RÉORGANISÉE PAR SA MAJESTÉ LÉOPOLD I
Malgré les développements successifs qu'avaient reçus les classes des sciences et des lettres, lAcadémie royale de Bruxelles comprenait cependant qu'ils étaient loin d'être complets. La partie des beaux-arts, qui forme l'un des premiers mérites de la Belgique, n'y était point comprise et ne faisait pas, ainsi, partie de l'ensemble des connaissances dont s'occupait le premier corps savant du pays. La classe des lettres, d'une autre part, n'y était que très-insuffisamment représentée : les sciences politiques, et particulièrement la science du droit juridique, que nos aïeux avaient cultivées d'une manière si distinguée , semblaient avoir été oubliées.
L'Académie, telle qu'elle était constituée, sentait donc parfaitement, disons-nous, ce qui lui manquait. Aussi, quand les temps devinrent plus calmes, elle demanda^ à plusieurs reprises, que le Gouvernement songeât à remplir les nombreuses lacunes qu'elle présentait encore.
PAU M. A. QUETELET
Il appartenait à l'un des hommes qui ont le plus fait honneur aux lettres dans notre pays, d'attacher son nom à la création de la classe des beaux-arts ; cette création était sollicitée depuis longtemps, de même que la réorganisation complète de la Compagnie qui , dès cette époque, prit le titre d'^cadémie royale des sciences, des lettres et des heaux-arts de
Belgique,
L'arrivée au Ministère de l'intérieur de l'un de ses membres avait donné à l'Académie l'occasion de faire valoir ses réclamations et d'être entendue par un homme de mérite. M. Van de Weyer fut heureux de pouvoir rendre ce service à sa patrie et s'unit, de tout cœur, aux hommes de sciences et de lettres dont il faisait partie, pour mettre la Compagnie au rang qui lui convenait. Tous les académiciens, en général, applaudirent à cette réorganisation, et si le Beige, dans certaines occasions, met de la lenteur à agir, ce ne fut pas dans cette circonstance. Le renouvellement tant désiré s'accomplit rapidement (').
En établissant une séparation complète entre les deux classes
(») M. Van de Weyer, Minisire de rintéricur, invita, un soir de la fin du mois de novembre 18i5, le bureau de rAcadémic, composé de MM. de Gerlache, de Stassart, Quelelet ainsi que M. de Ram, à se réunir pour s'entendre au sujet de la réorganisation projetée. On examina attentivement les changements à apporter aux règlemenls existants, et Ton admit , d^une voix commune, les considérations qui furent émises pour remplir les lacunes qu'il y avait h combler. La plus grande unile se manifesta dans les conclusions et permit d'arrêter successivement les bases nouvelles qu'il s'agissait d'adopter. Ce travail fut mené avec une telle vigueur, par M. Van de Weyer, que le lendemain déjà la Chambre des représentants en était
saisie et Tadopta d'emblée. , , . . , - „„
Cette réorganisation portait en elle-même la meilleure preuve du des.r qu eprouvait l'Académie de marcher, constamment, d'accord avec le Gouvernement car MM. de Gerlache et de Stassart, par exemple, qui formaient le bureau en i84o, avaient occupé, l'un et l'autre, lors de leur élection, en 4853, les premières pos.lions dans l'ordre administratif du pays : le premier comme président du Congres national, puis de la Chambre des représentants, et le second, en qualile de président du Sénat. Ils sont reslés les deux membres les plus attaches et les plus reconnaissants envers leurs nouveaux confrères qui leur donnèrent constamment le témoignage le plus intime de leur affection et de leur confiance.
de l'Académie , on eut l'heureuse idée de conserver les principes de l'ancien règlement, qui datent du temps de la fondation de la Compagnie. C'était la meilleure garantie de respect à l'égard du premier corps savant du pays qui, pendant près de trois quarts de siècle, avait su si dignement maintenir, malgré les événements, le caractère et l'autorité dont l'avait honoré son illustre
fondatrice.
Une nouvelle ère commença donc, pour les travaux académiques, à partir de la réorganisation du i^^ décembre 1848, date que portent tous les arrêtés royaux qui paraîtront plus loin.
