qui ensuite le ramène avec une nouvelle force des parties centrales à la périphérie ; il décrit avec détail les différents stades , puis il demande si la théorie n’est pas véritablement applicable à l’explication de ces phénomènes ; il demande si, dans chaque paroxysme, on ne voit pas le sang abandonner en quelque sorte les vaisseaux superficiels pour aller congestionner les parties intérieures : Sunt ea sequeniia: 1® vasorum exinanitio, palor,frigus; immédiate sequuntur, retropressiu et congestio copiosi sanguinis ad interiora... sequitur ardor , seu œstuatio corporis, rubor , vasorum impletio , halitus corporis , turgefactio (1).

Mais ces flux et ces reflux du sang sont placés par Stahl sous la dépendance de ses mouvements toniques ; aussi la conclusion de sa thèse est-elle celle-ci, que le paroxysme fébrile est un exemple du mouvement tonique, mouvement qui porte le sang à opérer sa double fluxion , son flux et son reflux : Pro conclusione itaque theseos paroxjsmum febrïlem, verum exemplar esse rnonstranmus motus tonici prœcipue sanguinis cestum seu Jluxum et rejluxum induc entis (2).

(1) Positîones de œstu maris, elc.p etc. Halle, 1704, p. 44.

(2) Loc. cit., p. 48.

Dans sa thèse non moins célèbre, De çena portœ porta malonim hypochondriaco-'spleniticosuffocativo -hjsterico - coUco-hernorrhoïdariorurn^ soutenue en 1798, par Gœtke, Stahl commence par décrire anatomiquement le système de la veine porte ; puis il indique quel en est le mode de circulation , puis enfin il arrive à la partie pathologique. Ce sont des embarras dans cette circulation qui vont donner naissance à la plupart des maladies ; donc il s’agit moins ici de fluxion que de congestion. Il cherche à montrer comment, sous l’influence des causes les plus légères, des obstacles sont apportés à un mode de circulation déjà si lent, si difficile par lui-même: Vnde sanguineorum vasorum nuspiam in corpore facilem autfreauentem obstructionem veram et plenariarn agnoscimus... (1).

Pour nous résumer sur Stahl, nous dirons que, cherchant à ramener la pathologie à un petit nombre de principes, il a fait jouer le rôle principal dans toute la pathogénie à la fluxion et à la congestion , il a presque partout vu comme source du mal ou une trop grande quantité de sang , c’est-àdire ou la pléthore ou la congestion , ou bien il a vu une inégalité dans sa distribution , c’est-à-dire

(1) lie vena ponce, etc., p. 35.

des mouvements fluxionnaires. C’est là surtout ce qu’on trouve dans ses ouvrages , et en particulier dans le traité qu’il avait composé dans le but de ramener la physiologie et la pathologie à l’état de science (1).

Il lui avait paru que de son temps on appliquait à la médecine une foule de notions scientifiques empruntées soit à la physique soit à la chimie de l’époque , notions qui , loin de lui venir en aide, lui étaient plutôt nuisibles ; il chercha de préférence à ramener les médecins à la simple contemplation des actes et des conditions organiques.

Bien que décidé à soutenir une thèse contraire, Frédéric Hoffmann a été obligé de rendre justice au génie de Stahl ; il avoue que dans sa doctrine il y a des faits très-importants , qu’il rend raison de beaucoup de choses jusque-là ignorées , et il avoue que personne n’a aussi bien étudié les maladies qui dépendent de la pléthore, de la fluxion et de la congestion ; il rend également hommage à sa pratique, principalement dans le traitement des fièvres et des inflammations.

Nous n’avons pas à nous occuper des objec-

(1) Theoria medica vera Physîologiam et Pathologîam tanquam docinnœ medicœ partes vere contemplaiivas et naturœ et arlis verts /undamentis intaminata ratione et înconcussa experîenüa sistens.

tions que Fr. Hoffmaun a faites aux propositions physiologiques de Stahl; disons seulement que, d’après Hoffmann, non-seulement les solides de l’économie ne sont pas entièrement passifs , mais que les fluides eux-mêmes sont doués de mouvements propres. Il nie d’abord que la pléthore soit la cause de la plupart des maladies, et il cite beaucoup d’exemples pour prouver que de nombreuses maladies peuvent résulter de conditions toutes différentes. Or, comme Stahl avait reconnu la pléthore comme cause seulement de la plupart des maladies, ce n’est plus entre lui et Hoffmann qu’une question de proportion ; seulement Hoffmann fait jouer un rôle plus important au système nerveux ; du reste il admet aussi que les congestions sont souvent le point de départ des maladies.

Quoi qu’il en soit, les idées de Stahl sur la fluxion et sur la congestion, si elles n’ont pas été admises exclusivement par ses successeurs , ont eu une grande influence sur la pathologie, et surtout pour tout ce qui a trait aux hémorragies. Nous les verrons fréquemment revenir , même à l’époque présente , dans la question qui nous occupe.

Cullen, dans le dernier siècle, est lui- même revenu sur ces idées fondamentales. Si la pathologie

fies hémorragies lui paraît aisée à concevoir, c’est qu’il voit d’abord quelque inégalité dans la distribution du sang , inégalité , dit-il , qui amène une congestion dans plusieurs parties du système sanguin ; certains vaisseaux recevront une plus grande quantité de sang qu’ils ne doivent en contenir en raison de leur capacité naturelle (1).

Son commentateur reconnaît avec lui que cette congestion ou cette accumulation extraordinaire de sang dans les vaisseaux doit arriver toutes les fois qu’une cause quelconque pousse une plus grande quantité de sang vers certaines parties , ce qui n’est autre chose qu’un mouvement fluxionnaire, suivi d’un état de congestion. Bosquillon, voulant en outre rendre raison des rechutes si fréquentes dans les cas d’hémorragie , ajoute que souvent cette cause première, qui déterminait la fluxion, persiste dans l’économie, et que la congestion se renouvelle ainsi (â).

