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mer et de beau vermillon. Le soleil remonte tout le long et mord aux petites filles un bout de cou hâlé, et ces petits cheveux follets, qui marquent sur la nuque des enfants de la campagne comme une petite ligne blanche. La lumière les inonde toutes deux, met à ce groupe la couleur tapageuse d'une aquarelle de Lessore.
Les deux enfants se penchent vers la mare, allongeant les bras, sans grand souci de se mouiller les poignets. Elles lancent à l'eau un petit poisson mort et le petit poisson se retourne et se met sur le flanc à la surface. Elles le rattrapent, elles le rejettent pour voir s'il nagera mieux; et ce
sont grandes joies et félicites d'enfants, à ces petites, de souffler l'eau morte pour faire un peu aller le cadavre d'argent, et de le pousser du doigt, la plus petite se mouillant encore plus que la plus grande.
Derrière les enfants à l'ombre de la hutte, sur une chaise recouverte d'une vieille tapisserie, est assise une jeune femme en costume de mariée, une couronne de fleurs blanches sur la tête, un bouquet au côté. La jeune mariée regarde insouciamment la ruine de Maguelonne qui se dresse dans la mer en face d'elle.
Maguelonne ! le long passé !
Maguelonne! la croisade prê-
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chée par Urbain II ! Maguelonne ! Alexandre III sur la haquenée blanche, encombrant de son cortège pontifical le pont d'une lieue! Maguelonne!
la chanoiserie de doulce beuverye ! Maguelonne ! convivium générale, et le bon vin clairet, et les crespets à Fhypocras !
le convivium gênerait avec la sauce au poivre de la Saint- Michel à Pâques et la sauce au verjus de Pâques jusques à la Saint-Michel ! Maguelonne !
le manuscrit d'Apicius in re coquinaria, retrouvé sous les cuisines du monastère! Maguelonne ! la ville! Maguelonne la forteresse ! Maguelonne !
l'évêchè ! Maguelonne ! la cathédrale ! Maguelonnne ! la
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déserte ! Maguelonne ! une ferme ! Maguelonne ! les goélands sur la plage! Maguelonne! les sabots des chevaux sur les tombes épiscopales !
Le soleil tourne la hutte ; la tête de la jeune femme est encore blottie dans l'ombre ; mais le soleil va la gagner.
Un homme à barbe noire, à membres robustes, fort prendre un vieux morceau de voile, il le jette au-dessus de la tête de la mariée, sur des pieux qui servent à sécher les filets.
Pauvre femme, pauvre homme et pauvres enfants !
Dans un faubourg d'Arles, - c'était un soir de noce. La
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gaieté disait : noce de petites gens ; le heurt des verres disait : noce de braves gens ; les chansons disaient : noces de jeunes gens. — Ils étaient en beaux habits ; elle était en Belle robe. On porta des santés de la soupe au dessert ; il avait vingt ans, elle en avait seize. Le marié regardait la mariée ; la mariée regardait le marié : ils se souriaient en l'avenir. — Une chanson, le marié ! Une chanson à la mariée !
Et lui se leva; elle rougit.
Il chanta :
La belle couiné lou printemps Nous rebiscoule et nous counsolou, N'a qu'a paralyse, et tout d'un temps Dé plési lou cor nous trémolou !
— De plcsi lou cor nous trémolou! — reprirent-ils en chœur, et de fait la belle Rosalie valait bien tout le patois du monde. Le riant sourire et les blanches dents, les noirs cheveux et les noirs yeux, les longs cils et le joli nez droit, le front bombé et la peau dorée, la grande taille et les petits pieds; la jolie mariée et le beau marbre grec !
Au dernier lundi de Pâques, sur la promenade, les filles d'Arles, en leurs plus riches atours, en leur plus bel orgueil, ont couronné Rosalie reine de la beauté. Un Marseillais, qui avait un grand café sur la
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Cannebière, lui a proposé mariage pour la mettre dans son comptoir; un riche confiseur de Lyon a suivi le cafetier marseillais . De Nîmes , de Toulouse, sont venus des cafetiers, des confiseurs, des pâtissiers, des saucissotiers ; elle les a refusés tous comme ceux d'Arles. Des jeunes gens lui ont fait des bouquets et ont glissé des lettres dedans.
