‹ Première expédition de Jeanne d'ArcChapitre 19 sur 25 · LE TRÉSORIER GÉNÉRAL JACQUES BOUCHER · texte numérisé non relu

LE TRÉSORIER GÉNÉRAL JACQUES BOUCHER

Jacques Boucher, trésorier général, et Guillaume Cousinot, chancelier du duché, investis l'un et l'autre de la confiance du duc Charles d'Orléans, prisonnier on Angleterre, nuis d'ailleurs entre eux,

(1) Voir, pour ce qui conreriie la famille de Cailly : Charles du Lis, édition Vallet de Viriville, 1819; le cabinet des titres k la BibliotlU'que nationale, les titres particuliers du domaine de Reuilly, etc.

paraît-il, par des liens de parenté ou d'alliance (1), s'enfermèrent en la ville, aux premiers indices d'investissement, et y demeurèrent pendant toute la durée du siège (2).

Jacques Boucher, disent nos vieux historiens, avait épousé la fille d'un des plus notables bourgeois de la cité; il habitait l'hôtel de VAn' nonciade, situé dans la pai'tie de la grande rue alors appelée rue des Talmelliers, aujourd'hui rue du Tabour, à l'angle intérieur des murs de ville et de la porte Renart.

Guillaume Cousinot demeurait rue de la Rose ou de la Chevrie, en l'hôtel de la Hei'se, qu'il tenait à bail du chapitre de Sainte-Croix, moyennant 26 livres parisis par an, et qu'il délaissa en 1433 (3).

Le chancelier et sa famille, peu de temps après le siège, se retirèrent aux environs de Compiègne.

Jacques Boucher, au contraire, se fixa définitivement à Orléans . ses descendants continuèrent d'y résider.

Le ti"ésorier général prit une part considérable à la défense de la ville ; c'était en son hôtel et en celui du chancelier que se tenaient les conseils de guerre.

Son nom se lit fréquemment dans les comptes de commune et de forteresse et dans les mandements de paiement de 1429 et 1430, pour dons de blé, d'avoine et de vin, pour avances de deniers, pour achats de poudres, d'armes, de bois de construction, d'instruments de travail. Un mandement de paiement du 24 mars 1429 (4), consacré tout entier aux travaux par lui ordonnés et aux avances par lui faites pour la défense de la porte Renart, semblerait indiquer qu'il était spécialement chargé de veiller à cette entrée de la ville, l'une des plus importantes et la plus menacée par l'ennemi.

Ce fut sans doute à tous ces titres que Jacques Boucher dut l'honneur d'être choisi par ses concitoyens pour recevoir, en sa maison, la libératrice attendue du ciel. Les registres de comptes et le Journal du siège conservent le souvenir du touchant accueil que l'héro'ique et pieuse enfant, ainsi que plusieurs de ceux qui l'accom-

(1) Notice historique sur Guillaume Cousinot et la Chronique de la Pucelte, par M. Vallet de Viriville, 18r.9.

(2) Voir, sur Guilljumc Cousinot, l'Avant-Propos, page xi.

(3) Archives du Loiret. — Fonds du Chapitre de Sainte-Croix.

(4) Comptes de forteresse, 14-28-1430, ch. xxxix.

pagnaient, trouvèrent près du trésorier généi'al et de sa famille. Chaque fois qu'après ses premiers triomphes, Jeanne passa de nouveau par Orléans, ce fut toujours en l'hôtel du trésorier qu'elle voulut recevoir l'hospitalité.

Des documents originaux l'elatife au siège d'Orléans et aux principaux acteurs de ce grand épisode historique, qu'une heureuse fortune a fait venir en mes mains, permettent de fixer très-approximativement l'époque où Jacques Boucher fut investi, par la confiance du prince, des fonctions de son trésorier général.

Par une cédule sur parchemin signée de sa main et datée du 30 mai 1424, Jacques Boucher, trésorier général de Monseigneur le duc d'Orléans, reconnaît avoir reçu de Jean Haquin, fermier du bail de Chasteaudun, vingt livres tournois pour le terme de ladite ferme échu à Pasques derrenier passé...

