SCIENCES ET BELLES-LETTRES
REGNE DE LEOPOLO I .
L'adjonction de jeunes savants aux vétérans de l'Académie produisit, dans rintérieur de ce corps, un changement que l'on concevra facilement : on s'occupa beaucoup moins des règlements et des formes administratives, dès que les travaux purent se porter sur des parties utiles et engager les jeunes savants à mériter un nom et un rang dans la science.
Aussi, à partir de la révolution de 1830, les travaux reprirent avec une activité nouvelle : on reçut successivement, pour les sciences mathématiques, physiques et naturelles, des ouvrages de MM. Van Mons, Dandelin, Quetelet, Timmermans, Plateau, Paî,^^ni, Vanderlinden, d'Omalius, Du Mortier, Wesmael, Cauchy, Kickx: et, pour les lettres, de MM. le B«n de Reiffenberg, Marchai, le chanoine de Ram, Dewez, Raoux, etc.
Ce fut à la séance du 7 janvier 1832 que M. Quetelet renouvela, avec plus d'ardeur encore qu'il ne l'avait fait auparavant, la demande que l'Académie publiât, après chacune de ses séances, un bulletin des sujets seienlifiques et liltérairts dont elle avait
PREMIER SIÈCLE DE l'aGADÉMIE,
PAR M. A. QUETELET
traité dans chaque réunion : il prétendait que c'était le moyen le plus sûr d*exciler l'ardeur des membres, et d'inviter les savants étrangers à lui faire des communications utiles ('). 11 proposait, à cet effet, un projet qui fut examiné et adopté dans les termes suivants :
« 1» On nommera, pour chaque semestre, trois commissions de trois membres chacune, dont la première pour les lettres, la deuxième pour les sciences naturelles et la troisième pour les sciences mathématiques et physiques ; elles examineront les mémoires lus et envoyés, pendant le courant du semestre, par des membres ou des correspondants; et proposeront à l'Académie, dans la dernière séance du semestre, ceux qui pourront faire partie du volume à imprimer ;
» 2^* On présentera, dans les procès-verbaux des séances, les communications scientifiques et littéraires qui auront été fiiiles et des sommaires substantiels des mémoires qui auront été lus. Ces procès-verbaux ou Bulletins seront imprimés de manière à pouvoir être rendus publics dans la huitaine qui suivra la séance (*). On les distribuera de la manière suivante :
» 1» Aux membres honoraires et ordinaires; 2® aux correspondants; 3« aux principales Académies et établissements scientifiques de ce pays et de l'étranger; 4« aux journaux de Bruxelles et à des savants qui auraient témoigné le désir de les recevoir.
» Les procès -verbaux seront, en outre, insérés dans les
(') On avait jusqu'alors utilisé avec avantage, pour la publication des science!», le journal la Correspondance mathématiqne et physique , 182i à 4839, in-8% par MM. Garnier et A. Quetelet, et pour les lettres les Archhes historiques, 1825 à 1831, in-8», par le baron de Reiffenbcrg.
(*) Aujourd'hui, le nombre considérable d^ouvrages de ce genre en démontre suffisamment les avantages et l'utilité. Voici les époques auxquelles ont commencé à paraître les publications analogues des principaux corps savants de l'Europe :
Proceedings de la Société royale de Londres, 1830; Bulletin de la Société géologique de France, 1830 ; Bulletins de l'Académie royale de Belgique, 1832; Rendiconto de l'Institut de Bologne, 1833;
recueils des mémoires où ils remplaceront le Journal des séances, »
Les juges nommés furent :
MM. Dewez, Raoux, de Reiffenbcrg, pour la commission des lettres ;
MM. Cauchy, d'Omaliiis, Sauveur, pour celle des sciences naturelles;
MM. Quetelet, Pagani et Garnier, pour celle des sciences physiques et mathématiques.
Cette organisation fut adoptée, mais on la modiGa successivement pour l'usage qu'on devait en faire.
Le premier numéro des Bulletins de l'Académie parut le 4 février 1832 sous format in-8». Le texte de la première année ne contient pas plus de quarante-neuf pages. Le développement de ce recueil n'eut véritablement lieu qu'à partir de 1835; il forma alors un, deux et même trois volumes par an.
Depuis la mort du commandeur de Nieuport, M. Raoux avait été nommé régulièrement directeur de l'Académie: mais quand il fallut renouveler ses fonctions, en mai 1832, cet excellent vieillard demanda à pouvoir jouir tranquillement du peu d'années qui lui restaient encore. On le conçoit, surtout dans l'instant où l'on se trouvait, au milieu du choc des opinions qui avaient été si défavorables aux universités et qui ne promettaient guère ie l'être moins pour l'Académie.
Ce corps savant jusqu'à cet instant n'avait point excité de
Compte rendu de l'Institut de France , i835 ;
Ccschichts Aenzcigen de l'Académie de Munich, 1835;
Bulletin de l'Académie impériale de Saint-Pétersbourg, 1835;
Bericht, etc., de l'Académie royale de Berlin , 1836;
Proceedings de l'Académie royale de Dublin , 1836;
Bulletin de la Société impériale des naturalistes de Moscou, 1837;
Proceedings de la Société royale d'Edimbourg, 1838;
Giornale de l'Institut de Milan , i841 ;
Geschichts Aenzcigen de la Société royale de Gottingen, 1842 ;
Compte rendu de l'Académie des sciences morales et politiques de Paris, 1842;
Rendiconto de l'Académie royale de Naples, 1848;
Rendiconto de l'Académie des Lyncées de Rome, 1848.
PREMIER SIÈCLE DE l'aCADÉHIE ,
PAR M. A. QUETELET
réclamations, et l'opinion, qui avait été si défavorable aux universités, ne semblait pas devoir l'atteindre. Cependant elle rencontrait d'assez rudes adversaires et c'est devant eux surtout que notre honorable confrère crut préférable de reculer. Il demanda à pouvoir renoncer à ses fonctions de directeur de la classe, et M. Quetelet fut chargé de le remplacer dans la séance du 2 juin
L'orage, qui menaçait depuis longtemps, semblait vouloir éclater en effet. A la séance du 8 septembre 1832, le secrétaire donna lecture d'une lettre de M. Rogier, Ministre de l'intérieur, qui invitait l'Académie à lui donner, avant le 20 du même mois, ses observations relativement à la création éventuelle d'une classe des arts, pour apporter aux règlements les modifications et additions qu'elle jugerait propres à les améliorer.
