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PREMIER SIÈCLE DE L*ACÀDÉM1E

qui concerne les prix à distribuer à chacune des académies des bcaux-arls d'Anvers, de Bruges et de Bruxelles : car il pense que les prix de 25 ducats, j)roposcs par le chef et président, sont trop forts; il lui paraît, en revanche, qu'on pourrait s'en tenir à ce que S. A. R. a fait, en dernier lieu, pour l'académie de Bruxelles, où on a donné pour premier prix une médaille d'argent doré, pour second prix, une même médaille de même métal sans dorure, et pour troisième, une médaille pareille, mais sans anneau. 11 lui paraît au reste, que trois prix exciteront lëmulalion encore plus qu'un seul, et que si ceux qu'il propose paraissent trop bas, on pourrait les augmenter de quelque chose, en laissant toujours de la différence entre les trois prix.

Dans ma réponse du 29 juin, après avoir applaudi à la sagesse des vues qui avaient inspiré au gouverneur-général l'idée d'un pareil établissement, je conseillai au ministre de proposer à S. A. R. de porter la chose h la décision de Votre Majesté, par une relation en forme; et je le prévins qu'il fallait mettre dans tous les points le plus d'économie que possible, puisque notre situation ne nous permettait point de grandes largesses, quand même leur objet serait bon et louable, et comme on n'avait pas encore pressenti les dispositions de l'abbé de Needham, je désirai qu'on s'assurât d'avance, si cet ecclésiastique voudrait se fixer aux Pays-Bas, au moyen d'un des canonicals qui sont à la disposition du gouvernement. Enfin j'invitai le ministre de chercher à monter la société projetée, de façon que l'Université de Louvain eût à se ressentir par préférence des avantages qu'on s'en promettait.

La relation que S. A. R. adressa sur cet objet à Votre Majesté, paraissait annoncer le contraire. En effet, ce sérénissimc prince y propose le projet du professeur Schôpflin, que le ministre comme le chef et président trouvent parfaitement bon. Voilà néanmoins comme ce dernier s'explique sur les deux projets qui avaient été pris en considération : « Le projet de

• M. Schôpflin est aussi bon que les vues qui l'ont dicté sont justes. Je pense » néanmoins, avec M. l'abbé Nelis, qu'au lieu d'établir tout de suite l'aca- » demie en titre et par lettres-patentes, il est de la prudence de commencer » par former cette société de gens de lettres qu'il propose; » et le ministre, à son tour, s'exprime dans les termes suivans : « Je me prêterai avec grand » plaisir à tenir les assemblées annuelles chez moi, et je suis pour tout le . reste d'accord avec M. de Neny, sauf par rapport aux prix qu'il destine k

• chacune des académies, etc. »

Pour éelaircir ce qui avait donné lieu à celte contradiction, j'écrivis au comte de Cobenzl, en date du 10 aoiil, et il me marqua en réponse que S. A. R. n'avait entendu proposer à votre majesté que ce que, d'après le chef et président, il m'avait déjà suggéré ; ipie si la relation disait qu'il avait trouvé avec Neny le projet de ShôpAin parfaitement bon, et qu'il avait paru

PAR M. A. QUETELET

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tel aussi au sérénissime duc, c'était qu'on en portait réellement ce jugement et que l'on croyait qu'il fallait le suivre plus tard, mais en commençant par former la société des gens de lettres proposc^e par l'abbé Nelis.

Quelque forcée que soit cette interprétation, elle suffit pour connaître les véritables intentions et vues de S. A. R. que le rédacteur de la relation parait n'avoir pas bien saisies.