Bosquillon va plus loin : trouvant quelque analogie entre la congestion et l’inflammation, il veut cependant en montrer les différences. La congestionj une fois établie, peut être suivie de réaction ;

(1) Gnllen, Etêm. de Médec. prat„ trad. par Bosquillon. Paris, 1787, t. 2, lir. 4, sect. 2.

(2) f oc. cit., 1.

ceci fait, suivant lui, que les inflammations et les hémorragies se ressemblent beaucoup. Elles ne diffèrent , ajoute-t-il , qu’en ce que dans les hémorragies , la détermination (fluxion) qui a précédé et la congestion sont plus remarquables, parce qu’elles ont lieu dans des vaisseaux qui se distendent facilement et s’ouvrent par rupture.

Ceci est une erreur ; nous aurons plus tard à rechercher quelles sont les véritables différences de l’inflammation et de la congestion. Celles que vient d’indiquer Bosquillon ne sont pas fondées , puisque toute congestion peut être suivie d’inflammation. Il ajoute que les inflammations, en cela différentes des congestions , sont situées dans des membranes d’une texture plus compacte, texture qui n’est pas susceptible d’une distension ou d’un épanchement considérable. C’est encore une erreur : l’inflammation peut attaquer tous ces tissus. Au reste Bosquillon est ici en contradiction avec lui-même, puisqu’il ajoute

tout aussitôt que les stahliens ont eu raison d’avancer que l’inflammation et l’hémorragie dépendaient d’une même cause, savoir, de la congestion. Puisque la congestion préexiste dans les deux cas, les différences signalées par Bosquillon sont nulles. Au reste il ne fait qu’un seul reproche à Stahl , c’est d’avoir dit qu’une âme inteili-

AO

gente fixe la congestion dans un lieu impropre ; i! lui paraît plus naturel de dire que ces maladies dépendent d’une nécessité physique , que cette nécessité suit l’effet d’un état particulier des solides ou d’une cause purement mécanique.

Gullen , avons-nous dit, admet que la congestion est une des conditions de beaucoup d’hémorragies ; aussi , dès que l’écoulement du sang a fait cesser la congestion , tout accident est dissipé ; mais il ajoute que la congestion n’ayant été le plus souvent que l’effet d’une fluxion préalable , c’està-dire d’une tendance du sang à se porter, trèsfortement vers certaines parties , cette tendance peut persister dans l’économie ; et elle agit avec d’autant plus de facilité , que les vaisseaux de la partie étant relâchés ; sont plus disposés à favoriser la congestion sanguine , et à produire en conséquence le même ordre de phénomènes qu’avant. Au reste Gullen tombe ici dans les idées de Stahl ; il lui semble que les congestions occasionnent un sentiment de résistance , excitent l’action de la force médicatrice de la nature (1).

Il est encore stahlien pour la condition première : en effet il admet que l’état général de * pléthore du système sanguin existe dans la plupart

(î) Loc. cit,, t. 2 , p. 5.

des cas , et que cet état augmente l’effet de toute cause qui donne lieu à la distribution inégale du sang (1).

Il est encore stahlien pour l’influence de l’âge et du sexe. Les effets de tout état de pléthore extraordinaire , dit-il , différeront en raison des diverses périodes de l’accroissement du corps. Tl est enfin de l’école de Stahl pour ce qui est relatif au système de la veine porte ; il dit aussi que le mouvement du sang veineux y est plus lent que partout ailleurs, qu’il y est peu favorisé par la compression externe ; en outre , que le défaut de valvules dans les veines dont la réunion forme la veine porte est cause que les congestions veineuses ont lieu facilement.

Barthez a véritablement dit peu de choses sur les fluxions considérées en elles-mêmes , il s’est plutôt étendu sur les inductions thérapeutiques ; aussi aurons-nous occasion de revenir sur ses propositions. Examinons seulement quelques-uns de ses principes. Il définit la fluxion tout mouvement qui porte le sang ou une autre humeur sur un organe particulier avec plus de force ou suivant un autre ordre que dans l’état naturel. Cette défini-

(1) Loc. cit.

tion est ancienne ; nous l’avons déjà vue émise par plusieurs auteurs. On a plutôt été en dissidence sur l’état de congestion.

La fluxion , ajoute Barthez , peut être aiguë ou chronique (1). Cette proposition aurait eu besoin de développement. On ne sait si Ton doit entendre par fluxion chronique, ou une longue suite, une série de fluxions, ou un mouvement fluxionnaire continu , mais d’une lenteur remarquable. ,

Barthez poursuit : La fluxion est un élément essentiel dans la formation d’un nombre indéfini de genres de maladies , tant aiguës que chroniques, particulièrement de celles qui constituent les obstructions, les inflammations, les ulcères et les divers flux (â).

Le mot élément est particulièrement employé dans l’école de Montpellier, mais son acception n’est pas rigoureusement établie ; élément dit-il seulement principe constituant , ou bien indiquet-il seulement un fait de causalité? C’est ce que nous ignorons, et ce qu’il eût été important d’établir dans la question présente. Si, comme il me

(1) Du traitement méthodique des fluxions^ etc,, par Barthez, Mém, de la Soc, médic. d' émulation, t. 2, p. I.

(2) Loc. cit.

semble, Barthez a voulu simplement dire que la fluxion est au nombre des causes d’un grand nombre de maladies, il a eu raison; mais il a répété ce que nous venons de voir établi dès l’origine de la science. Il cherche toutefois à spécialiser, il indique quatre maladies. Pour les inflammations et les flux, l’influence de la fluxion n’a jamais été niée ; mais il aurait fallu s’expliquer pour les obstructions et les ulcères.