La Compagnie se réunit extraordinairement pour délibérer sur les objets de cetle lettre.
Elle s'occupa d'abord du premier point, relatif à une classe des arts; et, après une discussion, dans laquelle cet objet fut envisagé sous différentes faces. M, le président posa la question suivante :
Y aura-t-il une classe des beaux-arts?
.Et la question fut résolue affirmativement, à l'unanimité.
L'Académie, cependant, sentait la nécessité et l'urgence de pourvoir aux places devenues vacantes dans ses deux classes^ dans la même séance elle choisit pour candidats M. de Gerlache, premier président de la Cour de cassation et ancien président du Congrès national, M. le B»" de Stassarl, président du Sénat, et M. Timmermans, capitaine du génie. Conformément au règlement, ces nominations eurent lieu dans la séance du 12 octobre 1833; et les trois candidats précités furent successivement élus à l'unanimité.
M. Du Mortier, dans la même réunion, déposa sur le bureau le projet de loi qu'il venait de proposer à la Chambre des Représentants , avec les développements qu'il avait cru devoir y ajouter.
L'Académie vota, à l'unanimité, des remercîments à M. Du Mortier pour le zèle avec lequel il défendait les intérêts de la Compagnie, et notre collègue invita ses confrères à lui communiquer les observations qu'ils jugeraient nécessaires sur les différents points de sa proposition (*).
Presque en même temps M. le Ministre de l'intérieur (Ch Rogier) présenta un Exposé des motifs des projeta d'organisation de l Académie de Belgique, communiqué, à titre de renseignements, à la commission chargée, par la Chambre des Représentants, de l'examen de la proposition de M. Du Mortier (*).
Peu après, parut le rapport fait à la Chambre sur le même sujet, par une commission spéciale ayant M. de Theux pour préaident, et M. Ernst pour rapporteur. « Votre commission, disait M. Ernst, m'a chargé de vous présenter le résultat de ses délibérations sur l'organisation de l'Académie. Elle a examiné avec un som scrupuleux la proposition de notre honorable collègue M. Du Mortier et le projet que M. le Ministre de l'intérieur lui a communiqué à titre de renseignements. Après avoir comparé leurs dispositions respectives et les raisons fournies à l'appui, elle a donné la préférence à celles qu'un jugement impartial lui a fait connaître les meilleures. »
La nouvelle organisation de l'Académie n'eut cependant lieu .que plus tard, et d'après un plan que la Compagnie présenta elle-même.
Dans la séance du 7 juin 1834, qui suivit le concours annuel de l'Académie, il fut décidé de donner plus de développement
(«) Le projet de loi pour la réorganisation de VAcadcmic , propose par M. Du Mortier, cl les détwloppements de celle proposition ont éié imprimés séparément ^t se trouvent dans V^nnuaire de l'Académie royale, 12- année, 4846j i vol. in-i2.
(*) Voy. également W^nnuaire de la même année pour VExposé des motifs et le Projet d'organisation de r Académie, On trouve, à la suite, le Happort fait à la Charnière des Représentants, séance du U janvier 1854, par M. Ernst, au nom de la commission chargée de l'examen de la proposUionde M. Du Mortier, relaHo:> à torganisation de r Académie belge.
PAK H. A. QDETELET.
aux Bulletins. Pendant les années 1832, 1833 et 1834, comme nous l'avons dit, ces Bulletins, ensemble, ne formaient qu'un volume in-8^ de médiocre dimension; mais à partir de 183S, il en parut un volume par année, et même après 1838, il en fut publié deux ou trois avec les dessins nécessaires au texte.
Le directeur put présenter, en même temps, à ses collègues un témoignage du bon accord qui régnait entre le corps savant et le Gouvernement : on lit, en effet, dans le recueil des procèsverbaux: c( M. Quetelet, en sa qualité de directeur, communique une lettre de M. le Ministre de l'intérieur, en réponse à celle qu'il lui avait adressée , en lui envoyant son rapport annuel sur les travaux de l'Académie. M. le Ministre reconnaît que l'Académie a fait tout ce qui dépendait d'elle, dans les circonstances où elle s'est trouvée, pour accomplir sa mission, et ajoute qu'il ne peut qu'applaudir à ses efforts et l'engager à y persévérer. »
A la même époque, le Directeur communiquait une autre lettre du même haut fonctionnaire qui faisait part à l'Académie de l'intention qu'avait le Gouvernement de faire exécuter les bustes des hommes qui ont illustré la Belgique, M. le Ministre l'invitait, en même temps, à indiquer ceux qui, par leurs talents, leurs connaissances ou les services qu'ils avaient rendus au pays, dans quelque partie que ce fût, paraissaient avoir mérité cet honneur (*).
L'Académie fut informée, le 8 novembre 1834, de la perte qu'elle venait de faire par la mort de l'honorable M. Dewez, son
(*) Peut-être rAcadcmie a trop négligé de rendre justice à ses membres qui ont le plus contribué à illustrer le pays par leurs talents et leurs connaissances scientifiques. Depuis Tannée 1835, dont nous parlons, il s'est écoulé une période de 37 années, et nous pourrions compter soixante-quatorze bustes, d'après les promesses mêmes du Gouvernement d'en donner deux par an, si les demandes avaient été faites en temps utile. Ne craignons pas d'avouer ce manque de souvenir envers des collègues qui méritaient peut-être un plus digne hommage, après avoir voué tout leur talent à l'illustration de leur pairie.
Vf >
secrétaire perpétuel. M. le directeur rendit compte en même temps des derniers honneurs rendus à ce savant, et communiqua le discours qu'il avait prononcé sur sa tombe, au nom de la Compagnie.
Dans la séance du 22 novembre suivant, le directeur fut nommé secrétaire perpétuel à l'unanimité moins une voix. L'agréation, d'après le règlement, fut demandée au Roi, qui voulut bien la faire parvenir avant la séance suivante.
