SCIENCES ET BELLES-LETTRES
CRÉÉE PAR LIIIPÉRATRICE MARIE-IHÉRÉSE.
II y avait loin, sans doute, comme le font observer les considérations qui donnèrent lieu aux dispositions gouvernement»!.^ nouvelles, il y avait loin d'une socié^ mal étayéerpourat d.re éphémère, à une Académie permanente' et mZllZ sanction impériale. Ce pas fut rapidement franchi : le ministre plénipotentiaire, Starhemberg, obtint des lettres patentes honorées de la signature et munies du grand sceau de Sa Majesté Par ces lettres la Société littéraire fut érigée en .académie impériale et royale des sciences et belles-lettres : elle obtint aussi un règlement qui prescrivait la forme de l'établissement et les devoirs des académiciens ('). « Ce fut à la faveur de ces deux monuments de la sagesse et de la bienfaisance de notre auguste souveraine que la nouvelle Académie prit naissance , sous les auspices de S. A. R. Sérénissime le duc Charles de Lorraine et de Bar gouverneur général de ces provinces. Et quels auspices plus heu-
(') Voyez, page xij du Discours prélimimire du 1" volume des Mémoires les considérations sur le premier local et la Bibliotlicque de Bourgogne.
PREMIER SIÈCLE DE l'aGâDÉMIE ,
reux pouvait-elle désirer? Le prince de Starhemberg, que la postérité regardera avec raison comme le créateur de l'Académie, fut désigné en même temps par l'Impératrice pour la représenter dans ce corps en qualité de Protecteur; c'était par lui que l'Académie devait apprendre les ordres et les volontés de Sa Majesté et ceux de Son Altesse Royale ('). »
11 fallut un président à cette Compagnie pour diriger les travaux, concilier les opinions différentes, maintenir le bon ordre et le règlement, animer les associés, rendre compte au ministre plénipotentiaire de l'état du corps, de ses besoins, de ses progrès, enfln des membres qui se distingueraient le plus. Sa Majesté jeta les yeux sur M. de Crumpipen, chancelier de Brabant, qui, de concert avec son frère, secrétaire d'Etat et de guerre, avait contribué beaucoup, par ses conseils et par ses avis, à l'érection de l'Académie. On assigna à celle-ci la salle de la Bibliothèque royale pour le lieu ordinaire de ses assemblées, dont la première fut tenue le 13 avril 1773 (*). On peut voir les avantages et les prérogatives accordés à l'Académie en corps, et aux memhres en particulier, dans les lettres patentes et dans le règlement qui se trouvent à la fin de ce discours {pièces officielles).
L'ancienne Bibliothèque des ducs de Bourgogne subsistait toujours à Bruxelles, mais elle était dans un état déplorable par suite du peu de soin, pour ne rien dire de plus, de ceux à qui la garde en avait été confiée. Dans un siècle où le gouvernement s'embarrassait fort peu du progrès des lettres, la rapacité de ceux qui pouvaient y avoir accès, et les malheurs du temps l'avaient presque réduite à rien ('). Le ministre plénipotentiaire résolut
(•) Nous avons, autant que possible, fait usage des paroles mômes des articles réglementaires et des procès-verbaux de Tanciennc Académie, pour permettre d'en mieux saisir Tcnscmble.
(*) M. Tuberville Needham fut nommé Directeur. Voyez la notice qui lui a été consacrée, t. IV des Mémoires de Vancieime Académie, Journal des séances, p. 33.
(*) L'ancienne Bibliothèque des ducs de Bourgogne, qui jouissait d'une grande réputation , avait déjà été amoindrie par la défaite de Charles le Téméraire, pendant sa désastreuse campagne contre les Suisses. Ce prince , en eflfet , qui était ami
PAR M. A. QUETELET. 9
de lui restituer son premier lustre et de la faire servir à l'usage des savants. Sur les instances de ce prince. Sa Majesté la rendit publique : elle y établit un bibliothécaire, l'enrichit d'un grand nombre de manuscrits précieux, et y fit faire les changements et les décorations nécessaires. M. Gérard et, après lui, M. l'abbé Chevalier, tous deux membres de l'Académie, y avaient remis l'ordre. Le sérénissime gouverneur général, le prince de Starhemberg, les principaux seigneurs du pays, les évéques et les abbés, ainsi que plusieurs particuliers, concoururent à l'augmenter, avec cette émulation et cet empressement que le patriotisme inspire, et qui a été de tout temps le signe caractéristique de la nation.
La Bibliothèque royale, avons-nous dit, fut assignée pour le lieu ordinaire des assemblées. L'Académie eut, en outre, la jouissance de cette riche collection qui avait appartenu primitivement aux ducs de Bourgogne; il lui fut permis de se servir, pour son grand sceau, des armes de cette illustre maison, et d'associer ainsi son nom aux plus beaux souvenirs de l'histoire nationale. Des fonds furent libéralement accordés pour l'impression des Mémoires, pour les prix des concours et pour des voyages scientifiques. Des pensions furent créées en faveur des membres avancés en âge ou qui se distinguaient par leur activité.