D’après Barthez : Hippocrate, Galien et leurs sectateurs n’auraient donné sur ce sujet que des préceptes épars , seulement d’une manière incidente et en pariant de divers genres de maladies particulières , inflammatoires ou autres (1). Ce n’est pas ce que nous avons vu jusqu’à présent ; la doctrine des fluxions tient une grande place dans l’antiquité médicale; Hippocrate s’en est occupé particulièrement, non pas à l’occasion de quelques maladies particulières, mais bien pour rendre raison de la production d’ordres entiers de maladies. Barthez trouve encore que les auteurs galéniques, qui ont écrit fort au long sur le traitement des fluxions, sont tombés dans le défaut de ramasser des observations partielles qu’ils n’ont point rappelées à des principes fixes et uniformes ;

■(I) Loc. eit., § 2

il ajoute enfin que ce vice fondamental les a conduits à donner, sur le traitement des fluxions, des règles douteuses et incohérentes qu’on ne peut réduire en un corps de doctrine solide (1).

Ces reproches paraissent fondés; mais dès lors on s’attend à trouver, de la part de Barthez, des observations, non-seulement nombreuses , mais encore groupées, coordonnées en raison de leurs rapports, afin d’en déduire définitivement un corps de doctrine et des principes fixes. Ces principes, il les a promis; nous verrons plus tard s’il a tenu parole.

A peu près à la même époque que Barthez, et sous l’influence des mêmes idées, Louis d’Oleron chercha à soumettre la doctrine des crises à l’examen de la doctrine analytique; il croit qu’Hippocrate est le seul qui ait transmis, sur ce sujet, des idées saines et des vues utiles. Du reste il définit la fluxion de la même manière que Barthez : c’est toujours un mouvement qui porte le sang ou une autre humeur sur un organe particulier, etc., etc. (â). Louis s’occupe successivement 1** de l’humeur fluxionnaire ; 2° de l’organe d’où elle part et de celui où elle aboutit ; 3° des voies qui lui livrent passage ; 4° du mouvement qui l’y porte. On voit que c’est l’an-

(1) Loc. cit. , § 2.

(2) Brochure in-4», Montpellier, an viii.

cienne doctrine admise dans ses éléments les plus hypothétiques; à la manière des médecins d’un autre âge, il suppose que l’humeur fluxionnaire part d’un organe particulier, organe que les anciens désignaient sous le nom de pars mandons; il suppose qu’elle aboutit à un organe particulier aussi, organe qui était désigné sous le nom de pars recipiens; enfin il .s’occupe abstractiveraent du mouvement en lui-même. Toutes les humeurs peuvent devenir matières de fluxion , mais c’est surtout dans la jeunesse et au printemps que l’humeur sanguine est portée aux mouvements fluxionnaires ; dans l’âge viril et pendant l’été , c’est le tour de la bile, c’est elle qui fait de préférence les frais des fluxions; enfin arrivent la vieillesse et l’automne ; alors l’humeur séreuse et l’atrabile sont en mouvement; toutefois l’humeur qu’on trouve le plus souvent dans les mouvements fluxionnaires, c’est la pituite ou humeur muqueuse, soit seule, soit unie avec d’autres ; voilà pour les humeurs dites fluxionnaires. Quant aux organes d’où l’auteur suppose que partent les fluxions, se basant sur les théories rappelées par Feroel et Sylvius, l’auteur croit que ce sont des organes ou doués d’un excès d’action , ou naturellement plus forts qui repoussent les humeurs sur les parties les plus faibles.

Les voies par lesquelles chemineraient les humeurs ne sont autres que les systèmes vasculaires sanguin et lymphatique, etc. Bordeu aurait de plus montré que le tissu cellulaire peut offrir de nouvelles voies.

Quant au mouvement, les hypothèses de l’auteur ne sont pas moins nombreuses. Tantôt le mouvement serait direct, l’humeur passerait immédiatement d’un organe à un autre ; tantôt le mouvement serait réfléchi, l’humeur, arrivant sur un organe, serait repoussée sur un autre.

Nous n’irons pas plus loin dans l’exposition d'idées aussi étranges. A l’époque où elles furent publiées, elles eurent cependant un certain retentissement, la preuve en est, et ceci est un fait historique, que l’auteur ayant eu à soutenir sa dissertation dans l’école de Montpellier, le fit, dit-on, avec tant de succès, que ses maîtres l’embrassèrent publiquement pour lui témoigner leur satisfaction. Ceci soit dit, bien entendu, sans chercher à déprécier en rien cette célèbre école. Nous avons déjà parlé de Barthez, dont les doctrines ont eu beaucoup d’éclat; nous allons parler de M. Lordat, dont l’ouvrage sur les hémorragies nous offrira des vues très-judicieuses et appuyées sur des faits pratiques.

M. Lordat paraît avoir adopté la théorie de

Stahl , du moins dans ses points les plus importants. Nous allons voir qu’il a reconnu des faits incontestables , mais qu’en même temps il a admis des faits qui auraient besoin d’être prouvés. Suivant lui , les éléments essentiels qui constituent l’hémorragie par fluxion sont : la fluxion san-

guine générale vers un lieu déterminé ; â® la fièvre ; 3® la dilatation des voies par lesquelles le sang doit s’échapper (1).

M. Lordat ne partage pas les idées de Frédéric Hoffmann ; il admet avec Stahl que le mouvement fluxionnaire a une tendance vers un point où convergent les contractions péristaltiques de toutes les parties (â).

