‹ Première expédition de Jeanne d'ArcChapitre 3 sur 25 · ECRITS ET RECITS CONTEMPORAINS · texte numérisé non relu

ECRITS ET RECITS CONTEMPORAINS

Il n'est pas de chronique du xv^ siècle dans laquelle le siège et la délivrance d'Orléans ne soient racontés avec plus ou moins de développement; mais quelques écrits du temps nous ont spécialement transmis des renseignements détaillés sur ce grand épisode historique. Ce sont eux que j'indique sommairement ici.

1" Histoire et discours au vray ou Journal du

siège. — De tous les documents relatifs au siège d'Orléans et à la providentielle intervention de la Pucelle, le plus complet et le plus autorisé, sans nul doute, est la précieuse chronique locale imprimée pour la première fois en cette" ville, en -1576, sous ce titre : Histoire et discours auvray du siège qui fut mis devant la ville d'Orléans, par les Atiglois, le mardi xif jour d'octobre MCCCCXXVIII...

Contenant toutes les saillies, assauts, escarmouches et autres 'particularités notables qui de jour en jour y furent faites, avec la venue de Jeanne la Pucelle, et comment par grâce divine et force d'armes, elle fist lever le siège de devant aux Anglois...

Prise de mot à mot, sans aucun changement de langage, d'un vieil exemplaire escrit à la main, en parche-

min, et trouvé en la maison de ladicte ville d'Orléans, illustrée de belles annotations en marge.

L'abbé Dubois, dans le 1*' volume de ses manuscrits (pages 45 et suiv.), s'est livré à une étude approfondie (le cette intéressante chronique et, le premier, lui a donné le nom caractéristique de Journal du siège qui, depuis, lui a été conservé.

MM. Quicherat et Vallet de Viriville l'ont soumise, à leur tour, à de savantes critiques.

D'après ces appréciations, le Journal du siège se composerait de deux parties d'origine distincte : d'abord d'un récit, écrit jour par jour, en présence, et pour ainsi dire sous la dictée des faits ; puis de quelques additions ou modifications effectuées, à une époque un peu ultérieure, mais presque contemporaine encore.

Un texte précieux, recueilli par un de nos concitoyens les plus consciencieusement érudits, et les plus versés dans la science de nos antiquités locales (4), nous apprend, en effet, qu'en 4467 — « 44 sols parisis « furent payés par la ville à maître Sousdan, clerc, « pour avoir escript, en parchemin, la manière du siège « tenu par les Anglois devant la ville d'Orléans, en (( 4428 et 4429... »

Ainsi, trente-sept ans à peine après les événements du siège, alors que bien des témoins oculaires existaient encore, et que le souvenir des faits vivait dans toute sa netteté au sein des familles, ce récit glorieux pour la cité était, par les soins et aux frais des procureurs

(1) M. Daniel Polluche. — Bibl. publ. d'Orléans, 7na?inscrit 431 .

de la ville, transcrit sui- parchemin, pour être conservé dans les archives municipales.

Si quelque inexactitude eût pu, à l'origine, se glisser en ce journal, il est contraire à toute vraisemblance qu'on l'eût laissé subsister en cette transcription officielle.

Quelques lacunes existent en effet dans le Journal du siège, mais aucune de ses affirmations n'a jusqu'à présent été ni démentie ni seulement contestée.

*2° Chronique de la Pucelle. — PubUée sous ce titre et sans nom d'autenr, en 166i, par Denys Godefroy, dans son recueil des historiens de Charles VII, cette chronique a joui, dès l'origine, d'une grande et légitime autorité.

M. Vallet de Viriville l'a publiée de nouveau , en 1859, minutieusement révisée sur les manuscrits, et l'a, de plus, accompagnée de notices du plus grand intérêt.

M. Quicherat avait remarqué le premier (t. IV, p. 203) que si une notable portion de la Chronique de la Pucelle semble appartenir en propre à l'auteur, de nombreux passages reproduisent textuellement des extraits d'un autre récit également anonyme, écrit en 1429] ou 1430, pour le duc Charles d'Orléans, prisonnier en Angleterre, sous le titre de : La Geste des nobles François... jusgues au noble Charles^ fils du Roy Charles le sixième... Un manuscrit de la Geste est conservé à la Bibliothèque nationale.

Dans un mémoire d'une haute érudition, lu en 1855 à l'Académie des inscriptions et belles-lettres, M. Vallet de Viriville, complétant les appréciations de M. Quicherat, établit, avec la plus grande vraisemblance, que Tau-

teur du manuscrit : La Geste des nobles François.... transcrit, en ses parties essentielles, dans la C/^ro/i/^we de la Pucelle, n'est autre que Guillaume Gousinot, chancelier du duc d'Orléans.

Investi avec le trésorier général, Jacques Boucher, de la confiance et des pouvoirs du prince durant sa captivité et particulièrement pendant le siège de la ville ducale, Guillaume Gousinot eut, à ce titre, un rôle considérable dans la défense de la place assiégée (1).