»> FinalemenI, pour donner une marque ultérieure de l'estime particulière que nous accordons aux talens utiles et à ceux qui savent les cultiver avec succès, disait l'Impératrice, dans ses lettres patentes, nous déclarons que la qualité d'académicien communiquera à tous ceux qui en seront décorés, et qui ne seraient pas encore anoblis ou de naissance noble, les distinctions et prérogatives attachées à l'état de la noblesse personnelle, et ce en vertu de l'acte de leur admission en cette Compagnie. » Si nous
des lettres, avait constamment avec lui des manuscrits appartenant à cette Bibliothèque et qui furent enlevés à la suite de sa malheureuse invasion en Suisse. Cependant quelques-uns de ces ouvrages furent rendus j mais les pertes furent cependant très-sensibles.
PREMIER SIÈCLE DE l'aGADËMIE,
citons ces paroles, ce n'est point pour faire valoir d'anciennes prérogatives, mais pour montrer le puissant appui que recevaient les sciences à une époque où ces prérogatives étaient tout aux yeux du plus grand nombre.
L'Académie reçut cependant un privilège plus grand encore, un bienfait inappréciable pour le savant, c'est la liberté de la presse, cette mère de la pensée, qui apparaissait alors radieuse comme un phénomène consolateur au sortir d'une longue nuit. Tant d'avantages réunis devaient faire ambitionner d'être académicien; aussi, une noble émulation se répandit dans tous les rangs du pays, et l'on ne tarda pas à voir surgir des talents qui seraient demeurés engourdis sans des stimulants aussi énergiques. Cinq volumes de Mémoires furent publiés par l'Académie pendant sa courte existence, ainsi que plusieurs volumes de Mémoires couronnés. Une analyse détaillée de ces travaux scientifiques et littéraires nous sera présentée par des délégués de nos trois classes. Ils nous feront apprécier les efforts qui ont été faits, depuis, pour soutenir le mérite de nos aïeux.
Pendant les trois premières années qui succédèrent à la création de la Société littéraire, avons-nous dit, les séances avaient été peu nombreuses : en 1769 on en compta quatre; en 1770, deux, et une, seulement, en 1771. Les réunions n'eurent plus lieu pendant l'année suivante; mais, à partir du milieu de 1773, époque de l'organisation de l'Académie, elles devinrent plus fréquentes, et leur nombre augmenta successivement jusqu'en 1777, où il fut annuellement de seize à dix-sept. On comptait des vacances de quatre mois; en sorte que, pour chacun des huit mois restants, on avait environ deux séances, abstraction faite des quatre mois de juin, juillet, août et septembre. Voici les nombres depuis l'origine jusqu'à l'instant où la révolution fit cesser les séancesacadémiques : on sait, du reste, que la révolution brabançonne éclata quelque temps avant la révolution française :
PAR M. 1. QUETELET
Année 1775
6 séances.
IG
Année 1784
17 séances.
nn, ?nir'"'T'' P"'"'*'"'' •*' ''''^ ''^••"•^'•^ année obligèrent pa talr:: : "^7^- •-- ^-va.. = ,es conections Lent mTtS r 'r''^""^'^"^ '^ dispersèrent. Une partie du
m tenel cependant fut transportée à Vienne; et une autre partie fut gardée dans l'intérieur du local.
^ Les procès-verbaux des séances sont transcrits dans quatre volumes m-fol.o, que renferment les archives de l'ancienne Académie. Ces pièces sont beaucoup plus développées que celles conservées, comme pièces officielles, dans le Journal des séances qui figure en tête des cinq volumes des Mémoires de VAcadétnie tmperiale et royale ('). On trouve inscrit dans ces protocoles le nombre des membres qui avaient assisté aux séances; et,
(') Voici d'après le proccs-vcrbal des séances des 20 et 21 mai 1776, tenues en la salle de la Bibliothèque royale, les eonvenlions arrêtées pour nn.;ression des mémoires académiques : i- r » "■'
JZl?''^^^'^": ""'""" '"' '" """■•='"= * *""'•« *•""' l'impression des mémoire, de I Académie. Les pièces qui doivent composer ee premier volume seront envoyées a leurs auteurs respectifs qui mettront à prolit les avis et les corrections des commissaires dont le secrétaire perpétuel leur aura communiqué des extraits sufflsanu. Apres avoir mis la dernière main à leurs mémoires, ils les renverront à ce dernier qui corrigera les fautes contre la grammaire, s'il y en a. et qui aura soin de corriger les épreuves et de conduire l'impression conformément au Directoire qui sera présente a l'Académie , pour servir de règle à l'avenir.
. Les mémoires imprimés seront précédés de l'histoire de l'Académie et d'un journal ou Ion fera entrer les extraits des mémoires qu'on n'a pas jugé devoir im-
PAR M. A. QUETELET
dans les procès- verbaux mêmes, on lit une quantité de renseignements spéciaux, qu'on a cru ne pas devoir présenter au public dans les volumes officiels qui ont successivement para de 1780 à 1794.
