‹ Premier siècle de l'Académie royale de Belgique [microform]Chapitre 4 sur 35 · DES SCIENCES ET BELLES -LETTRES · texte numérisé non relu

DES SCIENCES ET BELLES -LETTRES

RETABLIE PAR LE ROI DES PAYS-BAS, GUILLAUME l".

Après les guerres de l'Empire, la Belgique et les Pays-Bas furent violemment séparés de la France. Formé de ces deux grands débris, notre nouveau royaume songea, dès lors, à placer, sur un terrain plus stable, ses établissements destinés aux sciences, aux lettres et aux beaux-arts. Ses premiers soins se tournèrent vers la réorganisation de l'ancienne Académie des sciences et des lettres, dont l'existence se trouvait suspendue depuis 1794. Le rétablissement de ce corps savant se fil avec une certaine solennité, le 18 novembre 1816, c'est-à-dire vingtdeux ans environ après la séparation de ses membres.

Aux savants de l'ancienne Académie qui existaient encore, le gouvernement jugea à propos de joindre de nouveaux collègues, choisis particulièrement dans les provinces septentrionales du royaume des Pays-Bas, qui venait d'être organisé. Le nombre des membres fut porté à trentre-qualre et l'on y joignit huit membres honoraires. La première assemblée de l'Académie, après son rélabhssement, eut lieu le 18 novembre, à 10 heures du matin, dans une des salles du Musée, attenante à la Bibliothèque publique delà ville, provisoirement préparée à cet effet.

Celle première réunion se fit avec une certaine solennité. M. le baron de Fellz, président, avait nommé le commandeur de Nieuport et M. Sentelet pour recevoir et introduire dans la salle Son Excellence M. Repelaer Van Driel , commissaire général pour l'instruction, les arls et les sciences, chargé par Sa Majesté d'installer l'Académie et d'ouvrir la séance.

A onze heures, le commissaire général, conduit par les deux membres nommés ci-dessus, entra dans la salle. Tout le monde avait pris place; Son Excellence remit à M. le président deux arrêtés de Sa Majesté dont il donna lecture : celui du 7 mai i816, par lequel le Roi rétablissait la compagnie sous le titre d'Académie des sciences et belles-lettres de Bruxelles^ et celui du 3 juillet suivant portant l'organisation réglementaire de ce corps. (Voyez plus loin \cs pièces officielles et la liste des membres.)

Après la sortie du ministre, le secrétaire provisoire (M. Van Hulthem) fit connaître que l'assemblée avait recueilli et mis en ordre les papiers de l'Académie qui avaient été retrouvés à la maison de Tabbé Mann, dernier secrétaire, au moment de son départ en 1794. (lis ont été portés depuis dans une des salles basses de l'Ancienne Cour et sont déposés actuellement auprès des manuscrits de la Bibliothèque publique, dit M. Van Hulthem; presque tous les papiers s'y trouvent ('), à l'exception des travaux destinés à être imprimés dans le sixième volume des mémoires.)

11 fit ensuite la présentation de quelques mémoires et la classe procéda à la nomination d'un directeur pour les travaux académiques : M. le commandeur de Nieuport réunit la majorité des suffrages; nous remarquerons que le même choix fut annuellement renouvelé. M. le baron de Fellz avait été désigné, de son côté, par le gouvernement, comme président perpéluel.

Dans la même séance, la classe continua les travaux de ses prédécesseurs, comme si l'espace de vingt-deux ans qui s'était

(*) Ces papiers se trouvent effectivement, aujourd'hui, dans les archivcsdcrAcadéfflie.

PAR M. A. QUETELET

écoulé depuis la dernière réunion n'avait point effectivement existe. Elle s'occupa également de la formation de son programme pour Tannée 1817.

Le gouvernement avait fait connaître à l'adminislralion municipale de Bruxelles son désir que la bibliothèque et le local qui la contient fussent cédés à l'État. . La Bibliothèque alors serait déclarée Bibliothèque royale, élail-il dit, comme celle de la Haye, et ses dépenses devaient être supportées par le trésor public, mais l'administration de Bruxelles ne parut pas disposée a y donner son assentiment. »

Outre les travaux académiques, de nombreux arrangements restaient à prendre par suite de la longue vacature qui s'était établie entre l'ancienne Académie et celle qui lui succédait.