En prenant les fonctions de secrétaire perpétuel de l'Académie, le secrélaire demanda l'autorisation de rédiger, pour le commencement de 183S, un Annuaire contenant les statuts de la Compagnie : cette proposition fut accueillie avec satisfaction par l'assemblée. VÀnnuaire fut, en effet, publié et il est actuellement parvenu à sa trente-huitième année. Cet opuscule devint, en même temps, un recueil pour les documents administratifs de l'Académie, et pour les notices sur les membres et les correspondants décédés. Chaque année il a pris des développements nouveaux; et il renferme actuellement des notices biographiques, qui, en général, sont accompagnées de portraits gravés en laillc-douce. Ces gravures sont destinées à rappeler les traits dos savants qui ont travaillé avec le plus d'activité aux sciences, aux lettres et aux beaux-arls dans leur patrie. La publication de cet Annuaire et celle plus importante des Bulletins ont mis la Compagnie en relation assidue avec toutes les sociétés savantes; elles ont, par suite, augmenté la bibliothèque de l'Académie, en général, de toutes les publications faites par les sociétés étrangères du monde savant. Si les dépenses de la Compagnie ont généralement augmenté, on peut dire, sans exagération, que ses relations avec les savants étrangers sont aujourd'hui aussi étendues qu'il est possible de le désirer, et que, grâce à la bienveillance des différents pays civilisés, sa bibliothèque composée des publications des sociétés savantes, littéraires et artistiques, est peut-être la plus imporlanle du pays. L'Académie, dans ces derniers temps, a cherché à mettre à la disposition du public, grâce
PREMIER SIÈCLE DE L*AGAI)ÉMIE ,
PAR M. A. QUETELET
à l'obligeance de deux de nos confrères ('), la riche colleclion de recueils académiques qu'elle renferme, en même temps que la belle bibliothèque qui lui a été léguée par l'honorable M. le baron de Stassart, bibliothèque qui maintenant se trouve déposée dans une des salles les plus belles des collections différentes de l'Etat.
Cette même séance du 47 janvier 1833 commença par la décision de quelques points importants que nous extrayons des procès-verbaux de la Compagnie. « L'Académie, est-il dit, sur la proposition de son président, adopte les conclusions suivantes :
)) 1» 11 y aura annuellement une séance publique : cette séance aura lieu le i6 décembre, jour de la fondation de l'Académie par Marie-Thérèse;
» 2« Il sera rédigé un règlement pour tout ce qui concerne une pareille séance;
» 3« En même temps que le nouveau directeur entre en fonctions, on élira le directeur qui doit lui succéder à la fin de l'année.
» En l'absence du directeur, son successeur désigné remplira
ses fonctions;
») L'Académie décide également que le directeur qui sera élu dans cette séance, en remplacement de M. Quelelet, nommé à la séance du 22 novembre 1834, pour remplir les fonctions de secrétaire perpétuel, sera rééligible au mois de mai prochain. »
» On procède ensuite à l'élection du nouveau directeur el la plupart des suffrages se prononcent en faveur de M. le baron de Stassart, qui est, en conséquence, proclan^é directeur, aux termes de l'article 24 du règlement. »
Dans la séance suivante , le iMinistre de l'intérieur, préoccupé du soin de donner à l'Académie les moyens d'étendre ses travaux, lui demanda s'il convenait que le Gouvernement format à ses frais un cabinet de numismatique. L'Académie répondit
(*) M. Âlvin, conservateur en chef, el M. Éd. Félis, conscrvaleiir des imprimés de la Bibliothèque royale.
qu'une pareille collection serait avantageuse pour l'histoire du pays : mais il faudrait, croyait le corps savant « qu'elle se composât surtout de médailles relatives à la Belgique et de nos anciennes monnaies; elle ajoutait qu'elle l'aurait déjà commencée, si ses fonds l'avaient permis. Plusieurs mémoires publiés par ses membres, et des questions quelle avait proposées au concours, prouvaient l'importance qu'elle y attachait. Elle seconderait volontiers le Gouvernement dans une pareille circonstance. » — Le secrétaire fut chargé, du reste, d'adresser à M. le Ministre le résumé de la discussion de la séance sur ce sujet. Il fut chargé, également, de demander à ce haut fonctionnaire des coins pour les médailles de concours et les jetons de présence de l'Académie, en exprimant le désir que l'on conservât les armoiries de la maison de Bourgogne (*) comme grand sceau et cachet.
C'est dans la même séance du 4 avril 1833 que le secrétaire fit connaître à l'Académie que son grand sceau et son cachet, aux armes de Bourgogne, avaient été commandés à M. Braemt d'après les instructions qu'il avait reçues à l'une des séances précédentes. Il mit sous les yeux de ses confrères une lettre de M. le Ministre de rintérieur relative à la confection des coins. Quant aux armes à adopter, M. le Ministre pense, disaitil, qu'elles ne peuvent être autres que celles du royaume. Il recommande en même temps de faire confectionner les cachets, grand sceau, coins, etc., de manière à ce qu'ils puissent encore servir après l'adjonction d'une classe des beaux-arts à l'Académie.
L'Académie consultée sur la question de savoir s'il fallait
(') l\ fut répondu quelque temps après à ces demandes. MM. Alvin et Éd. Fctis, après la réorganisation de PÂcadémie par Tadjonction de la classe des beaux-arts, en 18i5, mirent tous leurs soins à former un cabinet de médailles et de monnaies anciennes relatives au pays, qui répondait amplement à la demande proposée.
Il en fut de même pour les coins de médaille des concours et pour les jetons de présence dont la confection fut donnée à M. Braemt, membre de la classe des beaux-arts.
PREMIER SIÈCLE DE L\4CADÉItfIE,
renoncer à l'emploi des armes de Bourgogne pour son grand sceau et ses cachets, maintint sa première résolution.
Dans sa séance du 40 octobre 1835, l'Académie voulant donner suite à la résolution prise d'avoir annuellement une séance publique le 16 décembre, jour de sa fondation par Marie- Thérèse, s'occupa de régler tout ce qui est relatif aux lectures qui devaient remplir cette réunion. Elle décida, en conséquence, que :
1» La séance serait ouverte par M. le directeur;
2« Le secrétaire présenterait un aperçu des travaux de l'ancienne Académie impériale et royale;
3o M. le baron de Reiffenberg lirait une notice sur la littérature des troubadours et des trouvères;
4» Une notice serait également lue par M. Cauchy, sur les travaux géologiques faits dans l'Académie ou d'après les questions proposées dans ses programmes;
S*> La séance se terminerait par la proclamation des noms des auteurs qui auraient été couronnés au mois de mai précédent.
Dans la même réunion du 10 octobre, l'Académie décida qu'à l'avenir, les nominations ne se feraient plus que deux fois par an, aux séances générales de mai et de décembre.
