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PAYSAGES ET RÊVERIES

Fleurs de Paresse

Je me souviens très bien d'un grand bassin d'eau claire Qui dormait dans les champs par les beaux jours d'été ; Caressé par la brise, enrichi de lumière, Il reflétait le ciel avec fidélité.

Quand le rameau feuillu que le soleil éclaire En ombre sur le sol se trouve projeté, Beaux par leur fantaisie ou par leur vérité, D'innombrables dessins se font tout seuls par terre.

Quand le pâtre a chanté dans le fond du vallon.

L'écho malicieux, ramassant sa chanson,

La donne i répéter dix fois aux rochers sombres.

llêveur qui veut créer, poète paresseux.

Pour rendre la beauté, je veux faire comme eux :

Mes vers sont des échos, des reflets et des ombres.

Avril 191 2.

Marseille

En regardant ainsi cette mer où déjà, Au bord du ciel rougi, le soleil baisse et plonge, Peut-être, dans le soir, la grande ville songe Qu'un jour des marins grecs arrivèrent par là.

Une colline, au loin, dans le golfe s'allonge, Et la vague toujours s'en revient et s'en va, Tout auprès du rocher qui jamais ne daigna S'occuper un instant de ce flot qui le ronge.

De tout mon cœur fervent, j'admire ma cité ; Mais avant tout, je crois, il faut que l'on adore En elle sa puissante et divine beauté.

Car il aura fallu, pour nous la faire édore. Que le Dieu créateur, miracle sans pareil, Unit l'eau de la mer et le feu du soleil.

Juin 1913.

Sept heures

Une fin de beau jour à la fin de l'été...

Le soir donne au.\ objets une molle élégance

Et les meubles ont l'air, dans l'ombre et le silence,

De goûter le plaisir de l'immobilité.

Leur forme s'amollit dans la demi-clarté. Au dehors, un tilleul m\ tronc frclc s'élance ; Un rameau dépouillé que l'arbre mort avance Fait un dessin très net sur le ciel gris bleuté.

La nature en repos se tait, calme et soumise. Mais le sens avisé, dans la plus faible brise. Retrouve la fraîcheur, le chant et le parfum.

L'.ime demande au soir qui, lent, se décolore, Les moindres voluptés que peut donner encore Avant de s'etiacer le jour presque défunt.

Septembre 191 1.

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L'Heure

Écoutez! L'heure sonne .\ l'horloge lointaine... Et nous nous sommes tus pour entendre le bruit Des coups graves qui font se hâter dans la nuit Les pas des paysans attardés dans la plaine.

Le dernier tintement vient de s'éteindre à peine. Ces' l'ordre du départ qu il donne et que l'on suit. De même qu'au matin son timbre nous ramène, De même chaque soir sa voix nous reconduit.

Docile comme nous, tout un ciel s'illumine, Et le soleil, l;\-bas à l'horizon, termine Cette course d'un jour que nous voyons finir.

Ne trouvez-vous donc pas, en ce champ où nous sommes, Que, tout autour de nous, les choses et les hommes, Semblent goûter en paix la douceur d'obéir ?

Juillet 191 3.

^JP^

Le Feu du Soir

Elle est plus belle que l'aurore Et que la nuit, cette heure-là, Cnr le soleil y luit encore Et l'étoile y brille déjà.

A l'horizon, dans sa folie, Le soleil flambe fol et fier : C'est un véritable incendie Qui semble sortir de la mer !

Nul ne se plaint et nul n'appelle Devant ce désastre muet ; Les flots s'emplissent de reflets Et le ciel du soir d'étincelles.

Pour fuir le superbe danger, Les vagues courent, pitoyables, Et viennent caresser le sable Ou bien insulter le rocher.

Et plus tard, l'on verra descendre Le pâle rayon de la nuit, Et la vague prendra sous lui Une triste couleur de cendre.

Avril igi2.

Nuit des Villes et des Champs

Aimez-vous la nuit «qui descend Dans la campagne qui s'est tue, Ou bien celle qui, lentement.

Se faufile dans une rue ?

La première, nuit du terroir,

A les vents d'hiver, ceux d'automne.

Et la nuit des villes resonne

Des pas attardés dans le soir.

Leurs mystères ? L'une a la ferme Et le champ immense en repos; L'autre a la porte que l'on ferme

Et la fenêtre que l'on clôt.

Quel est le plaisir plus intense, De voir le grand ciel sur les bois Où de l'imaginer immense En le voyant entre deux toits ?

