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CROQUIS DE LA RUE

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La Pluie

Salut à vous, gouttes de pluie, Qui tombez du ciel gris à seaux Sur la robe la plus jolie Et sur le plus neuf des chapeaux !

Vous tombez, folles gouttelettes, Sur le plus terne des trottoirs.

Et pour vous séduire, coquettes, Us se transforment en miroirs !

Au fond, vous êtes bien gentilles, Car vous fournissez sans taçon Une excuse à la jeune iille, Un prétexte au joli garçon.

Oh! grandes sœurs de la rosée, Descendez vite du ciel lourd !

Faites fleurir, sitôt posées, Une petite fleur d'amour !

Versez-nous la libre nature 1 Éclaboussez nos conventions!

Lavez un peu cette peinture Que l'on nomme la c( correction » !

Tombez, tombez! qu'elle s'enfuie!

Tombez, tombez à profusion!

Que notre civilisation Se cache sous les parapluies!

Que, sous votre Jouce chanson, Oli! gouttes d'eau, magiciennes.

Nos cités aient l'air d'un vieux chêne Tout constellé de champignons!

9 septembre 1910.

Écoliers

Octobre nous revient encore, Hélas! sans se foire prier.

Voici donc la maudite aurore Du mauvais jour de l'écolier.

Ils ont de tristes contenances. Et chacun s'amuse à les voir Porter le deuil de leurs vacances Avec leur petit tablier noir.

Les plus grands regrettent sans doute Leurs promenades et leurs jeux ; Mais le petit qui suit sa route Avec des larmes dans les yeux,

Si son cœur d'enfant se déchire.

C'est qu'il pense aux leçons d'antan.

Alors qu'il apprenait à lire Sur les genoux de sa maman.

Mieux que mut .uitre, sans y croire, Elle possédait le grand art De récompenser d'une histoire, De ne punir que d'un regard.

Aussi les voit-on, très lents, suivre

Leur chemin, ces chers écoliers.

Car leur cartable lourd de livres

L'est, plus encore, de regrets.

Octobre 1912.

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Chanteurs des Rues

Ils sont là, perdus dans la brume, Une guitare et deux violons.

Autour d'eux la foule s'enrhume Pour écouter quelques cliansons.

Au-dessus de ce groupe étrange Encombrant un coin de trottoir.

Le rythme monte et se mélange Aux autres bruits vagues du soir.

C'est une romance qui vole.

Elle arrête le promeneur Qui devine, .') quelque parole, Q.ue l'on chante amour et bonheur.

On voit, par un effet magique, Tous ces mots, cependant si vieux, Rajeunis par cette musique.

Mettre une larme .à certains yeux.

Et c'est vainement qu'on l'évite, Et qu'à travers l'ombre on s'enfuit; Cet air, triste ou joyeux, bien vite Sait vous retrouver dans la nuit.

On répète sans qu'on s'en doute Les quelques notes du refrain ; Mais plus d'un, attentif, écoute Pour savoir la chanson demain.

Puis, 1.1 leçon une fois faite, A la fui du dernier couplet.

Quand vient le moment de la quête.

Ce monde d'ingrats disparait.

Fourt.uu, sous la blonde lumière, Tu dois au chanteur mendiant, Toi l'apprenti, toi l'ouvrière, De fredonner en travaillant !

Février 1914.

Pauvres d'Éi^lise

Près des églises, volontiers, Se rassemblent de pauvres hères, Formant des groupes de misères Près des temples de h pitié.

Ils s'installent sur l'escalier Et passent des heures entières, Adressant de vagues prières A ceux qui viennent de prier.

Ils sont fins, les pauvres d'églises ; Ce sont des vieux à barbes grises Qui connaissent les bons endroits

Et vous récitent leur formule

En tournant, d'un geste incrédule,

Un chapelet entre les doigts.

Avril 1913.

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Les Vieilles

Ces bonnes vieilles de village due je rencontre si souvent, Elles ont vécu sans tapage Quatre fois, et plus, mes vingt ans !

Assises au coin de leur banc Je les reconnais au passage :

Simple jupe, éternel corsage, Un ticiiu noir, un bonnet blanc.

Pourtant quand le soleil les dore.

Qu'on voit sur leurs lèvres éclore Leur petit sourire soumis,

Ces vieilles femmes, ces momies, O vous, peintres, mes grands amis, Comme je les trouve jolies !

Les Caillols, juin 1914.

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Les Baigneuses

Le soleil achève de choir, Et je regarde avec tendresse Les vagues lentes que caresse Le rayon oblique du soir.

Sur la légère passerelle,

Sans cesser, allant et venant.

Les baigneuses en ribambelle

Se drapent dans leur peignoir blanc.

Elles sont très originales Avec leurs gestes ingénus, Frôlant le sol de leurs sandales Ou mieux encor de leurs pieds nus.

Elles vont par groupes, par couples, Se baigner dans le flot amer, Et, contemplant leurs formes souples, Je songe aux bostons de l'hiver.

Adieu, vagues capricieuses !

Adieu, les rochers et les cieux !

Car, maintenant, mes pauvres yeux N'admirent plus que les baigneuses !

2S juillet 1912.

L'Enfant et les Raisins

Il fait cliaud. Tout se tait dans un demi-sommeil. Toujours en mouvement et toujours en éveil, Bébé s'amuse seul à l'ombre d'une treille Que le soleil d'été t'oliement ensoleille.

Ils pendent, les raisins, mûrs .\ point et vermeils. Bébé, dont le regard maintenant s'émerveille, Vainement, en fixant ces grains dorés, s'essaye A trouver le plus beau de ces tréres pareils.

Tout comme le renard de ce bon La Fontaine, L'ambitieux gamin escomptant son plaisir, Ses petits bras tendus, s'efforce à les saisir.

Mais enfin, convaincu qu'il a perdu sa peine, Il lorgne avec regret les raisins de travers. Ne pouvant se résoudre ;\ les juger trop verts.

25 juin 191a.

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L'Enfant aux dcu\ sous

Cette pièce qui, dans l.i bouc, A dû choir de quelque gousset, L'enlaiit vient de la ramasser Et machinalement, il joue.

Heureux, de sa petite main Il lance la moderne obole, Comme jadis le discobole Maniait le disque d'airain.

Puis il remarque sur le cuivre Des signes divers, un portrait.

Il tremble de voir son jouet Aussi mystérieux qu'un livre...

Il s'en va, le petit enfant.

Tenant dans sa main sa tortune.

Pièce ronde comme la lune Sans être, comme elle, d'argent.

Un gamin demande l'aumône Au seuil d'une église, à genoux.

L'enfant regarde les deux sous Et d'un geste naïf les donne.

Petit miracle, en vérité, due cette modeste largesse !

L'enfant ignore la richesse, Mais devine la charité.

Mai 19 M-

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Le Fumeur

Sur un banc, quand il fait soleil, Je l'aperçois toujours pareil.

Tranquille, avec le teint vermeil

Sous sa casquette.

J'ignore le son de sa voix, Mais, tous les matins, je le vois Maintenant avec ses gros doigts

Sa cigarette.

Et je nie suis pris d'amitié

Pour ce brave homme sans métier,

Mais ni mendiant, ni rentier !

J'aime à surprendre Son air de plaisir passager A voir monter et voyager Son petit nuage léger

Ht choir la cendre.

Il n'a ni regret ni désir Et doit paisiblement subir, Sans larme comme sans soupir,

Sa destinée.

Il contemple le temps qui fuit ; Oisif, il ignore l'ennui.

Ayant deux amis avec lui :

Cendre et fumée !

Avril 1914.

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