IL NE PEUT ALLER AU DÉTROIT
Lettre du Père Marest à Lamothe Cadillac.
À Missilimakinak, ce 12 Mai 1703.
Monsieur,
Ayant de fortes raisons qui m'obligent indispensablement de descendre à Québec en quittant Missilimakinak, je me trouve dans l'impuissance de me servir de l’occasion présente du canot et de l’homme que l’on m'a envoyé, pour satisfaire le désir de ceux qui m'engagent à aller au Détroit.
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Je vous suis fort obligé de l’honnesteté que vous me faites, en m'offrant vostre maison jusqu’au temps que je puisse estre logé, et aussi de la consolation que m'a causée vostre lettre par l’espérance qu'elle me fait concevoir et par l'avant goust qu’elle me donne de cette parfaite union où nous vivons ensemble.
Vous me marquez que vous m'envoyez les lettres de M. de Callières. Je n’en ay receu aucune, mais seulement ce réglement que vous sçavez et que vous ne devez pas douter qu'il ne nous ait paru, et à vous et à M. de Callières sntelligenti paria.
Comment dites-vous que vous vous y estes soumis volontiers ? Il n’y a point là de soumission pour vous, mais le contraire de la soumission, qui se trouve tout de nostre costé sans aucun partage, et cela dans une matière où il ne fallut jamais d’autre commandement de la part des hommes que celuy de nostre estat, qui nous ordonne de la part de Dieu de faire observer à tous les hommes ce qui regarde le service du Roy.
D'abord que j’ay connu par la lettre de mon supérieur qu’il m'appeloit au Détroit, je me fis un devoir, dès le lendemain, d'en donner avis aux Sauvages, et que je me disposois à luy obéir, qu’ils sçavoient assez que la volonté d'Onontio estoit qu'ils m'y suivissent, qu’ils m'y donnassent donc làdessus une response précise et asseurée, que j'estois obligé d'aller premièrement à Québec et que je porterois leur voix à Onontio.
Ils me demandèrent trois jours pour délibérer, ce qui donna lieu de croire qu’ils culoient se réunir au Détroit; mais je fus bien surpris quand le troisiesme jour les gens d'affaire, estant assemblés chez les Kiskakons, me dirent tous
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d'une commune voix, qu'ils estoient résolus de mourir à Missilimakinak, et que, quand mesme ils quitteroient, ce ne seroit jamais pour aller au Détroit; que c'estoit là leur dernière résolution, que j'en asseurasse Onontio de leur part, et que c’est ce qu'ils luy avoient dit eux-mesmes, l’an passé, à leur descente à Montréal. Je ne doute pas que votre surprise n’égale la mienne sur une telle détermination.
Pour ce qui regarde les Hurons, c’est à Quarante-Sols à vous informer de ce qu’il a conclu avec eux. Quoyque le P. de Carhe:il le fust allé voir dès qu'il fut arrivé, il n’a pas daigné ny l'appeler à son conseil, ny le venir voir que par manière d’acquit, la veille de son départ, c'est-à-dire environ huit jours depuis son arrivée, pendant lesquels le Père s’est fait une nécessité de tout ignorer et de ne rien sçavoir qu’après son départ, pour ne point donner lieu à aucun soupçon. Voilà où il en est réduit en sa propre mission. Il n’y a point d’autres consolations que celles qui lui viennent de la part de Dieu, le vrai juge de son innocence.
J'espère vous faire connoistre par des effets que je suis avec respect et avec sincérité, Monsieur, vostre très humble et très obéissant serviteur,
Signé : Joseph MarEsT.
Note de Lamothe Cadillac. — Cette quinzième lettre est du P. Marest, à laquelle M. de Lamothe a respondu. Ainsi il se contente d’en envoyer la copie.
Quant à ce qui regarde les Sauvages de Missilimakinak, ce sont des suppositions de ce Père, puisque la nation de l’Outaouois Sinago a envoyé un collier sous terre à M. de Lamothe, pour luy dire qu’après qu'ils auroient recueilli leur blé d’Inde, ils viendroient s’establir au Détroit.
Et depuis la lettre du P. Marest, un chef de Hurons est venu avec trente hommes joindre ceux qui sont au Détroit, tellement qu'il
n’en reste à Missilimakinak qu'environ vingt-cinq de cette nation, et ce pauvre P. de Carheil, aussi obstiné que Benoît XIII, qui du temps des autres deux antipapes, se tint en Aragon, où il se fit enterrer avec les habits papaux, et celui-ci veut mourir missionnaire des Hurons à Missilimakinak, à quelque prix qui ce soit, quoyqu'il ne luy reste plus personne.
Si on laissoit agir M. de Lamothe, suivant l'usage des Sauvages, c’est-à-dire par présens et par colliers, il les feroit tous venir au Détroit.
Quoyque ce Père accuse par sa lettre son évacuation de Missilimakinak pour descendre à Québec et venir au Détroit, M. de Lamothe sçait bien qu'on nc fait que l’amuser depuis deux ans par de semblables promesses.
LAMOTHE CADILLAC, A SON PASSAGE A QUÉBEC, A OBTENU DU GOUVERNEUR UN RÈGLEMENT DEMANDÉ ET CONSENTI PAR LES PÈRES,