Indépendamment des Statuts organiques qui forment la base et, pour ainsi dire, la constitution académique, un règlement général fut aussi sanctionné par Sa Majesté. Ce règlement, daté du 7 mai 1816, renfermait toutes les mesures que les nécessités et le temps avaient créées depuis la restauration par le roi des Pays-Bas Guillaume !«'. Un règlement intérieur fut arrêté ensuite
par chaque classe.
Afin de consacrer le nouvel ordre des choses, une séance solennelle fut décidée, séance dans laquelle il s'agissait d'établir les principes qui avaient été l'objet des arrêtés royaux du le. décembre 1843. Cette réunion eut lieu, avec tout l'appareil académique, le 16 décembre 184S, dans le local de la Société qu'occupait alors la Société Philharmonique.
Cette solennité avait attiré une grande affluence de monde : on y remarquait la plupart des Ministres des puissances étrangères, des membres des deux Chambres législatives, les principaux fonctionnaires de l'État et un grand nombre de dames.
A une heure de relevée, les membres de l'Académie vinrent prendre place dans l'hémicyle qui avait été disposé pour renfermer le corps académique. MM. le baron de Stassart, le baron de Gerlache et le secrétaire perpétuel , accompagnés des trois délégués de chaque classe, savoir, pour les sciences, de MM. Thiry et d'Omalius: pour les lettres, de MM. Cornélissen et le baron de Reiffenberg, et pour les beaux-arts, de MM. F. Fétis et Navez,
PAR M. A. QUETELET
allèrent recevoir à la porte d'entrée Sa Majesté. M. Van de Weyer, Ministre de l'intérieur et membre de FAcadémie, s'était joint à la députation.
Le secrétaire perpétuel donna sommairement lecture des arrêtés royaux qui réorganisaient la Compagnie.
Après cette lecture, Sa Majesté se leva et prononça les paroles suivantes, écoutées avec une religieuse attention par tous les assistants, qui s'étaient spontanément levés :
« Messieurs,
« L'Académie de Bruxelles a rendu aux sciences et aux lettres » des services qui sont dignement appréciés, même à l'étranger. » J'ai voulu étendre le cercle de ses travaux, y associer les w beaux-arts, qui jettent tant d'éclat sur le pays, et, en instal- » lanl moi-même la nouvelle Académie de Belgique, vous donner » un témoignage de ma vive sollicitude pour les progrès des » sciences, des lettres et des arts. »
Ces paroles furent accueillies par les plus vives acclamations et par des applaudissements réitérés.
M. le baron de Stassart, ancien directeur de l'Académie, désigné par M. le Ministre de l'intérieur pour prendre la parole, prononça ensuite un discours qui fut inséré, avec ce qui précède, page 3 du Bulletin de janvier 1846 (l^e série, tome XIII).
Cette lecture fut suivie de la proclamation, faite par M. le secrétaire perpétuel , des résultats des concours de 1 84S.
La séance fut levée ensuite, et Sa Majesté se relira au milieu des mêmes acclamations qui l'avaient accueillie à son arrivée.
Par le fait de la séparation des classes, chacune d'elles établit un ordre particulier de séances dont les conditions furent réglées et dont les résolutions furent consignées dans des registres principaux. Mais comme des intérêts communs existent cependant, indépendamment des réunions mensuelles et des trois séances
publiques annuelles, l'Académie a tenu, depuis cette époque, une assemblée générale au mois de mai de chaque année (*) , où l'on s'occupa de régler ces sujets.
C'est dorénavant des résultats de ces assemblées que nous allons nous occuper. L'un des premiers objets qui fixèrent l'attention de la Compagnie fut sa bibliothèque.
A l'époque de son rétablissement en 1816, l'Académie ne possédait point de bibliothèque proprement dite. Depuis son origine jusqu'à la fin du siècle dernier, elle avait eu la jouissance de l'ancienne Bibliothèque de Bourgogne dont le local , comme nous l'avons dit précédemment, servait à ses séances.
Les commencements de la bibliothèque furent très-faibles ; ils consistaient en quelques ouvrages obtenus par échange avec les publications des sociétés savantes. Vers la fin de 1826, à la suite d'une transaction avec le corps municipal de Bruxelles, les livres de la Compagnie furent déposés à la bibliothèque de la ville, qui occupait alors les premières salles des locaux actuels de l'Académie, pour servir à l'usage du public moyennant certains privilèges accordés aux académiciens. En 1845, lors de l'exposition triennale des beaux-arts, diïïérents changements furent apportés dans le local de l'Ancienne Cour où se trouvait la bibliothèque de la ville; et le peu de livres que possédait l'Académie, à cette époque, furent transportés dans les greniers. C'est dans cet endroit qu'ils se trouvaient, lorsque survint la cession de la bibliothèque communale au Gouvernement.