Aimez-vous mieux une lumière Qui filtre à travers les volets.

Ou bien le détour solitaire Et blanc de lune d'un sentier ?

Et quel spectacle vous enlève Plus haut et vous émeut plus fort, De voir la nature qui rêve Ou de voir la ville qui dort ?

Mai 191 1.

Sonnet Champêtre

Laissez votre voilette et prenez votre ombrelle ; Cachez-vous au soleil, mais non pas à mes yeux ; Venez : par les sentiers où nous irons .\ deux, Nous inventerons bien quelque chanson nouvelle.

Pourquoi donc, dans les prés fleuris et gracieux, Sur les tiges qu'on voit inégales et frêles, Trouve-t-on de ces Heurs si semblables entre elles. Tels les vers inégaux qui riment bien entre eux ?

Prenons, à chaque pas, la folle fantaisie.

Mais pour en taire un tout dune exquise harinonie ;

Puis rentrons, nous sentant plus jeunes et meilleurs

D'avoir encor compris et chanté la Nature, D'avoir eu la fraîcheur d'une brise plus pure Et cueilli ce sonnet comme un bouquet de fleurs.

Juin 1914,

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Soir d'Amour

Nous nous rappellerons toujours ce soir d'été, Malgré le cœur changeant, malgré le temps qui passe. Entendez donc la mer qui redit, jamais lasse, Un chant toujours le même et toujours écouté.

Il ne reste du jour qu'un point d'or dans l'espace, Un horizon rougi, quelque vague clarté.

Sur terre tout se tait, s'assombrit et s'efface. Nous nous sentons unis dans la même beauté.

Mais maintenant la nuit, à chaque instant, se pare De nouvelles lueurs : étoile, lampe, phare, Toutes ces fleurs de feu hâtent leur écio&ion.

Je n'oublierai jainais cette heure, cette plage... Votre âme est une mer où se perd le sillage, Mais mon cœur est un champ qui garde le sillon !

Juin 1912.

A Ronsard

Vous erriez dans les champs un soir, à l'aventure, Avec ct^llc qu'alors, poète, vous aimiez ; Et voyant s'eireuillcr une rose à ses pied^, Vous avez cru devoir maudire la Nature.

Je lisais ce poème à l'ombre d'un rosier Qui couvrait un vieux mur d luic riche p.utire, Et je ne trouvais pas si marâtre et si dure Celle que cependant, Ronsard, vous accusiez,

Puisque, près des rameaux oii le jour qui s'éveille Remplace patiemment, comme il a fait la veille. Les pétales tiétris par le vent dispersés.

En ce jardin béni, tertile en tieurs écloses. Je pouvais lire, après quelques siècles passés. Les doux vers où Ronsard regrettait une rose.

Les Caillols, 15 juillet 1914.

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Le Bassin

Un simple petit tour de gazon et de pierre En taisait un bassin, oh ! fort peu solennel ! l'aimais à voir briller de loin son omJc claire Au milieu des prés verts et sous le bleu du ciel.

Tantôt d'azur, tantôt de moire, et tantôt grisr, La couleur .\ toute heure et en tout temps changeait ; Il tremblait sous le vent, frissonnait sous la brise, Et, sous les gouttes d'eau de la pluie, il chantait.

Lorsque le soir d'été s'emplissait d'ombre noire, Et qu'on voyait le jour très lent se retirer. Les herbes se penchaient sur lui comme pour boire Et, coquettes, les fleurs comme pour s'y mirer.

Alors, très humblement, il demandait l'aumône : Une feuille tombait d'un arbre déjà mort. Et la nuit lui donnait, la nuit sereine et bonne, L'argent des clairs de lune et des étoiles l'or.

Avril 1912.

Un Beau Dimanche

Ce dimanclie de m;iis dut se croire en été.

La brise n'était plus de celles qu'on redoute ;

De champêtres parfums venaient, l'embaumant toute,

Et le soleil avait une .impie majesté.

Sa lumière joyeuse et qui dorait la route Faisait germer les champs, verts de l'espoir des blés. Les amandiers, plus blancs qu'en décembre sans doute. Sous leurs fleurs ressemblaient .\ des bouquets tout faits.

Les bourgeons paraissaient, brisant l'écorce sèche. On leur disait : « Salut abricot, pomme ou pèche ! » .\h ! l'homme et la nature, en ces jours, ont vingt ans !