Sur la proposition du commandeur de Nieuport, il fut arrêté que les membres de l'Académie seraient divisés en deux classes, celle des sciences et celle de l'histoire et de la littérature ancienne, et qu' « il y aurait un tiers de membres de plus dans la classe des sciences que dans celle d'histoire et de liuérature; de manière que, sur les 48 académiciens ordinaires, il y en aurait 29 dans la première classe et 19 dans la seconde (').»

Dans la première séance de 1818, qui eut lieu le 2 février, la classe eut à s'occuper de la nomination des commissaires pour le jugement des concours. Le nombre des concurrents était assez grand, et permettait de croire qu'il aurait augmenté encore, quand l'Académie aurait repris entièrement une position stable.

(») On lit dans le proccs-vcrbal du M octobre 1817 : « r/Académie, considérant que plusieurs de ces membres (MM. de Feltz, de Nieuport, Van Hulthem, le chevalier de Coninck, le duc d'Ursel et le prince de Gavrc) doivent se rendre à la Haye aux étals généraux et que d'autres membres (MM. Harbaur, Sentelet et Van Mons) sont nommes professeurs à TUniversit^ de Louvain, arrête, sur la proposition de M. le commandeur de Nieuport, que les séances ordinaires de l'Académie seront suspendues jusqu'au retour de la plupart de ses membres. « Le nombre des membres qui assistait habituellement aux séances n'était guère que d'une douzaine, de sorte qu'il ne devait à l'avenir n'en rester que trois ou quatre pour chaque séance; ce qui rendait effectivement impossible la marche régulière des réunions.

PREMIER SIÈCLE DE l'aCADÉHIE,

PAR M. A. QUETELET

Cependant, malgré les espérances que l'on put concevoir, les travaux diminuèrent, bien loind'augmenler. Le nombre des membres, dont la moitié résidait dans les provinces septentrionales, et l'âge avancé de ceux qui restaient en Belgique, ne permettaient guère des déplacements, qui auraient été assez difficiles à celte époque, pour mettre l'activité nécessaire dans un corps dont plusieurs membres, d'ailleurs, étaient entièrement absorbés par de bautes fonctions administratives. L'inconvénient qui existait fut particulièrement compris par le commandeur de Kicuport, vieillard plein de feu et d'ardeur, qui sentit parfaitement ce qui manquait à ses collègues, ou plutôt au corps dont il fallait savoir alimenter l'existence.

Une des adjonctions les plus précieuses de l'Académie à cette époque, fut celle de Son Excellence 31. Falck, ministre de l'instruction publique, de l'industrie nationale et des colonies, nommé membre honoraire à la séance du 7 mai 1818 (•). Ce fut l'acquisition non-seulement d'un littérateur extrêmement distingué, mais encore d'un collègue plein d'urbanité et dont la sollicitude était constamment dirigée vers tout ce qui pouvait être utile et avantageux aux travaux de la Compagnie (*).

(*) L'Académie, par un juste sentiment de reconnaissance, inaugura la deuxième période de son existence en inscrivant le nom de son bienfaiteur parmi ceux de ses membres honoraires : c'était la première nomination qu'elle faisait depuis sa réorganisation j elle ne pouvait donner ses suffrages à aucun savant qui en fût aussi digne. {Sciences mathématiques et physique chez les Belges, par A. Quetelet, Bruxelles chez Ïbiry-Van Buggenhoudt; 1 vol. in-8% 1866.)

(*) Les sciences et lettres ne jouissaient pas, dans ce moment, d'une très-grande faveur auprès du corps municipal de Bruxelles, si l'on en juge par un rapport fait à la séance académique du 25 mai 1818. « Le secrétaire fait rapport, est-il dit, de la conférence qu'il a eue avec M. le bourgmestre de Bruxelles, concernant le loyer que ce magistral avait demandé à M. le président du local que l'Académie occupe actuellement. Il a été résolu que le secrétaire écrira à ce sujet à M. le bourgmestre, en lui faisant observer combien il serait peu convenable d'obliger l'Académie à payer le local qu'elle occupe dans un bâtiment appartenant à la ville, tandis que, partout ailleurs, les villes s'empressent de fournir gratuitement des salles d'assemblée à de pareils établissements, lorsqu'ils en manquent.