Il fut décidé, lors de la première séance générale des trois classes qui eut lieu le 15 mai 1846, que désormais l'Académie aurait sa bibliothèque particulière , à côté de la salle des séances, dans le nouveau local qui venait de lui être assigné. Par suite des divers déplacements qu'avait subis ce dépôt de livres et du
(*) Nous avons cru devoir, dans la circonstance aclucllc, laisser au rapporteur d'3 chaiiue classe, le soin de s'occuper de ce qui concerne particulièrement chacune de cclies-ci. Nous ne nous sommes préoccupés que de TAcadémie entière.
PREMIER SIÈCLE DE l'aGADÉMIE,
séjour prolongé qu'il avait fait dans les greniers de rAncienne Cour, la plupart des collections académiques se trouvaient incomplètes et dépareillées. Grâce à Fobligeant concours des sociétés savantes étrangères, le nombre des volumes de leurs publications est aujourd'hui presque complet et se trouve au moins décuplé. Les premiers accroissements nécessitèrent Timpression d'un catalogue qui parut en 1850, mais depuis, la bibliothèque a pris une extension telle , qu'il y aurait lieu de refondre complètement ce travail.
La Bibliothèque de l'Académie, composée des travaux des principales sociétés et d'ouvrages particuliers, ne s'est enrichie que par des échanges et par des dons d'auteurs. Les publications des sociétés savantes que nous possédons sont des plus remarquables et renferme des collections excessivement rares, entre autres celle complète des Transactions de la Société royale de Londres et des Mémoires de l'Institut de France,
En 18S4, la bibliothèque prit une extension nouvelle par le généreux don que fit à l'Académie le baron de Stassart, en lui léguant ses livres composant environ 20,000 volumes ainsi que divers autres objets. Mais, comme il a été procédé chronologiquement aux faits concernant la Compagnie , nous reviendrons sur ce sujet, lorsque nous serons arrivés à l'époque de la mort de cet homme de bien.
Conformément à l'un des arrêtés royaux réorganisateurs de l'Académie, le Gouvernement avait chargé celle-ci, entre autres travaux spéciaux , de la rédaction d'une Biographie nationale. La même assemblée générale du 15 mai 1846, sur la proposition de M. le secrétaire perpétuel, décida qu'il serait nommé une commission mixte composée de huit membres, soit deux délégués de chaque classe, le président et le secrétiurc perpétuel, pour faire un rapport sur les moyens d'exécuter l'arrêté royal du 1" décembre 1845. Comme la classe des lettres a décidé que M. De Busscher, l'honorable secrétaire actuel de la commission de la Biographie nationale, serait chargé de faire un
PAR M. A. QUETELET
rapport sur ses travaux, nous ne nous étendrons pas plus sur ce sujet.
La même assemblée renvoya aussi à une commission l'examen d'une proposition appuyée par la classe des beaux-arts et ayant pour objet de changer les coins de l'Académie. Cette commission était également composée, comme la précédente, de huit membres. On conserva la médaille gravée par M. Jouvenel, en 1839, ainsi que le jeton de présence gravé par M. Leclercq. Quant au sceau académique, il fut aussi le même. L'Académie modifia seulement l'inscription qui mentionnait les changements survenus par la création d'une troisième classe.
Depuis son entrée en fonctions comme secrétaire perpétuel, en 1855, M. Quetelet avait accepté les fonctions de trésorier de l'Académie. Lors de l'assemblée du 18 mars 1847, le secrétaire demanda que l'Académie voulût bien le décharger de ce mandat. Il lut à l'appui de sa demande l'article 54 du règlement de la Compagnie, conçu ainsi qu'il suit : « Le secrétaire perpétuel est maintenu dans ses fonctions. Il continue provisoirement à rester dépositaire des fonds de l'Académie et à les administrer sous la surveillance de la commission désignée à l'article 44. »
Les suffrages se portèrent sur M. De Hemptinne qui continua à remplir le mandat de trésorier jusqu'à son décès, le 5 janvier 1854. M. Stas voulut bien alors le remplacer.