Or, ce jour tut plus doux que je ne pourrais dire, Car il nous a montré, dans un premier sourire. L'hiver faisant la tâche aimable du printemps.

Les CaUlols, m.irs 1914.

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Palmiers

Ils sont trois, tous les trois aussi beaux, aussi grands. A leur ombre, un gazon sous la brise frissonne, Comme si l'herbe drue et cependant mignonne Tremblait de peur, craintive, au pied de ces géants

Immobiles, au point que le regard s'étonne Devant l'oisiveté de ces êtres puissants, Majestueux enfiints de ce sol qui leur donne La sève qui les fait jeunes chaque printemps.

J'emporte leur portrait gravé dans ma mémoire Et me rappellerai leur silhouette noire Qui mettait sur le ciel un dessin d'Orient,

Et je saurai qu'ainsi l'on peut, sur notre terre. Vivre des jours heureux et nobles sans rien faire Que dire les chansons que vous souffle le vent.

Ilyéres, décembre 1913.

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L'Allée

A mon cousin Laurent Kinnauii.

Kllc est de marronniers. Je l'.iperçoi^ pendant

Que retentit la cloche annonçant ma visite;

Et la maison parait, à l'autre bout, petite,

Tandis que, devant moi, s'ouvre un portail bien i^rand

Sous les arbres tontl'iis, à voix basse, on médite Les mots qu'on redira tout liaut timidement, Et l'on gravit, d'un pas rendu toujcnirs plus lent. Cette allée où Ion croit passer toujours trop vite.

Au-dessus, les rameaux forment en s'enlaçant Un toit trêle et léger qui tremble .sous le vent Et qui donne A la fois du soleil et de l'ombre.

J'arrive et, répondant aux compliments qu'on dit. Là-bas, à l'autre bout de l'allée un peu sombre. J'aperçois le portail qui semble tout petit.

10 avril 191 1.

Dans l'Ombre

Au bord des champs déserts, à chaque fin du jour, Souvenez-vous, souvent vous êtes revenue Goûter la volupté qui tombe de la nue, Lorsque la nuit reprend la terre :\vcc amour.

Un immense repos a rempli l'étendue.

Les paysans, laissant vendanges ou labours, Refaisant le chemin du matin à rebours, Ont quitté le sillon, la tau.\ ou la charrue.

Et pendant que la nuit, sans lutte, sans refus,

Possède notre sol entier avec tendresse.

Je ne sais quel désir vous poursuit et vous presse

D'être un des arbres noirs, robustes et touffus, A peine devinés encor, spectres confus Q.ue la nuit enveloppe et que le vent caresse.

Novembre 191 ).

Plaisir d'Été

Le plaisir de l'été se goûte à la campagne,

Loin de la grande ville et môme du hameau, Dans sa propre maison, villa, ferme ou château. Avec ou sans ami, avec ou sans compagne.

Procurez-vous ce calme. Et sur votre coteau. Perdu dans votre plaine ou sur votre montagne, Tout près de votre lac ou de votre cours d'eau, Vous comprendrez alors le charme qu'on y gagne.

Car le plaisir d'été, c'est de vivre au hasard. C'est de se promener, vêtu de toile blanche, Le long du jour, partout, sans aller nulle part ;

C'est de s'installer seul sur l'herbe et sous la branche. Et, ne pensant à rien, dans un demi-sommeil, D'avoir la tète .\ l'ombre et les pieds au soleil.

.Voùt 1915.

^^.y V r.v y r,y y r.r y y y ,y,,y^rjr.

Aux Jolis Matins

Dans les matins jolis, on vit Je doux instants; L'air est vif et léger, comme si la journée, Pour imiter de loin sa grande sœur l'année, A l'aube nous donnait une heure de printemps.

On peut, sans rencontrer la moindre fleur fanée. Se cueillir des bouquets superbes dans les cliamps. Et l'on entend partout reprendre avec des chants La tâche tristement la veille abandonnée.

Sur toute la nature un soleil jeune a lui ; Le paysage entier semble tourné vers lui Qui monte dans l'azur sans nuage et sans voile.

Et l'on peut croire, alors, que l'astre ambitieux, Continuant tout droit sa marche dans les cicux. Va se clouer là-haut, tout seul, comme une étoile.

Octobre 191 }

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Crépuscule...

Quand on liahitc au loin dans le cilnic chainpctre, On ne jieut se lasser de voir et de revoir Le spectacle divin qui vous t'ait chaque soir Hésiter au inoiuent de fermer la teitôire.

