L INVESTISSEMENT D ORLEANS AU MOMENT OU SURVINT LA PUCELLE
Le siège mis devanl Orléans, le 12 oclobrc 1428, parle comle de Salisbury, commandant de l'armée anglaise, puis continué après sa mort par Guillaume de la Pôle, comte de Suffolk, et par Talbot, semblait, vers la fin d'avril 14-29, touclicr à une décisive et prochaine solution.
L'énergique résistance des Orléanais, aux premières attaques des troupes assiégeantes, avait fait comprendre aux habiles généraux d'Henri VI que la prise, de vive force, d'une ville défendue moins par ses murailles et ses tours que par le patriotisme résolu de ses habitants, pourrait leur coûter cher ; modifiant donc leur plan primitif, à des luîtes incertaines et sanglantes, ils avaient substitué un patient et rigoureux blocus (1).
Avec cette persistante ténacité qui caractérise la nation britannique, rin\eslissement, commencé le 24 octobre 1428 par la prise d'assaut du fort des Tourelles, tête du pont sur la rive gauche, avait été continué pas à pas, de proche en proche, de manière à intercepter, l'une après l'autre, toutes les voies qui conduisaient à la ville (2).
(1) L'enceinte d'Orléans, à l'époque du siège, était beaucoup moins étendue qu'elle no l'est aujourd'hui. Elle ne dépassait pas : au levant, les rues actuelles de la Tour-Neuve et du Bourdon-Blanc ; au nord, la rue de l'Évèché prolongée jusqu'à la place du Marlroi ; au couchant, les rues de la Hallebarde et de Recouvrance. La Loire, au wAd\, baignait le pied des murs.
(2) Ce n'est pas le lieu de redire ici les généreux efforts des assié-
Dans un travail que la Société archéologique de l'Orléanais a bien voulu, il y a quelques années, accueillir (1), j'ai essayé, à l'aide des documents contemporains les plus autorisés, de préciser le nombre et la position des forteresses qui, sous le nom de bastilles et de boulevarts, constituaient cette redoutable ceinture (2).
Je reproduis ici quelques passages de l'étude que je soumettais alors à l'appréciation de cette savante compagnie (3).
« L'occupation du fort des Tourelles privait les assiégés de leurs principales communications avec les villes du Midi, restées fidèles à Charles VIL
« Les débris du couvent des Augustins, près et en avant des Tourelles , avaient été, dès le commencement de décembre, convertis en une seconde bastille , enclose et fortifiée d'un boulevart.
« Le 30 décembre, sur les ruines de l'église de Saint-
gés, leurs vaillantes sorties, leurs combats corps à corps, pour lutter contre ce menaçant investissement. Peut-être me sera-t-il donné quelque jour de rappeler ces héroïques souvenirs, éternel honneur de notre cité.
(1) Études sur une bastille anglaise du xve siècle, retrouvée en la commune de Fleury, près Orléans — avec cartes du siège, et plan de la bastille — par M. Boucher de Molandon. — Rapport a la Société archéologique de l'Orléanais, par M. CoUin, ingénieur ec chef des ponts et chaussées, etc., au nom de la Commission chargée de visiter les ouvrages signalés à Fleury, — Mémoires de la Société archéologique, t. IV. — Orléans, A. Jacob, 1858.
(2) Les documents contemporains dans lesquels sont précisés, avec plus de détails, les faits relatifs au siège, à la construction des ouvrages militaires d'investissement, et à l'intervention de la Pucelle, sont indiqués à l'Avant-Propos.
(3) Voir, pour l'intelligence de ces détails, le plan ci-annexé d'Orléans, de la Loire et de ses îles en 1429, et particulièrement les articles 1 à 12 de la légende.
Laurent, démolie par les Orléanais eux-mêmes, les assiégeants î^tablissaient leur principale place d'armes.
« Du l*"" au 0 janvier 1-429, s'élevaient deux nouveaux forts : l'un dans l'île Charlemagnc, qui n'existe plus aujourd'hui, alors située vers le milieu du fleuve, au bas du coteau de Saint-Laurent; l'autre, dit hoiilcvart du rhatnp Saint-Prijvé, assis sur la rive gauche, pour correspondre à l'île Charlemagne et commander, avec elle, le cours inférieur de la Loire.