C'est peut-être ici le lieu de rappeler l'attention sur le vieux commandeur de Nieuport qui avait appartenu à l'ancienne Académie royale et impériale de Bruxelles, ainsi qu'à l'Inslilut de France pour la partie des travaux mathématiques. Afin de se délasser des sciences, il s'était appliqué, à l'âge septuagénaire, a l'élude des anciens philosophes grecs. Il avait présenté à l'Aca' demie un volume in-4« contenant des observations sur la version du texte de Platon par Marcile Ficin.aLa première impression que la lecture du mémoire a faite sur moi, dit M. le baron de Geer, qui fut chargé de son examen, est celle qu'elle ne saurait manquer de faire sur tout lecteur qui a l'avantage d'en connaître l'auteur; c'est un sentiment d'étonnement et d'admiration pour celui qui a su acquérir une connaissance aussi profonde de la langue grecque dans un âge où chez les hommes ordinaires l'esprit est peu disposé à commencer de nouvelles études. En elTet, les éclaircissements obtenus de plusieurs passages du philosophe grec et les corrections proposées pour rétablir le texte dans sa pureté primitive prouvent que l'auteur a lu avec la plus grande attention et la plus grande exactitude les volumineux ouvrages de Platon et qu'il en a étudié le style et la diction avec le plus grand soin. » Ce volume, chargé de notes et d'observations intéressantes, écrites de la main du commandeur de Nieuport, est sans doute un des ouvrages manuscrits les plus précieux que renferment nos archives actuelles.

On trouve aussi, dans le premier volume des Nouveaux mémoires de l'Académie royale de Bruxelles, plusieurs écrits scientifiques du même illustre auteur : c'étaient les derniers souvenirs mathématiques de cet homme distingué. Ce genre de recherches comptait alors, dans l'intérieur de la Compagnie, bien peu de savants en état de les comprendre : les principaux étaient M. Garnier, ancien professeur à l'École polytechnique de France, et M. Van Uttenhove, membre de la seconde chambre des États généraux. En général, l'Académie se composait d'hommes de mente, mais d'un âge fort avancé; plus de la moitié d'ailleurs

PAR M. A. QUETELET

appartenait aux provinces septentrionales et ne pouvait guère assister aux séances; la partie qui semblait marcher avec le plus d'ardeur était formée des écrivains plus spécialement occupés de recherches historiques , particulièrement de celles concernant le pays : on distinguait surtout, parmi eux, M. Dewez, qui, le premier, s'occupa d'une histoire complète de la Belgique. Ses ouvrages laissent à désirer sous le rapport du style et de l'étendue des vues, mais on ne leur a peut-être pas assez rendu justice pour d'autres qualités (*).

Le commandeur de Nieuport et le baron Falck comprirent fort bien que l'extension de la Compagnie devenait nécessaire et qu'il fallait imprimer une nouvelle activité par l'adjonction de quelques jeunes travailleurs. On était arrivé à l'année 1820, et l'Académie n'avait fait paraître encore qu'un seul volume de ses mémoires.

La première nomination tomba sur un jeune savant qui chercha à justifier sa position par l'activité de ses travaux. Cet essai porta la plupart des membres à renforcer leurs rangs par des nominations nouvelles : MM. Dandelin, le baron de Reiffenberg, Pagani, Cauchy, le suivirent de très-près; l'Académie

(*) Dcwcz fut nommé secrétaire perpétuel le 23 janvier 1821, en rcmplacernent de M. Van Hullhem qui donna sa démission. Cet arrêté toutefois fut accompagne d'un autre qui fut loin d'obtenir Tassentiment de la compagnie. « Les médailles d'or décernées par l'Académie aux auteurs des mémoires couronnés, étaitil dit, et le traitement de secrétaire perpétuel, ne seront plus fournis par la caisse de rÉtat, mais les dépenses de ces médailles et le traitement du secrétaire seront pris sur les 4,000 florins qui, conformément à l'arrclé du 3 juillet l8iG, continueront à être payés annuellement à l'Académie. »

Un autre arrêté du même jour portait : !" un arrêté du Roi, du 31 décembre dernier (1820), par lequel Sa Majesté nommait M. le prince de Gavrc président de l'Académie royale des sciences et belles-lettres de Bruxelles, à la place de M. le baron Feitz, décédé. « M. le commandeur de Nieuport témoigna des craintes que les fonds de l'Académie, ainsi diminués, n'eussent plus suffi pour les frais d'impression des mémoires. Son Excellence le ministre de Tinstruelion répondit en souriant que, dans ce cas, l'Académie pourrait recourir à la bienfaisance reconnue de Sa Majesté qui ne refuserait pas de subvenir à ses besoins.

put enfin essayer de donner à ses travaux une activité qui lui manquait complètement (*).

