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raise, embaiTasséc dans ses niouvcmeiils par son attirail (le liagages, et l'acculer aux bastilles commandées par Sulïolk et Talbot.
Le moins qui put arriver alors aux chefs du convoi, c'était de perdre une partie de leurs provisions, de manquer le but de l'expédition, et de compromettre gravement le sort de la ville.
La rive gauche, au contraire, oilrait, pour le trajet, ^/ une sécurité presque complète. La Sologne et le Berry obéissaient à Charles Yll. En se maintenant à quelque distance du fleuve, on évitait toute atlacjuo des garnisons de Bcaugency et de Meung, trop peu nombreuses poiu' s'éloigner de leurs murs. Il était également loisible, à l'approche d'Orléans, de suivre les coteaux du val et de rester à l'écart des redoutes du blocus.
Le passage de la Loire, sous les yeux de l'ennemi, offrait, sans doute, de sérieuses difficultés; mais ces dangers pouvaient être évités, en remontant la Loire à deux lieues environ au levant d'Orléans, à demi-distance de cette ville et des troupes anglaises de Jargeau.
Là se rencontrait, en la paroisse de Chécy, une position favorable pour le transbordement du convoi : des rives peu élevées, un vaste réseau d'îles boisées qui divisaient le lit du fleuve en plusieurs bras faciles à franchir, et se succédaient sans interruption, depuis ce point jusqu'aux murs de la cité. Plus près, se trouvait le petit port du Bouchet où les bateaux avaient coutume d'atterrir pour recevoir et déposer leurs marchandises.
Des chalands, préparés à l'avance, pouvaient se glisser, avec précaution, entre les sinuosités de ces iles et remonter inaperçus jusqu'à Chécy; puis après y avoir effectué leur chargement, sans désordre, à l'abri de l'ennemi, ils pouvaient redescendre vers la ville en suivant
le chenal di; la rive gauche qui les avait amenés, protégés à la fois contre les attaques des troupes anglaises d'Orléans et de celles de Jargeau par l'escorte française et par l'utile diversion que feraient les assiégés, en dirigeant, à ce moment, une « escarmouche » sur la bastille de Saint-Loup.
Ce plan d'expédition par la rive gauche, avec Chécy pour objectif, ressort si naturellement de l'élude des lieux, que Jeanne, si elle fut réellement appelée au conseil, ce dont il est permis de douter, dut céder aux sages et prévoyantes considérations qui le faisaient préférer.
Il n'était exempt, assurément, ni d'incidents ni de périls, mais il était incontestablement le meilleur et le plus sur.
Les récits contemporains les plus dignes de foi nous montrent, par la concordance de leurs témoignages, qu'il fut suivi jusqu'à sa complète réalisation.
On lit particulièrement dans le Journal du siège, donl on ne saurait méconnaître la haute autorité :
« Conclurent les seigneurs et cappitaines estans avecques f( la Pucelle, qu'ilz marcheroyent avant à tous leurs gens « d'armes, vivres et artilleries, et passeroient par la « Sauloigne, obstant que la plus grant puissance des
Angloys estoit du cousté de la Beausse; combien que de « ce ne dirent riens à la Pucelle, laquelle tendoit aller et
'( passer par devant eulz, à force d'armes , et en ce point,
« s'en alèrent etfeirent tant que ilz vindrentjusques à ung « villaige nommé Checy, là ou ilz geurent [couchèrent) la « nuict ensuyvant.
« Le vendredy ensuyvant, vingt-neufviesme du mesme « moys, vindrent dedans Orléans les nouvelles certaines com- « ment le roy en\oyoit parla Sauloigne vivres, pouldres, « canons et autres habillements de guerre, soubz le conduict « de la Pucelle, laquelle venoit de par Nostre Seigneur, pour « avitailler etreconforter la ville, et faire lever le siège, dont
« furent moult reconfortez ceulx d'Orléans. Et parce qu'on « disoit que les Angloys mectroient peine d'empescher les « vivres, fut ordonné que chacun fust armé etbienempoint « par la cité; ce qui futfaict.... Celluy mesmes jour, eut « moult grousse escarmousche, parceque les Françoys « vouloient donner lieu et heure d'entrer aux vivres que « on leur amenoit. Et pour donner aux Angloys à entendre « ailleurs, saillirent à orant puissance et alèrent courir et « escarmouscher devant Saint-Loup d'Orléans, ... Et lorsque « celle escarmousche se faisoit, entrèrent dedans la ville « les vivres et artillerie que la Pucelle avoit conduicts « jusques à Chécy (1). »
Le récit du Journal du siège est confirmé, complété même en quelques détails, par un autre document Orléanais et contemporain, découvert en 1 848 par M. A. Salmon dans la bibliothèque du Vatican, parmi les manuscrits provenant de l'abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire : la Chronique de rétablissement de la fête du 8 mai, à laquelle MM. Quicherat et Vallet de Viriville reconnaissent une valeur historique considérable.