Ici commencent les faits suggérés par le raisonnement, mais qui manquent de preuves positives. On sent en effet la nécessité d’un mouvement a tergo pour tout transport humoral, mais rien ne prouve positivement sa réalité.

La congestion, qui n’est aussi dans les idées de M. Lordat qu’un résultat de la fluxion , varie beaucoup d’après cet auteur, seloù la quantité de fluide

(1) Lordat , TraïtQ des hémorragies, Paris, 1808, p. 69.

(2) Loc. cit.

envoyée par les autres parties , le lieu où s’arrêtent les mouvements toniques et la résistance des pores exhalants. Quand cette étendue est considérable, la fluxion s’accompagne de symptômes particuliers , et iciM. Lordat rappelle, comme exemples, des symptômes que nous avons déjà trouvés mentionnés par Hippocrate, tels que la douleur de la tête, le délire, le trouble des sens extérieurs, les sensations fantastiques, les convulsions, etc., etc. A l’exemple de Stahl, il signale les coliques, les mouvements spasmodiques des viscères du bas-ventre et les affections mentales , qui en seraient la suite , observés quand l’éruption des hémorroïdes est imminente ; observations que M. Lordat a tort de rapporter à Trnka , puisque nous avons prouvé plus haut qu’elles avaient été faites dans l’antiquité médicale et plus tard systématisées par Stahl. Du reste, et je l’ai déjà dît, M. Lordat s’est appuyé plus d’une fois sur des faits pratiques assez remarquables ; ainsi , pour prouver que chez le même individu les mouvements fluxionnaires généraux j peuvent se partager de manière à former à la fois ] plusieurs fluxions hémorragiques, il cite le cas d’une femme de trente ans détenue dans la maison de ' force, attaquée d’une fièvre synoche simple ; elle présenta au septième jour l’appareil d’une fluxion i

sanguine , l’écoulement se fit en même temps par le nez et par l’utérus (1).'

Pour prouver ensuite que le point de convergence des mouvements fluxionnaires peut changer plusieurs fois pendant la durée d’un même effort hémorragique , il emprunte un fait recueilli par Boerhaave et relaté par Van Swieten. Il s’agit d’une fille qui, à l’âge de onze ans, éprouva des hémorragies menstruelles par diverses parties du corps. A chaque période, il y avait des tumeurs ou des transsudations sanguines qui, paraissant successivement en plusieurs endroits, annonçaient les changements de tendance de la fluxion. Enfin les périodes se dérangèrent, et les efforts revinrent irrégulièrement. Un matin, la malade eut une hémorragie par l’extrémité des doigts ; après midi, elle fut prise d’un vertige accompagné de rougeur à la face ; un moment après, on aperçut à la région du larynx une tumeur qui gênait la respiration : tous ces symptômes disparurent lorsqu’il survint une sueur de sang à la partie antérieure du cou. Un autre Jour on observa successivement, et dans des instants très-rapprochés, une rougeur à la face, une hémorragie nasale, l’intumescence du

(1) Op, cît,, '7L

cou, la sueur de sang dans la même région, une semblable transsudation au bras droit, et enfin à la jambe du même côté (1).

Du reste M: Lordat met beaucoup plus de réserve que n’en avait mis Louis d’Oleron a l’égard d’hypothèses admises par d’autres sans contestation ; c’est du moins sous la forme du doute que M. Lordat les rappelle. « Je me sens porté à croire, dit-il, que, dans les hémorragies simples, le système sanguin est le seul qui soit mû par des contractions fluxionnaires. Il me semble que, lorsque le système lymphatique ou le cellulaire éprouvent des agitations semblables , simultanées avec celles du système sanguin, il en résulte une complication de l’effusion du sang avec des écoulements ou des congestions d’une autre nature (â). »

Mais il est des points sur lesquels M. Lordat me paraît avoir montré une grande sagacité pratique, je veux parler surtout des rapports de la fièvre avec les mouvements fluxionnaires. Sous l’influence d’une fluxion plus ou moins marquée , une congestion s’établit; faut-il croire avec Cullen, que la réaction fébrile dépend alors uniquement

(1) Op. cit. 73.

(2) Loc. cit. 73.

de la congestion qui vient de se localiser? M. Lordat ne le pense pas, et avec raison. « Il faudrait pour cela, dit-il, que la fièvre se manifestât seulement lorsque la congestion est faite , et quelle s’accrût proportionnellement à la distension des vaisseaux; mais l’observation m’a prouvé que la fièvre précédait ordinairement la congestion du sang , et qu’elle était un moyen auxiliaire de la fluxion (1). » Cette observation est vraie , mais elle avait été faite avant M. Lordat. Avant lui , Stahl avait reconnu ce qui est exprimé encore par M. Lordat, savoir, que la fièvre se joint aux autres phénomènes de l’appareil hémorragique en vertu des lois de la synergie , qui détermine au besoin l’action combinée de tous les organes dont les efforts doivent concourir à une même opération , sans qu’il soit nécessaire de supposer aucune excitation ni provocation particulière (â).

M. Lordat, cherchant à analyser les symptômes

dont les hémorragies par fluxion peuvent s’ac-

compagner, trouve qu’ils se rapportent le plus souvent à ces trois causes : la fièvre, les mouvements fluxionnaires et la congestion. Mais, comme indépendamment des hémorragies par fluxion

(1) Loc. cit., 75. “ (2) Loc. cit.

générale; il a établi un genre particulier d’hémor-

ragies par fluxion locale , là il ne retrouve plus de symptômes généraux, tels que les frissons, la pâleur et le resserrement de la peau , le malaise , les lassitudes , etc. Il n’y a plus que des symptômes de congestion locale , c’est-à-dire un prurit , un sentiment de chaleur, de tension , une douleur aiguë ou gravative , mais point de fièvre ni alteration dans le pouls. Que si cependant il y a parfois de la fièvre, on ne la confondra pas à celle qui tient au molimen hœmorrhagicum. C’est accidentellement qu’elle se trouve réunie à la fluxion bornée , et, dans tous les cas , elle est consécutive.