On ne verra jamais, et nul n'a d'autre espoir, Qu'ime même clarté, si lente à disparaître, Kt les mêmes troupeaux suivent le même maître Qui passe dans la nuit, mélancolique et noir.

Et cependant, le front penché sur la nature.

On cueille tout parlum, tout retiet, tout murmure.

Et dans l'âme soudain la tristesse a frémi.

Comme si le regard, «lu lieu de ruivre aux nues La chute du soleil dont l'orbe diminue. Guettait sur le chemin le départ d'un ami.

Décembre 191 3 .

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Nuit

La lune a répandu partout sa blanche aumône. Un rayon sur le lac dessine un chemin blanc; Il s'élève parfois un léger coup de vent; L'eau bouge, et l'on dirait que le rayon frissonne.

Chaque feuille relient un flocon de blancheur. Chaque arbre est amandier constellé de fleurs blanches, Et l'a-il est hésitant : floraison ? avalanche ? Le printemps ou l'hiver? De la neige ou des fleurs?

C'est un miroir divin qu'un petit lac d'eau claire Qui s'encadre de mousse, et l'azur qui s'y voit Nous donne le moyen de l'admirer deux tois Et d'avoir quelque peu d'étoiles sur la ti.rrc.

Et le reflet du ciel est à ce point précis, Même scintillement d'astres, même nuée.

Qu'on peut se demander quel Dieu conçut l'idée De faire un lac si grand pour un ciel si petit.

Septembre 1910.

Les Parfums

Les bruits se sont éteints dans les champs un par un; La même ombre sur tout s'étend toujours pareille ; La n.iture se meurt pour les j-eux, pour l'oreille, Dans le linceul du soir silencieux et brun.

Il existe pourtant une chose qui veille Dans l'inmicnse repos qui suit les jours défunts : Quand la couleur s'efface et la chanson sommeille, Écoutez donc parler la langue des parfums.

Il en monte du sol, il en descend des branches,

Une brise en apporte encor de plus lointains,

Ils vous disent leur nom : muguet, lilas, pervenche.

Et moi, je resterais ainsi jusqu'au matin, Et, confident ému d'une chose incomprise. J'écouterais tout seul ce que les fleurs se disent.

Août 191 j.

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Promenade

Cliaque soir de l'été dernier nie ramenait Voir les barques de pêche accoster à la plage. Près d'un bouquet de pins marins qui dessinait Sur le bleu pur du ciel un étrange nuage.

Et plus loin, au détour de la côte, j'aimais A regarder longtemps un rocher du rivage Qui, penché sur les flots, semblait un vieux visage Sculpté par cette mer qui ne vieillit jamais.

Mon esprit amusé retrouvait dans la gloire

Du soleil qui partait, empourprant son chemin,

Le symbole orgueilleux de quelque dieu latin ;

Tandis que, près de moi, la silhouette noire Des arbres m'évoquait, de son trait pur et sec, L'harmonieux dessin d'un paysage grec.

.M.ii 191;.

Au Pays Bleu

Sur la plage où l'on marche en baissant la paupière.

Tant le jour au déclin fait luire Fliorizon,

On écoute venir la bizarre chanson

Que la brise et la mer chantent .\ leur manière.

Le soleil, qui l.\-bas fait mûrir la moisson, Ici jette à la mer l'inutile lumière.

Du rivage, où l'écume en vain ronge la pierre. Part et revient sans cesse un immortel frisson.

On ne discerne pas dans ce murmure vague La note que le vent ftit dire .\ chaque vague Et qui trouve dans l'air de si subtils échos.

En écoutant ainsi la chanteuse éternelle,

On peut se demander s'il n'est pas jaloux d'elle

Ce ciel qui n'a pas, lui, la musique des flots...

Hyères, décembre 191 3.

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Au Rêve

Je ne snis pas comment, mais il t'ait presque nuit, L'air que je respirais s'est vidé de lumière, Le ciel s'est lentement clos comme une paupière Et commence à rêver, car une étoile luit.

Notre esprit, qui s'émeut d'une étrange manière.

Prête à l'objet un j^este et une voix au bruit ;

Sur le mur le plus nu que la lune blanchit.

Les ombres des rameaux grimpent comme du lierre.

Arbres n'ayant qu'un chant, Fleurs n'ayant qu'un parfum, Vous qui portez le deuil mauve du jour défunt, Une aurore pour vous dans cette ombre se lève.

Matin plus merveilleux qu'un beau matin d'été.