C'est de la même époque que date la première nomination des correspondants de V Académie {% qui n'existaient pas dans la réorganisation de 1816. On songea alors à prendre des dispositions réglementaires pour cette catégorie de membres; elles furent mentionnées depuis dans le règlement de l'Académie, et l'on peut dire qu'elles furent généralement faites avec assez de précaution et de sévérité pour mériter l'estime des savants étrangers, qui souvent ont pris part à nos travaux et les ont relevés par leur mérite. Parmi les savants qui ont bien voulu s'associer à nous, nous devons mentionner surtout MM. Chasles, Ampère,

(*) Dans louvrage sur les Sciences malhcmatiques et physiques chez les Belges, que j'ai publié en 186G, in-8% on trouve des notices détaillées sur MM. Dandelin, de Reifl'enberg, Pagani, Caucby que nous avons perdus depuis, ainsi que sur le commandeur de Nieuport, Dewez , Van Mons, Garnicr, Cornelissen , Lesbroussart, Van Ilulthem, Verhuist, Weuslenraad , etc., et sur nos associés les plus actifs, tels que MM. Arago, de Humboldt, Bouvard, Schumacher, Gauss, Gœthe, Gioberli, Droz, MalHius et spécialement sur M. Falck, dont l'Académie se fera toujours un plaisir de voir le buste placé parmi ceux de ses plus ardents protecteurs.

{•) Nous transcrirons ici un article du procès-verbal qui violait à la fois deux passages du règlement : on lit en effet : « M. le prince de Gavre donne lecture de deux lettres qui lui ont été adressées de Paris, en date du 20 septembre 1820 par MM** demandant si l'Académie veut souscrire à un ouvrage qu'ils viennent de publierj ils font connaître, en même temps, qu'ils seraient très flattés si l'Association vouloit leur accorder le titre de Correspondants de l' Académie royale de Bruxelles, •>

Une pareille présentation se faisait pour la première fois et ne reçut de réponse qu'un an après, dans la séance du 5 novembre 1821 j elle avait été faite si brusquement que l'assemblée n'éleva qu'après la séance les objections qu'il convenait de faire immédiatement. Le roi néanmoins confirma les nominations, mais il demanda avec raison que !• l'Académie laissât toujours s'écouler un temps considérable entre la présentation et la nomination, comme cela se pratique aujourd'hui j 2« que la commission de la Bibliothèque académique n'a pas le pouvoir d'acheter des livres. La bibliothèque ne doit renfermer que les ouvrages qui lui sont offerts par les membres mêmes, ou ceux qui auraient été achetés sur décision particulière prise par TAcadémie ou par ses délégués. L'Académie, par ses échanges avec les sociétés étrangères, a pu former ainsi une des plus belles collections de livres qui se trouvent dans le royaume.

PAR M. A. QUETELET

Hachette, Plana, Herschel, Babbage, Whewell, Sheepshanks, Wheatslone, de Martius, Hansteen , Bravais , Martins , Alexis Perrey, etc. On conçoit qu'il m'est impossible de rappeler, en quelques mots, tout ce que nous devons aux savants étrangers qui ont bien voulu prendre part à nos travaux.

Depuis longtemps on parlait de former des collections d'instruments et des institutions se rattachant aux travaux de l'Académie : nous citerons, entre autres, un jardin des plantes, une collection minéralogique, un cabinet de physique, un laboratoire de chimie, une bibliothèque. On avait particulièrement en vue de former un observatoire qui put se placer dans un rang avantageux parmi les principaux établissements de ce genre qui existent en Europe. M. Falck avait bien voulu jeter les yeux sur moi pour le construire et le diriger (*). Le bon commandeurde Nieuport consentit à m'accompagner comme un père, dans nos trois universités, pour jugera laquelle il fallait donner la préférence pour la possession de cet établissement (*).

Inspection prise des localités, M. de Nieuport et moi nous nous rendîmes chez le premier ministre Falck, et nous lui déclarâmes que Bruxelles était le lieu qui devait être préféré pour établir l'observatoire. Bien qu'il existât entre le commandeur et moi une assez grande différence d'âge, nous partagions les mêmes sentiments ('), et l'excellent ministre se rangea égale-

(*) Voyez les proccs-vcrbaux de rAcadémie, séances du i" mars, du 5 avril cl du 26 avril i82i.