Parmi les mesures prises dans l'assemblée générale du 9 mai 1848, il y a lieu de citer la modification apportée à l'article 10 des statuts organiques qui fut conçu de la manière suivante :
« Chaque classe nomme son directeur annuel. Le directeur n'est pas injmédîatement rééligible.
» Le directeur ne peut être choisi deux années de suite parmi les membres étrangers à la ville de Bruxelles. »
L'article 13 devint le suivant :
« Le secrétaire perpétuel appartient aux trois classes et il est élu par elles au scrutin et à la majorité absolue.
» Le secrétaire perpétuel est choisi parmi les membres domiciliés à Bruxelles. »
PREMIER SIÈCLE DE l'aGADÉMIE,
Une mesure toute nouvelle fut l'objet des délibérations de l'assemblée du 6 mai 18S2 : l'on décida la publication d'une Bibliographie académique. Celte œuvre paruldeux années après et renfermait, indépendamment de la lisle des membres, des associés et des correspondants depuis la fondation de l'Académie, l'énuraération de tous les ouvrages de tous les membres des trois catégories publiés tant dans les collections académiques que comme ouvrages particuliers.
Lors de l'assemblée générale du iO mai ^8S3, les associés habitant la Belgique furent assimilés aux membres en ce qui concerne les jetons de présence.
Il fut décidé aussi que, quand un décès aurait lieu dans la capitale, le bureau déléguerait le membre qui prendrait la parole pour exprimer les regrets de la Compagnie. Si le décès a lieu dans une autre ville, les membres qui s'y trouvent se réuniront pour représenler l'Académie et désigneront entre eux celui qui prendra la i)arole. Dans toute autre circonstance, les membres des villes les plus voisines veillent à ce que l'Académie soit, autant que possible, représentée aux funérailles. Dans lous les cas, ils sont invités à informer le plus lot possible la Compagnie de la perte qu'elle vient de faire, afin que les membres habitant Bruxelles puissent s'y rendre s'ils le jugent convenable.
C'est dans l'Assemblée générale du 9 mai i854 qu'on décida l'impression des procès-verbaux de ces réunions. Mais celle publication n'eut lieu qu'à partir du procès-verbal de la séance du 10 mai 1860.
L'assemblée compléta, de la manière suivante, les articles 6 et 7 du Règlement général relatif aux élections qui obtinrent la sanction royale du 15 juin 1854.
Art. 6. « Les listes de présentation pour chaque classe doivent être doubles et contenir l'examen des titres des candidats.
« On peut nommer en dehors des listes de présentation, pourvu que Vinscription des nouvelles candidatures proposées ait eu lieu avec Vassentinieni de la classe dans la séance qui précède celle de V élection, »
PAR M. A. fiUETELET.
On abandonna, à cette époque, l'idée de continuer le nouveau recueil, commencé sous le titre A' Appendice aux Bulletins, dont un seul volume parut comme annexe à l'année 1853 du compte rendu des séances.
L'Académie royale perdît, le 10 octobre 1854, un de ses membres les plus distingués qu'elle avait pris plaisir à élever plusieurs fois aux honneurs de la présidence. Sensible aux témoignages de considération que lui avaient donnés ses honorables confrères, M. le baron de Stassart voulut, à son tour, leur offrir un témoignage durable de sympathie, en leur léguant sa riche bibliothèque, la collection de ses manuscrits et plusieurs fondations littéraires; en agissant ainsi, il désirait sans doute qu'ils eussent constamment sous les yeux ce qui avait formé le principal charme de sa vie (').
Le premier objet dont s'occupa l'Assemblée générale du 8 mai 1855 fut de régler tout ce qui concernait ces legs. Désireuse de perpétuer les regrets que lui inspirait cette perte, elle prit aussitôt les décisions suivantes :
1*» Le Gouvernement sera prie de faire exécuter le buste en marbre du défunt pour le placer dans la salle des séances publiques de l'Académie, conformément à l'article 2 de l'arrêté royal du l**^ décembre 1845.
