‹ PrémicesChapitre 15 sur 32 · LE PRETRE · texte numérisé non relu

LE PRETRE

Hé ! comment mieux mourir qu'en ma petite église ?

Qu'aurais-je, dites-moi, pu désirer de mieux,

A l'âge que j'avais, avec ma tête grise.

Que mourir en tenant dans mes mains le bon Dieu ?

J'espérais simplement m'éteindre au presbytère, Que j'habitais déjà depuis quinze ans passés, Près du clocher qui groupe autour de sa prière Les coquettes maisons d'un village français.

Et mon sort fut plus noble. A la première alerte, Après avoir vu fuir le dernier paysan.

Un matin je disais, dans l'église déserte. Pour la première fois, ma messe sans servant.

Elle a moins de vertu l'oraison d'un fidèle, Dieu veut qu'on vienne en foule implorer sa bonté ; C'est ainsi qu'en tremblant je redoublais de zèle Dans mon adoration de la divinité.

J'allais vivre à nouveau la minute bénie

J'élevais les deux mains au-dessus de l'autel

Et je pensais, voyant le pain sacré du ciel.

Que rien au monde n'est aussi blanc qu'une hostie.

Un bruit de pas s'est fait, suivi d'un coup de feu, Dans l'air silencieux de ma pauvre chapelle. Ainsi je suis rentré dans la vie éternelle ; Je n'ai pas vu la mort, mais soudain j'ai vu Dieu.

Cependant, je me dis en moi-même, sans cesse, Tout en reconnaissant que je n'eus pas le clioix : Il faut bien avouer que, cette seule fois, C'est à l'Élévation que j'ai fini ma messe.

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