11 fut aussi résolu, dans la séance du 9 mai 1837, que la classe des sciences, se composerait désormais de trente membres, et celle des lettres de dix-huit. La première vacance, dans la classe des sciences, est-il dit, sera au profit des lettres, puis on alternera dans les nominations. Le nombre des correspondants resta le même pour les sciences, mais il fut porté à vingl-qualre pour les lettres.
Depuis longtemps l'Académie avait projeté de mettre en œuvre les rapports et les mémoires couronnés qu'elle avait provoqués sur la géologie du pays. Dans la séance du mois de juillet 1837, il fut donné lecture d'une lettre de M. le Ministre de l'intérieur qui « désirait connaître l'avis de l'Académie sur une demande de
PAR M. A. QUETELET
M. Dumont d'être chargé seul de la construction de la carte géologique de la Belgique. » 11 fut décidé que « les pièces seraient renvoyées à l'avis de la commission nommée pour ce qui se rapporte à la construction de la carte géologique en question. »
Dans la séance du 5 août 1837, les commissaires nommés pour examiner la demande adressée au Ministère , par M. Dumont, présentèrent leur rapport dont une copie fut communiquée à M. le Ministre. « L'Académie, est-il ajouté, a adopté l'avis de la majorité des commissaires qui était favorable à la demande de M. Dumont. ))
Dès le mois de novembre suivant, M. Dumont présenta un rapport sur l'état de ses travaux concernant la carte projetée : l'Académie décida que ce rapport serait inséré dans le Bulletin, aOn de pouvoir être distribué aux membres de la commission géologique.
Dans la séance du 13 janvier 1838, le secrétaire perpétuel fit connaître qu'il avait cherché à prendre, avec l'imprimeur de la Compagnie, les arrangements les plus économiques, pour donner désormais , gratuitement aux auteurs, cinquante exemplaires des notices ou mémoires qu'ils feraient imprimer au Bulletin. Ces arrangements furent approuvés. Plus tard le nombre des exemplaires particuliers pour les mémoires fut porté à cent exemplaires. De grandes facilités furent données en même temps aux auteurs pour leur faire obtenir, à des prix très-réduits, les exemplaires qu'ils désiraient avoir en plus.
Une demande avait été faite au Gouvernement par M. Fétis fils, pour qu'on s'occupât d'une histoire des arts en Belgique. L'Académie consultée à cet égard, reconnut la grande utilité de cette entreprise : elle désigna, le 7 avril 1838, MM. de Reiffenberg, Cornelissen et Marchai pour la mettre à même déjuger les facilités que pourrait présenter le Gouvernement dans l'exécution d'un pareil travail.
L'Académie eut à s'occuper également d'un projet de modification du règlement, appuyé par un grand nombre de demandes
et qui avait pour objet de statuer: l^qu'à l'avenir les membres des deux classes voteraient séparément^ quand il s'agirait de Télec-* tion d'un membre ou d'un correspondant ; comme aussi de décider si des écrits seraient imprimés par l'Académie; 2« qu'il y aurait, chaque mois, une séance séparée pour chacune des classes. Cette proposition du reste fut réservée pour un plus ample examen.
L'Académie, modifiant une décision prise antérieurement, décida aussi qu'à l'avenir, lorsqu'il serait question d'élire des membres soit effectifs, soit correspondants, la mention en serait faite dans la lettre de convocation pour la séance qui précéderait immédiatement celle de l'élection. Cette lettre devait indiquer le jour et l'heure précise où il serait procédé à celte élection, ainsi que le nombre des places vacantes et la classe où la vacation aurait lieu.
Revenant sur une idée prise antérieurement, l'Académie décida (séance du 7 juillet 1838) que tout mémoire de concours devait rester entre les mains du secrétaire, et qu'à l'avenir aucun mémoire semblable ne pouvait être rendu aux auteurs.
M. le Ministre de l'intérieur avait demandé de transporter les ouvrages appartenant à l'Académie , déposés à la Bibliothèque de la ville, dans le local de la Bibliothèque de l'Etat, renfermant les livres de la collection de M. Van Hulthem. L'Académie pensa que cette translation ne pourrait avoir lieu sans inconvénient, du moins à celte époque ; elle jugea, en outre, que la Bibliothèque de l'Académie était une propriété inaliénable, et ne pouvait être considérée comme propriété de l'Etat, telle que les expressions de la lettre de M. le Ministre l'impliquait (').
Dans la dernière séance de 1838, l'Académie eut occasion de
(*) Nous verrons cependant que, sans adopter le mélange des deux bibliothèques, et tout en conservant à TAcadémie la propriété de ses livres, on a réussi à laisser jouir le public, non-seulement de ses collections d'ouvrages, mais encore de toute la bibliothèque de Stassart, qui lui a été léguée par ce savant. Cet arrangement est dû à une bonne entente entre TÀcadémie et la Bibliothèque royale.
PAR H. A. QUETELET
s'occuper encore de son organisation intérieure et des avantages d'une séparation des classes ; mais la commission nommée à cet effet, après avoir mûrement délibéré, fut d'avis que provisoirement, dans l'état actuel des choses, il valait mieux ne faire subir au règlement aucune modification, et spécialement en ce qui concernait la division en classes.
L'Académie, pendant les mois de mars, de juin et d'août 1839, s'occupa de tout ce qui concernait ses médailles, tant pour les dessins que pour les inscriptions à placer sur les deux faces. M. Jouvenel avait été chargé du travail relatif à la médaille de concours, et M. Julien Leclercq de la gravure du jeton de présence et du grand sceau.
MM. le baron de Reiffenberg et le chanoine de Ram présentèrent les deux inscriptions suivantes, qui furent adoptées; la première, pour le jeton de présence, est ainsi conçue :
Academia . reg . scientiar . et . litterar . Belgii,
La seconde , pour le grand sceau , est rédigée en ces termes :
Sigillum . Academ . reg . scientiar . et . litterar . Belgii.