Ces cinq volumes des Mémoires des membres et un grand nombre de Mémoires couronnés sur différentes branches des connaissances humaines , montrent l'activité du peu de savants qui résidaient en Belgique. Les sciences mathématiques et physiques étaient principalement représentées par le Commandeur de Nfeuport, que l'Institut de France c*omptait parmi ses membres (*), par JVI. Bournons et par MM. Pigott, l'abbé Needham et l'abbé Mann, tous trois anglais, mais établis parmi nous et qui concoururent à différents travaux astronomiques et physiques. Il n'existait malheureusement dans le pays aucun moyen d'expérimentation délicate de physique; l'Académie s'en plaignait, et quand elle fut invitée par la Société palatine, de Manheim, à prendre part au grand système d'observations météorologiques combinées qui s'organisait alors, elle exprima la crainte de s'associer à ces observations, parce qu'il lui manquait, avant tout, les instruments nécessaires. La Société palatine lui envoya tout ce
primer en entier. Ces extraits en exposeront le sujet et les endroits les plus intéressants.
» M. le Président voulut bien se charger de la convention à faire avec Timprimeur, dont les principales conditions seraient, i° beau papier et beau caractère; 2° le format et les marges comme des mémoires de TÂcadcmic des sciences de Paris j 3" de n'imprimer les feuilles que lorsqu'elles seraient munies de Vimprimntur du secrétaire perpétuel; 4° de remettre à ce dernier 80 exemplaires gratis pour l'Académie; 5» de ne vendre les exemplaires dans l'intérieur des provinces de la domination de S. M. des Pays-Bas, qu'à raison d'un sol de Brabant par feuille, la gravure à part, sauf à vendre à tel prix qu'il voudra , les exemplaires qu'il enverra aux étrangers. »
(*) Le Commandeur de Nicuport montra le premier, dans les anciens mémoires de rAcadémie de Bruxelles, que la haute analyse avait trouvé un interprète en Belgique : il y traita à la fois la solution de plusieurs problèmes importants qui occupaient alors les mathématiciens, et ses travaux le mirent en rapport avec d'Alembert, Bossut et Condorcet. » Histoire des sciences mathématiques et physiques chcs les Belges t par A. Quetelet, p. 289, i vol. gr. in-8<>; chez Muquardt, 18C4.
qu'il lui fallait à ce sujet, et les observations demandées furent faites avec régularité, on peut dire même avec science. Il en avait e^lé de même pour M. Pigott, gentilhomme anglais, qui s était fixe parmi nous pour coopérer, avec son fils, au grand travail de la triangulation du pays. Il mit les plus grands soins à exécuter les travaux de ce genre qui concernaient le Luxembourg, pour 1 étendre ensuite sur toute la Belgique; mais il ne tarda pas a voir que la personne chargée de ce grand réseau géodésique n était pas a la hauteur de sa vaste entreprise, et il se trouva forcé de l'abandonner.
Au sujet des difficultés que rencontrèrent ses opérations astronomiques, nous devons mentionner celle dont il est parlé dans l'ordre du jour de la séance du 5 mars 1777. Comme on peut le voir dans les observations que M. Gérard crut devoir présenter à l'Académie , l'assemblée chargea son secrétaire d'en écrire aux journalistes anglais qui avaient produit une annonce inexacte (').
« L'Académie des sciences et belles-lettres de Bruxelles, est-il » dit, a remarqué avec quelque surprise un endroit de votre » journal. — C'est au tome II, partie I™ de l'année 1777, dans » l'annonce des observations astronomiques, faites dans les » Pays-Bas autrichiens par M. Nathaniel Pigott. Vous ajoutez » que le Gouvernement britannique avait chargé l'auteur de » fixer les longitudes des différentes villes des Pays-Bas au- » trichiens. C'est un point. Messieurs, sur lequel vous avez été » mal informés. Ces observations ont été faites par ordre et aux » frais du gouvernement des Pays-Bas. M. Pigott le dit lui-même » dans le titre de l'ouvrage entier, qui est déjà imprimé, et qui '. paraîtra en peu de temps dans le premier volume de nos Mé- » moires académiques. Il le répète dans une lettre à M. Maskc-
(•) Nous citons ce passage assez remarquable, dicté par la susceptiblité de Académie, contre les journalistes anglais qui semblaient les accuser d'exploiter à la
étaient venus les aider dans la partie astronomique et géodésique du relevé du pays.
» Une, laquelle se trouve à la tête de l'extrait de ses opérations, » qu'il a fait publier dans les Philosophical transactions de Fan » 1776, vol. 66, partie pe. On y lit ces paroles : This astrono- » mical journey ivas undertaken atthe request ofthe govern- » ment hère. They expressed a désire that the situation of » some of their towns at least shoidd be determined by obser- » vation. Comme M. Pigott écrivit cette lettre à Louvain , il est » évident que ces mots le government hère signifient le gouver- « nement des Pays-Bas et non pas le gouvernement britannique, » de même que ces paroles some of their towns ne peuvent » s'entendre que des villes des Pays-Bas autrichiens.
» Persuadée de votre équité et de votre amour pour le vrai, » l'Académie se flatte que vous voudrez bien rectifier cette » annonce dans le tome suivant de votre journal, au moyen » d'une note ou d'un errata. Dans cette idée, elle m'a charge de » vous écrire cette lettre. C'est un ordre que j'exécute avec » plaisir puisqu'il me fournit l'occasion de vous témoigner la » profonde estime avec laquelle je suis, etc »
Il y a tout lieu de croire que ce fut la lettre même, écrire de Louvain par M. Pigott au célèbre Maskelyne, qui donna lieu à la méprise des journalistes. Ceux-ci, n'entendant pas assez bien l'anglais, auront probablement interprété à leur façon des paroles qu'ils ne comprenaient pas.