« Peu de jours après, une sixième redoute, le boulevarl de la Croix-Boissée, interceptait, à la hauteur de la Croix- Boissée, le faubourg Madeleine et la route de Blois,
« Le 10 mars, les Anglais s'emparaient de la côte escarpée de Saint-Loup et y construisaient une redoutable bastille. Cette forte position militaire dominait, à la fois, le cours supérieur du fleuve et les deux routes de Gien et de Pithiviers qui convergent à ce point, pour aboutir à la porte de Bourgogne.
« Le 20 mars, la bastille de Londres ou des Douze- Pierres coupait la route de Châteaudun^ au point où le chemin d'Ingré débouche aujourd'hui dans le faubourg Saint-Jean.
« Du 9 au 15 avril, deux nouvelles forteresses complétaient l'investissement, à l'occident de la ville et jusqu'au sommet nord de son périmètre : le boulevart du Pressoir-Ars ou de Rouen, assis à 300 mètres, au levant, de la bastille àe Londres; et la bastille Saint-Pouair ou de Paris, à 300 mètres de celle de Rouen et à quelque dislance, au nord, de l'église actuelle de Saint-Paterne.
« Divers passages du Journal du siège et des chroniques du temps induisent à penser que ces redoutes si étroitement serrées étaient, de plus^ reliées l'une à l'autre
par de larges fossés, de manière à fermer hermétiquement, de ce côté, les abords de la place (1).
" Les secours expédiés de Blois et de Châteaudun étaient ainsi contraints de faire, à distance, le tour de cette ceinture de forteresses éloignée des murs de la ville d'environ 800 métrés, et de gagner, vers le nord-est, par des chemins écartés, la route de la Croix-de-Fleury, pour pénétrer en ville par le faubourg Saint-Vincent.
« De petits convois de bestiaux, descendus des coteaux de la Sologne, parvenaient parfois encore à atteindre le bord de la Loire, puis, à l'aide de quelques barques, se glissaient furtivement vers la porte de Bourgogne, à travers les îles qui existaient alors entre Saint-Aignan et Sainl- Jean-le-Blanc.
« Pour ôter cette faible ressource aux assiégés, vers « le 20 avril, dit le Journal du siège, fortifièrent les « Anglois Saint-Jean-le-Blanc, au val de Loire, et y firent « un guet pour garder le passage.
« Ainsi, d'après les détails consignés au Journal du siège, onze forteresses, au moins, commandaient le blocus au jour de la venue de Jeanne d'Arc :
« Quatre au midi, sur la rive gauche : les Tourelles ; la bastille des Augusiins ; le boulevart du champ Saiul- Prgvé; le guet de Saint- Jean-lc-Blanc ;
« Cinq au couchant : le boulevart de V Ile-Char lemag ne ; la bastille Saint-Laurent; le boulevart de la Croix- Boissèe ; le boulevart des Douze-Pierres ou de Londres; le boulevart du Pressoir- Ar s ou ûq Rouen;
(1) Voir, pour ce qui concerne l'existence de ces fossés intermédiaires de circonvallalion, la note II. page 76, aux Noies et éclaircissements. — Voir aussi, au plan annexé, la ligne Z, Z, Z.
« Une au nord : la bastille Sulnl-Pouair ou de Paris ; « Une au levant : la l)aslillc Saint-Loup. »
Une étrange lacune, dans l'énumération et la position de cette série de redoutes, n'aura échappé à aucun esprit attentif.
Tandis que dans les trois quarts du périmètre de la ville, au midi, au couchant, au sommet nord, les forteresses, serrées les unes contre les autres, à quelques centaines de mètres de distance, interceptent tous les abords ; par une sorte d'inexplicable négligence, un quarl entier de ce périmètre, le côté nord-est compris entre la bastille Saint-Pouair et celle de Saint-Loup, reste libre et ouvert, précisément en face de la forêt qui, à cette époque, s'étendait à trois quarts de lieue environ des foscés et des murs.