Du reste cette relation parle des prix à distribuer, tant par la société des sciences que par les académies des beaux-arts, des pensions à accorder à quelques savans peu aisés, et de l'acquisition de l'abbé Needham. S. A. R. propose deux prix pour la société, chacun du poids de 25 ducats, à la place d'un seul, dont il avait été question auparavant. Elle croit cela nécessaire pour relever les arts, qui languissent sans émulation, et elle fonde cette proposition sur la générosité avec laquelle votre majesté encourage les lalens dans ses Étals, ajoutant que si elle agrée cette idée, on pourrait faire choix tous les ans de deux classes, du nombre de celles qui formeront la société, et destiner à chacune d'elles une médaille du poids de 25 ducats.

Le sérénissime gouverneur-général estime aussi que les pensions proposées par le comte de Neny seraient très-bien employées et ne manqueraient pas de produire un bon effet.

Quant aux prix à distribuer aux académies des beaux-arts de Bruxelles, d'Anvers et de Bruges, il est de l'avis du comte de Cobenzl, tant pour leur valeur que pour le nombre des médailles; et la modicité du prix l'arrête d'autant moins qu'il dit n'être question dans nos académies que de former de bons élèves, destinés à recevoir la perfection dans l'école flamande, à Rome, si Votre Majesté daigne agréer le plan sur le rétablissement de cette école, que S. A. R. lui a présente par une relation du 28 janvier dernier.

Ce sérénissime prince prévint au reste votre majesté qu'il avait fait écrire par le chef et président à l'abbé Needham, pour voir si la promesse d'un canonicat pourrait l'attirer aux Pays-Bas, et il résulte des réponses de cet ecclésiastique, qui m'ont été communiquées par un P. S. du comte de Cobenzl du 12 août dernier, qu'il comptait se rendre à Bruxelles vers la fin du mois de septembre, si, en attendant qu'il parvienne à la jouissance des fruits d'un canonicat, votre majesté lui accordait une pension annuelle de 1,000 florins de Brabant.

Les différentes propositions du gouvernement-général peuvent être réduites à trois objets principaux, savoir :

1« L'établissement d'une société de gens de lettres;

2" L'assignation des pensions en faveur de quelques savans regnicolcs;

3» La distribution annuelle de prix pour les académies des beaux-arts de Bruxelles, d'Anvers et de Bruges.

hi'^Jd A.'ii- -v^ni

Je vais présentement exposer à Votre Majesté mon très-humble avis sur chacun des trois articles en question.

S. A. R. dit au commencement de sa relation « que quelque bonnes que . soient en général les études dans l'université de Louvain, il v manque » cependant encore un point fort essentiel, savoir le goût pour' la littéra- » turc, qui est à peine connue dans cette université, et Pamour des helles- » lettres. »

Il n'est pas douteux que ce vide ne s'y trouve en effet ; mais je suis très éloigné de croire qu'il soit le seul dont on ait à se plaindre. Il me paraît au contraire, que toutes les facultés dont cette université est composée, auraient besoin d'une réforme. Je cherche aussi à me procurer des notions individuelles à ce sujet, pour pouvoir ensuite, de concert avec le gouvernement songer au remède, et cet objet doit d'autant moins être perdu de vue que les sciences, que les facultés des universités doivent enseigner par état, sont de toute autre importance que les belles-lettres. Ces dernières, considérées en elles-mêmes, peuvent bien servir d'amusement et d'instruction à quelques particuliers, mais ne méritent pas, de la part du souverain, des encouragemens de préférence. Elles ne sont utiles que lorsque ceux qui les cultivent embrassent en outre quelqu'autre profession, et s'en servent pour répandre des grâces, de l'ordre, de la clarté dans les matières qu'ils ont à traiter, pour y mettre de la précision et y jeter de la chaleur et de l'intérêt. C'est par ce rapport qu'ont les bel les-lel très avec les autres branches des connaissances humaines, qu'elles s'attirent les soins d'un gouvernement éclairé; c'est là le titre par lequel elles méritent une place dans une académie, où l'on devra d'abord subordonner autant que possible, les études agréables aux sciences utiles, pour éviter l'inconvénient où sont tombées tant d'académies de belles-lettres en Italie, qui, au lieu d'éclairer et instruire la nation, lui ont imprimé un esprit de bagatelle et de frivolité si nuisible aux progrès de la raison.