(*) Dans la séance du C octobre 1827, rAcadémie fut informée de la perte douloureuse qu'elle venait de faire par la mort de Charles-François de Preud'hommcd'Hailly, vicomte de Nieuport, commandeur de Tordre de Malte, membre de rAcadémie, décédé le 20 août 4827. Notre illustre confrère était membre de l'ancienne Académie de Bruxelles, vers la lin du siècle dernier. Il avait été nommé directeur, d'année en année, depuis la réorganisation de l'Académie, en i8!6, jusqu'à ce jour. Quoique sa famille fût gantoise, il était né à Paris, le 13 janvier 1746, et il mourut à Bruxelles, le 20 août 1827.

(') Je fus chargé, aussitôt après , d'aller étudier l'organisation de l'Observatoire royal de Paris, de visiter les principaux établissements du même genre de l'Europe,

ZvxJ ^! P"""^'' '" 'ï"^^"^" f»* ««»«''•« à l'avis

de 1 Académie, qu. l'adopta; elle suivit en cela l'exemple de la

plupart des corps savants étroitement liés avec les établissements astronomiques de leurs pays. Il s'agissait, en effet de créer un observatoire, non pour favoriser l'enseignement', mais pour faire avancer la science. La résolution fut immédiatement prise de s'en tenir à cette décision.

L'observatoire fut donc considéré comme un établissement dépendant de l'Académie, et c'est à notre société savante qu'on dut rapporter plus tard l'ensemble des travaux qui s'y firent • c'est dans ses recueils, en effet, que furent, en général, publiés les résultats des recherches entreprises sur l'astronomie, la météorologie la physique du globe, les phénomènes périodiques de l'air de là terre, des plantes, des animaux, de l'homme, etc. Quant aux observations mêmes et aux calculs de la science, ils ont été publies dans les annales de l'Observatoire, dont il a paru aujourd'hui vingt volumes in-4» qui renferment tous les travaux faits par cet établissement depuis quarante et un ans

C'est aussi, comme annexe à l'Académie, que l'Observatoire a publie, depuis 185S, un Annuaire qui ne se distingue de celui de notre Compagnie que par des articles spéciaux qui concernent plus particulièrement les intérêts de la société

Il est un autre genre de publication qui avait été commencé de concert avec mon collègue à l'Académie, M. le professeur Garnier ( ) : c est la Correspondance mathématique et physique.

puis de revenir organiser le nouvel observatoire qu'on avait en vue de eons.ruire ses Dons eonscils, je fus introduit chez le célèbre Laplace où i'-,nnri« i

bav5.in.lnnn ^«c D i> ^ ' ^^^^ ' 1"* "**"^ ''cvint commc am-

moins .:,t;rr^^^^ :' r • "^ •■" '"''"^ 8»-—". -It conservé néanplus aime peut s ctcmdrc au milieu de sa famille

C) M. Garnier avait occupé pendant longtemps des positions très-élevées dans

il'

PREMIER SIÈCLE DE l'aCADÉHIE,

PAR M. A. QUETELET

Ce recueil parut au commencement de 1825. Il se trouvait, en Belgique, plusieurs bons journaux littéraires, mais nous n'avions pas un seul recueil consacré entièrement aux sciences mathématiques, ni surtout aux correspondances nombreuses de notre Académie. Nous publiâmes la Correspondance en vue de remédier à cette lacune qui existait entièrement dans nos journaux. Dès le premier volume, toute la jeunesse de nos universités, les savants mêmes, et bientôt les hommes les plus marquants dans la science, quoique étrangers à notre pays, prirent place dans cette publication : la France, l'Angleterre, l'Allemagne, la Hollande inscrivirent particulièrement leurs noms. A côté des noms d'Herschel, de Babbage, de Forbes, de Barlow, deWheatstone, de Wheewell, de Sabine , on vit ceux de Chasles, de Poncelet, d'Olivier, de Villermé, de Valz, de Prony, d'Ampère, de Bobbilier, de Bouvard, de Gergonne, de Gambart, de Hachette, de Pontecoulant, de Necker de Saussure, de De la Rive, de Gautier, de Gaus, de Hansteen , d'Olbers , de Wartmann, d'Encke, de Brandès, de Hansen, de Mœbius, etc. C'était un grand avantage, pour notre jeunesse studieuse, de pouvoir prendre honorablement place à côté des hommes les plus distingués dans la science. Le succès qu'obtint la Correspondance mathématique et physique assura son existence plusieurs années encore après la publication de nos Bulletins, destinés à la remplacer (*). Le concours de tant d'hommes distingués produisit nécessairement des ouvrages de la plus haute importance : plusieurs théories furent considérées sous des points de vue tout à fait nouveaux.