Pour justifier, chez des chefs aussi expérimentés que les généraux d'Henri VI, cet inexplicable oubli des principes élémentaires de l'art militaire, ou, pour mieux dire, de la plus vulgaire prévoyance, plusieurs historiens modernes^ posant pour point de départ qu'aucune autre forteresse ne fut construite par les Anglais que celles dont les noms nous ont été transmis par les documents contemporains (1), ont supposé que le temps avait manqué aux assiégeants pour compléter la ligne d'investissement, et que dès lors le blocus n'était pas encore achevé au jour de l'arrivée de la Pucelle.
(1) Cette opinion émise par plusieurs historiens est en désaccord avec le texte même des chroniques.
Aucune, en etïet, ne donne comme complète l'énumération qu'elle fait des redoutes du blocus ; de plus, le nombre des noms, que chaque chronique nous transmet, n'est jamais conforme au nombre des forteresses qu'elle déclare avoir existé.
Ainsi le Journal du siège précise la date de construction de onze
A cette, supposition il est facile de répondre que si, dans les mois de mars et d'avril 1429, comme le constate le Journal du- siège, les assiégeants ont trouvé le temps de construire en quelques jours, au couchant de la ville, des redoutes intermédiaires entre les forteresses primitives, déjà si serrées entre elles, et de creuser en outre de larges tranchées pour les relier l'une à l'autre, ils l'eussent trouvé bien mieux encore pour intercepter, par un ouvrage quelconque, celle large et béante ouverture du nord-est qui laissait ouverts au ravilaillement les chemins de la foret, et rendait les autres travaux militaires, quelque multipliés qu'ils fussent, inutiles à l'investissement.
Frappé de cette vérité, un grave historien, M. Berriat Saint-Prix (1), a émis l'opinion qu'une douzième bastille avait dû nécessairement exister, au centre de cette lacune apparente, en deçà de la Croix-de-Fleury, vers le milieu du faubourg Saint-Vincent; mais cette supposition, dans les termes formulés par M. Berriat Saint-Prix, n'est pas seulement gratuite : elle est inadmissible. Le savant abbé Dubois a péremptoirement démontré que l'existence d'une
forteresses, mais il ne dit aucunement qu'il n'en existât pas d'autres.
La Chronique de la Pucelle affirme que le non)bre des bastilles s'élevait à treize. Elle n'en nomme toutefois que huit.
La Chronique de V élahlissement de la fêle du 8 mai dit que dix à onze bastilles ont été construites, et elle n'en nomme que dix. :'^^ Le notaire G|raut en nomme seulement quatre, mais déclare, —^ sans rien préciser, qu'il y en avait un plus grand nouibre.
Ces diverses énumérations, loin d'être rigoureuses et exclusives, sont donc évidemment incomplètes et dénotent implicitement l'existence de quelques ouvrages militaires non dénommés dans ces listes.
(1) Jeanne d'Arc, par M. Berriat Saint-Prix, p. 216. — Paris.
redoute à ce point était inconciliable avec les faits constatés aux derniers jours du siège (1).
La découverte signalée en 1857 à la Société archéologique, non plus dans le faubourg Saint-Vincent, comme l'avait, à tort, soutenu M. Berriat Saint-Prix, mais dans l'intérieur même de la forêt, à demi-distance de Saint- Pouair à Saint-Loup, d'un ouvrage militaire déjà mentionné il y a près de deux siècles par un savant Orléanais (2), sous le nom significatif de camp des Anglais, est venu jeter une nouvelle lumière sur cette question controversée.
A trois kilomètres et demi de la ville, en la commune de Fleury, entre les deux routes principales qui traversent la forêt du nord au sud, en convergeant vers le faubourg Saint-Vincent; dans un terrain déprimé, caché aux regards des assiégés par les hauteurs voisines et les bois qui l'environnent, aurait été, paraît-il, mystérieusement construite, dans les derniers mois du siège, une forteresse importante entourée de son boulevart. Enclose d'une double enceinte de fossés de sept et dix-huit mètres d'ouverture, elle était, de plus, flanquée à droite et à gauche de vastes chemins couverts, de quatre cents mètres de longueur sur trente-quatre mètres de largeur à la
(1) Manuscrits de M. l'abbé Dubois. — Bibliothèque d'Orléans, M 451 {his], T, I. p. 225.