J’ai déjà dit que c’est sous la forme du doute que M. Lordat rappelle les hypothèses admises antérieui’ement dans la doctrine des fluxions ; cependant il a eu tort de ne pas les soumettre à une critique judicieuse. Ainsi, lui aussi admet que les contractions fluxionnaires peuvent commencer à des distances fort inégales du point où elles tendent ; il ne répugne pas à distinguer, à la manière des anciens, dans les fluxions, la partie qui envoie , et la partie qui reçoit. Il croit pouvoir inférer II du fait cité par Marcellus Donatus , que , la congestion s’étant faite dans un organe , les contractions insensibles de celui-ci peuvent pousser le |

sang vers un lieu plus propre à lui donner passage. Deux hommes chez qui la rate avait acquis par degrés un volume prodigieux s’étaient trouvés guéris par des évacuations supérieures et inférieu-^ res d’une grande quantité de sang. Il semble à M. Lordat que les mouvements de la rate pous^ sèrent le sang vers l’estomac, que le premier de ces viscères fit le rôle de partie qui envoie , et le second de partie qui reçoit (1).

Ce qu’il y a de singulier , et on en conviendra avec nous d’après ce qui précède , c’est que M. Lordat ait regardé la doctrine de Stahl comme toute hjpothétiquê, lui qui en admet les princi-^ paux fondements. Stahl avait appelé effort hémorragique, rnolimen hœmorrhagiciim^ la fluxion sanguine dirigée vers un organe particulier, fluxion suivie ou non d’évacuation sanguine. Or nous avons vu plus haut que , pour un genre au moins d’hémorragie , M. Lordat reconnaît une action combinée de tous les organes dont les efforts concourent à une même opération. Au reste les ex-* plicatioiîs dans lesquelles il entre plus loin prouvent que lui aussi admet la théorie du molimen hœrnorrhagicum^ mais qu’il la réserve à certaines fluxions seulement. Toute fluxion sanguine doit“

(1) Loc. cit., 91.

elle être appelée un effort hémorragique? « Non, répond M. Lordat , il faut réserver cette dénomination pour les cas où toutes les circonstances autorisent à supposer une disposition aux évacuations sanguines. » Eh bien , c’était précisément ce que Stahl admettait ; mais le côté faible de son système est que toute fluxion est de sa nature hémorragique.

Une autre hypothèse admise par M. I^ordat est que , quand les simples fluxions sanguines et les efforts hémorragiques ne sont suivis d’aucune évacuation , cela vient de ce que les pores du lieu qui est le terme des mouvements, ne sont pas disposés à la dilatation synergique. Cette explication, on le voit, n’en est véritablement pas une , on suppose à la fois et des pores et un dé-

faut de disposition dans ces pores.

Enfin M. Lordat s’occupe d’une question sur laquelle nous aurons nous-mêmes à revenir ; c’est sur les différences de la simple congestion avec l’inflammation. Seulement il a eu tort ici d’employer indifféremment le mot fluxion et le mot congestion, mots que lui-même avait parfaitement distingués. Au reste, je le répète, nous reviendrons sur cette question.

Bien que Marandel ait soutenu sa thèse en i 807, c’est-à-dire antérieurement à la publication de l’on-

vrage de M. Lordat, J’ai dû d’abord m’occuper de celui-ci. M. Lordat déclare lui-même que la plupart des idées qui servent de fond à son ouvrage avaient déjà été publiées, qu’il les avait déjà plus d’une fois exposées dans ses leçons, et que plusieurs de ses élèves en avaient fait le sujet de leurs dissertations inaugurales. M. Lordat appartient d’ailleurs à l’école de Montpellier; il en continuait en quelque sorte les doctrines, j’ai donc dû ne pas le séparer de Barthez, dont il avoue lui-même qu’il avait voulu suivre l’esprit. Et enfin, pour nous, il clôt en quelque sorte ce que nous avions à dire sur ce côté de la question, traité plus particulièrement par les anciennes écoles. En effet , et nous l’avons vu jusqu’ici, de la double question que nous avons à traiter, la fluxion et la congestion , les auteurs dont nous avons jusqu’ici examiné les doctrines ont fait porter presque tous leurs travaux sur la fluxion, et se sont à peine occupés de la congestion; maintenant nous allons voir Marandel servir en quelque sorte de transition, puis l’école anatomique de Paris s’attacher de préférence à la congestion, ou du moins ne s’occuper que trèssuperficiellement de la fluxion.

La thèse de Marandel est un essai sur les irritations ; mais, pour lui , l’afflux des liquides constitue le premier phénomène de ces irritations. li

y a là, pour se servir de ses expressions, un centre de Jluxion avec des phénomènes qui offrent des variétés, suivant l’espèce d’irritation.

Sorti de l’école de Bichat , qui d’ailleurs avait reçu de l’antiquité ce point de doctrine, Marandel admet que l’afflux des liquides reconnaît pour cause l’action d’un stimulus sur les propriétés vitales. « De cet afflux , dit-il , dépendent la plupart des autres phénomènes. » Aussi le considèret-il comme le plus essentiel. C’est d’après ces considérations , et d’après les effets primitifs des fluxions, que Marandel établit quatre ordres d’irritations , désignés sous les noms d’irritations 1° nutritive, sécrétoire, 3” hémorragique, 4” inflammatoire (1).