M. Morrcn, dans la séance du 9 novembre 1839, fit une proposition relative aux jetons de présence: elle tendait à indemniser de leurs frais de déplacement les membres non résidants à Bruxelles. La commission qui avait été nommée à cet effet, fit connaître, dans la séance du 11 janvier 1840, qu'elle désirait obtenir du secrétaire perpétuel quelques notes à cet égard. En conséquence, dans la séance du 6 mai suivant, le secrétaire perpétuel, conformément à la demande de la commission des finances, présenta un projet pour la répartition future des jetons. D'après ce projet, il fut décidé qu'on donnerait :
1<> Un jeton de présence aux membres qui habitent Bruxelles et dans ses environs;
2" Deux jetons de présence aux membres qui habitent de deux à dix lieues de distance de Bruxelles:
3° Trois jetons de présence aux membres qui habitent à plus de dix lieues,
L'Académie adopta aussi les deux propositions suivantes faites successivement par MM. Du Mortier et de Gerlache :
1» 11 sera écrit à M. le Ministre pour lui demander un subside annuel de S,000 francs, afin d'être à même d'imprimer les mémoires des savants étrangers (*);
2« A l'avenir le directeur ne fera plus de rapport à la séance générale du mois de mai; mais le secrétaire perpétuel fera, à la séance publique du mois de décembre, un rapport général sur les travaux de l'Académie, dont une copie sera adressée au gouvernement.
M. Thiry , dans la séance du 6 juin 1840, fit observer que la distinction de classe des lettres et de classe des sciences n'exislait pas dans le règlement organique de l'Académie, et qu'elle n'avait été introduite que par une décision de l'Académie même; il demanda, en conséquence, que cette distinction ne fût pas portée en dehors de l'enceinte de la Compagnie. Après quelques explications, on convint qu'on appliquerait à tous les membres indistinctement la qualification de membres de V Académie ; en ajoutant entre parenthèses de la classe des sciences ou de la classe des lettres. •
Dans la séance suivante, l'Académie, consultée sur l'emploi
(^) Le secrétaire perpétuel communiqua, en conséquence, un projet de lettre au Ministre pour demander cette majoration, et pour porter le subside annuel de rAcadcmie à 30,000 francs au lieu de 25,000. Cette demande était motivée sur Tavantage qu'il y aurait à publier annuellement un volume de Mémoires de savants étrangers à la Compagnie. On convint d'ajouter qu'on trouverait aussi dans celte majoration un moyen d'indemniser, autant que possible, les membres des frais de voyage et de séjour qu'ils font pour assister aux séances. BI. le Ministre, dans la séance suivante, fit connaître que, conformément aux désirs qui lui avaient été exprimés, il proposerait à la Législature, lors de la présentation du budget de son Département pour rexercice ultérieur, d'augmenter de 5,000 francs l'allocation annuelle.
PAR M. A. QUËTELET.
qui serait fait des 2,000 exemplaires auxquels devaient être tirés exlraordinairement les mémoires sur les explosions dans les mines y auxquels avaient été données les distinctions à l'époque du dernier concours, décida que :
1« 3S0 exemplaires seraient donnés aux auteurs: 2« 1,000 exemplaires seraient mis à la disposition de M. le Ministre des travaux publics;
3» 150 exemplaires seraient distribués aux membres des deux Chambres ;
4® Les SOO exemplaires restants furent déposés à l'Académie. Le secrétaire fut chargé de donner connaissance de cette décision à M. le Ministre des travaux publics qui avait porté à son budget la récompense décernée.
Le secrétaire perpétuel , dans la séance du 7 novembre 1840, fit connaître qu'il avait, conformément aux désirs de ses confrères, rédigé les articles suivants pour faire partie du règlement intérieur de la Compagnie :
« a. Le secrétaire peut confier aux auteurs les mémoires qui auront été adoptés pour l'impression, afin qu'ils y fassent les corrections nécessaires, mais il sera tenu de les reproduire aux commissaires si ces mémoires avaient été modifiés pour le fond, ou si l'on y avait fait des intercalations. Quand de pareils changements auront été faits, il faudra les désigner d'une manière expresse ou donner au mémoire la date de l'époque à laquelle ils ont été modifiés.
» b. Dans aucun cas l'on ne pourra rendre aux auteurs les manuscrits des mémoires qui ont concouru. Les changements qui pourraient être adoptés, pour des mémoires de concours, seront placés sous forme de notes ou d'additions à la suite de ces mémoires.
»» c. Les mémoires des membres, dont l'impression n'a pas été ordonnée, ne pourront être rendus aux auteurs qui, dans tous les cas , pourront en faire prendre une copie à leurs frais.
» d. Les mémoires de concours, de même que les mémoires
PnEMIEB SIÈCLE DE l'aCADÉHIE,
communiqués par des correspondants ou des savants étrangers, sur lesquels il aura été fait des rapports, deviennent la propriété de l'Académie.
» e. L'imprimeur et le lithographe ne recevront les ouvrages qui leur sont confiés que des mains du secrétaire perpétuel, et ils ne pourront imprimer qu'après avoir obtenu de lui le bon à tirer.
» f. Les épreuves seront adressées directement au secrétaire perpétuel qui les fera remettre aux auteurs. Ce sera aussi par l'entremise du secrétaire que les feuilles passeront des mains des auteurs dans celles de l'imprimeur. »
Le secrétaire annonça, en même temps, qu'il avait réuni, pour les insérer dans l'Annuaire de 1841, les différentes décisions académiques, constituant son règlement intérieur; et que, pour les mettre en harmonie, il avait dû y faire quelques modifications; il demanda, en conséquence, que la Compagnie entendit la lecture du règlement modifié qui fut approuvé sauf quelques légers changements.
Sur la proposition de M. de Gerlache, il fut ajouté au règlement que, pendant la lecture du prochs-verhal et de la correspondance^ le secrétaire ne serait pas interrompu.
 la suite de quelques discussions, il fut également décidé que les élections dans la classe des sciences seraient remises à la prochaine séance générale. L'Académie a résolu, encore, que les commissions de présentation seraient supprimées, et que désormais ces présentations seraient faites par la classe où avait lieu la vacature.
Quant à la commission des finances, elle resta composée des mêmes membres.
Le secrétaire perpétuel communique une lettre de M. Vandermaelen contenant les conditions pour la confection de la carte géologique de la Belgique à l'échelle de ,-^.000- MM. Du Mortier, Thiry et Quetelet furent adjoints à MM. Dumont, d'Omalius, Cauchy €t Sauveur pour examiner les conditions et en faire leur rapport.
