‹ Première expédition de Jeanne d'ArcChapitre 7 sur 25 · LKS ILES DE LA LOIRE AU XV^ SIKCLE ENTRE ORLÉANS ET CUÉCV · texte numérisé non relu

LKS ILES DE LA LOIRE AU XV^ SIKCLE ENTRE ORLÉANS ET CUÉCV

La Loire et les îles nombreuses dont au xv^ siècle était parsemé son cours, ont eu quelque importance dans les incidents du siège de 1429, et particulièrement dans l'expédition qui fait l'objet de cette étude.

(1) Voir, en ce qui concerne la détresse à laquelle étaient réduits les assiégés, la note VIF, page 89, aux Notes et éclaircissemenls.

Un coiiil exposé de celle lO})Ogi";i[)liic lluvi;ili- t'i'ia mieux comprendre le récit des faits.

L'aspect de la Loire, entre Orléans et Chécy, différait notablement, aux xiv" et xv" siècles, de ce qu'il est aujourd'hui (1).

Au temps où nous sommes, le tleuve, repoussé vers le sud par la ceinture de levées qui protègent la commune de Bou, après avoir contourné cette sorte de promontoire, revient brusquement, vers le nord, au pied de la colline sur laquelle s'élève la belle église de Chécy. S'inflécliissant alors de nouveau à l'ouest, il reprend son cours sur Orléans, encaissé d'un cùlé par ce coteau septentrional, et de l'autre par des terrains d'alluvion portant les noms de : la Haute île, Vile, le Bois de l'Ile, etc.

Aux xiY^ et xv= siècles, ces terres submersibles, maintenant unies, dans toute leur étendue, au val de la Sologne, étaient de véritables îles.

A l'issue du promontoire de Bou, la Loire se divisait en deux bras; l'un, coulant au midi, baignait, à gauche, les communes de Sandillon et do Saint-Denis-en-Val et côtoyait, à droite, une série de grandes îles séparées entre elles par de petits ruisseaux; l'autre bras, courant plus au nord, baignait, à gauche, ces mêmes îles, et à droite le coteau septentrional au pied duquel le fleuve entier passe aujourd'hui.

Le groupe de terres d'alluvion, enserrées de la sorte entre les deux principaux cours d'eau, se composait alors ainsi qu'il suit.

(1) Voir, au plâ;i annexe, les iies de ia Loire aux xiv' et xv^ sieeies et leur légende.

Tuul au Icvaul, l'ile Chalençoh (l), iiuiiiiucc aussi la Haute île, contenant près de trois cents arpents, depuis l'annexion de quelques autres atterrissements adjacents, divisait le lit à son point de partage.

Un peu plus bas, VUe aux Bourdons, ainsi appelée, comme la précédente, du nom de la famille de haute bourgeoisie orléanaise qui, depuis le xiv^ siècle, en jouissait à titre de cens (2), avait environ 60 arpents d'étendue. Ce fut vers son extrémité occidentale qu'en 1581 , Jacques Groslot, bailli d'Orléans et chancelier de la reine de Navarre, fit construire le château de Vile, devenu, quelques années plus tard, le foyer du protestantisme Orléanais, et que l'inondation de 1866 a si cruellement mutilé.

Au couchant de Vile aux Bourdons, l'île Gueret ou Groslot, dont la famille Gueret et plus tard la famille Groslot eurent longtemps la jouissance, était à peu près d'égale grandeur (3).

Enfin, au point le plus occidental, était située Vile aux Bœufs^ contenant alors plus de deux cents arpents, dont le duc Charles d'Orléans, par lettres-patentes du "28 juillet 1M3, donna la jouissance à Pierre du Lis, frère de la Pucelle.

« En faveur et contemplacion de Jehanne la Pull) Aveu et port de foi de Guillaume Chalençois qui possédait celle île en 1349. — Archives du Loiret. (A. 462.)

(2) Aveu de Pierre Bourdon en 1348. Liquidalion et partage de Jehan Bourdon, l'aisnel, son fils, et de Jehan Bourdon, le jeune, son pelit-ûls, à cause de Jacquctte de Charnpferré, sa lerame (26 juillet 1421). ~ Archives du Loiret. (A. 462.)