Les concours de l'ancienne Académie étaient suivis avec la plus grande attention, et ses programmes pouvaient figurer avantageusement à côté de ceux des sociétés savantes les plus estimées. On jugera mieux, en examinant les pièces, qui ont successivement concouru, que le travail dépend bien plus du mérite des questions que de la valeur des médailles qui servaient de récompense. L'ancienne Académie se bornait à offrir une médaille plus ou moins grande : le travail couronné restait dans ses archives; car elle ne s'engageait point à Vimprimer. Cependant l'impression avait assez généralement lieu; mais elle se faisait par l'auteur qui pouvait, dans certains cas, être encou-
PAR M. A. QUETELET
ragé par le gouvernement. Il existe une série de ces mémoires imprimés : bien que ne faisant pas partie des collections académiques et différant sensiblement dans leur format in-4o, ils composent une suite assez nombreuse qu'on a généralement l'habitude de joindre dans les bibliothèques aux collections de publications académiques de Bruxelles.
Après sa réorganisation en 1816, l'Académie prit également le parti d'imprimer la plupart des œuvres qu'elle couronnait : elle regardait cette publication comme un nouvel avantage joint à l'honneur de la médaille décernée (*), mais cet avantage devait dépendre en grande partie des sommes accordées annuellement pour les impressions, surtout quand il s'agissait d'ouvrages trop considérables, dont les frais de publication auraient pu nuire aux travaux mêmes de l'Académie.
L'illustre Marie-Thérèse mourut le 29 novembre 1780 : elle laissa après elle les souvenirs les plus honorables. Les Pays-Bas, comme les autres pays qu'elle avait eu à gouverner, lui donnèrent le nom de Mère de la patrie, a Si les sujets de cette grande reine, comme le dit avec raison le procès-verbal de notre ancienne Académie, ont répandu des larmes véritables sur son tombeau, sa mémoire est chère surtout à ses peuples de la Belgique qui se rappelleat les heureux changements opérés pendant les trente dernières années de son règne, et la force de son gouvernement, comparée avec la faiblesse des règnes qui précédèrent. »
Dans l'année qui suivit cette perte immense, l'empereur Joseph II voulut faire preuve de llmportance qu'il attachait aux sciences et aux lettres, comme l'avait fait son illustre
(«) Le tome VIH des nouveaux Mémoires in-i», 1832, par exemple, renfermant le travail couronné de M. Dumont Sur la constitution géologique de la province de Liège, se vend maintenant à des prix qui ne sont pas au-dessous de i50 francs : et il en est de même du t. XI, renfermant le mémoire couronné de M.ChasIes: J perçu historique de Vorigtne et du dcvetoppetnent des méthodes en géométrie, i857. Le* tome V des anciens mémoires de l'Académie impériale et royale des sciences et belles-lettres de Bruxelles, d'une autre part, n'existe plus dans le commerce.
PREMIER SIÈCLE DE l'aCàDÉHIE,
mère. Il fit réunir, en faveur de l'Académie, les commencements d'un cabinet de physique et d'histoire naturelle. Les arrangements à prendre relativement à cet objet occupèrent toute la séance du 5 novembre 1781. Ce cabinet existait encore à l'époque du gouvernement hollandais; et, après la révolution de 1830, il reçut même une notable augmentation : on y joignit toute la collection du musée Kantius; malheureusement, dans ces derniers temps, tous les objets scientifiques qui formaient ce musée, intéressant sous bien des rapports, furent en partie distribués aux universités et en partie vendus aux enchères publiques (*).
Parmi les savants qui s'occupaient plus spécialement des sciences naturelles, il faut distinguer surtout MM. de Witry, Du Rondeau, l'abbé Chevalier, De Launay, dcBurlin, de Frauhi, Tabbé de Marci, et l'infatigable l'abbé Mann, qui, toujours au nombre des plus grands travailleurs, méritait par ses recherches une attention toute particulière.
Les sujets littéraires ne fixèrent pas avec moins d'ardeur l'attention de nos savants confrères qui s'attachèrent plus spécialement, et avec raison, à examiner les points les plus remarquables de notre) histoire politique. Plusieurs de ces écrits sont restés comme des pièces importantes, dignes encore de tous les égards des savants : les uns concernent l'origine et l'histoire de nos aïeux, leurs monuments, leurs coutumes, leurs querelles, leurs guerres, et l'on peut distinguer parmi eux le marquis du Chasteler, l'abbé Ghesquière, l'abbé de Nélis, De Hesdin, Gérard, Dom Anselme Berthod et le savant secrétaire Des Roches, à qui l'on doit un certain nombre de communications historiques, qui, sans la sollicitude apportée par lui à la rédaction du Journal des séances, auraient échappé à l'attention des savants.
(*) Quelques objets furent également données à l'Observatoire de Bruxelles , cl spécialement des instruments électriques du temps de Franklin, qui avaient grandement occupé le prince Charles lui-même, dont la statue s'élève aujourd'hui en face du Musée, privé de ses collections.