Dans la séance du 9 mai 1842, la nouvelle commission pour la carte géologique de la Belgique fit connaître que, d'après les renseignements qu'avait donnés M. Vandermaelen pour l'exécution matérielle de cette carte, les dépenses ne paraissaient pas exagérées ; on pouvait les admettre, mais en prenant toutes les garanties nécessaires pour que l'exécution pût avoir lieu, le plus tôt possible, dans les limites de deux à trois années. Il avait été stipulé aussi que moyennant 18,600 francs le Gouvernement serait propriétaire de la carte et recevrait 500 exemplaires coloriés; et que, de plus, tous les exemplaires en général porteraient une estampille apposée par un commissaire délégué. Le secrétaire fut chargé de formuler les conditions du contrat avec M. Vandermaelen et de les soumettre à la commission.
Mais, dans la séance suivante, il fut donné communication d'une lettre de M. Vandermaelen qui, après de longues hésitations, avait définitivement renoncé à la confection lithographique de la carte géologique du lloyaume.
La commission fit connaître, dans la séance du 2 juillet, que l'ingénieur Gérard serait disposé à se charger de la direction et de l'exécution de ce travail, aux conditions suivantes:
i*" Copie (les plans cadastraux fp. 3,500
â" llcduclion des pièces et dessins de la carte . . 4,000
5* Gravure 8,000
4" Cuivre 700
5" Calculs gcodcsiques, consU'uction des points et
direction du travail 7,800
Total fr. 24,000
La carte comprendrait neuf feuilles à l'échelle TëôTôôïï- ^^^ frais d'impression pour 300 exemplaires seraient comme il suit :
Papier, 2,700 feuilles à 30 centimes . . . fp. 810 Impression, id., id. .... 1,080
Coloris, id., à i franc .... 2,700
Total fr. 4,51)0
PREMIER SIÈCLE DE l'aGABÉMIE,
Sur l'avis favorable de la commission, l'Académie décida que ces conditions seraient communiquées à M. le Ministre de Tintcrieur, en lui laissant d'ailleurs le soin d'apprécier le taux de l'indemnité demandée par M. Gérard, tant pour les copies des plans cadastraux que pour les calculs géodésiques, la construclion des points et la direction du travail. M. le Ministre jugera sans doute nécessaire, ajoutaient les procès-verbaux , de demander un spécimen d'après lequel la carte devrait être exécutée en son entier.
Lors de la séance du 9 mai 1842, l'Académie s'occupa aussi de la question de savoir s1l convenait d'augmenter le nombre des correspondants dans la classe des sciences, sous les conditions proposées par le secrétaire perpétuel. Cette question fut résolue affirmativement, à l'unanimité. 11 fut décidé, en même temps, que l'augmentation porterait aussi sur la classe des lettres, de manière que désormais il y aurait cinquante correspondants dans la classe des sciences au lieu de quarante-quatre; et trente correspondants dans la classe des lettres au lieu de vingt-quatre.
Dans la séance du 4 juin suivant, une lettre particulière d'Herschél lit connaître qu'il avait presque terminé les calculs de réduction de sa revue du ciel austral. On s'occupait aussi , ajoutait-il, de la gravure des nébuleuses qu'il avait observées. « Tous les travaux en général, concernant les observations faites au Cap, avancent, ajoutait notre illustre confrère, quoique lentement, parce que j'y travaille, sans recevoir aucune assistance. »
MM. Ôrsted et Berzelius écrivaient, de leur côté, pour remercier l'Académie de ses envois, et pour lui annoncer les publications des sociétés savantes du Danemark et de la Suède, comme preuve de l'estime qu'ils portaient à notre pays.
Frappé de l'utilité qu'il y aurait d'établir un laboratoire pour les expériences de physique et de chimie, nécessaires à tout corps savant qui veut se tenir au courant des sciences expérimentales et faire des rapports consciencieux sur les différents ouvrages soumis à son examen, M. Stas en flt l'objet d'une proposition en
PAR M. A. QUETELET
séance du 8 octobre 1842. « Le secrétaire fit observer que de pareilles demandes avaient été faites à différentes reprises par l'ancienne Académie, et que ces sortes d'accessoires obligés sont placés dans tous les corps savants de l'Europe, quant à leur utilité, sur le même rang que les Bibliothèques. »
Le secrétaire perpétuel proposa également de nommer une commission pour les antiquités du Royaume. « Cette commission aurait à s'occuper, ainsi que le disent les procès-verbaux, de l'examen des matériaux déjà recueillis ; d'apprécier la valeur des ouvrages qui en ont traité; de donner des indications sur les fouilles et les explorations à faire ultérieurement; de veiller à la conservation des objets historiques ; et d'aviser avant tout au moyen de dresser une carte exacte de la Belgique ancienne. » Cette proposition fut adoptée, et M. le directeur se réserva de nommer ultérieurement les membres qui composeraient la commission.
Le secrétaire, dans la séance suivante du S novembre, demanda s'il ne conviendrait pas de faire une démarche, auprès de M. le Ministre de l'intérieur, pour obtenir un local plus spacieux pour les séances, la bibliothèque et les archives, ainsi qu'un laboratoire pour les travaux de chimie et de physique. L'Académie admit cette proposition et chargea le bureau de faire la démarche demandée.
M. le baron de Stassart, vice-directeur, fit connaître, dans la séance du 3 décembre, que la commission de l'Académie, chargée de réclamer un local convenable et des salles pour le dépôt des collections, avait été reçue par M. le Ministre de l'intérieur et que sa demande avait été favorablement accueillie. M. le Ministre a demandé que l'Académie voulut bien désigner, dans une lettre, les points sur lesquels portaient plus particulièrement ses réclamations.
Le secrétaire perpétuel donna lecture de la lettre suivante, qu'il avait formulée à cet effet (*) :
(1) il a clé satisfait à cette demande sous différents rapports. Les locaux de
PREAllËH SIECLE DE L ACADÉMIE,
< Bruxelles , le 5 décembre 1 842.
» Monsieur le Ministre,
» Nous avons l'honneur de vous transmettre les renseignements que vous avez bien voulu nous demander verbalement, le 28 novembre dernier, au sujet de l'Académie royale des sciences et belles-lettres de Bruxelles.
» L'Académie, depuis sa réorganisation en 1816, jouissait d'un local qu'on lui avait assigné au fond du bâtiment de l'ancienne cour et qui se composait de différentes salles situées audessous de la Bibliothèque de Bourgogne.