Voir aussi, sur cette question, la note IH, page 77, aux Notes et éclaircissements.
(2) Daniel Pollucbe, manuscrit 451, i" 46, Bibl. publ. d"Orléans. — '^Ce manuscrit, attribué par erreur, sur le catalogue imprimé des manuscrits de la Bibliothèque, au jurisconsulte Jousse, est réellement de M. Daniel Polluche.
crête, et de qnativ mètres cinquante centimètres deprofondeiir (1).
Les bois plantés sur la pente des fossés, et dont les racines séculaires constatent la vétusté, ont protégé cet ouvrage militaire et l'ont conservé jusqu'à nous. Ses plateformes et ses tranchées ont, gardé presque intacts leurs dimensions et leurs reliefs primitifs. Ses larges chemins couverts s'étendent, aujourd'hui encore, entre la roule de Chanleau et celle de Neuville, conservant, à la fois, le souvenir des luttes héroïques que nos pères soutinrent avec tant de courage, et celui des redoutables bastilles dont les plus renommés capitaines n'avaient pu briser la chaîne, et qui tombèrent, en quelques jours, sous la main de la vierge de Domremy.
J'ai soumis à la Société archéologique de l'Orléanais les plans et les profils, minutieusement relevés, de cette curieuse forteresse, oubliée depuis plusieurs siècles, et dont l'antique origine ne saurait être contestée. J'ai appelé son attention sur les conséquences qui me semblaient en ressortir pour l'exacte appréciation du blocus de 1429, sur les incidents des 16, 20, 27 avril et 4 mai 1429, consignés au Journal du siège, lesquels, en dehors de l'existence de cette redoute, ne sauraient régulièrement s'expliquer (2), et sur les textes significatifs d'auteurs du temps qui en révèlent implicitement la construction.
(1) Voir, au plan annexé, la bastille de Fleury, n" 12, et sa légende pariiculière.
Voir aussi, pour cette bastille, la note IV, page 78, aux Notes et éclaircissements.
(•2) Voir, sur les incidents des IG, 20, 27 avril et 4 mai 1429, la note V, page 81, aux Notes et éclaircissements.
J'ai particulièrement signalé deux passages de documents contemporains, graves et autorisés : Vllisloire de Charles VII, par JeanChartier, historiographe de France, sous ce règne, — et la Chronique de la Pucelle, dont les savantes recherches de M. Vallet de Viriville ont, depuis quelques années, constaté la haute autorité.
Jean Chartier s'exprime en ces termes (page 17) :
« Et pouvoient hien toujours entrer et sortir de ladite n( ville gens à cheval, pour ce que les Anglois étoient à pied « dans leurs bastilles (1), et y avoit grande espace de leur « (/ronde bastille (de Saint-Pouair) à celle de Saint-Loup ; « combien que, chaque jour, travailloient iceux Anglois « à faire fossés doubles, pour empescher icelle entrée... »
Ces fossés doubles, que Jean Chartier dit avoir été construits par les Anglais dans le grand espace entre Saint- Pouair et Saint-Loup, ressemblent singulièrement, il faut le reconnaître, aux larges tranchées et fossés retrouvés précisément à ce point, après un long oubli.
La Chronique de la Pucelle dit à son tour :
« ... Le comte de Suffort, le seigneur de Talbot, etc
« vinrent à puissance, mettre le siège devant Orléans, et « pour enclore la cité fermèrent et fortifièrent plusieurs « bastides encloses de fossés et de tranchées sur tous les « grands chemins passans, c'est à sçavoir : la bastide « Saint-Laurent^ la bastide du Colombier, la bastide de « la eroix-Boissée, la bastide qu'ils nommèrent Londres, « au lieu des douze pairs, la bastide Haro, nommé Rouan, « la bastide de Saint-Pouair nommée Paris, la bastide « Saint-Loup ; et édifièrent dedans la Loire, au droit
(1) On remarque, en effet, dans tous les récils du siège, que les Anglais, dont le but était moins de combattre que d'affamer la ville, laiss.iient assez facilement les soldats entrer et sortir, mais s'attachaient surtout à intercepter les convois.
