ORLÉANS , LA LOIRE ET SES ILES , EN
(Plan fopographique annexé à ce travail.)
L'étude attentive des localités m'avait été d'un si grand secours pour apprécier diverses questions historiques, obscures ou indécises, qu'il m'a semblé qu'une carte topographique, dressée avec soin, pourrait offrir quelque intérêt et donner plus de clarté à la discussion.
Le plan annexé à ce travail n'est autre que la carte du Dépôt de la guerre, sur laquelle a été reporté, avec le désir d'une sincère exactitude, ce qui existait en 1429 et n'existe plus aujourd'hui.
En ce qui concerne l'ancienne enceinte fortifiée d'Orléans, et les ouvrages inihtaires d'investissement construits par les Anglais, à peu de distance de la ville, je me fais un devoir de dire que, sauf quelques modifications qui m'apparliennent, je dois presque tous ces détails aux recherches approfondies du consciencieux abbé Dubois, vérifiées et complétées par l'honorable et savant ingénieur, M. JoUois, dans son Histoire du siège d' Orléans.
Du surplus, la responsabilité doit peser sur moi seul.
Aidé d'un habile dessinateur, je me suis efforcé de
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reporter fidèlement sur ce plan les résultats de mes longues éludes. Deux lignes conjointes et unies durant le trajet, divergentes à l'arrivée, indiquent la marche que Jeanne d'Arc et le convoi de ra\itaillement me semblent avoir suivie, de Blois à Chécy, puis de Chécy à Orléans.
Si, comme je dois le craindre, quelques erreurs me sont échappées en ce travail rétrospeciif, du moins, aurai-je offert un cadre, où des inexactitudes involontaires céderont ultérieurement la place à des vérités constatées.
Je n'ambitionne rien de plus.
'liEîllÈllE EXPEDITI()\ DE JEAHE D'ARC.
BLOIS, CIIÉGY, ORLÉANS
27, 28, 2'J AVUIL Ulli).
OBSEEWATIONS PRELIMINAIRES.
Le ravitaillement d'Orléans par la Piicelle est l'un des mémorables épisodes de sa mission libératrice. Ce fut le premier pas de cette héroïque jeune fille dans la voie qu'elle devait si glorieusement parcourir, la solennelle épreuve et la confirmation de ses promesses. Pour les Orléanais assiégés, au moment où la ruine de leur cité semblait irrévocablement consommée, ce fut comme la révélation de leur merveilleuse et prochaine délivrance.
Interrogée à Poitiers par l'assemblée des théologiens et des légistes, Jeanne, avec une inébranlable fermeté, s'était bornée à répondre : « Je ne suis pas venue à Poitiers pour « y faire des miracles, mais conduisez-moi à Orléans, et je K vous montreray pourquoi je suis envoyée. »
Un autre docteur l'ayant pressée de questions plus vivement encore : « Je ne sais ni A ni B, répliqua-t-elle ; <.< mais je viens de la part du Roi des Gieux pour faire lever « le siège d'Orléans et conduire le Dauphin à Reims... Les « hommes combattront, et Dieu donnera la victoire... »
Ce lier langage d'une enlant de dix-sept ans, sa vie chaste et pure, sa merveilleuse intelligence, sa piété simple et modeste, sa hardiesse accompagnée de tant de douceur, soulevaient en sa faveur l'enthousiaste admiration des foules, et triomphaient, même à la Cour, de l'indécision et des préventions les plus opiniâtres.
En un si grand péril d'Orléans, disaient au roi ses meilleurs conseillers, en une si profonde détresse de la France, il y aurait imprudence à repousser aveuglément un secours inattendu qui peut réellement venir du Ciel. Il importe toutefois de ne l'accepter qu'avec une prudente réserve et de le soumettre à de sérieuses épreuves.
Charles YII s'était rendu à ces avis; Jeanne avait reçu de lui des armes, une bannière, un état de maison à l'égal d'un chef de guerre (1); et, selon son ardent désir, on Fadjoignait au petit corps d'armée qui devait essayer de conduire à Orléans un convoi de munitions et de vivres.