Car, Nature, le jour te pare de clarté.

Mais notre âme, la nuit, sait te peupler de rêve !

Ocinlirc 19 1}.

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Le Petit Navire

Un matin, — c'était en automne, — Je voyais, curieux tableau, Une petite feuille jaune Nageant sur une flaque d'eau.

Mon esquif s'avançait, timide.

Mais bravait pourtant le danger, Poussé dans le royaume humide Par le désir de voyager.

Comme il désirait le rivage ! Ce lac, pour le vaisseau léger.

Assez grand pour faire un voyage.

L'était aussi pour naufrager !

Quelquefois une gouttelette D'un arbre tombant ridait l'eau, Improvisant une tempête Autour de mon petit bateau.

Quel jouet ! Il faut que j'en use !

En un geste bien puéril.

Me voilà déjà qui m'amuse A lui combiner un péril.

Mais tout à coup, cessant de rire.

J'arrête mon geste ennemi :

La teuille était un vrai navire Où naviguait une fourmi...

.\vril 191 2.

V*. V*. A V*« vf V*. V*4 v*. v*. vfl^ V*. V*. V*Af v*.<v*. vf!<v*A*A*.<

En Automne

Écoutez dans le soir la plainte singulière Des rameaux secoués par de mortels frissons. Sur les arbres dorés, faucheur à sa manière, Le vent a commencé de funèbres moissons.

Les choses ont, pour nous, d'émouvantes façons En cessant d'exister de rejoindre la terie. Sur ce sol déj.'i dur où tous deux nous passons. Regardez, c'est l'été qui retourne en poussière...

Pour les arbres, le vent d'automne est sans pitié ; Pendant qu'il fait danser des feuilles à leur pied. Il tourmente au sommet le reste du feuillage.

Venez vite, il nous faut quitter ce paysage... . Ne nous retournons plus pour regarder encor Ces feuilles qui s'en vont comme des larmes d'or.

Novembre 1912.

Novembre

Je dis : l'aLitomut; vaut l'iité.

Et si, dès le dc-clin d'octobre, Les jours ont un aspect plus sobre.

Ils ont cependant leur beauté.

Si le mois d'avril qui bourgeonne A déjà la chanson des nids, Ecoutez donc, un soir d'automne.

Le vent i^éiiiir sous le ciel gris.

Je sais bien que juillet nous donne Le blé d'or des proches moissons, Mais novembre a les feuilles jaunes Qui tombeui avec un frisson.

Ce n'est plus la saison des fraises Que dans les bois nous découvrons, Mais nous pouvons ouïr la braise Cuire à petit bruit les marrons.

Sans doute le soleil plus pâle Se voile souvent... mais voyez.

Dans la pénombre de la salle, Les reflets rouges du foyer.

S'il nous faut fermer la fenêtre Plus tôt en la froide saison, Amusons-nous donc à connaître Tous les charmes de la maison.

Cir je ne crois pas qu'on s'ennuie Toujours près du feu qui s'endort, Tandis que persiste .ui dehors La plainte douce de la pluie.

^^^^s^:m^a-<i>s:tM

La Branche brisée

Quand l'automne a jauni les bois, Quand tout s'endort dans la nature Pour ce triste repos qui dure Jusqu'au printemps, vainqueur du froid,

Quand la neige couvre le toit.

Quand l'oiseau gémit sans pâture.

Je comprends que, veuf de verdure, Le rameau tombe... c'est la loi !

Mais lorsque la branche est couverte De nids joyeux, de feuilles vertes, Quand tout dit : c'est le renouveau !

Je ne comprends pas que l'orage Vienne, dispersant le feuillage, Briser cet espoir : le rame.ui !

Mai 1909.

Av*wAv"

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La Source

Attiré par le bruit, je viens de m'approcher. L'eau ruisselle du roc par sa large blessure. Et j'écoute longtemps le paisible murmure De ce rire éternel qui descend du rocher.

L'eau court... Tout en courant, elle sait accrocher .\ 1.1 moindre saillie, en cette pierre dure, La goutte de cristal que la lumière épure, liphémère diamant qu'on n'oserait toucher.

Je la regarde fuir et je l'écoute bruire.

Ces pleurs sur ce rocher, qui font un bruit de rire,

S'écoulent doucement, et je comprends pourquoi

Ton onde est aussi claire et ta chanson sereine : O source qui du sol vient de jaillir à peine. Mon .ime de jeune homme est calme comme toi !

Avril 1913.

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