- iA —
« de Sainl-LaurenL, en l'islc de Charlemugnc, une autre tf bastide
« Et ainsi appert que la ville l'ut enclose, tant de la « partie de Beausse que de Soulogne, de treize places « fortifiées, tant boulevarts comme bastides; dont la cite « l'ut en telle destresse^, qu'ils ne peurent avoir secours
« de vivres par eaue, ny par terre » {Chronique de
la Pucelle, publiée par M. Vallet de Yiriville. — Paris, 1859, chap. XXXIX, pag. 265 et 206.)
La Chronique affirme donc l'existence de treize places fortifiées, bien qu'elle n'en énumère que Iniit ; le Journal du siège, plus complet, dans son énumération, que la Chro7iiqiief n'en nomme toutefois, comme on l'a vu, (|ue onze. Serait-il invraisemblable de supposer que l'une des deux forteresses, ainsi passées sous silence, fût précisément cette bastille de Fleury, que sa position éloignée de la ville et cacliée dans l'épaisseur des bois aurait soustraite à l'attention des chroniqueurs?
La Société archéologique a bien voulu accorder à la communication que j'avais l'honneur de lui faire une sérieuse attention. Une commission spéciale a été nommée : les lieux, par elle visités, ont été soigneusement étudiés. Un rapport fortement motivé, plein de science à la fois et de mesure, a été présenté, au nom de la Commission, par M. CoUin , ingénieur distingué non moins qu'éminent antiquaire, et, sur les conclusions de ce rapport, la Société a daigné honorer de son approbation les inductions que j'avais soumises à son contrôle (i).
(1) Voir, note VI, page 83. quelques fragments de ce rapport.
On ne saurait trop recommander la lecture de ce remarquable travail, publié en son entier, par décision de la Société, au 1V° volume de ses Mémoires, pages 366 et suiv.
Dans sa lumineuse et complète discussion, le savant rapporteur»
Appuyé sur la liaulc auluiilé de lu SuciéLé urcliéoloyique, doublement compétente en une question d'histoire et de topographie orléanaises, peut-être suis-jc aujourd'iiui plus fondé à maintenir , contrairement à l'opinion d'honorables historiens, pour lesquels je professe d'ailleurs un légitime respect, qu'au jour de l'avènement de la Pucelle, l'investissement d'Orléans était complètement achevé, et que la large brèche laissée ouverte dans la ligne de circonvallation, avec une imprévoyance affectée, n'était qu'une de ces ruses de guerre familières au génie britannique.
Dans cette hypothèse, les convois de vivres, trouvant fermées devant eux toutes les voies qui conduisaient à la ville, devaient naturellement s'engager du côté où l'accès semblait encore libre, par les chemins ombreux et détournés de la forêt. Mais l'ennemi , caché dans la mysté-
avec sa compétence toute spéciale d'ingénieur et d'antiquaire, apprécie sous ses divers aspects la question de l'achèvement du blocus et du rôle que la bastille signalée à Fleury a pu occuper dans cet investissement.
Sans rien alïirmer dogmatiquement, en des termes d'une modération qui double la force de son argumentation, M. Collin éclaire toutes difficultés, ne laisse aucune objection sans réponse, et, pas à pas, conduit le lecteur à conclure presque invinciblement :
lo Que les Anglais durent nécessairement, en 1429, construire quelque ouvrage militaire dans la grande trouée de 4,000 mètres entre Saint-Pouair et Saint-Loup;
2° Que l'ensemble des redoutes et des tranchées signalées à Fleury remplit complètement les conditions que cet ouvrage militaire dut avoir, s'il fut réellement construit ;
3° Que les observations formulées par M. Jollois en son Histoire du siège d'Orléans, et reproduites après lui par divers auteurs, pour établir que le blocus était encore inachevé au jour de l'arrivée de la Pucelle, ne reposent que sur des bases fragiles et sont en désaccord avec les documents contemporains et les faits sainement interprétés;
4° Enfin que tout indique que le blocus était réellement achevé quand intervint la Pucelle, et que la bastille de Fleury semble avoir été le dernier anneau de cette chaîne complète d'investissement.