(I) Un précieux document dont je possèd' un des textes originaux, et qui paraît avoir échappé aux savantes recherches de M. Vallet de Viriville, montre, par le chiffre élevé de la pension que Guillaume Gousinot recevait annuellement du duc d'Orléans, pour son office de chancelier, de quelle conOance cl de quelle afleclion ce prince l'honorait.

Ce document est ainsi conçu :

€ Saichent tuit que je Guillaume Gousinot, conseiller du roy notre « seigneur et chambellan de monseigneur le duc d'Orléans, confesse c avoir eu et reçeu de Jacques Boucher, trésorier général de mondit « seigneur le duc, la somme de cent livres tournois, monnoie ayant « de présent cours, par la main de Pierre Taillebois, commis à la « Recepte de Blois, qui deue m'estoit pour le paiement du moys « d'octobre derrenier passé de mes gaiges ou pension ordinaires au « feur de xii c. 1. tournois par an, à moy pieça ordonnez par mondit « seigneur le duc prendre et avoir des deniers de ses finances à cause « de mondit office de chancelier, de laquelle somme de cent livres 4 tournois je me tiens pour contant et bien paie et en quicte mondit « seigneur le duc, son dit trésorier et tous autres. Tesmoing mon « signet et seing manuel cy mis. Le second jour de novembre l'an « mil cccc et vint deux.

« Gousinot. »

(Original sur parchemin, scellé, en cire rouge, sur simple queue de parchemin. — Collection particulière de Vauteur.)

Une pension annuelle, de douze cents livres tournois, était

Quant au texte, Tpropremeni dit, de h Chronique de la Fîicell^', il aurait pour auteur, d'après les curieuses recherches de M. Vailet de Viriville, Guillaume Cousinot, deuxième du nom, dit Cousinot de Montreuil, neveu et filleul du chancelier, mort vers 1484, après avoir successivement rempli les fonctions de maître des requêtes de l'hôtel du Roi, de bailli de Rouen, d'ambassadeur près la cour d'Ecosse, etc.

En sa qualité de maître des requêtes de l'hôtel, Cousinot de Montreuil avait pu voir Jeanne d'Arc, pendant ses interrogatoires à Poitiers.

Les récits de la Chronique de la Piœelle, si ces inductions sont exactes, comme tout semble l'indiquer, seraient donc puisés aux sources les plus directes et les plus hautement autorisées.

3° Chronique de l'établissement de la fête du 8 mai. — Un jeune savant français, M. André Salmon, ancien élève de l'Ecole des Chartes, compulsant à Rome, vers 1847, en la bibliothèque du Vatican, les manuscrits du fonds dit de la reine Christine de Suède, y remarqua, en tête d'une copie des indulgences accordées, au xv' siècle, en faveur de la fête annuelle de la délivrance d'Orléans une intéressante notice qu'il s'empressa de publier dans la Bibliothèque de l'École des Chartes (tome III de la 2^ série, août 1847).

très-considérable pour l'époque. On verra plus loin (Pièces justiDcatives, E, p. 108) que le Baslart d'Orléans, grand chambellan de France, lieutenant général du roy pour le fait de la guerre au duché d'Orléans, elc , ne recevait, en ce même temps, du due Charles, son frère naturel, que 7nillg livres tournois de gages ou pension par an.

M. Quicherat la reproduisit peu après, au tome V de son recueil (page 285).

L'auteur de cet écrit du xv* siècle ne s'est pas fait connaître, bien qu'en un passage il semble s'être mis en scène et presque désigné lui-môme, suivant un usage assez commun chez les chroniqueurs de cette époque.

Ce récit, selon M. Quicherat, est celui d'un vieillard qui parle de choses dont il a été témoin dans sa jeunesse, et contient, sur les détails du siège et la coopération de la Pucelle, des particularités très-précieuses qui ne se retrouvent pas ailleurs. C'est à lui, entre autres choses, que nous devons de savoir que, le 28 avril, la Loire coulait à plein chantier, contrairement à ce que, vingt-cinq ans après, Pasquerel déclarait dans sa déposition à l'enquête; c'est à lui que nous devons de connaître aussi le lieu précis où s'arrêta le convoi amené par Jeanne d'Arc : l'Ile aux Bourdons, en la paroisse de Chécy : affirmations conformes d'ailleurs à celles du Journal du siège et du Bâtard d'Orléans.

La Bibliothèque de Saint-Benoît-sur-Loire, d'oiî provient originairement ce manuscrit, fut, pendant de longs siècles, une des plus riches de l'Europe. Les religieux de ce célèbre monastère tenaient à honneur de l'enrichir et de la conserver comme leur plus précieux trésor.

Mais ce que le temps avait respecté, les passions humaines vinrent le disperser et le détruire.