Rosalie a donné les bouquets à ses amies, et a jeté les lettres au feu . Un grand jeune homme renommé trompeur, menant bonne guerre aux jolies filles, a tourné autour d'elle longtemps ; elle lui a fait les corrres ; et l'autre est revenu à ses amis la lèvre pincée et
l'oreille basse comme un homme qui pense à quelque chose de mal.
Son amoureux n'a guère grand'chose : un petit clos et une maisonnette. Mais quoi !
c'est son amoureux.
Les lumières de la table dansaient sur les haies du petit clos, et la maisonnette, de la cave au grenier, chantait l'amour. — La mariée était montée dans sa chambre ; elle était déjà couchée : en bas elle entendait les derniers refrains et les paroles d'adieu.
Voilà que la fenêtre s'ouvrit, et elle regarda... La peur la prit; elle poussa un cri. Son mari qui venait d'entrer, la trouva évanouie, et vit comme
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un homme qui sautait pardessus la haie de l'enclos. La mariée eut le transport toute la nuit. — Le lendemain on trouva dans le jardin une tête de mort et un drap de lit. — Le maii comprit; il devina qui s'était vengé.
La malade fut trois jours entre la vie et la mort ; quand elle se reprit à vivre , — Rosalie était idiote. Le mari songea à l'abandonnée créature, s'il venait à mourir, lui ; il ne dit mot à l'assassin ; mais, comme il le rencontrait tous les jours, de peur d'un malheur, il se décida à quitter la ville. Et puis il y a des gens méchants qui prennent plaisir à rire des pauvres affolés, les
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montrant au doigt et éclatant en moqueries peu chrétiennes.
Sa maison vendue, un fusil sur l'épaule, quelques écus de cent sous dans sa bourse de cuir, le mari vint droit à ce désert, bâtit sa hutte lui-même, acheta un bateau avec lequel il passe les étrangers qui vont visiter Maguelonne. Il chasse la macreuse; il pêche le poisson que la tempête jette en ces bourbeuses lagunes ; il ramasse sur le sable les insectes, portant ses curieuses trouvailles aux entomologistes d'alentour, et faisant souvent affaires avec M. Crespon.
Cet argent qu'il gagne ainsi, ce sont les fleurs blanches, c'est la robe blanche, c'est le
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voile blanc, c'est le costume de mariée que. dans sa douce folie, Rosalie n'a pas voulu quitter et veut porter tous les jours. Toute l'ambition du passeur est que ce costume soit toujours renouvelé, toujours blanc, toujours frais comme au matin de leur union; et la femme passe ainsi ses journées entières dans sa robe blanche, à regarder la mer bleue.
Tout misérable qu'il est, le passeur a tout tenté pour la guérir; la médecine a été impuissante. Elle lui a fait espérer un moment que la naissance d'un enfant pourrait amener une crise; Rosalie a eu deux enfants et la crise n'est pas venue.
Une fois il l'a prise dans sa barque, et comme il a trouvé une lueur de plaisir dans ses yeux, souvent il l'emmène en mer ; et les pêcheurs, à voir passer cette femme vêtue de blanc, assise, immobile, une main traînante dans l'eau, saluent comme un présage cette madone de la Méditerranée, et se disent : Bonne mer et-bonne pêche !
L'Organiste de Lansres
De la ville de La tigres et d'ut qui y habitait.
Langres est une petite ville de la Champagne, ayant un évêché, sept mille six cent soixante-dix-sept habitants au
dernier compte, une belle promenade, beaucoup de prêtres sur la promenade, une bibliothèque, une cathédrale, presque une société, un collège commmunal, un musée qui a un gardien, et un tribunal de première instance. — De plus, Langres est la patrie d'Eponine et de Sabinus. — Les géographes qui l'ont découverte parlent de sa coutellerie, de son vinaigre, de ses bougies et de ses meules à émoudre, — Comme la ville est sur une hauteur, les rues montent naturellement, et comme les rues montent, les casaquins à petites fleurs bleues et roses s'arrêtent à tous les pas de porte, et se reposent