Bien que Marandel reconnaisse l’existence préalable de mouvements fluxionnaires excités par l’action d’un stimulus, c’est principalement sur la considération de ce qui se passe localement, c’est-à-dire de la nature et des effets de la congestion , qu’il établit ces divisions importantes. L’école de Stahl restait concentrée dans les intentions et les efforts providentiels réalisés sous le nom de mouvements fluxionnaires, Barthez ne quittait,

(1) Marandel, Essai sur les irritations, thèse soutenue à l’Ecole de Paris, 31 août 1807.

pas encore la tendance diverse de ces mouvements; Marandel les admet, mais il décrit les formes diverses des états de congestion, et il les range en quatre groupes distincts. On voit comment la question a successivement passé de la fluxion à la congestion.

Marandel reconnaît des caractères communs à ces différents groupes. On remarque d’abord la fluxion, puis les phénomènes consécutifs à l’afflux, phénomènes qui offriront les différences suivantes : la fluxion doit-elle être nutritive, c’est-à-dire suivie d’une augmentation de nutrition ; dans ces cas , l’afflux n’est en général suivi que de l’augmentation de volume de l’organe, dont les fonctions peuvent ou bien être dérangées, ou même s’exercer avec plus de force et d’énergie, selon les circonstances et les lieux affectés. Dans les irritations sécrétoires, la fluxion est suivie d’une espèce d’érection et de gonflement léger, auquel succèdent un changement et une augmentation de sécrétion dans les organes chargés de cette fonction ; ou bien il s’établit une sécrétion nouvelle de liquides différents du sang dans des organes parenchymateux privés de voies d’excrétion. Les fluxions hémorragiques présentent une titillation, un orgasme particulier, avec chaleur légère et sentiment de constriction dans la partie qui va en être le siège.

Enfin, dans les fluxions inflammatoires, le liquide sanguin étant attiré en très-grande quantité dans le système capillaire par une irritation ordinairement très-intense, là fluxion détermine des phénomènes plus marqués et en plus grand nombre (1).

La division de Marandel, plus complète que celles établies précédemment, lui a permis de décrire avec assez de détails les differentes altérations dans l’organisation des parties, en raison et de la nature des fluxions et des conditions mêmes de cette organisation. Nous ajouterons seulement qu’il ne faudrait pas s’en laisser imposer par certaines expressions ; ainsi, bien que Marandel ait désigné sous le nom générique de fluxions, les hypertrophies, les sécrétions anormales, les hémorragies et les inflammations , il a toujours entendu par là l’état de congestion, d’accumulation du liquide lié intimement, suivant lui, à ces différentes affections.

Après Marandel , nous devons nécessairement citer M. le professeur Cruveilhier. Marandel se félicitait d’avoir été associé aux travaux de Dupuyt^en. M. le professeur Cruveilhier a rendu également hommage aux travaux de cet illustre chirurgien. Dans la troisième section de son Essai sur

(1) Loc. cit., p. 11 et 19.

l’anatomie pathologique en général, il a placé comme première classe les irritations , qu’il a divisées aussi en irritations nutritives , sécrétoires , hémorragiques et inflammatoires, toujours partant de ce principe , que les organes deviennent dans ces cas des centres de fluxion (1).

Dans les fluxions hémorragiques, M. Cruveilhier reconnaît qu’il y a en- quelque sorte antagonisme entre le molimen et la densité des organes. « Lors-

que la densité des organes, dit-il, est très-grande, ou lorsque, moins considérable, elle l’emporte sur l’impulsion du sang, l’effet de l’irritation se borne à un effort hémorragique , molimen hœmorrhagicum; mais la force de l’impulsion du sang l’emporte-t-elle sur la densité de l’organe , il y a déchirure ; tel est le mécanisme des apoplexies sanguines (2).

Rappelons, avant d’aller plus loin, queM. Mongellaz, l’un des élèves de M. Broussais , adoptant la division que Marandel avait proposée , avait cherché à établir, et par des faits nombreux, que ces différentes espèces de fluxions peuvent affecter le type intermittent. Mais M. Rayer a prouvé que M. Mongellaz n’avait pas mis assez de sévérité

(1) Cruveilhier, Anat, pathologique, t. 1®^, p. 94 et sequent.

(2) Loc. cii., 103,

dans le choix et la classification de ses observations particulières (1).M. Rayer n’a pas nié Texistence des irritations intermittentes ; mais il a prouvé que, primitives, elles sont beaucoup moins fréquentes que ne l’avait pensé M. Mongellaz. Suivant lui, leur cause la plus évidente est , sans contredit , l’existence antérieure d’une fièvre d’accès ou d’une névralgie intermitente (â).

Gomme nous nous proposons de revenir, et avec détails , sur les idées de M. le professeur Andral en ce qui touche surtout les congestions , nous ne ferons que mentionner ici son ouvrage, qui a fait époque relativement à toutes les questions que nous devons traiter.

Nous avons vu jusqu’à présent que , sauf quelques dissidences , la congestion a toujours été regardée par les auteurs comme une accumulation de liquides dans une partie de l’économie. M. Jolly regarde toute congestion comme un afflux du sang dans un organe ou une région quelconque de l’économie , afflux dû à l’exagération de la force impulsive du centre circulatoire, La question ainsi limitée laisserait en dehors un grand nombre de congestions for-

(1) Rayer, Dict. de Médecine, I'® éd., t. 12, p. .337.

(2) Op. cit., 400.

mées évidemment en dehors de toute influence du centre circulatoire. Cet auteur ajoute , qu’envisagée de cette manière la congestion est nécessairement liée à quelques désordres habituels ou passagers de la circulation, et qu’elle peut être tout à fait indépendante de la vitalité actuelle de la partie qui en est le siège. Nous ferons remarquer que les congestions établies indépendamment de toute altération du centre circulatoire n’en sont pas moins dans beaucoup de cas liées à des désordres habituels ou passagers de la circulation. Du reste M- Jolly a raison de dire que les organes les plus vasculaires , ceux qui reçoivent plus immédiatement l’abord du sang , sont ceux qui éprouvent le plus ordinairement les effets de la congestion (1).