» La Compagnie, dont les séances alors étaient peu suivies et qui d'ailleurs ne comptait encore de correspondants regnicoles, n'avait pas jugé à propos de se servir, pour ses séances ordinaires, de la grande salle, celle dite à colonnes, qui se trouve immédiatement au-dessous de la Bibliothèque des manuscrits; elle se réunissait dans la pièce voisine où quelques armoires suffisaient pour renfermer ses archives et le peu de volumes qui composaient sa Bibliothèque.
» Dès l'année 1826, on sentit le besoin de trouver un emplacement plus vaste pour la Bibliothèque, et, d'après un arrangement pris avec la Régence, les livres furent déposés provisoirement dans une salle particulière de la Bibliothèque de la ville.
» Lorsque plus tard l'Académie eut donné une impulsion plus grande à ses travaux, que les séances furent plus activement suivies et que ses correspondants vinrent d'ailleurs augmenter le nombre des membres habituellement présents, on songea à se réunir dans la grande salle des colonnes. Mais cette salle avait
rAcadémie sont aujourd'hui beaucoup plus spacieux; il existe des salles convenables pour le placement de ses livres j mais il a été impossible jusqu'à présent d'établir des laboratoires et des collections d'instruments.
PAR H. A. QCETELET.
été occupée par l'Université libre^ et il fallait contester pour le droit de propriété.
» Quelques membres, et M. Du Mortier en particulier, consentirent à faire des démarches officieuses avant de formuler des plaintes directes; et M. le comte de Tlieux, alors Ministre de l'intérieur, pour trancher toutes les difficultés, nous assigna un local nouveau dans l'ancien ministère, au coin de la rue de la Montagne. Afin de donner une preuve plus grande de sa sollicitude pour l'Académie, il fit même entièrement approprier et meubler le local aux frais de son Département.
» L'Académie reconnut, comme il convenait, un pareil témoignage de bienveillance. Mais quel fut son étonnement lorsqu'à l'installation des jurys d'examen, elle vit disposer de son local sans en être prévenue et qu'elle se trouva même forcée de transiger avec les membres du jury pour pouvoir tenir ses séances dans l'une des salles qu'on voulut bien lui abandonner! Des réclamations furent faites au Ministère, mais elles ne furent pas écoutées : on répondit que le local que nous regardions comme notre propriété, ne nous avait point été donné, mais prêté seulement.
» Il fallait se résigner et se borner à inscrire le refus dans les annales de TAcadémie, refus que nous étions en droit de regarder comme un déni de justice. Nous avions cru améliorer notre position, et nous n'avions plus même l'espoir de récupérer ce que nous venions de perdre. L'Université libre avait occupé les appartements que nous avions laissés vacants, et nous étions désormais entièrement séparés de nos archives et de notre Bibliothèque.
» Il fallut continuer à transiger, tous les ans, avec les différents jurys, pour pouvoir tenir nos séances dans un local dont on continuait à disposer sans même nous consulter. Nos livres se trouvaient déposés à la Bibliothèque de la ville; nos archives et nos publications chez le secrétaire perpétuel, le médaillier et la collection des antiques que l'on avait commencé à former, furent relégués au fond des armoires; et le cabinet géologique
qui, aux termes de l'arrêté royal du 23 septembre 1837, devait faire un appendice de la carte géologique et s'agrandir par les soins de l'Académie, fut entièrement abandonné.
» Te! est, M. le Ministre, Tétat déplorable , dans lequel l'Académie se trouve encore réduite aujourd'hui (décembre 1842). Elle a donc cru de son devoir, dans un moment où la ville cède à l'État le bâtiment de Tancienne cour, de faire auprès de vous la demande d'améliorer sa position, et dans le cas où vous ne pourriez lui accorder cette faveur, de lui restituer au moins son ancien local. Cette restitution, lui semblerait un acte de justice, en même temps que la réparation d'un tort qui lui a été fait sans doute bien involontairement.
» Il est un autre point sur lequel nous avons cru devoir appeler votre attention, M. le Ministre : de tout temps l'Académie a senti qu'une lacune immense s'opposait au succès de ses travaux; qu'il lui manquait un laboratoire. Souvent le Gouvernemont et les particuliers l'ont consultée sur différents points de physique ou de chimie industrielle, sans qu'il ait été possible de se livrer aux travaux nécessaires , pour répondre d'une manière complète. La même impossibilité existait de vérifier les découvertes nouvelles les plus importantes ou de tenter des expériences pour Favancemenl des sciences. Un laboratoire n'est pas moins nécessaire aux travaux d'une Académie qu'une Bibliothèque.
» Quand un membre Tcut rendre ses confrères témoins d'une expérience nouvelle, il doit apporter avec lui les appareils les plus simples, ceux qui existent dans les laboratoires les plus communs.
» Cependant il existe au Musée des collections magnifiques, qui restent inactives et même sans direction. L'Académie compte dans son sein des physiciens et des chimistes qui ont fait leurs preuves; et les collections ne pourraient que frucliOcr entre leurs mains.
» D'une autre part, il existe à côté même de l'ancien local de l'Académie, que nous réclamons aujourd'hui, un laboratoire chimique entièrement préparé et qui serait d'autant mieux appro-
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prié à nos besoins qu'il suffirait du percement d'une porte pour la mettre en communication avec les appartements qui formaient autrefois notre local.
» Nous nous bornons à ce simple exposé; bien persuadés, Monsieur le ministre , que vous n'aurez rien tant à cœur que de faciliter les travaux de l'Académie et de la placer dans une position qui lui permette de s acquitter convenablement de sa haute mission scientifique. »
Les réponses ministérielles ont été entièrement favorables aux vues de l'Académie ; et la bienveillance avec laquelle celles-ci furent accueillies , a permis de continuer autant que possible l'ordre des travaux. Dans cette vue, le secrétaire perpétuel avait proposé les arrangements suivants, pour la classe des lettres, analogues à ceux déjà admis avec succès pour la classe des sciences qui avait cru devoir séparer les sciences mathématiques, des sciences naturelles.
Entre-t-il dans les attributions de l'Académie, avait-il demandé d abord, de s'occuper de :
La philosophie: la législation: l'économie politique et la statistique?
Dans l'affirmative, disait le secrétaire perpétuel, j'ai Hionneur de proposer que, dans les élections, on ait désormais égard à ces différentes branches des connaissances humaines, et que la classe des lettres^ comme celle des sciences^ soit séparée en deux sections, savoir : celle dliistoire et des lettres, celle des sciences politiques et morales.
ta première comprendrait: L'histoire nationale: l'histoire générale; l'archéologie ; les langues anciennes; la littérature nationale.