(M. le Ministre s'empressa de faire exécuter ce buste);
2« Une médaille sera frappée pour consacrer le souvenir du baron de Stassart et la reconnaissance de l'Académie;
3» Les deux prix institués par le baron de Stassart prendront désormais le nom de leur fondateur;
4° La classe des lettres inaugurera, par la notice biographique du baron de Stassart, la série des biographies qu'elle aura à mettre au concours pour le prix fondé par le défunt en faveur de la meilleure notice sur un Belge célèbre pris alternative'
(*) On trouvera plus loin, à la suite des pièces oflicielles, les expressions par lesquelles il consacrait le don d'amitié fait à ses collègues.
ment parmi les historiens ou littérateurs, les savants et les
artistes.
(Cette notice, mise au concours de 18S6, valut le prix à M. Van Bemmel. L'Académie s'occupa, en 1859, d'organiser celle fondation littéraire et attribua le prix de la deuxième période à un savant , et celui de la troisième à un artiste) ;
5° Une vignette spéciale sera attachée à chacun des ouvrages faisant partie de la bibliothèque léguée par le baron de Stassart et indiquera Iç nom du fondateur.
En i862 parut le catalogue des livres de M. Stassart. Cet ouvrage est, en quelque sorte, le complément nécessaire de cette dernière mesure; il a pour objet de faire connaîlre et de rendre accessible aux recherches la belle bibliothèque qui a été léguée à la Compagnie. Elle le sera par .suite de son emplacement dans la nouvelle salle du Musée. On aurait à désirer maintenant qu'un catalogue semblable put faire connaître la riche collection d'autographes et de manuscrits que le baron de Stassart a également léguée à l'Académie.
La seconde question à l'ordre du jour de l'assemblée du 8 mai 1835 concernait l'article 7 du règlement des prix quinquennaux^ article qui veut que « le jugement du jury des concours quinquennaux doit être proclamé dans la séance publique de la classe sur la proposition de laquelle le jury a été nommé. »
On a fait observer que la proclamation du jugement n'implique point, comme semblent le croire quelques personnes, la lecture du rapport qui motive le jugement. Ce rapport est le travail d'un jury étranger à l'Académie, rapport à la forme et à la longueur duquel l'Académie ne peut apporter aucune modification. Le Gouvernement a très-bien compris, par son arrêté réglementaire du concours, qu'il ne fallait demander à l'Académie que la proclamation du résultat du concours et il lui abandonne le soin d'examiner si le rapport du jury peut être lu en séance publique et s'il est de nature a intéresser un auditoire. Les droits de l'Académie sont intacts. Si les rapports des jurys
PAR M. A. QUETELET
ont été lus jusqu'à présent, c'est qu'ils présentaient un caractère d'intérêt général, mais il importe de constater, dès à présent, que ces antécédents ne doivent point former loi.
La classe adopte cette interprétation et décide qu'il en sera pris acte au procès-verbal.
On agita ensuite la question de majorer les prix des médailles des concours. Cette proposition fut ajournée en présence de la situation des fonds académiques : un appel à la bienveillance du Gouvernement fut sollicité à ce sujet « pour permettre d'augmenter désormais cette valeur et afin de rendre ainsi plus fructueux les concours académiques qui semblent de moins en tnoins suivis chaque année, dit le procès-verbal » Cette question fut reprise lors de l'assemblée du 14 mai 1861; et à la suite d'une résolution ministérielle, un crédit de 3,000 francs a été accordé, annuellement, jusqu'ici.
L'assemblée générale du 27 mai 1856 reçut, en premier lieu, communication que M. de Maillen , légataire universel de M. le baron de Stassart, a satisfait aux prescriptions testamentaires de celui-ci et a délivré les 10,000 francs formant la fondation du prix sexennal d'histoire de 3,000 francs.
Comme il s'agissait de consacrer les droits de l'Académie sur ce legs, la question de la personnification civile fut soulevée. M. Fétis père demanda, à cette occasion, que ce sujet fût inscrit à l'ordre du jour de l'assemblée générale de 1857. Mais M. Fétis déclara renoncer à cette question, dans cette assemblée, par suite de certaines convenances.
Lors de l'assemblée générale du 12 mai 1857, l'on avait arrêté le projet d'inscription latine pour la médaille à frapper en l'honneur de M. de Stassart : l'exécution des coins de cette médaille avait été confiée à M.Braemt.Il fut aussi décidé de faire figurer à l'avers le coin de l'Académie au lieu du buste du donateur; mais ces dispositions n'eurent pas de suites en présence de l'insuffisance des fonds académiques.