Dans l’ouvrage que nous venons de citer, M. Martin Solon a défini la fluxion l’abord d’un fluide vers le point où l’appelle une cause excitante. L’article fluxion se trouvant ainsi rapproché de l’article congestion , il aurait fallu déterminer quelle différence on voulait établir entre l’afflux et l’abord. Ajoutons que d’un seul mot M. Martin Solon tranche une question importante , celle qui est relative aux conditions sous

(î) Dieu de Méd, et de Chlr, prat^^ t. 5, p. 408®

l’influence desquelles s’établissent les congestions. Il se borne à dire que c’est une cause excitante qui appelle un fluide , M. Martin Scion a particulièrement insisté sur la thérapeutique des fluxions; nous n’avons pas à nous en occuper ici.

M. le professeur Trousseau nous paraît avoir envisagé la congestion sous son véritable point de vue. Pour lui, il y a congestion quand il y a accumulation non inflammatoire du sang dans une partie. De ces congestions les unes sont actives et les autres sont passives. Les premières sont en quelques sorte spontanées , les secondes dépendent d’un obstacle physique au cours du sang (1).

C’est ici que se prononce la tendance d’une école positive; dans l’ouvrage dont nous nous occupons, on ne parle plus de la fluxion qu’à l’occasion de la congestion, ou plutôt pour établir des subdivisions de cette même congestion. La première espèce, M. Trousseau la nomme fonctionnelle , la seconde, il l’appelle fluxionnaire. Dans les deux cas, il y a assurément inégalité dans la distribution du sang ; mais dans le premier cette disproportion, qui n’est d’abord que passagère, a pour but une fonction, les organes qui se congestionnent sont naturellement érectiles. Dans le se-

(1) Dieu de Médecine, 2® édit., t. 8, p. 470.

cond cas, au contraire, la distribution inégale du sang est accidentelle et est le résultat d’un mouvement humoral; elle est donc essentiellement fluxionnaire. M. Trousseau ne nie pas la nécessité d’une fluxion préalable ; mais c’est une question qu’il évite à peu près de traiter, comme n’étant pas de nature, dans l’état actuel de la science, à donner des notions didactiques telles que les comporte un dictionnaire classique de médecine. « Le mécanisme de ces congestions nous échappe entièrement, dit-il ; nous savons qu’elles surviennent dans telles oulelles circonstances, mais il nous est impossible de décider pourquoi et comment. On ne peut guère formuler que cette proposition ; savoir que les congestions sont produites et par

des causes directes et par des causes indirectes

M. Trousseau remarque avec raison que les congestions appellent d’autres congestions, et que quand une fois un organe aete fluxionné, c’est un motif de croire qu’il le sera encore. Nous avons cite plus haut d apres M. Lordat des exemples remarquables de mutabilité dans les mouvements fluxionnaires ; en voici un non moins singulier observé par M. Trousseau : A la maison des alié-

(1) Loc. cit., 471.

nés de Gharenton était un officier de gendarmerie qui éprouvait souvent des congestions cérébrales. De temps en temps et sans cause appréciable, il sentait dans l’un des bras un sentiment d’engourdis* sement ; alors, et sous les yeux de l’observateur, la main rougissait et se tuméfiait aussi bien que l’avantbras, les vaisseaux se dessinaient en cordes noueuses ; cette congestion augmentait pendant huit ou dix minutes, restait stationnaire pendant un temps un peu plus long, puis tout rentrait dans l’ordre, et deux ou trois heures après, le bras était revenu à l’état normal. Une fille chlorotique a offert encore à M. Trousseau des exemples de congestions fort singulières : dans l’espace d’une heure, un côté de la face, une main, un genou, un pied, la langue, les

mamelles, ou toute autre partie devenaient le siège

d’un gonflement œdémateux qui durait quelquefois deux ou trois jours, et qui cessait dans d’autres circonstances dans l’espace de deux ou trois heures. M. Trousseau remarque judicieusement que cette variabilité dans le siège des congestions, assez commune chez les femmes hystériques, est rare chez les hommes (1).

Dans la question des hémorragies, M. le professeur Chomel a distingué celles qui apparaissent

(1) Loc. ciî., 473.

sous l’influence des mouvements fluxionnaires. Il a reconnu que souvent elles sont annoncées par un ensemble de phénomènes auxquels on a donné le nom d’effort hémorragique (molimen hœmorrhagicurn). « Le sujet, dit ce professeur, éprouve d’abord un état général de malaise , des douleurs vagues et obscures qui se concentrent peu à peu vers l’organe qui doit être le siège de l’hémorragie. Une série de phénomènes locaux, tels qu’un sentiment de pesanteur, de tension ou de chatouillement, une chaleur plus ou moins vive, et dans quelques cas une intumescence et une rubéfaction légères. La distension des veines, l’augmentation de force des battements artériels , indiquent clairement l’afflux du sang vers cet organe et les parties voisines ; tandis que le refroidissement, la pâleur et la diminution de volume des parties éloignées, des pieds et des mains spécialement, y montrent un phénomène opposé (1).

On voit qu’ici M. Chomel est resté dans la stricte observation des faits ; les phénomènes indiquent seulement pour lui qu’un organe va se congestionner ; c’est, si on veut, ce que les anciens nommaient pars^ recipiens; mais il ne s’occupe pas de rechercher hypothétiquement s’il y a un

(t) Dkl. de Médec., 2® éd., 1. 15, p. 154.

organe qui envoie, pars mandans. Ce qui est démontré par l’observation , c’est que les parties les plus éloignées se trouvent dans un état opposé à la congestion, puisqu’elles se sont refroidies^ décolorées, et qu’elles ont diminué de volume.