L'ouvrage même que M. Chasles intitulait Mémoire de géo-

renseignement supérieur de France : il devint professeur de mathématiques à répoque de la création des universités en Belgique. Il était auteur estimé d'un grand nombre d'ouvrages mathématiques qui jouissent de beaucoup d'estime.

(*) Le onzième et dernier volume de la Correspondance mathématique, commencée en i82î), parut en 1839. Comme secrétaire de l'Académie et d'une autre part, comme éditeur de la Correspondance mathématique et physique, y éiais chargé de la rédaction de deux recueils qui faisaient, en quelque sorte, double emploi.

mélrie, sur deux principes généraux de la science . la dualité et l'homographie, avait élc envoyé au concours de l'Académie royale de Bruxelles et avait obtenu le grand prix en 1829 • il se composait de 277 pages. Mais, quelque temps après, éclata la révolution belge de 4830; il devint impossible alors de songer à l'impression. Le savant auteur sut employer son temps, et flt son remarquable mémoire intitulé : Aperçu historique sur l'origine et le développement des méthodes en géométrie, suivi d'un nombre considérable de notes sur les parties les plus curieuses et les plus nouvelles de la géométrie supérieure. Ces trois grands travaux furent réunis en un seul volume in-i» de 8o2 pages, formant le tome XI de la collection in-4» des mémoires couronnés actuels de l'Académie royale de Belgique; ce volume ne put être livré au public qu'en 1837. Il fut entièrement enlevé dès la première année, et le peu d'exemplaires qui restaient encore se vendit aux prix les plus élevés. Maintenant il n'est plus guère possible de s'en procurer; il forme véritablement époque dans la science.

A ce genre de recherches géométriques faites en commun succéda un autre ouvrage semblable pour la météorologie et pour toutes les obset^ations des phénomènes périodiques en général. Les travailleurs, tout en produisant leurs résultats particuliers, sentirent parfaitement qu'il est un genre d'écrit qui n'appartient pas à l'individu, mais qui forme le résultat de la combinaison d'un nombre plus ou moins grand d'observateurs qui savent s'entendre et procéder ensemble comme un seul observateur : c'est ce genre de simultanéité de travail dont pariait l'illustre Linné et qu'il avait vainement cherché à introduire chez les savants de son époque. Nous aurons occasion d'en parler plus loin. Les divers écrits de l'Académie avaient pris, depuis 1820, une marche nouvelle; aussi, en approchant de 1830, le chiffre des volumes des membres et celui des volumes couronnés pouvait déjà s'élever à 10 ou 11. Le nombre des membres admis, depuis 1830, augmentait sensiblement, mais les communications ne

PAR M. A. QUETELET

suivaient pas la même progression, pour différentes causes : la principale élail la séparation de nos provinces d'avec celles des Pays-Bas. Les savants des provinces septentrionales faisaient imprimer leurs communications dans les mémoires de l'Institut d'Amsterdam; et ceux des provinces méridionales les donnaient à l'Académie royale de Bruxelles; cependant, l'augmentation des travaux était très-sensible dans cette dernière localité. Nous n'avons pas à parler ici des différents écrits qui furent publiés pour les sciences, les lettres et les beaux-arts : trois de nos excellents confrères sont chargés de s'acquitter de Thonorable mission de les faire connaître ; je dois me borner à signaler les principaux mouvements qui se sont fait remarquer.

Mes collègues, dans leurs rapports spéciaux sur les trois classes, vous feront apprécier, mieux que je ne pourrais le faire, les travaux d'ensemble qui se sont manifestés dans les études mathématiques, et spécialement de la géométrie, à une époque où tous les géomètres de l'Europe semblaient s'entendre pour communiquer leurs écrits à l'Académie. Ils vous signaleront les travaux géologiques et la vive ardeur avec laquelle nos savants les plus distingués se sont évertués à préparer sur l'état de nos provinces, toutes ces utiles recherches qui ont permis à M. Dumont de remporter la médaille d'or à la première exposition universelle de Paris où il a trouvé pour concurrents et pour appréciateurs les savants les plus illustres de l'Europe. Us ne manqueront pas de rappeler, d'une autre part encore, ces sévères et savants travaux qui nous ont permis de mettre la main sur tant d'ouvrages historiques, et particulièrement sur tant de documents inédits que nous avaient laissés nos aïeux. Us n'omettront certes, pas non plus, de faire la part qui nous revient dans cette revue féconde de travaux scientifiques et de recherches historiques dont vous continuez à recueillir les éléments avec tant de soin et de mérite.