Jacques Boucher, très-dévoué à son prince, paraît avoir concouru avec un grand zèle à recueillir la somme considérable exigée par les Anglais pour sa rançon.

La quittance H, textuellement reproduite aux pièces justificatives, constate, en effet, que le 2 janvier 14-42 Jacques Boucher, en sa qualité de trésorier général, recevait du duc d'Orléans un don de cent écus d'or, en reconnaissance des services à lui rendus pour l'acquit de son eslargissement (1).

Enfin, le 4 juin lii44, Estienne Le Fuzelier, conseiller et auditeur des comptes du duc, par un acte également reproduit aux pièces justificatives, L, signé de sa main et scellé de ses armes, reconnaît avoir reçu de Guillaume Doulce, secrétaire de mondit seigneur le duc et commis à l'office de trésorier général de ses finances, la somme de cinquante escus d'or qui lui était due par ledit seigneur, à cause du prest à lui fait, es mains de feu Jacques Boucher, jadis son trésorier, au mois d'août derrenier passé (1443) (2).

Jacques Boucher était donc investi de ses hautes fonctions dès avant le 30 mai 1424; il les occupait encore en 1442 et les conserva jusqu'à sa mort, dont la date s'établit entre les derniers mois de 1443 et les premiers de 1 444 .

Il avait ainsi cessé de vivre lors de l'enquête solennelle, pour la réhabilitation, faite à Orléans en 1456. Sa fille Charlotte qui, durant

(1) Voir, aux Pièces justificatives, le document H, page 108.

(2) Voir, aux Pièces justificatives, le document L, page 109.

lo si('g-o, avait partagé la clianibre ot le lit de .leanne d'Arc et qui, depuis, avait épousé un notable Orléanais, Guillaume Havet, put seule rendre témoignage de la douce simplicité, de la virginale pudeur, de la patriotique et fervente piété de la Pucelle (1).

L'hôtel de VAnnonciade, que le séjour de Jeanne d'Arc rend si cher, et à juste titre, aux souvenirs Orléanais, passa, un siècle environ après le siège, des mains des enfants du trésorier en celles des Sevin, puis des Colas des Francs. Un des membres de cette dernière et honorable famille, dans un sentiment de respect, louable sans doute en ses intentions, mais malheureusement peu réfléchi, eut, vers la fin du XVI* siècle, la l'egrettable pensée de remplacer la chambre qu'avait occupée la Pucelle par le petit pavillon monumental construit et conservé dans le jardin du vieil hôtel.

Quelques auteurs modernes, par une inexactitude qu'il leur eût été facile d'éviter, désignent parfois le trésorier gém-ral sous le nom de Jacques Bouchier. C'est une erreur. Tous les actes officiels émanés ou signés du trésorier, et ils sont eu fort grand nombre dans les dépôts publics , poi'tent invariablement le nom et la signature '• Jacques Boucher. Au xv« siècle, dans le langage vulgaire, on confondait liabituellement la syllabe terminale er avec la diphtongue ier. On disait ainsi : chier fils pour cher fils, — la ville d'Angiers pour Angers, — les bouchiers pour les bouchers, — aidier pour aider, — marchié pour marché, etc. Cette altéi'ation, fréquente alors, se reproduisait, naturellement, dans les écrits usuels; mais la sévère exactitude de la critique moderne doit aujourd'hui la rectifier.

Le sceau du trésorier général, conservé intact dans plusieurs actes émanés de lui, permet d'en reconnaître toutes les pièces héraldiques. Jacques Boucher portait : d'azur au chevron d'or, accompagné, eu chef, de deux têtes de maures d'argerd et, en pointe, d'une syréiw aussi d'argent, soutenue d'une mer de même.

(1) Procès de réhabililation. — Déposition de Charlotte Boucher, femme de Guillaume llavet. — Quiclierat, t. 111, p. 34.

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