« Et environ la fin d'avril, fut baillé à la dicte
« Jehanne Monseigneur de Rais, mareschal de France et « plusieurs autres capitaines... Etluy fut ordonné d'ame- « ner vivres et artillerie, et vindrent par la Sauloigne, et " passèrent par Olivet ou près, et arrivèrent jusques à « Vlsle aux Bourdons qui est devant Chéci. Et saichans « ceulx d'Orléans que elle venoit, furent très joyeulx et « firent habiller challans à puissance, et estoit lors la ri- « vière à plain chantier; et aussi le vent qui estoit con- « traire se tourna d'aval et tellement que un chalen « menoit deux ou trois chalens, qui estoit une chose
(1) Journal du siège. — Quicherat, t. IV, pag. 150suiv.
c< merveilleuse et failloit dire que ce fut miracle de Dieu, « et passèrent pardevant les bastilles des Anglois et arri- « vèrent à leur port, et là chargèrent leurs vivres et puis « passa la rivière ladictc Pucelle, etc. (1). »
Simon Beaucroix, témoin oculaire, n'est pas moins explicite, en sa déposition, au procès de réhabilitation.
« .... Jeanne aurait voulu, dit-il, que les hommes « d'armes attaquassent directement la Bastille ou fortef( resse de Saint-Jean-le-Blanc ; ils ne le firent pas : au « contraire, ils remontèrent jusqu'à iin lieu sis entre « Orléans et Jargeaii (2), où les citoyens d'Orléans « avaient envoyé des bateaux pour recevoir les vivres et « les conduire en la ville. Les vivres furent, en consé- « quence , déposés dans les bateaux et amenés à Or- (( léans... (3). »
Pour mieux préciser encore l'itinéraire tracé au convoi, et bien établir que l'arrivée et le transbordement des vivres à Chécy résultaient d'un plan arrêté à l'avance et n'ont pas été, comme plusieurs le prétendent, un expédient résolu à la hâte, sous le coup d'un embarras imprévu, je pourrais citer, au besoin, un curieux
(1) Chronique de l'établissement de la fêle du 8 mai. — Quicherat, t. V, pag. 289, 290.
(2) C'est précisément la situation topographique de Chécy, sur la Loire, à égale distance d'Orléans et de Jargeau.
(3) ... Et erat ipsa Johanna pro tune intentionis quod gantes armoruin deberent ire, de directo, apud fortaliiium seu baslildam sancti Johannis Albi ; quod non fecerunt, iinb iverunt, inier [civitatem) Aurelianensem et Jargeau, in quodam loco, ubi cives Aurelianenses miserant naves ad recipiendum viclualia et conducendum in villa Autelianensi. Etfuerunt posita victuaiia in navibus etductaad villam Aurelianensem... {Déposition de Simon Beaucroix. — Quicherat, t. III, p. 78.)
passage truu ilocument d'un autre ordre. Le Mystère du Siège d'Orléans, œuvre dramatique, d'origine orléanaise, conteniporainc, ou à peu près, du siège, retrouvée, elle aussi, en la bibliothèque Vaticane, dans le môme fonds de Saint-Bcnoît-sur-Loire, et qui, selon de savants critiques, outre son intérêt littéraire, possède au point de vue historique, une certaine autorité, confirme, à son tour, les faits que je viens de citer.
Dans une des scènes de ce drame de 20,000 vers, les généraux tiennent conseil sur le chemin que doit suivre le convoi de ravitaillement, pour aller de Blois à Orléans. Le sire de Raiz et Ambroise de Loré, membres de ce conseil, s'expriment ainsi qu'il suit :
i.i: SIRE ui: RAIZ
« Je doubte aller par la Beauce ;
« Le plus fort des Anglois y est,
« Toute leur j»uissance et force,
<,< Et tout le pays à eulx est.
« Y nous pourroient donner arrest,
« S'i savoyent nostre venue,
« Et peut-être grand intérest
« Seroit à notre survenue.
« Si me semble que vauldrait mieiilx
« Y aller devers la Sauloigne;
« Mieulx vault faire nostre besoigue ,
« Et le dangier passer ainsi,
« Entrer jiar la porte Bourgoigne :
il Et yrons passer à Chccy.
AMliROiSl-; 1H-; LORi;
K Vous avez très bien dévisé,
« A Checy nous y l'ault aller
« Et est à vous bien advisé,
n Vous ne pourriez mieulx conseiller »
« Lors, ajoute le poète, partiront... et yront du consté (le la Sûuloigne droit à Chécy (1). » (Pages 448 et 451).
L'accord etla netteté de ces témoiu;na['es semblent cornplètcment infirmer le récit peu vraisemblable, d'ailleurs, que plusieurs bistoriens se sont transmis l'un à l'autre, en ce qui concerne le cboix de la rive gauche pour la marche de l'expédition, malgré le vif désir de Jeanne de suivre la rive droite, à l'encontre des plus fortes bastilles du blocus.