Revenons à notre tâche d'analyste : dans la séance du 24 décembre 1825, MM. le bourgmestre et les échevins de Bruxelles

voulurent, de leur côté, offrir quelques avantages aux études : ils prièrent l'Académie de faire déposeràla Bibliothèque publiquede la ville la collection des livres et des mémoires qu'elle possédait, afin de la rendre accessible au public. La Compagnie s'empressa d'applaudir à ce motif, puisé dans l'intérêt général de la science, et ordonna que ces ouvrages fussent déposés, après inventaire, à la Bibliothèque de la ville aux conditions suivantes (') :

« Que ce dépôt serait placé dans un salon qui y serait affecté, et ouvert au public comme le reste de la Bibliothèque;

» Que l'Académie se réservait le droit d'avoir un accès libre à ce salon, de manière que tous les membres pussent disposer pour leur usage de ces livres ou mémoires, soit en les faisant demander, soit en les y venant chercher;

» Que les personnes étrangères à l'Académie auraient également accès à ce dépôt pour y examiner et consulter les ouvrages dont il se compose, dans le local où ils se trouveront, sans pouvoir les déplacer;

» Que, du reste, les membres de l'Académie conserveraient, comme par le passé, de pouvoir en tout temps entrer à la Bibliothèque de la ville, et de tenir chez eux, pour un temps déterminé, de concert avec le conservateur de la Bibliothèque et sous récépissé, les ouvrages qui leur seraient nécessaires pour leurs études ou leurs travaux académiques. »

{') La ville de Bruxelles possédait jadis une Bibliothèque qui fut cédée plus lard avec les établissements scientifiques de TAncienne Cour au gouvernement, en échange d'avantages pécuniaires. — La Bibliothèque de notre Académie qui, à cette époque, était encore très-peu nombreuse et Ton peut dire peu remarquable, fut abandonnée dans une salle de TAncienne Cour. L'Académie la fit reprendre et, de cette époque, datent les magnifiques accroissements qu'elle a reçus, particulièrement pour les publications scientifiques des autres pays.

On sait les beaux développements qu'a reçus la Bibliothèque de la ville en passant aux mains de l'État, d'après les arrangements qui ont été pris depuis. Le public, par les soins obligeants de la Bibliothèque royale, pourra également recourir à la Bibliothèque de l'Académie qui a été remise à sa disposition, à cet effet.

' PREMIEH SIÈCIiE DE l'aCADÉMIE ,

PAR M. A. QUETELET

11 est à remarquer que c'est de la séance du 8 novembre 1828 que date l'idée de publier les précieux documents manuscrits de nos bibliothèques. M. le baron de Reiffenberg proposa la formalion d'un comité chargé de rédiger des notices et des extraits de manuscrits relatifs à l'histoire des Pays-Bas; il fut résolu de renvoyer la délibération sur cet objet à la séance suivante.

« Le comité, disait notre regretté confrère, chargé de constater l'existence de toutes les pièces disséminées dans les dépôts publics et dans les collections particulières, ou dispersées à l'étranger, et qui peuvent jeter du jour sur notre histoire politique, morale et littéraire, formera des extraits raisonnes qui occuperont, chaque année, une place dans les mémoires de la

Compagnie. »

Enfin, dans la séance de janvier 1829, M. de Reiffenberg, au nom de la commission nommée dans la séance du 6 décembre précédent pour constater l'existence de pièces relatives à l'histoire belge, présenta la proposition de faire publier des notices et des extraits de tous les manuscrits qui, dans la Bibliothèque dite de Bourgogne , ont rapport à notre passé historique.

L'Académie adopta cette proposition et déclara qu'elle verrait avec plaisir que le travail dont il y est fait mention fût, par la suite, étendu à d'autres manuscrits relatifs à l'histoire nationale, soit qu'ils appartinssent à des particuliers, soit à des dépôts publics. Elle chargea, à cet effet, MM. de Reiffenberg et Van Hulthem de ces recherches : ce dernier s'engagea, de plus, à fournir des notions sur les principaux manuscrits qu'il possédait.