Il faudra donc, pour rendre un établissement pareil utile à la culture de la nation, écarter de l'institution tout ce qui pourrait faire penser que c'est pour l'exercice et l'avancement des seules belles - lettres qu'on l'aurait adopté. 11 faudra de plus, ainsi que le remarque fort judicieusement l'abbé Nelis, inviter le public à tourner ses vues et ses recherches vers les sciences utiles à l'humanité et nécessaires à l'industrie.

C'est sous ce point de vue que j'ose proposer à votre majesté d'agréer la société des gens de lettres, d'après le plan qu'en a fait labbé Nelis. Une institution pareille n'est point superflue dans un pays où il existe dtyà des universités, puisque leur but et leurs opérations sont différentes, et que les Sociétés littéraires contribuent beaucoup plus à l'instruction générale que

PAR M. A. QUETELET

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ne le peut faire une université, quelque parfaite qu'elle soit d'ailleurs L'utilité des écoles publiques, des collèges, des universités, est bornée à l'instruction première de la jeunesse : ce ne sont pas elles qui ont répandu dans les peuples le goût des sciences, ni contribué immédiatement aux découvertes les plus importantes. La raison en est toute simple et découle de la nature même de ces institutions. Obligés par état de revenir toujours sur les elemens pour les expliquer et les mettre à la portée de la plupart de leurs élevés, les professeurs et les régens n'ont guère le temps de s'élever au-dessus des premiers principes de la science qu'ils enseignent, ni de franchir les bornes étroites des élémens. Dans les vastes pays des sciences, ils ne connaissent pas de fréquentes allées et venues, que tout au plus le petit canton auquel ils sont attachés. Il en est peu qui osent faire des excursions au dehors, et il est très-rare qu'ils retirent quelque avantage de leurs courses.

J'ajouterai que les esprits des membres et suppôts des universités et collèges se rétrécissent par les formalités , les subtilités et le pédantisme inséparables de cette profession; qu'ils sont imbus de préjugés dont aucun corps n'est exempt; qu'ils sont et doivent être subordonnés à d'anciens membres, lesquels, par l'âge et l'habitude, tiennent avec entêtement aux anciennes' idées, méprisent les nouveautés ou sont en garde contre elles : et il résultera de toutes ces circonstances que les universités, quoique nécessaires pour dresser les esprits novices, ne sont guère propres à diriger et éclairer des esprits déjà formés.

C'est pourquoi, dans les pays les plus cultivés de l'Europe, on a laissé l'éducation des enfans aux collèges et aux universités, mais on a établi des académies et des sociétés pour les faire travailler aux progrès des arts et des sciences, et pour instruire, parleur moyen, le corps de la nation; aussi c'est à ces institutions que l'on doit les grands hommes en tout genre qui ont illustré ce siècle, tandis qu'en passant de l'assemblée d'une académie aux écoles de l'université, établie dans la même ville ou dans le même canton, on sera surpris de trouver, dans la dernière, des traces de la barbarie et des monumens de l'ancienne ignorance qui subsisteront encore longtemps.

Je suis fondé d'attribuer au défaut d'un établissement de celte nature, l'état de dépérissement où sont toutes les sciences aux Pays-Bas, dans le même temps que nos voisins, les Anglais et les Français, ont fait en tout genre des progrès si rapides.

