LE PAYSAN
Le blé qui couvre notre terre
Était déjà presque tout moissonné,
Quand un soir, annonçant h guerre, Tous les clochers du pays ont sonné.
La frayeur régnait au village.
Les pauvres gens, qu'affolait l'Invasion,
Tremblaient, en song?ant au pillage.
Pour leurs parents, leurs enfants, leur maison.
Les vieillards, qui hochaient la tête, En mots troublants disaient leurs souvenirs.
Ces récits de l'autre défaite Semblaient alors prédire l'avenir.
Se confiant à la grand'route, Les paysans s'en allaient dans la nuit.
Oh ! la désolante déroute D'un peuple entier qui prend peur et qui fuit !
Leur charge semble trop légère A ces fuyards pliant sous le fardeau :
La chose qu'on garde est moins chère, ' L'objet laissé parait tou)ours"plus beau.
Ne voulant pas de cette peine, Je suis resté tout seul comme un bon vieux,
Du reste pour moi, c'est la plaine Et ses grands blés ce que j'aime le mieux.
Ces trésors nul ne les emporte, Pas même vous, les gueux, pas même vous
Qui m'avez tué sur ma porte Où je vous attendais, les gueux, tout seul, debout
Car ils m'ont fusillé sur l'heure, (Et ça, je puis le jurer, sans raison)
Bien à ma place, la meilleure, Mon corps couvrant le seuil de ma Maison !