‹ Première expédition de Jeanne d'ArcChapitre 15 sur 25 · L'ILE AUX BŒUFS · texte numérisé non relu

L'ILE AUX BŒUFS

L'Ile aux Bœufs subsiste encore aujourd'hui; mais, par suite du changement survenu dans le cours de la Loire, elle est, comme beaucoup d'autres alterrissements, soudée au val de la rive gauche. Située en aval de l'ancien château de l'Ile dont elle dépei)d, elle est presque entièrement plantée en bois et habituellement connue sous le nom de Bois de Vile.

Quelques personnes ont confondu, à tort, l'île aux Bœufs dont il s'agit ici, assise, d'après les lettres-patentes de 14-43, près delà Salle, au droit de Chécy, avec une autre île du même nom située beaucoup plus près d'Orléans, presque en face de l'ancien couvent de Saint-Loup. Ces deux îles n'ont de commun que la dénomination.

Aucune équivoque n'est possible à cet égard : non-seulement l'île aux Bœufs est constamment désignée sous ce nom dans les titres du château de l'Ile; mais l'ancien fief de la Salle, situé sur la rive droite de la Loire, vis-à-vis l'île aux Bœufs, existe actuellement encore en la commune de Chécy. Il a pris, depuis la création du canal, le nom de Pont-Tournant, en souvenir d'un ponl, sur le canal, construit à cet endroit vers 1720.

L'île aux Bœufs, donnée en jouissance au frère de Jeanne d'Arc, avec droit de survivance en faveur de son fils, Jean du Lis, resta en leurs mains jusqu'à la mort de Jean du Lis, en 1501. Elle fit alors retour au domaine.

En 1526, François 1er la donna de nouveau en usufruit à Raoul et François Burgcnsis, ses sommeliers, à charge d'une minime redevance de 6 1. tournois pai' an, envers le domaine.

Trois ans après, Jacques Groslot, bailli d'Orléans, désirant annexer j'île aux Bœufs aux dépendances du château de l'Ile, qu'il se préparait à construire, obtint des Burgensis la cession de leur usufruit; puis, en 1539, il acquit la propriété même de lile aux Bœufs, par échange avec le domaine, moyennant l'abandon de cent quarante arpents de bois qai lui appartenaient en la forêt d'Orléans (garde de Neuville).

L'île aux Bœufs contenait, en 1443, plus de deux cents arpents. Dans un des titres relatifs à l'échange de 1539, conservés aux archives du Loiret, Jacques Groslot affirme que cette contenance avait été notablement diminuée, du côté du nord, par les érosions du fleuve. {Ar chives du Loiret, série A, 462. — Et titres particuliers du château de risle.)

NOTE IX (Page SI.)

LES ILES DE LA LOIRE AL'X XlVe ET XV' SIÈCLES.

Les détails relatifs à la topographie fluviale de la Loire durant les xive et xve siècles, aux noms, à l'étendue et à la situation respective des îles existant alors entre Orléans et Chécy ont été puisés, pour la plupart, dans les dossiers, déposés aux archives nationales et à celles du Loiret (fonds du domaine), d'une série de longs procès commencés en 1667, et non terminés encore en 1756, entre l'administration du domaine, représentée à cette époque par le duc d'Orléans, prince apanagiste, et divers particuliers. Ces procès concernaient la mouvance féodale tant du château de l'Isle, construit en 1531 par Jacques Groslot, bailli d'Orléans, que des îles attenantes, qu'il avait successivement acquises et dont la contenance dépassait alors huit cents arpents.

J'ai pu compléter cps notions authentiques par d'autres éléments recueillis dans les manustrits de l'abbé Dubois et dans les titres privés de quelques propriétés riveraines de la Loire, particulièrement dans ceux du château de l'Isle, que son propriétaire actuel, M. de Terrouenne. a bien voulu me communiquer avec une obligeance dont je suis heureux de le remercier ici.

Des renseignements puisés aux mêmes sources m'ont autorisé à dire qu'au xv"^ siècle ces îles étaient en partie couvertes de bois et de buissons. Entre autres faits, et plusieurs existent du même genre, un mandement du prévôt d'Orléans, en date du 8 juin 1435, conservé

aux arcliives du Loiret, prescrit au receveur du domaine de percevoir le prix des bois coupés en une île sise près de Saint-Loup.

Le changement de lit de la Loire et son report sur la rive droite, aux dépens des terres riveraines, est constaté d'ailleurs : 1" par la diminution d'étendue des vastes terrains submersibles connus sous le nom de pâtures, attenants à cette rive, communes de Chécy et de Cornbleux, lesquels n'ont plus aujourd'hui la contenance déclarée il y a trois siècles dans les lettres-patentes de Charles IX en faveur de la commune de Chécy {Archives départementales); 2» par la disparition complète, en la commune de Saint-Jean-de-Braye, de prairies arrosées par un petit ruisseau et d'allées d'arbres dans lesquelles l'abbé Dubois déclare s'être souvent promené dans sa jeunesse, et qui s'étendaient alors au pied du coteau que le fleuve baigne aujourd'hui de ses eaux {Manuscrits de ïabbé Dubois, t. I, p. 72); S» par la différence de contenance de l'île aux Bœufs, en 1443, lors des lettres-patentes du duc d'Orléans, et en 1539, lors de l'acquisition faite par Jacques Groslot, etc., etc.

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