Les généraux, selon ces auteurs, pour vaincre la résistance de la Pucelle, n'auraient rien trouvé de mieux que d'abuser de sa bonne foi naïve, et lui auraient persuadé qu'en traversant la Loire sur le pont de Blois, on prenait précisément la route qu'elle désirait.
Mais le lendemain 28, ajoutent-ils, Jeanne, des hauteurs d'Olivet, voyant le fleuve entre elle et la ville, et l'embarras momentané occasionné par les vents contraires elle retard des bateaux, aurait adressé aux cbeis de vifs reproches d(! l'avoir ainsi trompée.
Ceux-ci, disent toujours ces auteurs, comprenant alors la faute qu'ils avaient commise, l'auraient humblement reconnue et auraient avoué à la Pucelle qu'elle avait raison contre eux tous quand elle voulait suivre la rive droite.
Malgré la respectueuse déférence due aux honorables historiens qui ont reproduit ce récit, il semble bien difficile d'admettre que Jeanne, avec son intelligence supérieure et sa constante préoccupation de faire lever le siège d'Orléans, fût demeurée dans cette incroyable ignorance de ne pas savoir sur quelle rive de la Loire était située la ville qu'elle avait, disait-elle, mission de délivrer; qu'au-
(1) Voir sur le Mystère du siège d'Orlcans, publié en 1862 dans la colleclion des docuaier.ts inédits de Y Histoire de France, la note XI, page 93, aux Noies et éclaircissements.
— Ai) —
cun renseignement n'ait été pris par elle, soit en allant de Gien à Chinon, soit à Poitiers, soit à Tours, soit à Blois où elle résilia trois jours pendant les préparatifs du convoi. Comment croire surtout que de grands officiers de la couronne, des amiraux, des maréchnux de France, ayant de si sages raisons pour préférer la rive gauche, au lieu de les faire loyalement connaître à la Pucelle, aient mieux aimé recourir à un misérable subterfuge, indigne de leur caractère et de la gravité de leurs fonctions?
Le 28 enfin, devant Orléans, un simple retard de quelques heures, dans l'arrivée des bateaux, pouvait-il suflire à ces éminents personnages, pour leur faire désavouer un plan mûrement étudié et jusqu'à ce moment couronné de succès; pour les déterminer à exprimer à Jeanne des regrets certainement peu sincères et à lui avouer humblement une faute... qui n'existait pas ?
Les paroles adressées par Jeanne au Bâtard : « Vous avez cru me tromper, et vous vous êtes trompé vous-même, y> s'expliquent d'une manière toute naturelle, comme on le verra dans la suite de ce récit.
J'ai eu déjà occasion de le remarquer, ce premier fait d'armes de la Pucelle est l'un des incidents de sa glorieuse vie où l'exactitude historique se trouve plus fréquemment entremêlée d'exagération légendaire. La mission de la critique est d'étudier leurs points de contact, de discerner la légende d'avec l'histoire et d'appliquer ses efforts à faire ressortir la vérité.
J'ai cru devoir, par ce motif, chercher d'abord, dans l'étude de cette expédition, à mettre en lumière le plan suivant lequel elle s'était accomplie et les sages motifs qui avaient fait adopter ce plan par les chefs.
Je reviens maintenant au point de départ, en essayant de retracer les principaux incidents du trajet.
§ ?. — Les incidents du trajet.
Le mercredi 27 avril, le convoi quittait Blois, pour se diriger vers Orléans.
Jeanne marchait près des chefs, à cheval, revêtue de son armure, précédée de son étendard, accompagnée de la petite maison militaire que le roi avait attachée à sa personne; mais elle avait voulu que des prêtres et des religieux, portant de pieuses bannières, fissent partie du corlége, qu'on chantât des cantiques cl des hymnes, à la traversée des villages, et qu'on récitât, plusieurs fois le jour, des prières à haute voix.
Avec sa vive et pénétrante intelligence, la Pucelle avait compris que ces capitaines et ces soldats, aux mains desquels était remis le sort de la France, devaient avant tout retremper en des sentiments meilleurs la discipline et les mœurs, et que raviver, en leurs cœurs, le respect, le patriotisme et la foi, c'était créer, dans l'armée, l'unité d'action, sans laquelle il n'y a ni victoire ni salut.
L'aspect, à la fois religieux et militaire, du cortège de Jeanne était d'ailleurs beaucoup moins contraire aux habitudes du xv° siècle qu'il ne le paraît aux nôtres.
L'institution des armées permanentes n'existait pas encore. Les troupes royales se composaient, en grande partie, de corps particuliers marchant sous les bannières seigneuriales ou militaires de chefs quasi-indépendants, qui, soldés eux-mêmes par le roi, payaient à leur tour les soldats par eux enrôlés (1).
Parfois, des corporations monastiques, des abbayes, des
(1) M. J. Lûiseleur, Compte des dépenses faites par Charles Vil •pour secourir Orléans. — Le P. Daniel, Histoire de la milice française. — M. Boutaric. Institutions militaires de la France.