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LA JEUNE FILLE

Il fallait bien du courage, Parfois, j'en conviens,

Pour mener notre ménage De deux orphelins.

Mon frère, déjà moins frêle.

Travaillait le bois.

Je faisais de la dentelle

De mes pauvres doigts.

Jean était un peu farouche.

Mais pas pour sa sœur.

Jean, ce nom flatte la bouche Quand il part du cœur.

Dès qu'on eut dit la venue Des Prussiens, un soir,

Jean descendit dans la rue Pour rien, pour les voir.

Il avait seize ans à peine.

Mais dès qu'il les vit

Il ferma son poing de haine Contre ces bandits.

Un coup de sabre, pauvre être,

A su te punir !

Moi j'étais à ma fenêtre

Je l'ai vu mourir.

Oui, mais la bonté divine A comblé mes vœux,

Et ce coup dans la poitrine Nous tua tous deux.

C'est d'une belle manière Qu'au ciel sont partis

Et Jeannette l'ouvrière Et Jean l'apprenti !

O voix sublimes que j'écoute Les regards dressés vers l'azur, Les brouillards funèbres du doute Fondent sous votre souiBe pur.

Donc vous repoussez notre plainte, Vous l'entendriez avec mépris, Vous qui, de la Victoire sainte.

Aurez, pour nous, payé le prix.

Je sais bien qu'il n'est pas, sur terre. Quelque chose d'assez puissant Pour sécher les pleurs d'une mère Sur la tombe de son enfant.

Oui, mais plus d'une qui succombe Sous la douleur, viendra prier Moins amèrement sur la tombe Où l'on verra croître un laurier.

Ainsi que du sein des corolles Des parfums se sont envolés, Morts, vous avez dit des paroles Dont les vivants sont consolés.

Ces mots embaumés d'espérance Qu'ils viennent calmer la douleur !

Aussi, les gravant dans mon cœur.

Je vais les redire à la France !

Mai-Juin 1915

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