‹ PrémicesChapitre 12 sur 32 · LE POÈTE · texte numérisé non relu

LE POÈTE

Je ne regrette rien, ni l'amour, ni le livre Qu'avant de l'avoir fait je chérissais d'abord ; La beauté de ma mort vaut la douceur de vivre,

Et mon livre à coup sûr n'eût pas valu ma mort.

Je ne regrette rien, ni l'aimable village Où j'ai vécu vingt ans dans la même maison, Guettant les changements que font au paysage Les heures dans le jour, les jours dans la saison ;

Ni les chansons des nids, de la vague ou des teuilles. Où la nature à Dieu fait entendre sa voix. Que le vent sait répandre et que l'âme recueille Pour comprendre l'oiseau, l'océan et les bois.

Mon Pays, que la gloire en tous temps renouvelle, Par sa Beauté m'a fait un séjour sans ennui ; Si j'ai toujours compris que je vivais par Elle, Je comprends aussi bien que l'on meure pour Lui.

C'est pourquoi, dans un champ aux couleurs d'émeraude, Je suis tombé parmi d'autres corps étendus, Tandis qu'un soleil d'août à la caresse chaude Rendait, aux soldats morts, les honneurs qui sont dus.

Puis la Nature a pris de plus funèbres voiles.

Et, se penchant sur nous avec grâce et piété,

La Nuit, sur notre champ de bataille, a jeté

Tout un grand ciel de deuil où pleuraient les étoiles.

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