Les provinces belgiques , sous la domination des ducs de Bourgogne et sous les premiers rois d'Espagne, étaient les plus florissantes de l'Europe dans les manufactures, la navigation, les beaux-arts et l'agriculture, qui, en faisant la source des richesses et de la puissance d'une nation, sup-

posent des connaissances acquises dans les différentes branches des mathématiques, dans Fart de raisonner, dans la physique, dans Thistoire et dans les antiquités. Les autres nations étaient alors plongées dans Tignorance; mais par des eneouragemens fournis à propos aux gens à talens et par rétablissement postérieur des académies des sciences, elles se sont bientôt approprié les connaissances des Belges, en y ajoutant un nombre prodigieux de nouvelles découvertes ; tandis que les Flamands, déchirés par des guerres intestines, perdirent insensiblement la trace d'un sentier qui leur avait été familier.

C'est dans cet état de décadence que les provinces belgiques sont passées sous la domination de feu S. M. l'empereur Charles VI; ce monarque, distrait par des guerres cruelles, n'a pas eu le loisir de s'occuper de la restauration des sciences, et le peu de repos dont Votre Majesté a joui jusqu'ici, ne lui a pas permis non plus de porter à la maturité ce grand ouvrage. Il a fallu se contenter, dans les commencemens, de redresser en détail les abus les plus grossiers qui s'étaient glissés dans l'enseignement public. Plusieurs dépêches relatives à cet objet ont été expédiées aux Pays-Bas; il a été établi en 1754 un commissaire permanent, pour veiller à tout ce qui peut intéresser dans l'Université de Louvain , la direction des études, la police et la discipline.

Un moyen encore plus eflScace pour préparer et établir la réforme de cette université, je le trouve dans la société littéraire qui, en dissipant les préjugés invétérés et l'ignorance, obligera également les professeurs et régens à puiser dans de meilleures sources la doctrine qu'ils auront a expliquer à leurs disciples.

J'avais aussi envisagé d'abord l'institution de la société dans le rapport qu'elle pourrait avoir avec l'université, et j'avais invité en conséquence le comte de Cobenzl à travailler à ce que le nouvel établissement fût dirigé à l'avantage de l'ancien.

Ce n'est point que j'entendisse par \h d incorporer ou d'assujettir la société a l'université; je suis persuadé au contraire que cette compagnie doit être libre pour s'occuper utilement à transplanter aux Pays-Bas toutes les richesses que deux siècles de travaux ont amassées ailleurs : de même les membres qui la composeront doivent être en cette qualité dégagés de tout enseignement public, à la réserve de celui qui se fait par la voie de l'impression, ainsi que de toutes formalités et gênes que leur aurait imposées la dépendance, connexion ou subordination de l'université, dont ils doivent faire un corps séparé , de façon cependant que les membres et suppôts de la première puissent être reçus en qualité d'associés, et profiter des lumières et découvertes de cette compagnie.

PAU M. A. QUETELET

Quoique au reste elle ne forme pas un corps permanent, comme néanmoins elle est destinée à préparer les voies à un établissement plus brillant, il conviendra que les places d'associés soient en assez petit nombre pour être estimées et briguées. Il importe beaucoup plus qu'il y ait des associés bien choisis, qu'il n'importe qu'il y en ait en grand nombre.

L'abbé Needham parait, à tous égards, être un sujet propre pour inspirer à cette société naissante le véritable esprit dont elle doit être animée, et c'est en cette considération que j'ose proposer à Votre Majesté l'arrangement pris par le gouvernement-général pour l'attirer aux Pays-Bas. Il a déjà été question, en 1759, de mettre cet habile homme à la tête d'une école de physique expérimentale qu'on voulait établir à Bruxelles , mais votre majesté étant occupée en ce temps-là d'une guerre dispendieuse, elle se refusa à un projet qui, indépendamment des honoraires d'un professeur, demandait l'établissement d'un cabinet d'histoire naturelle et l'acquisition d'un assortiment de machines et d'instrumens nécessaires pour les démonstrations de physique expérimentale : mais elle daigna déclarer par une dépêche du 19 avril 1759 « qu'elle se réservait de donner à ces objets des » soins dans des temps plus tranquilles. »

Heureusement ces temps plus tranquilles sont arrivés , et quoique les opérations de la paix n'aient pas encore délivré l'Étal de toutes les charges qu'il s'est imposées pendant la guerre, cependant la dépense qu'entratnera l'institution d'une société littéraire n'est pas assez forte pour altérer les autres arrangemens économiques.