11 avait été décidé, lors de la réunion des trois classes de
PREMIER SIÈCLE DE l'aGADÉMIE,
Tannée précédente, qu'on s'occuperait de la question de la personnification civile de FAcadémie, soulevée déjà lors des legs de M. de Slassart. Diverses opinions pour et contre furent émises et, en dernier lieu, la proposition suivante, qui fut prise en considération , fut déposée : FAcadémie émet le vœu que le Gouvernement prenne les mesures propres à lui assurer la jouissance légale des dons et des legs qui ,lui seraient faits. On verra plus loin , en 1870, les résolutions prises à ce sujet.
L'assemblée générale du 6 mai 1838 autorisa l'inscription au ji;rand livre de la Dette publique des deux fondations littéraires de M. de Stassart. Les pleins pouvoirs furent donnés, à cet effet, à la commission administrative. Ces fondations seront indiquées plus loin, dans les pièces officielles.
On rapporta ensuite la mesure prise, deux années auparavant, d'ouvrir la bibliotbèque deux fois par semaine, en présence du résultat négatif de cette disposition faite en vue d'aider les académiciens dans leurs recherches.
Depuis l'arrêté royal du !«» décembre 1845, qui décidait qu'un ou deux bustes seraient exécutés chaque année par le Gouvernement pour orner les salles des séances publiques, FAcadémie n'avait reçu que neuf bustes. L'assemblée générale s'occupa des moyens de donner suite à cette mesure sur les conclusions d'un rapport , signé par une commission composée d'un délégué de chaque classe, rapport qui a été publié dans Y Annuaire de cette même année 1859. La question fut ajournée.
La même assemblée avait encore eu à s'occuper des moyens d'exécution d'un arrêté royal, également du l^r décembre 1845, décrétant la rédaction d'une Biographie nationale ainsi que la publication d'une collection des œuvres des grands écrivains du pays qui ont écrit tant en langue française et en langue latine qu'en langue flamande. C'est de cette époque que date l'organisation actuelle de la commission de la Biographie nationale. Le règlement fut adopté en assemblée générale du 10 mai 1860. La commission de littérature flamande avait commencé ses travaux
PAR M. A. QUETELET
depuis 18SS et la commission de publication des œuvres des grands écrivains du pays s'occupa des siens à partir de 1862.
Lors de l'assemblée générale du 5 mai 1859, l'on s'était occupé d'un règlement pour les bustes, comme l'avait proposé le rapport de la commission nommée à cet effet et composée d'un délégué de chaque classe. L'avis fut de ne pas donner suite à cette idée.
C'est à cette époque qu'il fut question d'établir l'Académie ainsi que l'Académie royale de médecine dans le Palais-Ducal qui venait d'êlre cédé au Gouvernement par Sa Majesté. Ce projet n'eut pas de suites.
Ce n'est qu'en 1861, comme le constate le procès- verbal de l'assemblée générale du 14 mai de cette année, que l'Académie eut le bonheur de posséder un portrait en pied de son auguste fondatrice. Le Gouvernement en avait fait la commande au peintre Billoin qui chercha à rappeler dans ce tableau le caractère de bienveillance et la majesté de l'auguste princesse qui établit nos destinées. L'Académie possédait, à vrai dire, depuis 1846, un portrait de Marie-Thérèse en buste ou à mi-corps, fait à l'époque où cette impératrice vivait encore, mais cette œuvre était insuffisante. Ce portrait avait été donné par le Gouvernement, lors de la réorganisation de l'Académie, en même temps qu'un buste de CobenzI.
L'assemblée générale du 14 mai 1861 décida l'impression des procès-verbaux de ses réunions annuelles. Cette publication prit cours à pariir de 1860 et elle a continué depuis : elle forme un recueil in-8® du même format et composé dans le même caractère que le Bulletin.