Le récit de cette première expédition de la Pucelle nous a été transmis par tous les chroniqueurs de l'époque. Vingtsix ans après, les solennelles enquêtes du procès de réhabilitation imprimaient à ces faits historiques le sceau d'une incontestable authenticité.
La conformité de ces témoignages, émanés de sources si diverses, constate leur exactitude sur tous les points essentiels; on ne peut toutefois méconnaître, en ce qui touche quelques détails, des lacunes, des obscurités, des contradictions plus apparentes que réelles.
On ne doit pas s'en étonner.
Les moyens de contrôle que la publicité moderne oftre
(1) Voir, pour la maison militaire et l'arniemenl de Jeanne d'Arc, la note I, p. 76», aux Notes et éclaircissements.
aux historiens de notre époque, et qui, pourtant encore, laissent planer tant de nuages sur des événements accomplis sous nos yeux, manquaient aux écrivains du xv siècle. Leurs renseignements^ puisés généralement à des sources toutes personnelles, portaient l'empreinte des croyances et des entraînements populaires, parfois aussi des sentiments intéressés ou de la position officielle de l'auteur.
Les enquêtes du procès de réhabilitation ont mis, sans doute, en une éclatante lumière les grandes actions et les nobles inspirations de la Pucelle; mais leur objet tout spé cial était d'opposer une protestation solennelle aux odieuses iniquités du procès de condamnation. Les détails historiques, qui ne se rattachaient pas directement à ce but, y sont dès lors exposés d'une manière peu précise et souvent trèssommaire. Vingt-six années écoulées avaient pu d'ailleurs, chez plusieurs témoins, affaiblir le souvenir de quelques faits secondaires.
Les notaires et greffiers écrivaient sous l'influence des mêmes pensées. Certaines dépositions, dont la reproduction textuelle serait pour nous d'un si grand intérêt, ont été par eux résumées en quelques mots seulement, et réduites à leur sens essentiel.
L'admirable impulsion qui s'est manifestée de nos jours envers la vierge de Domremy a dissipé beaucoup d'obscurités et résolu bien des problèmes. Des critiques éminents, de graves historiens, ont soumis aux savantes appréciations de l'érudition moderne ce grand et touchant épisode, qui n'a son égal dans les annales d'aucun peuple. Les princes de l'éloquence chrétienne l'ont illuminé de religieuses clartés.
Les textes originaux ont été publiés; les témoignages.
discutés ; les laits, produits au grand jour ; et, comme l'or s'échappe du creuset, de ces solennelles épreuves la mémoire de Jeanne d'Arc est sortie plus radieuse et plus belle.
Assise désormais sur l'inébranlable base de la certitude historique, couronnée du pur éclat de la vérité, elle demeure à jamais l'incomparable merveille de l'histoire.
La splendide lumière projetée sur la J libératrice d'Orléans a toutefois, je le répète, laissé dans l'ombre quelques détails, à l'appréciation desquels peuvent s'essayer de modestes et consciencieux labeurs.
J'ai pu, durant de longues années^ étudier, aux lieux mêmes où s'est accomplie la première expédition de la Pucelle, ce glorieux début de son héroïque carrière ; j'ai consacré bien des jours à rechercher, avec un pieux respect, la trace oubliée de ses pas sur ce sol Orléanais qu'elle avait mission d'affranchir. Une fortune inattendue m'a permis de mieux connaître des documents jusqu'ici insuffisamment appréciés.
Je serais heureux qu'il me fût donné d'éclaircir quelques doutes, peut-être de rectifier quelques inexactitudes, et d'acquitter ainsi mon humble dette envers l'admirable jeune fille qui, dans ses jours de triomphe comme en ceux de son martyre, ne voulut jamais que la vérité.
Avant d'entrer dans l'étude des faits, il importe d'examiner d'abord quel était l'état réel du blocus d'Orléans au moment où parut la Pucelle, puis de préciser quelques détails de topographie locale, utiles à la clarté du récit.