La seconde comprendrait : Les sciences philosophiques; la législation; l'économie politique et la statistique.
L'Académie aurait à juger de l'importance qu'elle attache à chacune de ces parties et du nombre des membres qui devraient la représenter.
PAR M. A. QUETELET
A la demande posée par le secrétaire perpétuel, il a été répondu affirmativement et à l'unanimité. Pour ce qui concerne la proposition , qui en était la conséquence, les avis ont été partagés : dix-neuf voix furent pour; et treize contre; un membre s'est abstenu de se prononcer. La proposition a donc été admise.
Toutefois sur la demande de M. Thiry, la statistique devait enlrer dans les attributions de la classe des sciences, et être considérée comme une application de la théorie des probabilités.
L'Académie décida aussi qu a l'avenir, le recueil des mémoires couronnés prendrait le litre : Mémoires couronnés et Mémoires des étrangers.
En vue de rendre les observations sur les phénomènes périodiques des plantes et des animaux plus exactement comparables, M. Quetelet proposa (séance du 4 mars 1845) de nommer une commission spéciale chargée de régulariser tout ce qui se rapportait aux travaux de ce genre ; il demanda que cette commission fut composée de ceux des membres qui avaient pris pari au système d'observations établi à Bruxelles. La proposition fut admise; la commission se composa, en conséquence, de MM. Cantraine, Crahay, Du Mortier, Kickx, Marlcns, Morren, Quetelet, Van Beneden, le baron de Selys Longchamps, Galeotli, Schwann et Spring.
C'est avec le concours de ces savants qu'avait commencé, en 1839, le système d'étude des phénomènes périodiques : très-faible d'abord, ce système se développa rapidement; et quelques années après, avec l'aide de collaborateurs étrangers, il fut possible d'en étendre fort loin les résultats; l'Académie publia en même temps des instructions pour Vobsei^ation des phénomènes périodiques.
M. de Selys Longchamps se chargea tout particulièrement des phénomènes concernant les oiseaux et, en général, de tout le règne animal. On s'occupa aussi de l'homme, dont les lois admirables sont encore à peu près inconnues, et dont nous aurons occasion de parler plus loin.
C'est aussi à M. de Selys Longchamps qu'appartient l'initialive des observations botaniques à époques déterminées qui commencèrenl, plus lard, en 1849.
Dans une des séances de l'année 1844, quelques membres demandèrent s'il n'y aurait pas lieu d'examiner de nouveau la question ajournée, de la division de l'Académie en deux classes distinctes (sciences et lettres), qui tiendraient séparément leurs réunions, avec adjonction d'une classe des beaux-arts. Après une longue discussion, il fut décidé qu'on ferait à ce sujet un rapport qui serait examiné dans la séance générale du 15 décembre suivant.
M. le baron de Slassarl, directeur de la classe, avait annoncé, dès le 2 décembre 1843, que le rapport demandé était achevé, et que la discussion pourrait avoir lieu, comme on en était convenu, à la séance générale du 15 suivant. Ce rapport fut en effet lu, mais il ne fut point approuvé.
Dans la séance du 3 février 1844, M. Quetelet avait fait remarquer déjà que les vastes travaux qu'il avait commencés, avec la plupart de ses collègues, sur les variations horaires des phénomènes périodiques à la surface de la terre , avaient pris un développement tel, qu'il lui était devenu impossible de les continuer. Aidé par la généralité des observatoires de l'Europe et par les communications de M. Kupffer, inspecteur des observatoires russes répandus dans loul le nord de l'Asie, il était parvenu à établir des cartes indiquant la Marche générale des vents à la surface du globe et les principaux phénomènes qui s'y rapportent, grâce aux amis bienveillants qui voulaient bien l'aider dans ces arides travaux. Il pensait que cinq à six années pourraient suffire pour démontrer l'importance des observations et en faire connaître les principaux résultats, qui n'étaient pas encore suffisamment appréciés. Il s'estimait heureux d'avoir été aidé tout particulièrement par le savant Herschel , qui avait bien voulu concourir à cette œuvre et écrire une partie du mémoire qu'il a inséré dans les Annales de
68 PREMIER SIÈCLE DE l'aCADÉMIE, ETC.
IVbservatoire , cl dans le volume â-n^ du Climat de la Belgique, 4™« partie, 2™® section, des Ondes atmosphériques (*).
M. le Ministre de rinlérieur écrivit au sujet du transfert de
la bibliothèque de l'Académie (mai 1845) et demanda que, dans le plus bref délai possible, la Compagnie lui fit connaître si elle entendait retirer ses livres déposés à la Bibliothèque royale. Dans le cas de l'affirmative, disait M. le Ministre, il conviendrait, pour éviter de grands embarras, qu'elle fit enlever elle-même tous les ouvrages qui lui appartiennent.
Une commission, nommée par TAcadémie, fut chargée de lui faire un rapport sur ce sujet : elle se composait des membres du bureau, auxquels furent adjoints MM. le baron de Reiffenberg, le chanoine de Ram et Morren.
Dans la séance du 17 juin 184S, la commission fit son rapport : « MM. de Gerlache, de Ram, de Reiffenberg, Morren et Quetelet, est-il dit, nommés à la séance précédente pour examiner les arrangements qu'il convenait de prendre relativement aux livres de l'Académie, proposèrent de les laisser en dépôt à la Bibliothèque royale, en demandant au Ministère la continuation des arrangements qui avaient été pris avec la ville de Bruxelles.»
C'est à la fin de cette année que l'Académie put se compléter, par l'adjonction de la classe des beaux-arts, dont il avait souvent été parlé; elle put alors constituer d'une manière stable, dans son domaine, les différentes branches des sciences, des lettres et des beaux-arts et chercher à mériter le beau nom dont elle avait joui aux jours de sa splendeur.
(') Les observations de météorologie et de physique du globe de la Belgique furent néanmoins continuées avec la même ardeur j elles ont même pris plus d'étendue et de développement : les autres nations ont été invitées à coordonner et à publier les observations particulières qui se faisaient chez elles. Ces travaux ont pris également une extension considérable : mais peut-être la dissemblance des instruments, la manière d'observer, et la dissimilitude des échelles comparatives ne présenteront pas la même facilité pour la réduction des résultats.
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