On doit remarquer surtout le soin que mettaient la plupart des savants étrangers, que l'Académie s'était associés, à répondre a ce témoignage de courtoisie. On retrouve avec plaisir, parmi les pièces de la correspondance et parmi les mémoires imprimés, les noms du baron de Zach, de De la Lande, de Magellan, de Necker, de Messier, du comte de Bruhl, de Van Swinden,' du prince de Galitzin, etc. Cette correspondance montre que déjà, à cette époque, l'Académie jouissait des sentiments de sympathie et se trouvait en relations des plus affectueuses avec les savants étrangers. Elle avait pris d'ailleurs le bon parti d'annoneer, dès son origine (séance du 25 juin 1773), qu'elle verrait avec intérêt quelque ouvrage delà composition d'un membre ou d'un associé remplacer ce compliment usité en ces occasions dans quelques autres compagnies savantes.
Les troubles politiques commençaient à agiter une partie de l'Europe et spécialement nos provinces. Cependant nos aïeux, en restreignant de beaucoup la publicité de leurs réunions,' ne renonçaient pas à modifier la nature de leurs travaux • on voit par exemple, le 18 mai 1785, qu'ils étaient préoccupés de cette idée, ce Une partie de cette séance , est-il dit dans les procèsverbaux, la dernière avant les vacances, fut occupée par des affaires internes d'une assez grande importance , entre autres par l'examen d'un projet de donner un nouvel emplacement à l'Académie et à la Bibliothèque publique, que S. E. le Ministre plénipolentiaire avait résolu de mettre en exécution, chose qui depuis longtemps faisait l'objet des vœux de la Compagnie » Mais l'étal des esprits fit renoncer à l'idée de pareils changements. M. Des Roches fut appelé à Vienne en 1786, et l'abbé Mann fut chargé de le remplacer comme secrétaire : il devint même titulaire lorsque, peu de temps après son retour, M. Des Roches vint à mourir. Il fut aussi chargé des fonctions de trésorier, devenue vacante par la mort de M. de Fraula. On lui doit de nombreux travaux et spécialement les premières bonnes observations météorologiques qu'il publia, pendant plusieurs années , de concert
avec la Société palatine laquelle imprima ces sortes de recherclies, établies sur une très-grande échelle, dans ses Ephemerides meteorologicae (*).
Cependant, aux séances du il et du 23 février 1788, l'on mit en délibération l'impression d'un nouveau volume des Mémoires de VAcadémie. « Vu le temps qui s'était écoulé depuis la publication du quatrième tome, est-il dit, et le grand nombre de pièces non imprimées qui se trouvaient dans le portefeuille du secrétaire et dont les titres sont consignés dans ce journal sous les dates de leur lecture, celte impression fut résolue à l'unanimité.
« L'examen et le triage de tant de pièces sur des sujets différents, l'arrangement et l'ordre de leur impression demandaient un travail de nature à occuper presque entièrement plusieurs des séances suivantes. Ce détail ne peut intéresser le public à qui il suffit d'en voir le résultat dans ce nouveau volume que nous lui présentons. »
Le cinquième et dernier volume des mémoires imprimés de l'Académie de Bruxelles fut déposé, mais en parties seulement, dans les séances des 10 et 17 mars 1788 (*).
On voit facilement, d'après la relation des procès- verbaux, combien la position des académiciens devenait difficile. Le comte de Fraula et le chevalier de Burtin avaient été chargés, depuis le commencement de janvier 1787, d'entrer en négociation avec les propriétaires de l'imprimerie pour acquérir les quatre volumes
(») Voyez VÉloge de Vahhé Mann, par le B»" de Reiffenberg, dans les Mémoires de VAcadémie de Bruxelles , t. VI , année 1830.
(*) Peu de jours après cette séance, est-il dit à la fin du journal de ce cinquième volume, l'Académie perdit deux de ses membres, Dom Anselme Bcrthod, qui mourut d'une maladie de langueur, le 19 mars; et M. Bournons, qui décéda le 22 suivant.
A la suite des notices sur ces savants, on trouve encore des procès-verbaux trcs-resserrés sur les séances qui eurent lieu les 7 et 21 avril, les 5 et i juin et le 18 juillet suivant. La question de publier un sixième volume, désire par quelques membres, dut être abandonnée.