Odet de Coligny, cardinal de Chàlillon, abbé de Saint- Benoît-sur-Loire, embrassa en 1561 le calvinisme. En 1562, par une lettre datée du château de l'Isle, en la

paroisse de Chécy, près Orléans, il livra lui-même au pillage le monastère confié à ses soins.

Les manuscrits dont se composait la bibliothèque furent vendus à vil prix.

Pierre Daniel, avocat à Orléans et bailli de Saint- Benoît, parvint heureusement à en racheter une partie.

A la mort de Pierre Daniel, sa bibliothèque fut partagée entre deux savants Orléanais, ses amis : Paul Petau, conseiller au Parlement de Paris, et Jacques de Bongars.

La part échue à Bongars, emmenée par lui à Strasbourg, y fut achetée après sa mort par l'Électeur palatin et transportée à Heidelberg.

En 1622, Heidelberg était pris par l'empereur Ferdinand. Le vainqueur s'empara de la bibliothèque et en fit don au Pape Grégoire XV, qui en enrichit sa collection du Vatican.

La seconde part, échue à Paul Petau, fut, après sa mort, vendue par Alexandre Petau, son fils, à la reine Christine de Suède. Peu d'années après, Christine se relirait à Bome; elle y mourut en 4689.

Sa bibliothèque, mise en vente, fut achetée par Innocent XI et déposée également au Vatican.

Ainsi, par un singulier concours de circonstances, les manuscrits de Saint-Benoît-sur-Loire, dispersés par le calviniste Odet de Châlillon, sont venus trouver un commun asile en la bibliothèque des Souverains-Pontifes.

C'est là qu'ont été récemment découverts, puis mis au jour, deux documents d'un grand prix pour la cité

I fe

de Jeanne d'Arc: — en 1847,1a Chronique de rétablissement de la fête du 8 mai, — en 1862, le Mystère du siège d'Orléans, dont j'aurai à parler plus loin, avec quelques détails.

4° La note de Guillaume GlraïU. — Guillaume Giraut, notaire au ('hàtelet d'Orléans, deux fois investi, avant et depuis le siège, des fondions de Procureur de la ville, frappé des merveilles de la délivrance qui venaient de s'accomplir sous ses yeux, eut l'heureuse pensée de consigner sur son registre de minutes, le 9 mai 1429, le récit sommaire des glorieuses journées des 4, 7 et 8 mai, et l'expression de sa religieuse admiration pour la Pucelle.

Rapidement écrit, comme l'indiquent les abréviations, les ratures et les sun-harges, ce résumé, malheureusement trop succinct, est précédé, sur le registre, de plusieurs minutes à la date du 28 avril. Un acte daté du 9 mai le suit sur la même page.

La note de Guillaume Giraut, émanée d'un témoin oculaire, sur le lieu, au moment même et sous l'impression des événements, ne se recommande pas seulement par de précieux détails sur les faits dont elle confirme l'exactitude, et sur le nom et la construction des forteresses anglaises d'investissement; œuvre d'un homme honorable et éclairé, les pensées qu'elle exprime peuvent être considérées, à juste litre, comme l'écho fidèle des sentiments qu'éprouvaient, alors, les classes supérieures de la cité.

Le registre de Guillaume Giraut, retrouvé en 1818,

XVTI

après quatre siècles d'oubli, existe encore à Orléaus, en l'étude de Me Mallet, son successeur. Une expédition authentique de la note hislorique fut, le 30 mai 1818, délivrée sur la demande t'.eM. le comte de Rocheplatte, alors maire de la ville.

Celte expédition contenait malheureusement de graves erreurs de lecture. M. JoUois, dans son Histoire du siège d'Orléans, la publia, avec ses inexactitudes (p. 25). Sur la foi de cette apparente authenticité, M. Quiy cherat, à qui elle fut transmise, la reproduisit à son tour au tome IV, page 282, de son recueil.

Grâce à l'affectueux concours de mon regretté collègue et ami, M. de Vassal, président de la Société archéologique de l'Orléanais, j';ii inséré, en 1858, dans le tome IV des Mémoires de la Société, une lecture exactement rectifiée de celte note d'un si grand prix, accompagnée d'une notice et d'un fac simile complet du manuscrit.

5" Histoire de CharUs F//, par Jean Chartier. — Bien que cet ouvrage appartienne plus spécialement à l'histoire générale, les détails circonstanciés qu'il donne sur le siège d'Orléans et sur la coopération de Jeanne d'Arc sont d'un réel intérêt.

Jean Chartier, sous chantre de l'abbaye de Saint- Denis, historiographe de France, sous le règne de Charles VII, était frère, pense-t-on généralement, de Guillaume Chartier, évêque de Paris, l'un des juges du procès de réhabilitation, et vraisemblablement aussi du poète Alain Chartier, secrétaire et familier du prince.

L'histoire de Charles VII, écrite, selon toute apparence, entre les années 1440 et 1450, a été publiée en 1661 par Denys Godefroy, dans son recueil des histo-

riens de ce règne.

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