Parmi les différentes mesures discutées dans l'assemblée du 14 mai 1862, il y a lieu de citer les propositions demandant une table analytique des mémoires ainsi que la formation d'un Bulletin spécial pour chaque classe. Une table des mémoires qui ont paru de 1816 à 18S7 fut publiée dans Y Annuaire de 1839. Quant aux Bulletins y la l'^e série comprenant les années 183S à 185S fut l'objet d'une table des matières et d'une table des
PAR M. A. QUETELET
noms d'auteurs rédigée par M. Ad. Siret et publiée en 1858. Les tomes I à XX de la 2°>« série, comprenant les années 1856 à 1865, ont formé également le sujet d'une table rédigée par le même académicien et qui a paru en 1866. Quant au Bulletin spécial, il ne fut pas adopté.
Le secrétaire crut devoir faire remarquer dans cette assemblée que la création des nouvelles commissions avait fait naître des besoins nouveaux et qu'il importait de fixer les attributions de chacune d'elles tant pour leurs subsides que pour leur correspondance avec le Ministre. Il fut reconnu que chacune de ces commissions devait régler elle-même sa comptabilité. Elles décideraient aussi, elles-mêmes, de leurs impressions.
L'ancienne Académie avait publié durant sa courte existence cinq tomes de mémoires in-4o, indépendamment d'un assez grand nombre de travaux qu'elle avait couronnés. Une table générale des matières renfermées dans ces volumes parut page 65 de
Y Annuaire de 1841. Cette table était suivie (voyez page 88 du même recueil) de l'énumération des travaux publiés dans les douze premiers volumes des mémoires des membres et les quatorze premiers volumes des mémoires couronnés de la nouvelle Académie, soit depuis 1816 jusqu'en 1840. Une proposition fut faite, en 1862, de publier une table générale des travaux tant de l'ancienne Académie que de la nouvelle. Cette mesure , bien que votée dans l'assemblée générale du 14 mai 1862, n'a pu encore recevoir d'exécution. Une table cependant parut dans
Y Annuaire de 1858; mais elle ne forme pas, à vrai dire, un travail qui réponde complètement aux vues de l'Académie : ce n'est qu'un essai. Il fut aussi demandé que les membres reçussent un bulletin spécial des travaux de chaque classe, proposition qui ne fut pas admise.
Lors de l'assemblée générale du 20 mai 1863, M. le secrétaire perpétuel rendit compte des mesures qui avaient été prises par l'Académie pour empêcher, s'il était possible, qu'une école industrielle ne vînt s'établir dans le sein du Musée, entre les
deux Académies et la Bibliothèque royale, comme la crainte en avait été émise depuis plusieurs années. II expose combien serait déplorable une mesure qui séparerait des établissements aussi nécessaires l'un à l'autre et combien il serait à regretter que la bibliothèque de Stassart fût à jamais reléguée dans des mansardes. Une commission s'est rendue chez M. le Ministre de l'intérieur; elle a tâché de lui faire comprendre le résullal désastreux de la séparation des Académies d'avec la Bibliothèque, la collection d'histoire naturelle et les musées des beaux-arts , qui formeraient, ensemble, l'un des plus beaux établissements du pays. M. le Ministre a bien voulu écouter favorablement ces observations et il a promis d'y avoir égard.
A la suite de différentes observations émises encore sur le même sujet, l'assemblée décida que le local qui séparait la Bibliothè(iue royale des salles académiques fût demandé au nom des trois classes réunies en assemblée générale.
M. le Ministre voulut bien accéder à cette demande; et, depuis, la bibliothèque de M. de Stassart , ainsi que les collections des publications de toutes les sociétés savantes qui font des échanges avec la Compagnie, ont été placées dans la même salle.
M. le secrétaire entretint ensuite l'assemblée, de 1862, d'un sujet concernant spécialement la nature des concours, et leur importance pour l'histoire scientifique et littéraire du pays.
c( Les travaux collectifs des sociétés savantes, dit-il, ne peuvent être assimilés à des travaux individuels. Il cite, comme exemple, ce qui a été fait et les heureux résultats qui ont été obtenus par l'Académie, pour la géologie et la paléontologie. Notre pays, au commencement de ce siècle, était à peu près inconnu sous ce rapport, lorsque, excité par le généreux exemple et les conseils de M. d'Omalius, on chercha, par tous les moyens dont on pouvait disposer, à réunir des travaux géologiques sur les divers points de notre territoire. Non-seulement la science a obtenu des ouvrages d'un grand mérite, mais encore des hommes éminents ont contribué à placer la Belgique à un rang supé-