PAR M. A. QUETELET. jq
sans solution. ' """' Proposition, qui resta
n^ffl '"'''"' ^" P'-'^'^^^-verbal de la séance du 25 février 1788 est assez curieux pour mériter d'être transcrit ici I f? n..eux comprendre .a position de l'Académie fel époque
™erie ^^:^;^ ^iT^^: S ^:^Tzrzi
annoncer à l'Académie, par son canal, différen s poTn'etS-
d arrêter entre eux. Le secrétaire les ayant couchés par écrit de la bouche dudit directeur, et les lui ayant lus ensuite pou
ete pnse a cet égard, et les objets étant de nature à y revenir dans quelque autre séance, on se bornera à consigner id u„ë cop,e de cet écrit, qui est de la teneur suivante •
» Le sieur De la Roche, chargé de la direction de l'imnri niene académique, vient, de la part des propriétaires, iS lAcademiedes points suivants:
•' 1» Que MM les propriétaires de ladite imprimerie ne%eu lent p us fournir les dix-huit exemplaires reliés des "émoTres" • dont ci-devant ils fesaicnt présent à l'Académie- '
tri A ^"' ''"'"' propriétaires ne veulent poiit se charger des
mvure: ZT "' '^'""™^ '^ ''''''' - l'impressi n d guvures, que Ion pourrait être dans le cas de faire dorénavant
dans les volumes à imprimer pour l'Académie- '°''"'^""' » 3» Que pour tout ce qui regarde le prix des mémoires
reee;r;eL;ri^;:r"""^" "'''' '^"^"" -'- '
» 4o Que les propriétaires proposent à l'Académie de finir la
négociation entamée en janvier 1787 par MM. le comte de Fraula et Burtin, à la fin d'acheter le fonds d'imprimerie des mémoires académiques, tant ceux des concours que ceux des membres de l'Académie (y compris les cuivres gravés); faute de quoi, ils vont prendre incessamment d'autres arrangements à cet égard, et les vendre, s'il le faut, aux boursiers;
w S« Qu'au reste lesdits propriétaires s'entendent à se tenir purement et simplement aux termes de leur contrat d'achat. »
Ita est
Ce 2S février 4 788. L'abbé Mann ,
secrétaire perpétuel. »
L'énumération de pareilles conditions montrent mieux que de longs discours les circonstances difficiles dans lesquelles on se
trouvait.
Malgré toutes les menaces politiques qui entouraient l'Académie, la question du nombre des membres occupait beaucoup l'administra tion supérieure. Plusieurs essais furent faits, et l'on trouve, dans le procès-verbal de la réunion du 10 novembre 1788, une lettre signée par le président et le secrétaire, qui demandaient à S. E. le Ministre plénipotentiaire de Sa Majesté, que TEmpereur voulût bien approuver et sanctionner les vœux de s(^ membres, en en bornant le nombre et en le fixant invariablement, pour l'avenir, sur le pied que le nombre des membres rcgnicoles ne put jamais dépasser 24, ni celui des membres étrangers 12; par là, les deux classes, ensemble, ne feront que le nombre de 36, porté par l'institution primitive de l'Académie.
Ce corps demandait de plus que, « dans le cas où Son Excellence trouverait une classe de correspondants académiques utile et convenable. Elle voulût bien donner sa sanction à cet établissement afin qu'il pût être exécuté et sortir son effet. »
Il parait que ces différentes pièces concernant les élections proposées demeurèrent sans résultats, car il n'en est plus fait mention dans les procès-verbaux.
PAR M. A. QUETELET
Les événements prenaient successivement une lournure nlus menaçante. On Ht, en effet, lors de la séance du S oc oZ 789 ce qui suit : « Tel était \o rpciioi ^ i - "^^'^orc i /5if,
i-ays Bas. La séance générale pour le jugement du concours et
c::trrtV",r"''^ '^--'^'^ »aquene dër
J^nir vers la fin doclobre, n'avait pas encore pu avoir lieu M. e président qui voulut y assister en personne à son Jour
au 2b octobre, et la guerre ouverte s'étanl déclarée et s'élen dant ensuite dans la plus grande partie du pays I 4déLie 1^ trouvaa réduite à un état d'inaction, d'autan plus que M président étant revenu à Bruxelles le iS novembre .'1 on venable de s'en éloigner de nouveau le 17 suivan eTaue"
rouant lA T'' , """"''' '''''^''''- ^' Compagnie se l'ouva, par la, privée de ses chefs ordinaires
.. r.a seule circonstance qui arrivât ensuite à l'égard de ce corps, sous le précédent gouvernement, fut un ordi^ u vice président du conseil royal, rendu au se^réUure, le 8 déc ml^ e dapres lequel l'Académie devait remettre ina-ssammlnT J
nscriptions pour la médaille de la nouvelle année 1790 su deux sujets différents : le fond de l'idée du premier devait Z Inmesuuelhgence dissipée et la confiance rétablie; mais en cas que les circonstances ne permellraienl pas d'adopter ce sujet le second devrait être /« prise de Belgrade, sous fidée de C ! vatd de l ennemi des chrétiens enlevé. Tout ceci fut exposé le lcnde„,a.n à M. Gérard, comme ancien membre de l'AcTdém e résidant en ville, qui nomma M. Chevalier et M. Du Rondeau avec le secrétaire, pour faire ces inscriptions: mais la révolution arriveeaBruxelles le 11 etie 12suiva„ts, rendit ce travail inutile.'