Elle se réduit aux deux chefs suivans :

* 1 " Honoraires de l'abbé Needham, jusqu'à ce qu'il entre en joui>:sance des fruits de quelque canonicat, 1,000 florins de Brabant.

T Deux prix à distribuer tous les ans , chacun de la valeur de 25 ducats , faisant ensemble 50 ducats ou 297 ^fi florins.

Toute cette dépense roule donc sur 1,297 */^ florins argent courant des Pays-Bas, qui ne font pas encore 1,000 florins d'Allemagne.

On ne met rien ici en ligne de compte à titre des frais annuels. Il est néanmoins apparent qu'il s'en fera de différens chefs, tels sont papier et autres nécessités d'office, loyer d'un emplacement pour le dépôt de la correspondance et des actes, quelques honoraires, essais, instrumens, machines, etc., et que tous ces objets iront accroître la dépense annuelle qui, de l'autre côté, sera diminuée, lorsque Needham aura été pourvu du canonicat qu'il demande.

Mais comme il ne s'agit que d'un essai , et qu'on ne demande rien pour tous ces articles, il serait prématuré d'y assigner quelque somme en ce moment-ci.

PREMIER SIÈCLE DE l'aGADÉMIE,

Toutes les propositions que je crois pouvoir faire h votre majesté avec le gouvernement-général, au sujet de la société littéraire, se réduisent donc aux quatre chefs suivans :

^" D'agréer rétablissement d'une Société de gens de lettres, sur le pied du projet de l'abbé Nelis;

2" D'autoriser le gouvernement- général h conférer tous les ans deux prix consistant en des médailles d'or du poids de 2o ducats chacune, aux meilleurs des ouvrages qui auront concouru sur les sujets proposés;

5** D'autoriser S. A. R. à nommer l'abbé Needham à un des canonicals qui sont à sa collation ;

4° De lui assigner, en attendant qu'il entre en jouissance des fruits de cette prébende, une pension de 1,000 florins de Brabaht.

Au reste comme cette Société est destinée à préparer les voies à un éta-blissement plus solide , il importe beaucoup qu'on lui donne une forme propre à remplir le but qu'on se propose. Tous les plans remis de Bruxelles n'étant que de simples ébauches, ne contiennent à cet égard rien de précis ni de détaillé. Il faut cependant qu'on détermine de façon ou d'autre sa manière d'exister, quand même ce ne serait que sur un pied provisionnel. En conséquence de quoi votre majesté , en agréant l'établissement dont il s'agit, pourrait recommander à S. A. R. de consulter sur la forme et les opérations de la Société, le comte de Cobenzï, ainsi que les membres du gouvernement les plus éclairés en ces matières. En mon particulier, je ne manquerai pas de suivre cette affaire dans ma correspondance avec le ministre, en lui suggérant à propos les moyens qui pourraient contribuer à l'utilité et à la perfection de ce plan, et s'il se présente des choses qui méritent les attentions de votre majesté, je me ferai un devoir de les porter à sa connaissance.

Des pensions à accorder à quelques savans faisaient le second objet de la relation de S. A. R. Rien de plus louable que les motifs qui vont à l'appui de cette proposition. Ce n'est sans doute que le mérite des savans et leurs besoins qui doivent guider la main bienfaisante d'un souverain éclairé et humain : et les récompenses répandues a propos ont, en tout temps et en tout pays, fait éclore les talens utiles avec les talens agréables, et contribué au développement et à la perfection de la raison.