C'est pendant les trois séances, dont nous venons de parler, que fut tracé le plan de la Commission royale d'histoire pour la publication des chroniques belges inédites. Le nombre des volumes parus aujourd'hui est assez considérable; il formera l'objet d'un rapport général qui vous sera présenté par l'honorable secrétaire de celte commission.

Deux rapports semblables vous seront communiqués pour les

ouvrages belges les plus remarquables qui ont été édités par les commissions, créées en 1845, pour la littérature flamande et la littérature française.

Il s'éleva quelques plaintes, pendant la séance du 4 avril 1829, sur les usages suivis pour la nomination des membres et des correspondants. L'Académie n'était pas toujours suflisamment éclairée sur l'étendue des connaissances des candidats. Il fut résolu, « quoique ce mode n'eût pas été constamment observé, qu'on établirait pour la suite, comme point réglementaire, que les ouvrages des candidats présentés seraient toujours renvoyés à l'examen de deux ou trois commissaires, et que ce ne serait qu'après leur rapport qu'on procéderait à l'éleclion. »

Dans la séance du 3 octobre 1829, M. Pagani fit observer que, comme il n'existait aucune disposition réglementaire pour l'admission des correspondants, il importait d'adopter un mode qui déterminât d'une manière positive les conditions à prescrire et les règles à suivre pour ces admissions; et sur l'invitation de l'assemblée, il s'engagea à présenter, à la séance prochaine, la proposition qui suit et qui fut acceptée :

1« Le nombre des correspondants est fixé à soixante;

2« Il y en aura quarante pour les sciences et vingt pour l'histoire;

3« L'Académie choisira les correspondants parmi les candidats qui seront présentés , par un membre ordinaire, lorsqu'on se sera assuré de l'intention du candidat;

4» Les élections seront faites au scrutin secret.

Dans la première séance de 1830 (le 9 janvier) « M. Quctelet proposa d'adresser aux correspondants un extrait des séances de l'Académie afin que, étant au fait de ses travaux, ils pussent y prendre une part et une coopération plus active. L'Académie , adoptant celte proposition, résolut qu'il serait imprimé un nombre nécessaire de journaux des séances , à dater de cette année, pour être adressés aux correspondants, conformément à la proposition qui lui était faite. »

La dernière séance, tenue sous le Gouvernement des Pays-Bas,

PREMIER SIÈCLE DE l'aCADÉMIE, ETC.

eut lieu le 22 mai 1830; et les dernières communications faites de l'étranger sont de sir John Herschel qui s'est toujours montré l'un de nos correspondants les plus actifs.

La séance suivante est du 30 octobre, c'est-à-dire qu'elle suivit de près la révolution qui sépara nos {provinces de celles de la Hollande; mais le procès-verbal ne porte aucune trace des événements politiques qui venaient de se passer. Les travaux scientifiques et littéraires se firent comme dans les temps les plus calmes; cette tranquillité ne naissait sans doute pas d'une coupable indifférence sur les événements qui avaient eu lieu parmi nous; mais les convictions n'étaient pas exactement les mêmes, et les membres auraient vu avec peine leurs voisins froissés par des opinions qui ne s'accordaient pas avec les leurs. Le danger était trop proche pour que chacun ne comprit pas la nécessité d'y avoir égard; aussi cette révolution, comme celle qui s'était opérée vers la fin du siècle dernier, ne laissa aucune trace dans le domaine des sciences et des lettres, et les membres purent continuer leurs relations sans crainte d'être blessés dans leurs convictions politiques. On remarquera d'ailleurs que la moitié de nos membres, d'après la constitution académique, appartenait aux provinces septentrionales.

Cette attitude tranquille causa quelque rumeur à l'extérieur; mais il convient de dire avec justice que, quelle que fut la différence des opinions, il n'éclata aucune scission dans l'intérieur et que les membres se conservèrent les sentiments qui convenaient à des hommes qui s estiment mutuellement (*).

(*) A la séance du 30 octobre 1850, c'est-à-dire un mois après la révolution , « M. de RciiTenbcrg présenta un mémoire contenant des considérations sur les principales révolutions de la Belgique et le caractère de chacune d'elles : M. Marchai présenta, de son côte, un mémoire sur le ministère du marquis de Prié ef sur le procès d'Anneesscns. » Le procès-verbal porte simplement : « 11 sera fait lecture de l'un et de l'autre de ces mémoires à l'une des séances suivantes. »

II faut croire que des motifs de prudence portèrent les auteurs à ne pas reproduire leurs écrits.

DES

Page 1