.. Les seigneurs des Etats de Brabant étant rentrés à Bruxelles M 8 décembre 1 789, le secrétaire se rendit, le 20 suivant, aup Ï do Monseigneur de Nélis, évéque d'Anvers, doyen de l'Ae demie
PREMIER SIÈCLE DE l'aCAOÉHIE,
PAR M. A. QUETELET
comme étant le plus ancien membre, pour prendre ses ordres relativement à celte Compagnie en l'absence du président. Sa Grandeur, dans les circonstances actuelles, se trouvant accablée d'occupations indispensables qui ne lui permettaient pas de donner toute l'attention qu'il aurait désirée aux choses de l'Académie, le secrétaire La pria de nommer un comité d'entre les membres présents avec lequel il pourrait prendre des arrangements convenables sur les objets qui n'admettaient pas de délai , en attendant qu'une assemblée put se tenir pour les régler définitivement. M^' d'Anvers, approuvant la proposition du secrétaire, nomma, par une lettre qu il lui adressa le 22 décembre, MM. Gérard, Chevalier, et Du Rondeau avec ledit secrétaire, pour former un comité chargé de la direction de l'Académie et ad omnes fines. »
En passant à un état plus calme, l'Académie crut devoir s'occuper de ses intérêts particuliers : elle s'adressa, à cet effet, aux États généraux du pays. Elle rédigea, le 18 février 1790, un acte qui exposait, à cette assemblée, sa position et ses besoins pécuniaires. Elle lui représente, disait-elle, que, pour subvenir aux frais de tous ses travaux, « son Auguste Fondatrice l'avait dotée d'une somme annuelle de trois mille florins d'Allemagne, faisant 4,200 florins des Pays-Bas, assignés sur la caisse de la recette générale et a fondé deux prix annuels de la valeur chacun de 2S ducats, avec quelques médailles d'argent, pour être adjugés par l'Académie dans les concours ordinaires. Elle représente, de plus, que, depuis son établissement, elle n'a pas cessé de s'occuper assiduëment à remplir tous les susdits devoirs qui lui sont prescrits par le règlement de son institut, décrété par le souverain et attaché aux lettres patentes de sa fondation. »
M C'est pourquoi ladite Académie supplie Vos Seigneuries de conserver cet établissement national sur le même pied et avec les mêmes droits, dotation et prérogatives que ci-devant, de le prendre sous leur protection et de lui fournir les occasions
d exercer son zèle et ses travaux pour le progrès et le perfectionnement des connoissances et des arts vraiment utiles à la société et au bien-être des provinces de la Belgique, objets qui font essentiellement le but de son institution ('). »
Une seconde pièce demandait qu'on conservât le traitement et les avantages de l'abbé Mann, comme secrétaire perpétuel. Ces deux communications furent favorablement accueillies par les Etats généraux, qui vx)ulurent bien y faire droit.
Ce qui pourra étonner peut-être, c'est que l'Académie impériale et royale n'eût pas encore de local convenable pour ses séances; elle avait déjà fait des observations sérieuses à cet égard. Voici ce qu'on lit, ei> effet, dans le procès-verbal de la séance du 3 décembre 1787. « Le travail de ce comité se réduisit a examiner le contenu des mémoires qui avaient été présentés précédemment en 1774 et 1783 pour la même fin, et à prendre unanimement la résolution de se borner dans celui dont il s'agissait présentement à un seul point, savoir : à la demande dun emplacement convenable pour V Académie, dans lequel doit se trouver des bâtiments assez spacieux; pour réunir tous les livres qui doivent composer la Bibliothèque publique; chose d'autant plus essentielle que ceux qui sont renfermés dans l'église des ci-devant jésuites restent inutiles à l'Académie et au public et sont dans le cas de se détériorer journelletnent. a Le secrétaire fut chargé de faire une demande à ce sujet; elle se terminait de la manière suivante : « Ce qui manque essentiellement, en premier lieu, et sans lequel toutes autres demandes et grâces deviennent inutiles et seront frustrées de leur effet, c'est un emplacement convenable pour l'Académie et pour la Bibliothèque publique. Elle a des observateurs, mais ni observatoire ni autre heu convenable où elle puisse faire les observations astronomiques et météorologiques correspondantes que d'autres aca démies lui demandent. Elle a des chgmistes savants et laborieux,
(') Cette pièce était signée par MM. Tabbé Chevalier, Du Rondeau et l'abbé Mann.
PREMIER SIÈCLE DE l'aGADÉMIE,
PAR M. A. QUETELET
mais point de laboratoire pour faire les expériences docinmsti' qiies ou chymiqueSy souvent demandées par le Gouvernement même, etc. » Ces demandes étaient très-justes, il est vrai; mais était-ce bien véritablement l'instant de les faire?
On conçoit que les troubles qui bouleversaient le pays devaient exercer une influence fatale sur les travaux de la Compagnie. Cependant, malgré les agitations qui régnaient, cette institution fit tous ses efforts pour lutter contre le torrent qui bientôt devait l'engloutir, au moins d'une manière passagère.
Dans la vue de conserver sa position comme corps savant, l'Académie essaya, mais inutilement, de se faire reconnaître ofliciellement par les Etats généraux, pendant l'absence de Tarméc autrichienne. Elle trouva auprès de Tautorité les promesses les plus obligeantes, mais sans aucune garantie. Enfin elle put reprendre le cours de ses séances avec plus de sûreté lors de la rentrée des troupes impériales à Bruxelles, au commencement du mois de décembre 1790. On conçoit cependant combien son existence devait laisser à désirer et combien ses travaux devaient souffrir au milieu de toutes ces secousses politiques. L'Académie ne comptait plus qu'un petit groupe de savants, mais plusieurs membres qui auraient pu les aider semblaient craindre de se compromettre.
Cependant, à la septième séance de l'année 1791 (18 mai), le secrétaire fit connaître que le portefeuille de la Compagnie avait suffisamment de mémoires pour la composition d'un sixième volume de la collection académique. Il fut décidé même que M. le président fixerait un jour afin de nommer les commissaires chargés d'examiner ces mémoires et d'en faire leur rapport pour juger ceux qui devaient paraître (*).