Si j'applaudis au principe dont émane la proposition du gouvernementgénéral, je ne peux pas être entièrement d'accord avec lui sur l'application qu'il en fait : de quatre sujets pour lesquels il s'inUfresse, trois sont pris de l'Université de Louvain; or ce n'est pas faute d'encouragemens que les sciences y sont tombées en décadence, et s'il y a quelques suppôts de ce corps qui ne paraissent pas trop bien salariés, leur traitement répond néanmoins

PAR M. A. QUETELET

assez à la façon de vivre h Louvain, et, d'ailleurs, il y a tant de places bien dotées, qu'il n'arrivera guère qu'un sujet d'un certain mérite ne parvienne, de façon ou d'autre, à un état qui fournisse à une subsistance honnête.

L'on ne peut pas dire non plus que l'université de Louvain manque entièrement de sujets savans, il y en a plusieurs qui ont des- connaisbances très^étendues dans leur partie; mais tout leur savoir, toutes leurs études sentent la poussière de l'école et la pédanterie, et comme ils négligent entièrement le talent de s'exprimer avec pureté et précision dans les langues vivantes, et qu'ils ignorent totalement l'art de mettre de l'intérêt dans un ouvrage où il est question de quelque matière abstraite, il n'est pas étonnant que, hors des Pays-Bas, on ait quasi oublié l'existence de cette université.

Ce n'est pas le plus ou le moins de salaire qui fera changer des pédans en vrais savans, utiles à la société, si l'on ne trouve pas en même temps le moyen de diriger leurs talens, leur application et leurs enseignemens sur des objets plus intéressans, que ceux dont ils font actuellemeut leur unique occupation. L'université a besoin pour cela d'une refonte entière, que des préjugés nationaux rendent assez diflicile; je m'en occupe cependant sérieusement avec le comte de Cobenzl, et la Société littéraire qu'il est question d'établir, présente un moyen indirect de remplir en partie nos vues.

En effet si, au lieu d'employer la somme de 2,400 florins à des pensions, sur le pied que le gouvernement-général le propose, votre majesté permet à S. A. R. de la distribuer tous les ans par forme de gratification aux associés qui se seront distingués par quelque bon ouvrage, il est à présumer que les membres de FUniversité de Louvain, qui se sentent des talens, tourneront leur application sur des objets qui les mettent à portée d'avoir part à de pareils bienfaits, et insensiblement il s'y formera des sujets qui sauront réunir les sciences vraiment utiles aux talens agréables, et la plupart du temps deux ou trois sujets suflisent pour donner le ton qu'il faut à tout leur corps.

J'estime donc respectueusement que Votre Majesté pourrait trouver bon de charger le gouvernement-général de mettre provisoirement cette idée en exécution, et de comprendre à cet effet parmi les associés, les sujets de l'université de Louvain qui annoncent le plus de talens et d'aptitude pour les objets dont la société littéraire doit s'occuper. Je dis provisoirement, parce que, lorsqu'il sera question d'ériger une Académie en forme, il pourrait être jugé convenable de statuer différemment sur la distribution de cette somme, qui pourra faire alors la dotation de l'Académie, du moins en partie.

(Nous omettons encore un passage concernant des prix à accorder aux Académies des beaux-arts de Bruxelles, d'Anvers et de Bruges.)

I»AR M. A. QUETELKT.

Lorsque Tannée dernièpc il a élë question de donner des prix h TAcadémie de Bruxelles , Sa Majesté l'empereur, en agréant les propositions de S. A. R.. lui témoigna par sa dépêche du 3 juin, qu'elle désirerait qu'au lieu de prendre la valeur des prix du trésor royal, on insinuât au magistrat de Bruxelles, qu'il eût à la fournir des revenus municipaux. Comme il n'est rien dit de cette idée dans la relation moderne, je dois en conclure que l'essai qu'on a fait à cet égard, aura été infructueux; et que, par conséquent, il ne reste plus d'autre parti à prendre, que celui d'assigner ces sortes de prix sur le trésor royal.