(3) Poils de foi de Gueret et de Jean Groslot ou Groslel en 1507 et de Jacques Groslot en 1532 et 1535. Aveu et dénombrement de Hierosme Groslot, 12 juin 1546... — (Ibid.)

a. celle, esl-il di( dans ces lettres, sœur germaine de n(jlr(; « bien-aimé messire Pierre du Lis, chevalier, et des granlz « haulzet notables services qu'elle et ledict messire Pierre, « son frère, ont faiz à inondit sieur le Roy et à nous, à la (( compulsion et résistance des ennemis de ce royaume... <' avons donné et donnons, de notre grâce espécialle, par « ces présentes, audit messire Pierre.. .. la vie durant de « luy et de Jehan du Lis, son fds naturel et légitime, les <i usfruiz, proufhz, revenus et émoluments de ladite Ysle « aux Bœufs... pour yceulx prendre et percevoir, la « vie durant d'eulx deux et de chacun d'eulx, tant comme « le survivant d'eulx deux vivra et aura la vie au « corps (1) »

En ces lettres patentes, il est dit en outre que « l'yslo « aux Bœufs, tenue naguère par Jehan Bourdon et autres, « est assise en la rivière de Loire, près de la Salle, au « droit de Ghécy (2). »

Toutes ces îles, dont les atterrissements et les érosions du fleuve modifiaient fréquemment l'étendue, étaient, au xv^ siècle, livrées en partie à la culture, mais principalement à l'état de pâturages recouverts d'oseraies, de bouleaux et de buissons de diverse nature.

Elles dépendaient, pour la plupart, de la paroisse de Ghécy, dont les séparait un étroit canal (3).

(1) Vidiinus de la charte, de donalion de l'île aux 13œufs. — Archives du Loiret. A. 274. et Bulletin n" 35 de la Société archéologique.— Janvier 1860.

(2) Voir, sur Vile aux Bœufs, la note VIll, page 90, aux Notes el éclaircissements.

(3) Malgré la difficulté des communications occasionnée par le changement de cours du fleuve, presque toutes ces îles continuèrent jusqu'en ces derniers temps de dépendre de la commune de Chécy.

Elles en ont été distraites adminislrativement et annexées aux

On voit encore dans les basses eaux, entre Chécy et ces lies, des rangées de gros pieux de chêne, perpendiculaires au lit de la Loire, qui semblent être des restes d'anciens barrages ou de passerelles pour communiquer avec la paroisse.

A peu de dislance et au couchant de l'île aux Bœufs, la rive gauche du fleuve, adoucie en forme de rampe, formait, en 1429, ce qu'on nommait le po7i du Bouschcl, où abordaient les bateaux pour recevoir ou déposer leur chargement. Ce petit port a cessé d'exister; mais la maison du Boiichcl, qui lui donnait son nom, subsiste encore, en la commune de Saint-I)enis-en-Val, à un ou deux kilomètres de l'extrémité actuelle de l'île aux Bœufs (4).

C'est à ce point, d'après un document officiel émané et signé du Bâtard^ conservé dans nos archives municipales et publié, pour la première fois, par M. Mantellier, dans son Histoire du siège d'Orléans{^], que s'arrêta, le 28 avril, entre Orléans et Chécy, le petit corps d'armée qui escortait Jeanne d'Arc et son convoi de ravitaillement (3).

A partir de l'île aux Bœufs et du port du Bouchet, le fleuve était de nouveau divisé, dans sa largeur, par les deux îles dites de Saint-Loup, plantées, elles aussi, de buissons et d'osiers, et dont l'étendue était beaucoup plus considérable alors qu'elle ne l'est aujourd'hui.

Plus près de la ville encore, entre Saint-Jean-le-Blanc

comnnuies de Saiidillon et de Saiiit-Deiiis-eM-Val, par ordonnance royale du 4 février 1829.

(1) Le port du Houchet, silué vis-à-vis Saint-Loup, s'appelait aussi port Saint-Loup.

(2) Histoire du siège d'Orléans, par M. le président Mantellier, pag. 230. — Orléans, 1867. — Cette excellente histoire du siège ne se recommande pas moins par l'exacte appréciation des faits que par les nombreux et intéressants documents quelle a fait connaître.

(3) Voirie reçu du Bâtard aux pièces justilicatives, lî, page 106.

et Saint-Aignan , trois autres îles , Vlle-aux Toiles et celles des Martinets, facilitaient également, à ce point, le passage du fleuve, en le divisant en plusieurs bras. C'était là que les Orléanais concentraient leurs troupes quand ils voulaient combattre les assiégeants sur la rive gauche.

Ces alterrissements ont été détruits lors de la construction du duit et de la levée de Saint-Jean-le-Blanc.

Enfin, au-delà du pont, appuyé lui-même sur les deux mottes de Saint- Antoine et des Poissonniers, existaient, au bas du coteau de Saint-Laurent, deux îles aujourd'hui disparues : l'île Charlemagne, sur laquelle les Anglais construisirent une bastille, et l'île de Biche-d'Orge, un peu au-dessous de la première (1).

Telle était, au xv" siècle, la topographie des îles de la Loire, entre Orléans et Chécy (2).

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