En général, l'Académie impériale et royale de Bruxelles,
(') Voici la note qu'on lit à la page 109 du Journal des Séances, inséré en léle du IV* vol. des ANCIENS MÉMOIRES z « Sa Majesté TEmpereur et Roi, étant arrive à Bruxelles le 9 avril (1794), son Excellence le Minisire plénipotentiaire écrivit, le lendemain au soir, un billet à M. le président de l'Académie, pour Tinformer
comme nous l'avons dit, comptait annuellement trois mois de vacances par an, en juin, juillet et août; et dix-huit séances pendant les neuf autres mois. Ce qui donnait moyennement pour les travaux académiques, deux réunions par mois. Vers la fin, la régularité devint moins grande, ce qui provenait des mouvements d'insurrection qui se manifestaient assez fréquemment dans le pays. Par exemple, le vide que l'on remarque entre les mois de novembre 1792 et avril 1793 était dû aux événements qui venaient d'éclater et à l'invasion des Pays-Bas par les troupes françaises. Les séances, cependant, après quelques mois, purent reprendre leur cours ordinaire.
Une seconde interruption eut lieu après la séance générale de mai 1794; mais, cette fois, les travaux furent entièrement suspendus. L'armée française avait pénétré dans Bruxelles et l'accueil qu'elle avait trouvé parmi la population montrait qu'il ne restait plus d'espoir aux partisans du gouvernement autrichien. Aussi les académiciens s'entendirent entre eux pour mettre en sûreté, autant que possible, tout ce qui appartenait à la Compagnie; la plupart quittèrent ensuite Bruxelles.
En considérant les travaux de l'Académie, pendant la fin du siècle dernier, on ne peut assez s'étonner du zèle et de l'activité que mettaient quelques hommes, distingués dans les sciences et les lettres, appartenant à différents pays et pourvus de connaissances bien différentes, à s'accorder, cependant, de manière à faire fructifier le terrain qui leur était confié. Toutefois l'existence du corps n'avait eu ni assez de durée, ni assez de simultanéité, à cause
que cet auguste Prince recevrait les hommages de la Compagnie vers H heures de la matinée suivante, i i du mois. Tous les membres regnicoles résidents à Bruxelles furent prévenus de se trouver au Palais à l'heure indiquée, ils furent présentés en conséquence au souverain, que M. le président harangua en peu de mots. Sa Majesté daigna assurer la Compagnie de sa protection et bienveillance. Elle rendit ensuite ses hommages à Son Altesse royale l'Archiduc Joseph et à son Excellence le chancelier de cour comte TrauttmansdorflF, et en fut reçue de même de la manière la plus gracieuse. »
PREMIER SIÈCLE DE l'aGàDÉMIE, ETC.
des malheureuses circonstances à traverser, pour pouvoir présentre des travaux dignes de l'attention de la science : ces travaux, du reste, annonçaient ce qu'on pouvait espérer de leur continuation. C'est peut-êlre ici le lieu de faire ressortir le mérile de nos compatriotes et de rappeler combien leur talent leur valul, principalement en France, quelques-unes des principales positions, surtout dans les sciences et les arls. Grélry et Gossec brillaient, en effet, au premier rang du Conservatoire de musique de Paris, qui compta, plus tard, parmi ses professeurs, François Félis (*); Suvée, membre de l'Académie royale des beaux -arts, était directeur de l'École de France à Rome (*) ; Christian , l'ancien professeur du Lycée de Bruxelles, avait le rang de directeur du Conservatoire des arts et métiers de Paris ; le savant bibliophile Van Praet, de Bruges, dirigeait la Bibliothèque royale; Blondeau, de Namur, était doyen de la Faculté de droit de Paris. Divers de nos savants et de nos artistes figuraient également à l'Institut; et, aujourd'hui même, différents noms, qui appartiennent à nos provinces, comptent encore dans celte célèbre assemblée('). On remarquera aussi que, lors du concours des beaux-arts pour le grand prix de Rome, notre pays se trouvait généralement représenté parmi les vainqueurs : de ce nombre furent, entre autres, Paelinck, Odevaere, Calloigne.
(') Le célèbre MéhuI, membre de Tlnstitut comme eux, appartenait à la petite ville de Givet, enclavée entre nos frontières actuelles, et autrefois en dedans de ces mêmes limites.
(*) Joseph-Benoit Suvéc était né à Bruges en 1745; il alla achever ses études à Paris, obtint le grand prix de Rome en 1771, fut reçu membre de TAcadémic en 1780 et devint professeur, puis directeur de TÉcoIc française à Rome m 1792j il mourut en 1807.
(') MM. Milne Edwards, de Bruges; Joseph Dccaisne, de Bruxelles, sont également nés en Belgique; de même que C. M. Desprclz, membre de Tlnstitut comme eux, qui naquit à Lcssines dans le Hainaut, le 13 mai 1789.
Nous nous bornons à citer Texemple concernant la France. Il suffit pour montrer que de nos jours, comme dans les siècles précédents, les Belges ont conservé Thabitude de porter leurs talents à l'étranger, où ils trouvent généralement, il faut bien en convenir, plus d'intérêt à les faire valoir, sauf à employer les moyens réciproques pour les lacunes qui pourraient se présenter, surtout dans la carrière de renseignement.