Toutes ces dispositions au reste seront autant de monumens de la protection que Votre Majesté accorde aux talens dans toute sa monarchie, et en particulier dans les provinces belgiques, et contribueront puissamment à porter, avec le temps, les sciences et les beaux-arts au même degré de splendeur où ils sont chez les nations voisines.

Je soumets néanmoins le tout aux lumières supérieures de Votre Majesté.

,r- 1 «. t - Kaunitz Rittberg.

Vienne, le 24 octobre 1768.

II est écrit en marge, de la main de Marie-Thérèse :

raprouve en tout le plan comme le prince Kauniiz le propose, l'ayant communiquée à Vanzuile, et l'ayant voulue lire moi-même, c'est la raison pourquoi cela a tant tardée, j'ai lue avec plaisir tout cet arrangement.

Ce rapport, publié dans Y Annuaire de l'Académie de 1838, est suivi des notes suivantes que nous n'avons pas cru devoir publier ici :

N« 1. Réflexions sur le rétablissement des bonnes études dans les Pays- Bas, par M. le professeur Schôpflin ;

N» 2. Académie ou Société royale de Bruxelles, par M. Nelis;

N« 3. (Cette note n'a pas été publiée; elle concernait les académies des beauxarts et des pensions à des savants;)

N« 4. JVote sur les papiers précédents concernant l'érection d'une Académie des sciences et belles-lettres d Bruxelles, par M. le comte de Neny.

Relation du prince Charles de Lorraine, à Vimpératricc Marie-Thérèse sur l'érection de la Société littéraire en Académie impériale et royale.

Madame,

Indépendamment des rapports que le Ministre a faits au prince de Kaunitz, sur ce qui, depuis son arrivée aux Pays-Bas, s'est présenté de relatif à la société littéraire, je me proposais, depuis quelque temps déjà, de rendre compte moi-même à Votre Sacrée Majesté Impériale cl Royale Apostolique, de Tétat dans lequel se trouve cet établissement, devoir dont je me serais déjà acquitté , si je n'avais pas cru devoir présenter à voire majesté un ensemble, et soumettre entre autres à sa décision, les moyens à employer pour donner à celle société une activité qu'elle n'a jamais eue, ni même pu avoir, pour en accélérer les progrès, pour procurer le but dans lequel on en a projeté l'établissement, et pour lui donner enfin une stabilité, sans laquelle il n'est pas possible que des établissements de ce genre puissent avoir de la consistance, et beaucoup moins prospérer. Pour commencer le tableau , que je me propose de mellrc sous les yeux de Voire Majesté, je crois devoir partir de l'époque de la royale dépêche, par laquelle Votre Majesté m'a autorisé à former une association de gens de lettres, et en conséquence j'aurai Thonneur d'informer Votre Majesté, que le feu comte de Cobenzl s'est empressé, à la réception de celte dépêche, d'écrire aux personnes qui devaient composer Tassociation , pour leur annoncer que Votre Majesté les en avait nommées membres ; que lui comte de Cobenzl en serait le président , et que le comte de Neny en serait le vice-président. L'annonce de cet établissement fut reçue avec satisfaction, et on augura ti ès-favorablement d'une entreprise qui devait être présidée et dirigée par des ministres à portée par leur rang comme par leurs connaissances et lalens distingués, de concourir à son soutien et à son affermissement, et de la porter avec le temps à sa perfection. Mais, quoique la première assemblée , où il s'est agi des questions à déterminer, ait été tenue chez le chef et président, et que celle où il a été question d'adjuger les prix. Tait été chez le défunt ministre , cependant , la chose a vacillé dans son principe : le comte de Neny soutenant que le comte de Cobenzl ne l'avait ni sondé ni consulté sur la vice- présidence, et que, si ce ministre l'avait fait, il y aurail opposé rimpossibilité, où le mettaient ses occupations conii-

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