L’observation judicieuse de M. Chomel est con-

forme sur un autre point à la remarque de M. Lordat que nous avons fait connaîre plus haut, remarque contraire à l’assertion de Gullen, Suivant M Lordat, avons-nous dit, le mouvement

fébrile n’a pas pour point de départ la congestion localisée. Or M. Chomel a observé aussi que chez quelques sujets l’hémorragie est annoncée par des horripilations , par la fréquence, la plénitude ou la concentration du pouls , et que ces divers symptômes persistent , ou même deviennent plus prononcés jusqu’au moment où l’hémorragie a lieu (1).

Suivant M. Tanquerel .Desplanches, la congestion sanguine est le point de départ de l’inflammation; l’inflammation, état complexe, lui paraît, avec Béclard et M. Bérard^aîné, caractérisée par une vascularité plus grande, accompagnée le plus souvent d’une sensibilité exaltée, et presque tou-

(i) Loc. cit., 155c

jours d’une tendance à une sécrétion anormale et à une altération de texture (1).

Cet auteur avait surtout pour but de déterminer les caractères à l’aide desquels on peut distinguer,

pendant la vie et après la mort, les congestions

sanguines et les inflammations qui parcourent toutes leurs périodes. Sa première conclusion a été qu’il est facile de déterminer ces caractères. Mais on conçoit que cette condition étant posée , qui parcourent toutes leurs périodes, la question pourrait être considérée sous bien des points* de vue. Et, d’abord, on devrait se demander si les congestions sanguines ont plusieurs périodes. Par le fait d’une fluxion plus ou moins active, du sang s’est amassé, s’est accumulé dans une partie, une congestion sanguine est établie, c’est un nouvel état organique, est-il susceptible de passer par plusieurs périodes? Pour qu’une période succède à une autre, il faut que de nouveaux symptômes se déclarent. Or, si les choses se passaient ainsi dans le cas de congestion sanguine, il y aurait de nouvelles conditions organiques. Quant aux inflammations, il aurait fallu déterminer ce qu’on entend par toutes leurs périodes. Comme

(I ) Caracîères physiologiques et anatomiques des congestions sanguines et des inflammations, thèse pour Fagrégation, 1838^ p. 9.

seconde conclusion, M. Tanquerel Desplanches dit que, dans un certain nombre de cas, pendant la vie et même après la mort, on ne peut parvenir à établir des distinctions positives 'entre la congestion sanguine et l’inflammation ; la raison qu’il en donne est que l’hyperhémie est le premier degré ou le point de départ de toute phlegmasie. Cette raison ne serait pas suffisante ; un point de départ peut avoir des caractères autres que le fait qui en résulte, un premier degré peut avoir des caractères différents d’un second.

Quoi qu’il en soit, d’après M. Tanquerel, la rougeur, la tuméfaction, l’induration des tissus

sont des altérations anatomiques communes aux

congestions sanguines et aux inflammations. -Il nous est facile maintenant de comprendre pourquoi M. Tanquerel s’est trouvé si souvent dans l’impuissance de distinguer les simples congestions des

inflammations, puisqu’il attribue aux congestions

le ramollissement et l’induration des tissus, altérations tout à fait étrangères aux véritables congestions. Lui-même aurait dû facilement le comprendre, puisqu’il ajoute, dans le même paragraphe, que le caractère pathognomonique de la congestion, c’est la simple accumulation insolite de sang dans les réseaux capillaires (1).

(1) Loe. cit., 6t.

Dans un ouvrage récemment publié, MM. Trousseau et Pidoux ont parlé incidemment de la question des fluxions. Pour eux, il faut dans tous les cas qu’un stimulus, qu’un agent matériel vienne impressionner les organes pour susciter des mouvements fluxionnaires ; que si, dans beaucoup de cas, le stimulus ne frappe pas les sens de l’observateur, c’est qu’il s’est formé au dedans, et pour ces observateurs cet agent n’en est pas moins réel et matériel. C’est toujours, disent-ils, une épine qui se fixe dans les tissus et les irrite. Mais, au lieu de s’enfoncer du dehors au dedans comme dans les cas de traumatisme , elle s’enfonce de dedans en dehors comme dans les inflammations de cause interne (1).

Suivant MM. Trousseau et Pidoux, quand Hippocrate disait : JJbi stimulus uhi Jluxus, à n’en pas douter, il avait en vue la fluxion inflammatoire, et voulait parler d’un stimulus irritant, et par conséquent matériel, ou d’une épine visible agissant de dehors au dedans, ou d’une épine invisible et agis^nt de dedans en dehors. Au reste c’est avec beaucoup de raison, et nous terminerons par cette remarque, que MM. Trousseau et Pi-

(I) Trousseau et Pidoux, Traité de Thérapeutique et de manière médicale^ Paris, 1830, t. 2, 2^ part., p. 354,

doux démontrent l’erreur de ceux qui ont substitué le mot dolor au mot stimulus, et qui ont fait dire à fHippocrate ubi dolor ibi Jluxus. Us indiquent pour cela un fait péremptoire, c’est qu’une névralgie, ce type, comme ils le disent, de la plus violente douleur quand elle est simple et exquise, peut occuper un tissu pendant plusieurs années sans y causer la moindre inflammation, la fluxion la plus légère; que très-souvent même la partie douloureuse est pâle, comme d^uxionnée, et que quelquefois aussi une fluxion inflammatoire venant à s’y développer, la douleur se calme ou se dissipe (1). ’

(1) Loc. cit., 355.

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